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« sugoérer. Liberté trop précieuse aux citoyens et qui inté- « resse {rop la Communauté pour que les administrateurs « auxquels elle confie le maintien de ses droits puissent « en départir, ni permettre qu'on y apporte la moindre « atteinte. » Ils n'hésitaient pas, d’ailleurs à faire un vif éloge de l’Evêque et insinuaient qne les grands bienfaits de ce généreux prélat lui méritaient la reconnaissance. Grâce à lui la paix a régné dans Nimes. Cette ville, disaientils, « a le bonheur de faire l’épreuve depuis quarante ans « que Mgr l'Evêque force par ses bienfaits la reconnaissan- « ce publique. » La population se rappelle « ces fonds « versés à pleines mains pour la subsistance d’un peuple « d'ouvriers qu’il est si important à nos fabriques de con- « server dans les temps si difficiles où elles ne peuvent « elles-mêmes les occuper. » Il faut dire que dans cette lutte les villes combattaient avec leurs évêques à armes inégales. Le roi réservait ses faveurs plutôt à Ceux-ci qu'aux premières, parce qu'il n'avait pas à craindre la puissance Seigneuriale soit laïque, soit ecclésiastique qui lui était parfaitement soumise. Il avait plus à redouter, dans la deuxième partie du xvirresiècle, des mouvements du peuple bourgeois qui commençait à remuer. D'ailleurs, lesouverain ne voulait pas ignorer ou négliger des titres qui se recommandaient par leur origine en quelque sorte sacrée, puisqu'ils venaient des mains de ses ancêtres.
Il n’était pas rare, en outre, que la cause de lEvèque portée aux Etats n’y fût ardemment soutenue, par esprit de caste autant que par justice. Cependant lorsque les demandes des villes reposaient sur des titres récents et authentiques, les Evêques et les Seigneurs laïques ne pouvaieut s'empêcher de les reconnaître. Le roi les y obligeait. Citons un exemple. Par arrêt du 27 décembre 1746, la Cour avait accordé aux villes et Communautés de la Généralité de
Soissons le droit de procéder à l'élection des magistrats municipaux. Les officiers de la justice Seigneuriale de Vervins contestèrent, en 1717, ce droit à la ville. Le Seigneur soutenait que son bailli devait présider les assemblées électives. Le roi par un autre arrêt du 9 mai 1747, défendit aux Seigneurs lant laïques qu'ecclésiastiques de briguer à l'avenir la présidence, voulant que les assemblées générales et particulières fassent présidées par le maire ou par le lieutenant du maire « à lexclusion du baïlli et de tous officiers royaux où seigneuriaux, » leurinterdisant «de s'immiscer directement où indirectement dans Padininistration municipale. » Ainsi ces procès se terminaient quelquefois en faveur des municipalités. Au fond, un grand nombre ne roulaient que sur des droits honorifiques auxquels les Evèques tenaient cependant et qu'ils entendaient garder pour ne pas diminuer lhérilage de leur église. Ils ontmême beaucoup trop insisté en les défendant, puisque leurs plaintes souvent réilérées finissaient par devenir importunesaux Ministres ets’attiraientdes réflexions comme la suivante :
L’Intendant du Languedoc répondant à la lettre citée plus haut page 49, que lui adressait l’évêque de Nimes lui disait (17 mars 1779) : Je n'ai pu, Monseioneur, répondre par le dernier courrier, à la lettre que vousm'avez fait l'honneur de m'écrire. [Test très vrai que j'ai eu celui de vous dire, à mon dernier passage à Nimes, que supposé que Messieurs de l'Hôtel de Ville persistassent dans la difficulté qui s'était élevée en en rendant compte au Ministre je tâcherais de faire insérer dans la lettre qui leur serait écrite, quelque chose de relatif à vos successeurs dont vous vouliez réserver les droits. Mais, ces Messieurs s'étant conformés à la décision que je leur ai donnée, relativement aux honneurs qu'il avait été d'usage de nous rendre, je ne
Do ——
Suis plus, très heureusement, dans le cas d'écrire au Ministre.Je dis très heureusement, carje vous avouerai franchement que loutes ces contestations les ennuient fort. On a voulu vous éviter un procès et des discussions sans fin avec la ville, en ordonnant à ses administrateurs de faire pour vous, personnellement, tout ce qui avait été pratiqué en votre faveur, et vous méritiez à tous égards une décision pareille. Contentez-vous, si vous m'en croyez, Monseigneur, de la voir exécuter dans toute son étendue, et n’allez pas faire revivre un procès qui vous tourmenterait et qu'on a voulu vous éviter. Soyez sûrs que vos successeurs feront bien valoir leurs droits et qu'il est indispensable qu’on les règle d’une facon ou lautre. Je sais que M. de Peugord pense absolument de même que moi à cet égard. Nous sommes certainement de vos amis et je souhaite que vous suiviez notre conseil pour votre tranquillité et votre agrément. Mais, s'il en est autrement, je ne saurais adresser à l'administration le mémoire que vous avez bien voulu me communiquer parce il est possible que je sois consulté ladessus. Je vous préviens même, d'avance, qu'il éprouvera les plus grands obstacles. Mon père, auquel j'en ai fait part et qui vous offre son hommage, le pense de même. Jai l'honneur (1)...
