‹ Les évasions célèbresChapitre 39 sur 49 · CHARLES-EDOUARD · texte numérisé non relu

CHARLES-EDOUARD

Après la bataille de Gulloden, qui fut la ruine de ses espérances, le prince Charles-Edouard n'avait d'autre ressource que la fuite pour échapper à la vengeance du gouvernement de George II. Sa tête fut mise à prix, et une récompense de trente mille livres sterling fut offerte pour la découverte et la capture de ce dernier rejeton d'une race royale. On s'imaginait, dit Walter Scott, que dans une contrée aussi pauvre que le sont les montagnes d'Ecosse, où les lois qui concernent les propriétés sont à peu près inconnues, et chez un peuple dont l'esprit de pillage était presque passé en proverbe, une récompense, même beaucoup moindre, aurait suffi pour éveiller la cupidité d'un traître et faire livrer le prétendant. Il n'en fut rien pourtant, et l'évasion de ce prince, si longtemps retardée par les poursuites des agents du pouvoir et si difficilement effectuée au milieu de tant d'obstacles, doit être citée, à l'honneur de l'Ecosse, comme un brillant exemple de fidélité.

Pendant la bataille de Culloden, Charles avait largement pris part au danger: il fut plusieurs fois couvert de la terre soulevée par les boulets, s'efforça à diverses reprises de rallier ses troupes, et d'après la plupart des témoins oculaires, s'acquitta des devoirs d'un commandant brave et habile. En quittant le champ de bataille, il congédia sous différents prétextes la plus grande partie des

cavaliers nombreux qui le suivaient, doutant peut-être de leur fidélité, et ne garda avec lui que quelques officiers irlandais, sur lesquels il croyait pouvoir compter. Il dirigea sa fuite vers Gortuleg, où il savait que lord Lovât résidait. Peut-être espérait-il que ce personnage, renommé pour sa sagacité, pourrait lui donner quelque bon conseil; peut-être espérait-il en recevoir des secours, car son fils, master Lovât, et Cluny Mac-Pherson son gendre, avaient levé Tun et l'autre des renforts considérables, et ils étaient en marche pour rejoindre l'armée du prince, quand la bataille de Culloden eut lieu.

Charles et Lovât se virent pour la première et la dernière fois, tous deux en proie à la terreur et à rembarras d'une position désespérée. Charles ne parla que de la détresse où FÉeosse se trouvait plongée; Lovât s'occupait uniquement de ses dangers personnels. S'étant bientôt aperçu qu'il n'avait à attendre de son hôte ni secours ni conseils, le prince prit à la hâte quelques rafraîchissements et partit. Gortuleg était un lieu dangereux à cause du voisinage de l'armée victorieuse, et peut-être la fidélité de Lovât parut-elle suspecte. Charles fit halte ensuite à Invergarry, château appartenant au lord de Glengarry, où deux saumons qu'un pécheur venait de prendre lui fournirait un repas. En punition de cette hospitalité momentanée, les soldats anglais pillèrent et saccagèrent le château peu de temps après. D'Invei^arry, le prince fugitif pénétra dans les mcmtagnes de l'Ouest et se logea dans un village nommé Glenbeisdale, près de l'endroil qù il avait débarqué en venant de France. Renonçant alors tout à bit à poursuivre son entreprise, il envoya un message aux chefs et aux soldats qui, d'après ses ordres, s'étaient réunis à Ruthven, pour leur exprimer toute sa, gratitude et les engager à pourvoir à lâir sûreté en leur faisant connaître son iiUention de se retirer en France. Vainement ses partisans s'efforcèrent de le déterminer à eomrir

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avec eux de nouveaux hasards, Charles ne pouvait se faire illusion et. ne voulut pas exposer à une perte certaine les hommes dévoués qui ne prenaient conseil que de leur courage et de leurdésespoir.

S*étant donc séparé de ces fidèles serviteurs, il passa dans le groupe des îles Hébrides, nommé Long-Island, espérant trouver un bâtiment français sur les côtes de ces lies. Des vents contraires, des tempêtes, des désappointements de toute espèce, accompagnés de privations auxquelles il ne pouvait être que peu accoutumé, le chassèrent déplace en place et d'ile en île. Enfin il arriva dans South-Dist, celle des Hébrides où il avait débarqué au début de son expédition. Il fut y accueilli par Glanranald^ qui avait été le premier à se déclarer pour ce malheureux prince et qui lui fut fidèle dans sa détresse. Là, pour sa sûreté personnelle, Charles fut logé dans une hutte du genre le plus misérable, appartenant à un bûcheron nommé Corradale, et située sur la montagne sauvage qui porte le même nom.

