‹ Les évasions célèbresChapitre 3 sur 49 · MARIUS · texte numérisé non relu

MARIUS

— L*AN 85 AVANT jfiSCS-ClHIST -

Mtînacé par Sylla, qui marchait sur Rome, Marius chercha inutilement à soulever en sa. faveir les esclaves, et, sachant qu'il n'avait aucune miséricorde à attendre de son rival, dont il avait fait périr plusieurs aiiiis, il se vit contraint de céder el prit la fuile. A peine é^it-il sorti de la ville, que, ceux qui raccompagnaient s'étuit dispersés, il se trouva seul dans Tobscurité et se réfugia à Solonium, une de ses maisons de campagne. De là il etvoya son fils prendre les provisions nécessaires dans les ttrres de Mucius, son beau père, qui n'étaient pas éloignéei. Pour lui, il descendit vers Ostie, où Numerius, un de ses amis, lui tenait un navire tout préparé, et, sans attendre son fils, il s'embarqua avec son beau-fils Granius. Cependant le jeune Marius avait fait préparer ses provisions, n^is le jour survint, et des cavaliers de Sylla, qui soupçonnaient quelque chose, arrivèrent dans ce lieu. L'intendant de Mucius, 1('S ayant vus de loin, cacha le fils de Marius dahs un chariot chargé de fèves, attela ses bœufs et s'en alla ainsi au-devant des cavaliers, conduisant le chariot vers la ville. Le fugitif, transporté dans la maison de sa femme, y attendit la nuit, puis s'embcirqua et gagna l'Afrique.

Pour le vieux Marius, il avait levé l'ancre, et par un bon vent suivait la côte d'Italie ; mais il craignait Geminius, lin des principaux habitants de Terracine, qui était son

ennemi, et il recommanda aux matelots de s'éloigner de Terracine. Ils obéissaient à ses ordres qiiandle vent sauta et souflda du large. Il s*éleva une si furieuse tempête qu ih parut impossible de tenir longtemps la mer; d'ailleurs Marins souffrait du mal de mer, et il fallut gagner le rivage de Circéi, où ils abordèrent à grand'peine.

Ils n'étaient plus guère qu'à vingt stades (une lieue)

de Hinturnes, lorsqu'ils virent une troupe de cavaliers qui s'avançaient sur eux, et par hasard deux barques qui étaient à flot. Tous se mirent à courir vers la mer ; ils s'y jetèrent et nagèrent vers les deux barques. Granius atteignit l'une, et passa dans une ile située en face de ce point de la côte, et qu'on nomme Enaria ; mais Marins avait alors soixante-dic ans, deux esclaves le soutinrent avec beaucoup de pîine sur les eaux, et le placèrent dans l'autre embarcation, lorsque déjà les cavaliers criaient du rivage au* mariniers d'y ramener la barque, ou bien de jeter Marins à la mer et de s'en aller où bon leur semblirait. Marins suppliait, versait des larmes, et les geis de la barque, après avoir en un moment changé plisieurs fois de résolution, répondirent cependant aux cavaliers qu'ils n'abandonneraient pas Marins. A peine 1rs cavaliers se furent-ils éloignés pleins de colère, les mariniers prirent une autre résolution et naviguèrent vers la côte. Us jetèrent l'ancre à l'embouchure du Liris (le<xarigliano), dont les eaux forment un marais, et ils engagèrent Marius à descendre à terre pour prendre de la nourriture et se remettre du mal de mer, jusqu'à ce qu'il s'élevât un bon vent, ce qui devait arriver à une heure fixe où le vent de mer mollit ordinairement et est remplacé par une brise de terre suffisante pour prendre le large. Marius les crut et suivit ce conseil. Les mariniers le déposèrent sur le rivage, et il Se coucha dans un pré, bien éloigné de penser à ce qui allait arriver. Mais eux, remontant aussitôt dans leur barque, levèrent l'ancre et s'en-

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fuirent, commejugeant qu il n était ni honnête de livrer Marins, ni sûr pour eux de le sauver.

