‹ Les évasions célèbresChapitre 48 sur 49 · MARRAST, GUINARD, GODEFROY CAVAIGNAC · texte numérisé non relu

MARRAST, GUINARD, GODEFROY CAVAIGNAC

diamètre, et dirigée de manière à venir affleurer par son extrémité le sol du jardin de la maison située rue Copeau, n^ 7. Grâce à leurs intelligences avec le dehors, ils trouvèrent tout préparé dans cette maison pour faciliter leur fuite sans compromettre personne. Vers neuf heures du soir, ils percèrent la croûte de terre qui séparait encore leur galerie de Tair libre, passèrent ainsi de Sainte- Pélagie dans le jardin, et de là se sauvèrent par groupes ou individuellement. Les journaux ministériels dirent qu'ils s'étaient procuré une fausse clef de la porte de la cave ; suivant le National, cette cave était de tout temps à la disposition des détenus. Pendant que vingt-huit d'entre eux s'évadaient, quinze autres environ se refusèrent à les suivre pour divers motifs, ou en furent empêchés par la maladie ; mais ceux d'entre eux qui n'étaient pas retenus à la chambre se tinrent dans la cour, d'où on ne les faisait remonter qu'à dix heures, et leur présence en ce lieu, leurs conversations et leur bruit empêchèrent, diton, les' gardiens de soupçonner l'évasion des autres. En un mot, cette évasion fut si facile et si favorisée par une foule de circonstances, qu'on alla jusqu'à dire que l'autorité l'avait aidée pour simplifier un procès fort difficile à terminer.

Ceux des prisonniers qui passèrent à l'étranger n'eurent pas non plus beaucoup d'obstacles à surmonter. Armand Marrast et ses compagnons de voyage furent cependant arrêtés par les gendarmes à 40 kilomètres de la frontière et sur une route de traverse qu'ils croyaient très-sûre. Depuis deux heures ils se voyaient retenus sous la main d'un brigadier de gendarmerie quand heureusement l'adjoint du pays survint. Marrast l'interpella vivement : « Monsieur, lui dit-il, je vous rends personnellement responsable des dommages que me cause le retard que j'éprouve ; voilà deux heures que j'attends votre présence pour me délivrer des ridicules méprises

de ces gendarmes qui me prennent pour je ne sais qui. » L'adjoint, un peu confus, examina avec grand soin ien pa8se*ports des deux voyageurs qui, bien entendu, étaient parfaitement en règle, et les laissa partir. Le soir même Harrast, guidé par des contrebandiers, passait la frontière sans obstacle.

Il en fut de môme de M. Guinard. Arrivé à Compiègne chez un de ses amis, celui-ci, pour plus de sûreté, ne trouva rien de mieux que défaire dtner le fugitif avec le procureur du roi. Le magistrat, qui avait sous la main, on peut le dire, une belle occasion d'avancement, ne suspecta pas le moins du monde Tagréable convive qu'on lui donnait. Quand la soirée fut terminée, t*ami enleva son hôte dans un cabriolet bien attelé et le conduisit jusque prés de la frontière, puis un contrebandier, dont on s'était assuré, flt traverser les lignes de douane au fugitif.

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