‹ Les évasions célèbresChapitre 43 sur 49 · ÉVASION DE DOUZE PRÊTRES · texte numérisé non relu

ÉVASION DE DOUZE PRÊTRES

SAUVÉS PAR QEOFFROV S A I NT-H I L Al R E — SEPTEMBRE 1792 —

Le 13 août 1792, Haiiy, Lhomond et les autres professeurs du coll(^ge du Cardinal-Lemoine furent arrêtés, comme prèlres non assermentés, et renfermés au séminaire de Saint-Firmin, converti en prison. Près de là demeurait un jeune étudiant qui devait bientôt devenir une des gloires de la France. C'était Geoffroy Saint-Hilaire. 11 avait fait ses études au collège du Cardinal-Lemoine, et non moins dévoué à ses maitres que passionné pour la science, sans s'occuper du danger auquel il s'exposait luimême en ce moment de réaction terrible, il résolut de I sauver Haûy et ses compagnons d'infortune. A force de démarches il détermina les membres de l'Académie des sciences à réclamer en faveur d'Haûy; un ordre de mise en lilierté fut accordé, Geoffroy l'apporta en loute hâte, et quelques jours après, Haûy obtint de Tallien, pour Lhomond, la liberté que Geoffroy et l'Académie lui avaient fait rendre à lui-même.

Hais plus eurs des collègues d'Haûy restaient encore sous les veirous. On était à la veille des massacres de septembre et, sans que rien de ces projets atroces fût officiellement connu du public, après le manifeste de Brunswick, on s'attendait à quelque chose de terrible. Geoffroy veut, à tout prix, arracher ses maîtres au péril

i$i LES ÉVASIONS GÈLÈBnES.

qui les menace. Le S septembre, au moment où déjà les massacres commençaient à TAbbaye et à la Force, il prend le costume d*un commissaire des prisons, parvient iiimi jusqu*aux détenus et leur fait part des moyens qu'il a préparés. pour faciliter leur évasion. — « Non, répond i'und'eux, Tabbé de Keranran, non, nous ne quitterons pas nos frères, notre délivrance rendrait leur perte plus certaine. » Ce sublime refus désola Geoffroy sans le décourager. La nuit venue, il se rend avec une échelle à Saint-Firmin, à un angle de mur que, le matin même, il arait, afln de tout prévoir, indiqué à Tabbé de Keranran et à ses compagnons. Il passa là plus de huit heures sans que personne se montrât. Enfin un prêtre parut et fut bientôt mis hors de la fatale enceinte. Plusieurs autres, so succédèrent. L'un d*eux, en franchissant le mur avec trop de précipitation, fit une chute et se blessa au pied, Geoffroy le prit dans ses bras et le porta dans un chantier voisin. Puis il courut de nouveau au poste que son dévouement lui avait assigné et d^autres prêtres s'échappèrent encore avec son aide. Douze victimes avaient été arrachées à la mort, lorsqu'un coup de fusil fut tiré du jardin sur Geoffroy et atteignit ses vêtements. 11 était alors sur le haut du mur et, tout entier à ses généreuses préoccupations, il ne s'apercevait pas que le soleil était levé. Il lui fallut descendre et s'éloigner, à la fois heureux et désespéré, car ceux qu'il n'avait pu tirer de leur prison, il ne devait plus les revoir. {Vie d* Etienne Geoffroy Saint-Hilaùre, par Isidore Geoffroy.)

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