ISAAC ARNAULD
laissa pas néanmoins d'y réussir. Il observa la hauteur de sa fenêtre qui regardait dans le fossé de la ville où il était, et il ne douta point que, s'il y pouvait descendre, il na pût se remettre en liberté. Il avait fait pratiquer quelques cavaliers français qui étaient au service de l'empereur, dans l'espérance de leur donner de l'emploi dans son régiment de carabins, et il leur tint en effet parole lorsqu'il fut de retour en France. La difficulté était donc d'avoir des cordes pour descendre dans le fossé de la ville, qui, pour être bien avant en Allemagne et hors d'insulte, n'était point gardée régulièrement. Pour cela, il s'avisa, toutes les, fois qu'on le menait promener, de faire jouer ses gardes à divers jeux, sous prétexte de se divertir; et, comme il leur donnait pour boire et qu'ils s'y divertissaient euxmêmes, ils étaient les premiers à le proposer. Parmi ces jeux, il y en avait un qu'ils appelaient sangler l'âne. Celuici parut bien propre à son dessein ; car, comme il fallait une brasse de corde pour lier un de ceux qui jouaient, il jetait une pièce d'argent au premier venu pour en aller acheter et ne se faisait pas rendre son reste. Si peu de corde ne pouvait donner aucun soupçon et n'était propre à aucun usage : ainsi on la jetajt d'ordinaire quand le jeu était fini ; mais quelques-uns de ceux qui étaient à lui avaient soin de la ramasser sans faire semblant de rien et en badinant. Quand il s'en vit assez pour son dessein, il donna jour à ses cavaliers dont j'ai parlé et se sauva heureusement avec eux. Il est aisé de croire qu'ils firent diligence : ainsi, ce fut M. Arnauld le premier qui nous en apprit la nouvelle.
« Arrivé à Paris, il se constitua prisonnier à la Bastille et demanda qu'on examinât son affaire. Il y fut quelques mois, après lesquels il sortit bien justifié. » (Mémoires de V abbé Arnauld, collection Michaud-Poujoulat.)