‹ Les évasions célèbresChapitre 36 sur 49 · DUGUAY-TROUIN · texte numérisé non relu

DUGUAY-TROUIN

par-dessus le mur du jardin, avec un autre officier prisonnier comme lui, et trouva au rendez-vous assigné son maitre d'équipage, son chirurgien, son valet et les six matelots suédois qui escortèrent les fugitife jusqu'à la chaloupe.

(( Nous nous embarquâmes, dit-il, dans ses Mémoires, vers les six heures du soir. Aussitôt nous fîmes route, et trouvâmes en passant dans la rade deux vaisseaux de guerre anglais qui nous interrogèrent ;'nous leur répondîmes comme aurait fait un bateau pêcheur anglais, et continuant notre chemin, nous étions à la pointe du jour en dehors de la grande rade. Nous nous trouvâmes alors assez près d'une frégate anglaise qui entrait à Plymouth. Je ne sais par quel caprice elle s'opiniâtra à vouloir nous parler; mais il est certain que nous allions être repris, si le vent, qui cessa tout d'un coup, ne nous eût mis en état de nous éloigner à force de rames.

« Nous la perdîmes enfin de vue, et nous nous trouvâmes en pleine mer, outrés de lassitude d'avoir ramé si longtemps et avec autant d'action. La nuit vint, pendant laquelle nous nous relevions, mon maître d'équipage et moi, pour gouverner, sur un compas de route éclairé d'un petit fanal. Je me trouvai, tenant le gouvernail, si excédé de fatigue, que le sommeil me surprit; mais je fus bien promptement et bien cruellement réveillé par un coup de vent qui, donnant subitement et avec impétuosité dans la voile, coucha la chaloupe et la remplit d'eau en un instant. Aussitôt je larguai l'écoute et, poussant en même temps le gouvernail à arriver vent arrière, j'évitai par cette prompte manœuvre un naufrage d'autant plus désastreux que nous étions éloignés de plus de 15 lieues de toute terre. Mes compagnons qui dormaient furent aussi bientôt réveillés, ayant de l'eau par-dessus la tête. Notre biscuit et notre baril de bière, dans lequel la mer entra, furent entièrement gâtés, et nous fûmes très-longtemps à vider

l*eau avec nos chapeaux... Le jour suivant, vers les huit heures du soir, nous abordâmes à la côte de Bretagne à deux lieues de Tréguier. » (Mémoires de Duguay-Trouin, collection Michaud-Poujoulat.)

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