XVI" SIÈCLE
Sir George Douglas et son frère le comte d'Ângus, qyi avait épousé la reine Marguerite, s'étaient emparés de la personne du roi Jacques V encore enfant ; le comte d'Angus administrait le royaume et faisait les fonctions de régent, quoiqu'il n'en prît pas le titre ; en un mot, ces deux seigneurs manœuvraient de manière à substituer leur famille, sur le trône d'Fcosse, à la famille régnante. Plusieurs tentatives pour délivrer le roi avaient échoué, deux batailles avaient même été livrées sans succès par les partisans de Jacques Y, et, au commencement de la seconde, s'apercevant que le roi cherchait l'occasion de fuir, George Douglas lui avait dit : « 11 est inutile que Votre Grâce pense à nous échapper ; si nos ennemis vous tenaient par un bras et nous par l'autre, nous vous mettrions en pièces plutôt que de vous lâcher. » Us avaient chargé de sa garde spéciale cent hommes choisis, commandés par un des leurs» Douglas de Parkhead.
Toutes les tentatives par la force ouverte ayant échoué, Jacques résolut d'avoir recours à la ruse. 11 obtint de sa mère, la reine Marguerite, de lui céder le château de Stirling, qui lui avait été assigné à titre de douaire, et d'en confier la garde à un gentilhomme en qui il pouvait avoir toute confiance. Ce qu'il désirait se fit avec beaucoup de mystère. S'étant ainsi préparé un asile, Jacques épia l'oc-
casioii de s*y réfugier, et, pour endormir la vigilance des Douglas, il montra tant de déférence au comte d'Ângus, qu'on ne douta plus qu'il eût pris son parti, et que, désespérant de s échapper, il se fût résigné à son esclavage.
Jacques habitait' alors Falkland, résidence royale, située favorablement pour la chasse à tir et au faucon, son amusement favori.
Le comte d* Angus, Archibald et George Douglas, venaient de s absenter tous trois, appelés sur d'autres points du royaume par leurs affaires ou leurs plaisirs, et il ne restait auprès du roi que Douglas de Parkhead et les cent hommes sur la vigilance desquels les autres savaient qu'ils pouvaient compter. Jacques crut le moment favorable. Pour détourner les soupçons, il annonça qu'il se lèverait le lendemain de bonne heure pour courre le c^rf. Douglas de Parkhead, ne Se doutant de rien, se relira dans son appartement après avoir placé les sentinelles ; mais le roi ne se vit pas plutôt seul qu*il appela John llart, son page de confiance. « John, lui dit-il, m'aimes-tu ? — Plus que moi-même, répondit le jenne serviteur. — Et veux-tu risquer tout pour moi? — Ma vie, s'il le faut, » répondit John Hart Alors le roi lui expliqua son projet, et, sous la livrée d'un simple valet, il se rendit à Técurie avec son page, comme pour faire les préparatifs de la chasse du lendemain. Les gardes, trompés par son déguisement, le laissèrent passer sans obstacle. Trois bons chevaux les attendaient, tout sellés et tout bridés ; car le roi avait déjà mis dans sa confidence un de ses domestiques, qui avait fait d'avance les dispositions nécessaires.
Le roi monta à cheval avec ses deux fidèles serviteurs et il galopa toute la nuit, léger comme un oiseau qui i^ent de s'échapper de sa cage. Au point du jour, il arriva au pont de Stirling. Gomme on ne pouvait traverser le Forth que sur ce pont ou en bateau, Jacques ordonna de fermer les portes qui le défendaient et de ne laisser passer qui