‹ Les évasions célèbresChapitre 29 sur 49 · CHARLES II · texte numérisé non relu

CHARLES II

Débarqué en Ecosse pour tenter de reconquérir le trône des Stuarts, Charles II avait vu ses espérances ruinées par la bataille de Worcester, pendant laquelle il avait fait preuve d'un grand courage et d'un remarquable talent militaire. 11 a laissé un journal complet de sa fuite et des péripéties qu'elle présenta. Nous en extrayons les faits principaux.

En voyant la bataille perdue, la première pensée du roi fut de gagner Londres avant que la nouvelle de sa défaite y fût parvenue, s'il était possible; mais les ( ersonnes de sa suite ne fur ent pas de^ cet avis et lui-même reconnut bientôt l'impossibilité de le faire. 11 lui fallait se débarrasser (l'un grand nombre de cavaliers qui l'accompagnaient et étaient un danger pour lui bien plus qu'une sûreté. Il y parvint peu à peu grâce à la fatigue qui les fit rester en arrière pour la plupart. Ne sachant trop de quel côté se diriger, Charles, encore suivi d'une soixantaine de gentilsliommes ou d'officiers, marcha dans la direction de Wool- \erhampton, traversa pendant la nuit et sans être aperçu une ville voisine, occupée par un détachement de l'armée ivpublicaine, et gagna sur l'avis d'un de ses fidèles unen- <lroil nommé White-Ladys, maison écar tée appartenant à nne honnête famille du nom de Penderell, composée de ♦ inq frères, qui tous concoururent à sauver le roi proscrit,

avec le courage et le désintéressement le plus admirable. Au moment où Charles arrivait en ce lieu, un paysan vint lui dire que trois mille hommes de sa cavalerie étaient près de là, commandés par Leslie, mais dans le plus grand désordre. La suite du roi le pressait pour qu'il se joignit à Leslie, et cherchât ainsi à regagner TÉcosse, mais il jugea sagement la chose impossible.

« Ceci, dit-il, me fit prendre la résolution de me déguiser et de tâcher de gagner Londres à pied sous les habits d'un paysan et vêtu d'un haut-de-chausse de gros drap gris, d'un •pourpoint de cuir et d'un justaucorps vert que je pris dans la maison de White-Ladys; je coupai déplus mes cheveux très -court, et jetai mes propres vêlements dans un puits, afin que personne ne pût s'apercevoir que quelqu'un s'en était dépouillé. Je ne communiquai mon projet à personne qu'à lord Wilmot, tous les autres me prièrent de ne pas leur faire connaître mes desseins de peur des aveux qu'ils pourraient être contraints à faire. Lord Wilmot se dirigea donc vers Londres, les autres gens de qualité et officiers qui m'avaient suivi allèrent joindre les trois mille cavaliers débandés de Leslie et, presque aussitôt après leur réunion à cette troupe, furent mis en déroule par un simple détachement de cavalerie.

« Dès que je fus déguisé, je pris avec moi un paysan nommé Richard Penderell que M. Giffard croyait pouvoir me garantir honnête homme. Le matin du lendemain de la bataille, je quittai la maison avec lui; je me trouvai bientôt dans un grand bois et. me tins sur la lisière le plus près possible du chemin afin de mieux reconnaître ceux qui nous poursuivaient. »

Un corps de cavalerie passa sur la route, mais, peutêtre parce qu'il plut toute la journée, personne no s'avisa de fouiller ce bois où Charles passa le jour entier sans nourriture. Son compagnon Richard Penderell ne connaissait pas la route de Londres, et cela contribua à faire

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changer au roi son itinéraire. La nuit venue, ils gagnèrent non sans difficultés la demeure d'un gentilhomme du nom de Wolf, à qui Penderell fit connaître un peu imprudemment le nom du fugitif qui lui demandait asile. .Woli' les reçut avec empressement et loyauté. La maison était surveillée, les cachettes connues, pour avoir trop souvent servi dans ces temps de proscription, le roi fut caché dans une grange. La nuit suivante il revint sur ses pas et gagna la demeure d'un des frères de Penderell où il sut que Wilmot était réfugié dans le voisinage et qu'il y avait aussi près de là un certain major Gareless que le roi connaissait ccimme digne de toute confiance. Il le fit venir et lui ayant demandé conseil : <( Il serait égalenîent dangereux pour Votre Majesté, lui dit Gareless, soit de demeurer dans la maison où elle se trouve, soit de se jeter dans le bois ; je ne connais qu'un moyen de passer la journée de demain, c'est de monter sur un grand chêne placé au milieu d'une jolie plaine bien ouverte : de là nous pourrons voir tout autour de nous; et l'ennemi fouillera certainement le bois. »

«J'approuvai cette idée; Gareless et moi nous partîmes donc emportant avec nous, pour toute la journée, une lé- • gère provision de pain, de fromage et de petite bière, mais rien de plus; et nous montâmes sur le grand chêne; ébranché trois ou quatre ans auparavant, il avait repoussé depuis et était devenu si gros et si touffu que Tœil ne pouvait percer à travers, nous y restâmes le jour, entier.... Pendant que nous étions sur notre arbre, nous vîmes des soldats aller et venir dans le plus épais du bois pour chercher ceux qui auraient pu s'y sauver et de temps en temps regarder hors du bois. »

Ce chêne devint célèbre dans la suite sous le nom de Chêne royal, et finit par disparaître, enlevé morceau à morceau par les jacobites.

Après s'être concerté avec Wilmot caché dans le voisi-

nage, et le colonel Lane qui demeurait près de là, il fui convenu que Ch «ries voyagerait comme domestique d'une sœur de ce dernier.

< La nuit suivante je partis pour me rendre chez le colonel Lane; j'y changeai mes vêtements contre un habit un peu meilleur et convenable à un homme de service. C/était un surtout de drap gris. Le lendemain, mistress Lane et moi nous nous mimes en route pour Bristol. Mais nous n'eûmes pas marché deux heures que la jument que je montais perdit un de ses fers. Nous nous vîmes donc forcés d'en aller chercher un dans un village écarté. Tout en tenant le pied de mon cheval, je questionnais le maréchal sur ce qu'il y avait de nouveau. « Rien que je sache, me dit-il, depuis l'excellente nouvelle de la défaite de ces coquins d'Écossais, d Je lui demandai encore si Ton n'avait donc pas mis la main sur quelques-uns des Anglais qui s'étaient joints aux Ecossais. « Je n'ai pas entendu dire, répondit-il, qu'on se fût emparé de ce scélérat de Charles Sluart, on a pris quelques-uns des autres, mais non pas lui. — Pour ce coquin-là, dis-je, si on le tenait, il mé* riterait plus que tous les autres d'être pendu pour avoir amené les Ëcossais dans le royaume. » A cela il s'écria que c'était parler en brave homme et nous nous séparâmes ainsi. »

Après d'autres aventures assez menaçantes, ils arri* vèrent dans la maison de M. Norton, parent de mistress Lane. Le roi y fut présenté par elle, au sommelier Pope, comme son domestique malade et digne d'intérêt. Le lendemain, pendant qu'il déjeunait avec quelques gens de service, un de ces hommes se mit à faire une description si détnillée de la bataille de Worcester, que«Charles le prit pour un soldat de Gromwel; il sut bientôt que c'était au contraire un soldat de l'armée royale, et en continuant à le questionner il apprit qu'il avait fait partie du régiment des gardes. — « Je lui demandai quel homme

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