Cependant on visitait avec le plus grand soin tous les lieux qui pouvaient offrir une retraite, et Ton fit surtout les plus strictes perquisitions dans les îles où Ton soupçonnait le prince fugitif d'avoir cherché un asile. Le général Campbell alla jusque dans Tile de Saint-Kilda, qui pourrait passer pour Texi rémité du monde habitable; de là il vint dans Tile de South-Uist, voulant continuer ses recherches du sud au nord des Hébrides, et il v trouva des chefs de Skye et de Mac-Leod, poursuivant comme lui le prince fugitif. Deux mille hommes faisaient les perquisitions les plus rigoureuses dans Tîle, dont les côtes étaient bordées de petits bâtiments de guerre, cotres, chaloupes armées, etc. 11 semblait absolument impossible que le prince échappât à de pareilles recherches, mais le courage d'une femme le sauva.

Cette feoHne était Flora Mac-Donald, dont le nom est

iU LES iViSiOiKS CÉUkBBBS.

pesAè cétéiire ea Écdsse. Elle éUit pareale de Clanmiakl et se trouvait alors ea visite chei ce chef à Omaclode, daas Soutli-Uist. Son beau-père^ du clia de sir Alexandre Mac-Donald, était par conséquent eanemidu Prétendant et il commandait la milice au nom de Mao-Donald <|m explorait alors Sotttli-Uist.

Ayant fermé k la hâte on plan pour sauver le prince, Flora défoua les dispositions hostiles de son beaii*>père, obtintdelui un passe-port pour die, un domestique et me servante qu'elle nomma Betty Burke. Le vUe de Betty devait être joué par le prince habillé en femme. 3otts ce déguisement, et après avoir été plusieurs fob en danger d'être pris, Charles arriva enitn à KilbridedansriledeSkye. Mais il était encore dans le pays de sir Alexandre Hac4>onald, et oe céief était dévoué au gouvernement ; le prince y courait autant de dangers que jamais. Ici le courage et la présence d'esprit de Flora se déployèrei^ de nouveau en laveur de Thomme si étrangement placé sous la protection d'une jeune fille. Elle résolut de confier son secret A lady Marguerite Hac-Denald, époiftse de sir Alenndre, et de s'en remettre A la compassion naturelle A unefennaeet au .sentiment oecret de jaoebitkme commun A la plupart des montagnardes écossaises.

Cette confidence A lady Marguerite était d'autant plus dangereuse, que son mari passait pour s'être engagé dans l'origine A se joindre avec son clan à Tannée du prince ; il s'était eusiute déterminé A foire prendre les armes, en ffrveur du gouveraenMnt, A ses vassaux, qui disaient mainte* nant partie des troupes auxquelles Chûtes venait d'échapper A grand'peine. Lady Haq^uerite fut effrayée de culte révétation. Son mari éteit absent et sa maison remplie d'e(^ flcîers de milice. Elle ne trouva pas de meilleur moyen pour la aâreté du prince que de le confier aux aoins de Mac- Donald de Kingsbourg, homme plein de courage et d'întoUigence, qui remplissait les fonctions d'agent ou 4*in-

tendant île «r AlexandiiB. FlmsL se «i^angfea 'Biio«*e de OMMlum Oftarlefi (ib» Mafi-lyornaM éR iGîiigri»mirg,* et le prMW ini assez l>e«paiis pour dévaler d^èbre iteooinm en cà»n», ^pieique H'air pmàhe d «n homiiie ipoptant des 'véleHiBiit£ ide iemnie au t :altiré ^ «oupçon sir lui len plus d'^Hie^eccftsiesL

