‹ Les évasions célèbresChapitre 8 sur 49 · LE DUC D'ALBANY · texte numérisé non relu

LE DUC D'ALBANY

— JV*. SIÈCLE —

Jacques III, roi d'Ecosse, voyait avec anxiété Tascendant que ses frères, le duc d'Albany et le comte de Mar, avaient acquis sur les cœurs de ses sujets ; et les insinuations des hommes vils et obscurs dont le roi faisait sa société intime changèrent bientôt cette anxiété et ces soupçons en une haine mortelle et implacable. Ces indignes favoris se mirent donc à remplir l'esprit du roi de terreur et d'appréhensions sur les dangers qu'il prétendait que lui préparaient ses frères. Ils lui racontèrent que le comte de Mar avait consulté des sorcières pour savoir quand et comment le roi mourrait et qu'elles lui avaient répondu que ce serait de la main de ses plus proches parents. Ils amenèrent aussi à Jacques un astrologue qui lui dit qu'il y avait en Ecosse un lion qui serait mis à mort par ses lionceaux. Tout cela fit une telle impression sur l'esprit timide et jaloux du roi, qu'il fit arrêter ses frères. Albany fut enfermé dans le château d'Edimbourg ; mais le sort de Mar fut décidé sur-le-champ. Le roi le fit étouffer dans un bain ou, selon d'autres historiens, lui fit tirer jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Albany courait grand risque d'éprouver le même sort ; mais quelques-uns de ses amis de France ou d'Ecosse avaient dressé leur plan pour le délivrer. Un petit sloop entra dans la rade de Leith, chargé de vins de Gascogne,

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el deux feuillettes furent envoyées en présent au prince, captif. La garde du château ayant permis qu'elles fussent portées dans la chambre d'Albany, le duc en les examinant en secret, trouva dans l'une une grosse boule de cire renfermant une lettre qui l'exhortait à s'échapper et lui promettait que le petit bâtiment qui avait apporté le vin serait prêt à le recevoir s'il pouvait gagner le bord de l'eau. On le conjurait en outre de se*hâter parce qu'il devait avoir la tête tranchée le jour suivant. Un gros rouleau de cordes était aussi renfermé dans le même tonneau, pour qu'il pût descendre du haut des murs du château jusqu'au pied du rocher sur lequel il est bâti. Son chambellan, serviteur fidèle, partageait la prison de son maître et promit de l'aider dans son en' reprise.

Le point principal était de s assurer du capitaine des gardes. Dans ce dessein, Albany l'invita à souper avec lui, sous prétexte de goûter le bon vin dont on lui avait fait présent. Le capitaine, après avoir posé des gardes où il croyait qu'il pouvait y avoir du danger, se rendit dans la chambre du duc, accompagné de trois soldats, et partagea la collation qui lui fut offerte. Après le souper, le duc lui proposa déjouer au trictrac, et le capitaine, assis à côté d'un grand féu et travaillé par le vin que le chambellan ne cessait de lui verser, commença à s'assoupir, ainsi que les soldats, â qui le vin n'avait pas été épargné davantage. Alors le duc d'Albany, homme vigoureux, dont le désespoir doublait encore les forces, s'élança de la table, et frappa de son poignard le capitaine, qui tomba roide mort. Il se déût de la même manière de deux des soldats, pendant que le chambellan expédiait le troisième, et ils jelèrent leurs corps dans le feu. Us vinrent d'autant plus facilement à bout de ces pauvres diables, que l'ivresse et la surprise les arvaient presque hébétés. Ils prirent alors les clefs dans li poche du capitaine, et, montant sur les murs, choisirent un coin reculé, hors de

7i) LES ÉVASlOPiS CÉLÈBRES.

la vue àcH gardes, pour effectuer leur périlleuse descente.

lie chambellan voulut essayer, la corde en descendant le premier, mais elle était trop courte ; il tomba et se cassa la cuisse. Il cria alors k son maître d'allonger la corde.

Albany retourna à sa chambre» prit les draps de son lit, les attacha i la corde, et se trouva bientôt sain et sauf au pied du rocher. Alors il prit son chambellan sur ses épaules, le porta dans un lieu sûr, où il put rester caché jusqu'à ce que sa blessure fût guérie, et se rendit sur le bord de la mer, où, au signal convenu, une barque vint le prendre et le conduisit au sloop, qui ilt voile à Tinstant pour la France.

Pendant la nuit, les gardes, qui savaient que leur officier était avec trois hommes dans Tappartement du duc, n'eurent aucun soupçon de ce qui se passait; mais, lorsqu'au point du jour ils aperçurent la corde qui pendait le long du mur, ils prirent l'alarme et se précipitèrent dans la chambre du duc ; ils y trouvèrent le corps d'un des soldats en travers de la porte et ceux du capitaine et des deux autres étendus dans le feu. Ije roi fut trés-surpris d'une évasion si extraordinaire, et il ne voulut y ajouter foi qu'après avoir examiné la place de ses propres yeux. (Walter Scott, Histoire (VÉcoMfief V^ série, chap. xix.)

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