‹ Les évasions célèbresChapitre 30 sur 49 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

était le roi ; il me répondit en me faisant une exacte description des vêtements que je portais et du cheval que Je montais dans l'action, puis me regardant, il ajouta que lo roi était d'au moins trois pouces plus grand que moi. Je me hâtai de quitter la sommellerie, beaucoup plus effrayé quand je sus que cet homme était un de mes propres soldats, i

Charles apprit quelques instants après que Pope le sommelier l'avait reconnu, et, cet homme lui ayant été donné pour honnête et incapable de trahison, il jugea sagement que le plus sûr était de se confier à lui ; ce qu'il fit immédiatement. Pope se mit tout entier à ses ordres, et lui rendit les plus grands services. Au moment où le roi allait partir pour se rendre chez un de ses partisans, la maîtresse de la maison, mistress Norton, fut prise des douleurs de l'enfantement; elle était cousine de mistress Lane, dont Charles passait pour le domestique, et on ne pouvait trouver de prétexte plausible pour que mistress Lane quittât en ce moment sa parente. On s'avisa de fabriquer une lettre adressée à mistress Lane, et lui annonçant que son père était dangereusement malade. Ainsi motivé, le départ eut lieu avec sécurité, et les fugitifs arrivèrent à Trent, chez Frank Wyndham. Tandis qu'il y était, Charles entendant sonner les cloches en réjouissance, s'informa du motif, et apprit qu'un cavalier de l'armée de Cromwell se vantait d'avoir tué le roi et de porter son justaucorps.

Cependant Wyndham avait nolisé un navire, et Charles, accompagné de ce fidèle gentilhomme et d'une dame Goningsby, était allé l'attendre au point où il devait s'em-^ barquer. Le navire n'ayant pas paru, on se dirigea vers Burport, l'endroit le plus proche.

i En y arrivant, nous vîmes les rues pleines d'habits rouges. C'étaient quinze cents soldats de Cromwell. A cette vue Wyndham troublé me demanda ce que je prétendais

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faire. « U nous faut, répondis-je, entrer effrontément dans ïvi meilleure auberge de la ville et y demander la meilleure chambre... » Nous nous rendîmes donc à cheval dans la plus fameuse auberge de Tendroit ; nous en trouvâmes la cour remplie de soldats; je mis pied à terre, et prenant les chevaux par la bride, je pensai que le mieux était de me jeter à Tétourdie au milieu de la foule et de conduire nos montures à Técurie à travers ces soldats; je le fis, oX eux se mirent fort en colère de ma grossièreté. »

Arrivé dans Técurie, Charles se trouva en présenced*uii nouveau danger. Le palefrenier prétendit le reconnaître pour un ancien camarade, qu'il avait connu à Ëxeter. Le roi eut assez de présence d*espril pour profiter de cette demi-méprise et répondit : « C*est vrai, j*ai été au service de H. Potter, mais je suis pressé en ce moment, mon maître va à Londres et reviendra bientôt ; à mon retour nous renouvellerons connaissance devant un pot de bière. » Peu de temps après, le roi et sa suite rejoignirent lord Wilmothors de la ville, mais le maître du vaisseau qu'on avait retenu, cédant aux craintes de sa femme, se refusa à remplir ses engagements. Charles reprit, consterné, le chemin de IVent. Un autre vaisseau qu'on s'était procuré À Southampton fut saisi par les autorités pour un transport de troupes, et des bruits mystérieux qui circulaient aux environs rendirent périlleux un séjour plus prolongé chez le colonel Wyndham. Le roi tmuva près de Salisbury, à Ileale, un asile où il resta cinq jours, pendant lesquels le colonel Gunter, par l'entremise d'un négociant royaliste, nommé Mansel, arrêta un bâtiment charbonnier qui se trouvait à New-Shoreham. Charles se rendit à la hâte à Brighton, où il soupa avec Gunter Mansel et Tattershall, le maître du bâtiment. A table, Tattershall tint ses yeux fixés sur le roi; puis, après souper, prenant Mansel, il se plaignit d'avoir été trompé. Le gentleman habillé en gris était le roi; il le connaissait bien, ayant été

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