De Eàagshom^g êH «e retira à Rafia, «on îîl «e itriniva 'daiB fo pke grande détrefise, oelte iie ayant él^é |>illée parce -fne 'le iaird avait ^is part à rinsuriteclâoR; ipenidaut «eette fériade fde «a finie, il .passait pour le dennestiqne de son ^oâde. Le 3pa^ Au Iaird de lla&4^iniiaii «devifitt «B6iiîle«ini prfuge AeiEfiotraire ; saàis, maà^è les -efforts de oe olief -en sa iaèrnÊT^ il ne put tnoirver ni nepos jii sûreté dans >oette partie de ÏAe «de Skye, et &t obligé de retatrer encapeaine fois <6tt iioafi6e*oi^ «ur ^^ «demande, on le débanqiia «wr les baods «du iae HmisL II s'y IroHva .ex|BtDié à des <daK$ers|du6 finoone^ peu «'en Csdlnt «qu'il ne^M fris. Un graiid 4b soldats étaient «occupés à papeonrir •œ dâstriot, beroaaii àe l'insurreûtion^ pays de La^ÂeL, de Kepfftock, de GlfiKgttrry eK d'Mils^es eèéfs jacaJMies. Le f^'inoe et «es ^ui* desae Érouweiit donc lié^tèt ei^rmés dans un eeitole de seatïAelles qoi, se croisaat les unes les ailles «dans l^nss par^oems, otaie^t «Mtx fugitifs S>ottti»o^n de«'a«aii06r dans l'ifliérieur du pây^. Après àveâr passé deux ^nrs enlonrés d*<enMMiis, saqs oser aUnooer du feu pom* eniiie leurs alimeaÊÊ&9 ik évitëre&t eafin le «danger qui les œenaçaàt, en rao^MHfitpar im défilé étriiîtet «bscnr fui «éparait lei postes «de 4em% sentinelles.

Vivant ainsi dans l'Âiiqiiîédude €t le déaumant, ses lia- ^tlfi tosibai^ en iainJ^auK^ sauiseal «ans oourrkure;, sans Cn^tsattsahii, le jaiudàenreiiK pnace, Buâqiiemeitf soiiteua par l'-e^stoir d'apprendre «fue 4pMiqi^ bàtiDiait £raaçaîs s'afqmdierait -de la côte, arriva enfin dans les mottlagnes 4e StraOï-ÊLass, et avec AlenMadale, qui était alo» sfittl «cam^agnon, kst Mïigè de eh^r^ber un asUe dans

une caverne qui servait de refuge à sept bandits. On ne doit pas entendre par ce mot de bandits des voleurs ordinaires, c'étaient des proscrits, obligés comme Charles à se cacher, parce qu'ils avaient pris part à Tinsurrection, et qui vivaient des besiiaux dont ils pouvaient sVmparer dans le voisinage. Ils accordèrent volontiers un asile au fugitif, et reconnaissant en lui le prince pour lequel ils avaient plusieurs l'ois exposé leur tète, ils lui jurèrent un dévouement inviolable. Parmi ses sujets les plus obéissants et les plus attachés, jamais Charles-Edouard ne trouva plus de fidélité, plus de zèle et de secours effectifs, que de la part de ces hommes devenus les ennemis du monde et de ses lois. Voulant lui donner toute TassistanV^e possible, ces hardis maraudeurs entreprirent de lui procurer des habits, du linge, des vivres et des nouvelles. Ils y procédèrent d une façon conforme au mélange de simplicité et de férocité qui formait alors le fond du caractère montagnard. Deux d'entre eux se mirent en embuscade sur ie passage du domestique d'un officier, qui se rendait au Fort-Augustin avec le bagage de son maître, et le tuèrent. La valise dont il était chargé leur fournit les vêtements qu'ils voulaient procurer au prince. Puis l'un deux, s'ètant bien déguisé, se hasarda à pénétrer dans le Fort-Augustin, y obtint des renseignements précieux sur les mouvements des troupes et, voulant remplir dans toute son étendue la mission qu'il s'était donnée, il crut dans la simplicité de son cœur, dit Walter Scott, ne pouvoir mieux régaler le malheureux prince qu'en lui rapportant un morceau de pain d'épice» d'un sou.

Charles-Edouard passa dans leur caverne près de trois semaines, et ce fut avec les plus grandes difficultés qu'ils consentirent à le laisser partir. •( Hestez avec nous, lai disaient-ils, les montagnes d'or que ie gouvernement a promises pour votre tête, engageront peut-être quelque gentilhomme à vous trahir, car il lui sera facile d'aller en-

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