LE COLONEL DE RICHEMONT
En i807, le baron de Richemont, colonel français, fut pris par un corsaire anglais avec le navire qui, de l'île de France, Tamenait en Europe. La ville de Chesterfield lui fut assignée pour résidence. 11 y avait environ dixhuit mois que Richemont était en Angleterre, toute proposition d'échange avait été refusée et sa captivité semblait devoir se prolonger indéfiniment, lorsqu'un matin il troifva dans son journal une nouvelle qui fit sur lui une impression profonde.
f Je venais de lire et de relire à deux fois, dit-il dans ses Mémoires, que le colonel Crawford s'était sauvé de Verdun, où il était prisonnier sur parole, et que, ne voulant pas reprendre le commandement de son régiment sans que sa conduite eût été approuvée, il avait réclamé ua jury, lequel avait déclaré qu'étant retenu prisonnier contre le droit des gens, il avait légitimement agi en rompant la prétendue obligation qui lui avait été imposée. Cet article m'absorba tout entier, et je le relus une troisième fois avec une profonde attention. J'y trouvai les détails de son évasion, c'est-à-dire le moyen que lui avait suggéré le sentiment de son droit, d'après son appréciation, et la ruse à laquelle il avait eu recours pour assurer sans danger le succès de son entreprise. Il avait sollicité du gouvernement français la permission d'aller prendre
les eaux à Spa, sous promesse de revenir se constituer prisonnier à Verdun, et il avait profité de cette faveur, accordée avec la confiance qu*inspire la parole d'un galant homme, pour retourner en Angleterre. On devine toutes les pensées qu*un tel événement fit surgir dans mon esprit. J'étais aussi retenu en violation du droit des gens, et ma position était bien autrement constatée que celle du colonel anglais ; car c'était un jugement de la haute Cdur de l'amirauté qui avait proclamé la neutralité du bâtiment sur lequel j'avais été arrêté. J'avais protesté officiellement contre l'iniquité de ma détention et, certes, il ne pouvait me venir en l'idée de solliciter un permis de voyage pour faciliter ma fuite. Je devais d'ailleurs me trouver relevé de toute espèce d^engagement par la déclaration du jury qui avait prononcé l'absolution du colonel Crawford ; je ne pouvais plus être retenu par le moindre scrupule de délicatesse. >
Sa détermination une fois prise, Richetnont s'associa un Français, officier de marine, qui déjà lui avait proposé de s'enfuir. Leur plan arrêté, il écrivit à messieurs du Transport-O.'fice une lettre où il leur déclarait son intention de sortir d'Angleterre et leur exposait les motifs et le verdict du jury angla's qui l'y déterminaient.
« Celte lettre, mise à la poste deux heures après que j'eus quitté Chesterfield, était entre les mains de messieurs du Transport-Office le jour même où je suis entré dans Londres, et je n'ai quitté l'Angleterre que huit ou .dix jours après. Je leur ai donc donné tout le temps nécessoire pour fuire leurs recherches ; mais, en bonne conscience, ils ne devaient pas s'attendre à ce que j'allasse moi-même me livrer à leur générosité. ■
Les deux fugitifs, qui se faisaient passer pour Espagnols et qui avaient la bourse bien garnie, gagnèrent heureusement Londres : ils en repartirent immédiatement en poste pour Folkestone, où se trouvait certain contrebandier snr lequel Uichemont s'était procuré les renseigne-