LOUIS II, COMTE DE FLANDRE
Louis 11, comte de Flandre, avait succédé en 1346, à Tâge de seize ans, à son père Louis l*'^. Les Flamands, d'accord avec le roi d'Angleterre, voulaient lui faire épouser Isabelle, fille de ce prince ; tandis que le duc Jean de Brabant s'était entendu avec Philippe VI, de Valois, roi de France, pour unir le jeune comle de Flandre à la maison de Brabant, en lui donnant sa fille. Louis II se refusait au mariage que ses sujets prétendaient lui imposer, « ne voulant pas, d^t Froissart, avoir à femme la fille de celui qui avoit son père occis, et lui dût-on donner la moitié du royaume d'Angleterre. Quand les Flamands ouirent ce, si dirent que leur sire étoit trop françois et mal conseillé, et qu'il ne leur feroit jà bien puisqu'il ne vouloit croire leur conseil. Si le prirent et le mirent en prison courtoise; et bien lui dirent que jamais il n'en istroit (sortiroit), s'il ne créoit leur conseil.
a Longuement fut le jeune comte au danger (pouvoir) de ceux de Flandre et en prison courtoise ; mais il lui ennuyoit, car il n'avoit pas ce appris. Finablement il mua son propos ; je ne sais s'il le fît par cautelle ou de volonté ; mais il dit à ses gens qu'il créroit leur conseil, car plus de bien lui pouvoit venir d'eux que de nul autre pays. Ces paroles resjouirent moult les Flamands ; si le mirent tantost hors de prison et lui accomplirent une partie de
ses déduits, tant que d'aller en rivière et à ce étoit-il moult enclin ; mais il avoit toujours bonnes frardes, afin qu'il ne leur échappât ou fût emblé, qui Tavoient cmpris à garder sur leurs tôtes, et qui étoient du tout de la faveur du roi d'Angleterre... Cette chose procéda et dura tant que le jeune cotnte de Flandre eut en couvent à ses gens que volontiers il prendroit à femme la fille du roi d'Angleterre, et ainsi les Flamands le signifièrent au roi et à la reine, qui se tenoient devant Calais, que ils voulsisseni venir en l'abbaye de Bergues et là amener leur file, car ils y ameneroicnt leur seigneur ; et là se concluroit ce mariage. »
i.es fiançailles eurent lieu en effet, et les Flamands ramenèrent ensuite avec eux leur souverain.
« Le jeune comte de Flandre, poursuit Froissart, qui étoit revenu en son pays entre ses gens, alloit toujours en rivière et montroit par semblant que ce mariage aux .\ngiais lui plaisoit très-grandement ; et s'en tenoient les Flamands ainsi que pour tous asseurés, et n*y avoit mais sur lui si grand regard comme paravant. Si ne connaissoient pas bien encore la condition de leur seigneur ; car quelque semblant qu'il montroit dehors, il avoit dedans le courage tout françois, ainsi qu'il le prouva par œuvres ; car un jour il étoit allé voler en rivière, et l'ut la semaine qu'il devoit épouser la dessus dite damoiselle d'Angleterre, çt jeta son fauconnier un faucon après le héron, et le comte aussi un. Si se mirent ces deux faucons enchâsse et le comte après, ainsi que pour les loirrer (leurrer) en disanl : a Hoie ! hoie ! » VA quand il fut un petit élongé, et qu'il y eut l'avantage des champs, il féril son cheval des éperons et s'en alla toujours en avant, sans retourner, par telle muniére que ses gardes le perdirent ; si s'en vint ledit comte en Artois, et là fut asseuré ; et puis vint en France devant le roi Philippe et les François, auxquels il conta ses aventures, et comment par grand'subtilité il étoit