ATTALUS
sur la route de Champagne. Comme ils s^avancent, ils entendent un piétinement de chevaux qui galopent. « Couchons nous à terre, dirent-ils, pourn*êtrepas vus desgens qui viennent. » Tout à-coup se présenta à eux un grand buisson de ronces ; ils passent derrière et se jettent à terre, Tépée à la main, afin que s'ils étaient découverts, ils fussent prêts à se défendre, comme s'ils avaient affaire à des voleurs. Arrivés en cet endroit, les cavaliers s'arrêtèrent devant le buisson, et l'un d'eux se mit à dire : « Quel malheur que ces misérables se sauvent sans qu'on puisse les retrouver ! mais je jure par mon salut que si, on parvient à les prendre, je ferai prendre l'un et hacher l'autre en morceaux à coups d'épée. » C'était le barbare, leur maître, qui disait cela ; il venait de la ville de Reims en les cherchant et ils les aurait certainement rencontrés en route, si la nuit ne l'en eût empêché. Les chevaux se mirent en marche et s'éloignèrent. Léon et Attalus atteignirent la ville (Reims) cette nuit même ; et lorsqu'ils y furent entrés, ils trouvèrent un homme auquel ils demandèrent où était la maison du prêtre Paulellus. Cet homme la leur indiqua; Comme ils traversaient la place, la cloche sonna matines, car c'était un dimanche, ils frappèrent à la porte du prêtre, entrèrent chez lui, et le serviteur lui fit savoir qui était son maître. « Ma vision se vérifie, dit le prêtre, car cette nuit je voyais deux colombes venir en volant se poser sur ma main ; l'une des deux était blanche, l'autre noire (ce mot a fait penser que Léon était nègre). — Que le Seigneur nous pardonne, reprit l'esclave, de ne pas observer son saint jour (le dimanche on ne mangeait qu'après la messe) : nous vous prions de nous donner quelque nourriture, car voilà la quatrième fois que le soleil se lève sans que nous ayons goiUé ni pain ni viande. » Le prêtre cacha les deux jeunes gens, leur donna du pain trempé dans du vin, et s'en alla à matines. Le barbare à son tour arriva, cherchant toujour s ses esclaves, mais il s'en retourna trompé
20 LES ÈYASIOKS CÉLÈBRES.
par le prêtre, qui était lié d'ancienne amitié avec le bienheureux- Gregorius. Les jeunes gens, après avoir réparé leurs forces par un bon repas, restèrent deux jours dans la maison du prêtre ; puis ils partirent et arrivèrent enfin auprès de saint Gregorius. L*évêque, rayi de voir ces jeune»igens« pleura sur le cou de son neveu Âttalus ; quant à Léon, il le délivra de la servitude avec toute sa famille et lui donna une terre en propriété, sur laquelle il vécut libre le reste de ses jours avec sa femme et ses enfants. (Saint Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des FratwSy liv. Ht, ch. xv ; traduction de M. Henri Bordier,) Attalus fut dans la suite comte d'Âutun.