‹ Les évasions célèbresChapitre 33 sur 49 · JEAN BART ET LE GHËYALIER DE FORBIN · texte numérisé non relu

JEAN BART ET LE GHËYALIER DE FORBIN

la prison de nos marins, et s'entendit avec eux sur les moyens de les délivrer. Il leur apporta une lime avec laquelle ils coupèrent les barreaux de leurs fenêtres, cachant les brèches qu'ils y faisaient avec de la mie de pain mêlée de suie.

Il se trouva de plus que le chirurgien, envoyé près d'eux pour soigner leurs blessures, était Flamand, prisonnier lui-même des Anglais, et non moins désireux que ses deux malades de recouvrer sa liberté. Enfin les deux mousses qu'on avait mis au service des prisonniers se laissèrent gagner par eux. Les deux capitaines étaierit assez pourvus d'argent et assez connus pour qu'on se fiât à leurs promesses. 11 ne restait plus qu'à se procurer une embarcation ; les deux mousses, qui pouvaient sortir librement et aussi souvent qu'ils le voulaient, se chargèrent de la leur trouver. Ils avisèrent un jour sur le port une chaloupe norvégienne, dont le patron ivre-mort dormait profondément. Transporter l'ivrogne dans une embarcation voisine, délier l'amarre du canot et le conduire dans un coin écarté fut pour les deux jeunes gens l'affaire de quelques instants. Puis ils coururent à la prison. On peut juger s'ils y furent bien accueillis.

Quand le chirurgien vint faire sa visite, on le chargea d'aller au plus vite dire au pêcheur ostendais de porter dans le canot détourné par les mousses tous les objets de première nécessité pour une navigation de quelques jours; c'est-à-dire du pain, du fromage, de la bière, un compas de route et une carte marine. Si tout réussissait à souhait, le chirurgien devait revenir à minuit, avec le pêcheur et les deux mousses, sous les fenêtres de la prison. Une pierre lancée doucement contre les vitres devait servir de signal aux prisonniers.

 l'heure dite, ce signal impatiemment attendu se fit entendre. Les prisonniers enlèvent les barreaux de la fenêtre, fixent solidement les draps de leurs hts, noués bout

i^O LES ÉVASIONS CÉLÈBRES.

à bout, descendent l'un après l'autre et arrivent à terre sans accident. Le chirurgien, le pécheur et les deux mousses, qui les attendaient, les conduisirent en toute hâte à la petite crique où était amarré le canot norvégien ; ils s'embarquèrent aussitôt, à Tcxception du pêcheur qui retourna tranquillement à son bord.

En quittant Plymouth, nos fugitifs eurent une Chaude alerte. Un bâtiment de guerre, qui surveillait Je port, les aperçut et gouvernant sur eux leur cria : « Wheregoesthe boat? » (Où va la chaloupe?) Par bonheur Jean Bart savait un peu d'anglais ; il répondit d'une voix assurée : « Fisherman » (pécheur), et le bâtiment anglais s'éloigna sans méfiance.

Pendant que la petite embarcation se dirigeait vers les côtes de France, le lieutenant deForbin, prisonniercomme son capitaine, avait dû se résigner à le voir partir sans le suivre. Il avait un bras de moins, une corpulence extrême, et, sans pouvoir rendre aucun service durant la traversée, il aurait singulièrement compromis l'entreprise. Il resta donc dans la prison, et vint en aide aux fugitifs en amusai't les gardes au moment décisif, puis , les oiseaux envolés, en parlant à haute voix et sur des tons différents, comme s'il se fût entretenu avec ses compagnons. Bientôt après le brave officier retira de la fenêtre les draps qui avaient servi à l'évasion, et alla se coucher tranquillement.

Le lendemain, il montra la plus grande surprise quand on lui dit que ses compagnons s'étaient enfuis, feignit de ne pas croire qu'ils eussent pu l'abandonner ainsi et, s'emporta contre eux en les maudissant comme des traîtres. Les Anglais se baissèrent prendre à sa ruse et le questionnèrent sur ce qui s'était passé les jours précédents, espérant qu'il pourrait leur fournir quelques indices sur la direction suivie par les fugitifs. — « Ces traîtres, dit-il, ne m'ont nen confié de leur dessein; tout ce que je

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