‹ Les évasions célèbresChapitre 38 sur 49 · ET AUTRES CHEFS DE L'INSURRECTION JACOBITE · texte numérisé non relu

ET AUTRES CHEFS DE L'INSURRECTION JACOBITE

Pendant Tinsurrection jacobite de i715, un grand nombre de partisans du chevalier de Saint-Georges, faits prisonniers à Preston, furent conduits à Londres et enfermés à Newgate ou dans d'autres prisons de la métropole.

Parmi ces prisonniers figuraient Thomas Forster de Bamborough, homme d'une excellente famille et membre du parlement pour le comté de Northumberland, commandant en chef de Tinsurrection dans le nord de l'Angleterre; Mac-lntosh de Borlum, comjnunément appelé le brigadier Mac-Intosh, gentilhomme montagnard, qui avait appris l'arl de la guerre au service de la France ; Jiobert Hepburn de Keith, un des premiers lairds qui eussent arboré l'étendard du chevalier de Saint-Georges; Charles Radcliff, frère du comte de Derwentwater, un des chefs de l'insurrection en Angleterre, el les comtes de Nithisdale et de Winton, qui avaient joué le même rôle en Ecosse.

Gomme presque tous leurs compagnons d'infortune, ils avaient conservé l'espoir que le fait do s'être rendus à discrétion leur sauverait la vie. Mais en voyait se succéder les décrets d'accusation de haute trahison, ils formèrent le projet de fuir, et l'argent qu'ils avaient à leur disposi-

tion, les amis qu*ils comptaient à Textérieur, aussi bien que la construction des prisons où ils étaient détenus, donnaient à leurs tentavives plus de chances de succès qu*on ne paraissait le croire.

Ainsi, le 10 avril 1716, Thomas Forster, s'étant procuré de fausses clefs, ouvrit tout bonnement la prison de Ne^gate, et s'en échappa de la manière la pliissimple el la moins dramatique, à coup sûr; mais cette manière lui parut sans doute excellente, car elle lui réussit parfaitement. Tout était préparé pour sa fuite, et il arriva heureusement en France.

Le 10 mai suivant, le brigadier Mac-Intosh, ayant réussi à se débarrasser de ses fers et étant descendu vers onze heures du soir à Tétage infériear de la prison, se plaça près de la porte, et, au moment où on l'ouvrait pour laisser rentrer un domestique à cette heure tardive, ce qai œ témoignait pas en faveur de la discipline observée daas la prison, il terrassa le geôlier et s'évada avec quatorae de ses compagnons. Quelques-uns furent arrêtés de nouveau dans les rues faute de savoir où trouver un asile; quant ii Mac-Intosh, il parvint à se mettre en sûreté.

Parmi les prisonniers qui s'échappèratit enmème tenps que lui, se trouvait Robert flepbum de Keith. Doué d'une grande vigueur, il s'était rendu maître du porte-clefe et lui avait lié les bras, puis s'était enfui dans la rue sans être poursuivi. Il savait que sa femme et ia plupart des siens étaient à Londres, prêts à lui venir en aide, mais CMnnent les découvrir dans une si grande ville et probableniMit sous un nom emprunté? Tandis qu^ii errait, agité par cette incertitude et craignant de se découvrirpar la moindre question, il vit à me fenêtre donnant sur la rue ane ancienne pièce de vaisselle d'argent qui appartenait depais longtemps à sa famille et qu'on appdait le tamkard de Keith. Sans faire aucune question, le fugitif entra dans e^te maison où devaient être sa femme et ses enfonts, et

FORSTËR, ]|âG-IRTO&H, ROBERT DE KEITH. 141

lut reçu dans leurs bras. lostruits de san projet d'évasion, ils s'étaient logés le plus près qu'ils avaient pu de la prison, afin de lui offrir un lieu de refuge aussi vois» que possible, tuais ils n avaient pas osé le faire avertir du lieu où ils se trouvaient, et ils avaient placé ce vase d'argent à une fenêtre» dans Tespoir qu'il pourrait firai^ar ses yeux. Ilepburn de Keith réussit à f»asser ea Fraaee. «

Charles Radcliff et lord Winton» condanmés à mort, trouvèrent moyeu de s*échapper au^ de prison vers la mène époque, soit que leurs gardiens ne montrassent pas beaucoup de vigilance, soit qu'il fût aisé de rendre leur SKivetUaiiee moins rigoureuse.

Mais ce qui fit le plus d'impression sur le public, œ ftit l'évasion du comte de Nithisdalequi, de même que la plupert de ses compagnons d'infortune, était condamné au dernier supplice.

On avait fait les plus vives intercessions pour sauver la vie de ces malheureux seigneurs, mais tout avait été inutile. Lady Nithisdale, femme du lord condamné, aussi courageuse que dévouée, s'étant vainement jetée aux pieds du roi George pour im^orer sa merci, résolut de braver les rigueurs d'une loi barbare pour sauver son mari. Ayant obtenu la permission de lui faire ses adieux la veille du jour fixé pour l'exécution, elle se rendit à la Tour accompagnée de deux femmes qu'elle avait mises dans sa confidence. Une de ces femmes portait un double vêtement, elle en laissa un dans la chambre du comte de Nithisdale et sortit aussitôt de la prison. La seconde donna au prisonnier ses vêtements et mit elle-même ceux que la première venaitde quitter. Enveloppé d'une grande mante, le comte, un mouchoir appliqué sur ses yeux, comme une personne accablée d'afAiction, passa au milieu des sentinelles, sortit de la Tour et parvint à gagner la France. Lady Nithisdade devait, d'après la loi, payer de sa vie l'acte

héroïque qu'elle venait d'accomplir, mais elle réussit ellemême à s'échapper.

Quant au chevalier de Saint^eorges, arrivé avec son armée au pont de Hontrose, il s'embarqua secrètement, ainsi que le comte de Mar, son général en chef, et quelques autres gentilshommes, abandonnant ses fidèles montagnardsaux rigueurs d'un gouvernement irrité, et prenant plus de souci de sa personne que des malheureux qui avaient compromis pour lui leur fortune et leur tète. Son départ fut donc moins une évasion qu'une fuite peu honorable, que rien n'entrava du reste, et à laquelle ne saurait s'attacher aucune sorte d'intérêt. Il n'en fut pas de même de Tèvasion de son fils, le prince Charles-Edouard, dont nous allons parler.

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