Ainsi, seul, abandonné de tous, il demeura longtemps étendu sur le rivage sans proférer une parole ; puis, se levant avec effort, il se mit à marcher péniblement sur un terrain sans roules tracées. Après avoir traversé des marais profonds, le hasard le conduisit Ua chaumière d'un vieillard qui vivait de son travail. Marius tombe à ses pieds et le supplie de le sauver, de secourir un homme qui, s'il échappait aux dangers présents, pourrait le récompenser au delà de ses espérances. Le vieillard, soit qu'il l'eût autrefois connu, soit qu'il remarquât dam ses traits quelque chose qui annonçait un personnage considérable, répondit que, s'il n'avait besoin que de se reposer, sa cabane suffisait ; mais que, s'il errait pour échapper à des ennemis, il le cacherait dans un endroit où il serait plus tranquille. Marius le pria de le faire, et il le conduisit dans le marais, le fit entrer et se tapir dans un creux sur le bord de la rivière, jeta sur lui des roseaux et le couvrit d^utres choses légères qui le cachaient sans l'incommoder dt leur poids.

11 n'y avait pas longtemps qu'il était là, (jjand il entendit du bruit et des voix qui venaient de la c\iaumière. Geminins, deTerracine, avait envoyé un grand mmbre de gens à sa poursuite ; quelques-uns étaient par hasaid venus en cet endroit et ils cherchaient à effrayer le vieilkrd en criant qu'il avait recueilli et qu'il cachait l'ennenvi de Rome. Marius se leva donc de sa cachette, et, se dépouillant deses vêtements, il s'enfonça dans l'eau bourbeuse du mirais, ce qui le fit apercevoir de ceux qui le cherchaient. Ils le tirèrent de là tout nu et couvert de boue, l'emmenèrent à Minturnes et le livrèrent aux magistrats. Déjà s'était répandu dans toutes les villes le décret qui ordonnait de poursuivre Marius et de le tuer quand on pourrait l'atteindre. Néanmoins, les magistrats crurent devoir en délibérer, et ils le placèrent dans la maison et sous la garde

d'une femme nommée Fannia, que Ton croyait fort mal disposée à son égard pour une cause déjà ancienne. Pourtant Fannia, dans cette occasion, ne se conduisit pas en femme offensée. Bien loin que la vue de Marius parût lui rappeler des souvenirs fâcheux, clic lui offrit ce qu'elle avait chez elle en Texhortant à prendre courage. 11 la remercia et lui assura quVl était plein de conflance, parce qu'il venait de voir un présage favorable. Puis il voulut se reposer seul, et ordonna qu'on fermât la porte de sa chambre.

Cependant les magistrats et les décurions de Minturnes avaient décidé qu'il serait mis à mort sans retard. Bfaisil ne se trouva pas un citoyen qui voulût se charger de l'exécution. Alors an cavalier, Gaulois de nation suivant les uns, Cimbre suivant d'autres, prit une épée et entra près de Marius. la chambre où il était couché recevait peu de jour et ^lait assez obscure ;* on raconte que le Cimbre crut vot les yeux de Marius lancer des flammes, et qu'il eniendt une grande voix lui crier du fond de l'obscurité: 4 Oseras-tu bien, malheureux, égorger Caïus Marius? «Aussitôt le barbare .sortit en fuyant; il jeta son glaive, et, «n franchissant le seuil, il s'écria : < Non, je ne puis tuer ^aîus Marius. » Tous furent saisis d'étonnement, puis de Mtié et de repentir ; ils se reprochaient d'avoir pris cet»e résolution cruelle et ingrate contre un homme qui aviit sauvé l'Italie, alors que ne lui pas prêter secours c'était déjà un crime, et ils se dirent : «t Qu'il s'en aille fugitif où il voudra, subir sa destinée, et nous, prions 1^ dieux de nous pardonner d'avoir jeté hors de notre \ille Marius nu et dépourvu de tout secours, a

Us entrèrent alors en foule dans la chambre et, faisant I ortége au proscrit, ils remmenèrent vers la mer. Gomme chacun d'eux lui donnait de bon cœur tout ce qui pouvait lui être utile, il se passa un temps considérable ; d'ailleurs le bois qu'on appelle Marica,et qu'ils ont en grande vénération, se trouvait entre eux et la mer, et on eûtperdu

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