Cette réponse peu encourageante pour le prélat, était dans le fond, sage, mais elle n'arrêta pas les revendications des évêques et les conflits pareils à celui-là se multipliérent jusqu'à la Révolution.
(4) Arch. Dép, CG. 894.
$ 4. — Coalition des bourgeois et des hommes d’Eglise contre l’'Evêque, présage de la Révolution.
Les bourgeois des villes soumises à la juridiction seigneuriale de l’évêque ont essayé de mettre à profit les divisions qui se produisaient entre lui et les autres autorités ecclésiastiques pour usurper quelques droits. Il n'était pas rare, au xXvirie siècle, que les chapitres cathédraux entrassent en conflit avec leur ordinaire non seulement surles matières religieuses, mais encore sur d’autres objets qui s’en approchaient plus ou moins. Quelques chapitres, en effet, possédaient une juridiction séparée et administraient la justice dans leur temporalité. Comme l'évèque, ils Jugeaient le monde des clercs, bénéficiers, chapelains, par un official assisté d’un promoteur et d'un greffier. Ils réunissaient leurs synodes particuliers, visitaient les paroisses de leur mense et pourvoyaient à leurs besoinstemporels et spirituels. En qualité de Seigneurs, ils nommaient, comme les évêques, des officiers dans les différentes communes, percevaient des droits qu'ils ne laissaient pas périmer et les défendaient, au contraire, avec énergie.
Les chapitres qui étaient soumis à la juridiction épiscopale avaient une tendance à s arroger des droits que l’évéque revendiquait pour son siège. — En 1731, celui de la cathédrale de Montpellier qui ne jouissait pas de lexemption, S'élait permis de décréter une procession générale, à l’occasion de la sécheresse. L'Evêque traita cette décision d'attentaloire à sa juridiction. Il obtint du Parlement de Toulouse, un arrêt qu'il signifia aux chanoines, par lequel il était reconnu que « la police extérieure des églises de son diocèse ayant (rail aux sonneries générales, processions
ET CV et prière publique » appartenait à l'ordinaire et que les ordonnances épiscopales rendues sur ces objets «devaient « être exécutés tant par le Chapitre que par toutes les « autres Communautés ecclésiastiques séculières et régu- « lières à peine de désobéissance ». L'arrêt ajoutait qne s’il s'élevait des contestations il fallait se pourvoir devant le premier magistrat requis sur les lieux.
Le Chapître reconnut bénévolement que l'Evêque seul avait le droit de police extérieure sur toutes les églises de son diocèse (1).
Quelquefois c'était au sein des délibérations du chapitre que l'Evêque entrait en contestation avec ses chanoines sur les diverses affaires de ladministration. Comme il était membre du Corps capitulaire, ilavait voix délibérative, et même prépondérante.
Bien que les uns et les autres essayassent de maintenir entre eux l'unité de vues, (2) ils rencontraient maintes occasions de querelles. Ainsi comme beaucoup de Chapitres concouraient à la créalion ou au maintien des établissements religieux : collèges, hôpitaux, etc., auxquels ils affectaient des prébendes ou des revenus quelquefois considérables, ils entendaient y exercer quelque autorité et ne manquaient pas de montrerleur mécontentement, quand l'évêque paraissait ignorer leurs services.
IlLest arrivé alors que les laïques, les magistrats des villes, par exemple, prenant fait et cause pour lun d'eux entrait en lutte afin d’aider le plus faible à vaincre le plus fort. Qu'un chapitre cathédral se soit Higué avec l'Hôtel de
(1) Arch. dép. Déhb. du Chap. cathéd. de Montpellier.
(2) Mgr l’'Evêque a dit qu'étant sur le point d'aller 4% Paris, il a cru qu'ilne devait point partir sans offrir au chapitre tous les services dont il est capable. Il le prie d'être persuadé de ses bonnes intentions et du désir qu'ila de lui plaire, — Janv. 1905, /bid.
Ville pour combattre le maitre commun, voilà un fait assez curieux pour mériter de ne pas être passé sous silence.
Le dernier évêque d'Agde, Mgr de Saint-Simon que la Révolution fit monter sur l’échafaud et qui, en dépit d'une santé délicate, supporta son supplice avec une foi héroïque, dut subir un véritable assaut de la part de ses chanoines coalisés avec les conseils de la municipalité.
Il y avait alors dans la ville d’Agde comme un foyer puissant d’insurrection dont Pinfluence gagnait peu à peu tout le monde. C'était le syndicat des brûleurs de Marseillan dont les membres peuplaient le consulat et le conseil politique et qui leur dictait toutes les décisions. L’Evêque se plaignit dans un mémoire qu'il adressa, en 1778, à l’Intendant (1), de l'esprit de révolte que soufflaient les syndiqués qui semaient le trouble dans son diocèse, comme le faisaient, disait-il, « dans le reste du rovaume les associations ouvrières », jetant par le mensonge et la calomnie le discrédit sur l'autorité légitime. Il expliquait comment ils avaient amené deux professeurs du collège à se révolter contre lui et à refuser de se soumettre à ses ordres, comment le chapitre, sans craindre le scandale, s'était uni aux laïques pour lui signifier d’un Commun accord un acte insolent. Ils lui reprochaient, disait-il, « des négligences et de lindifférence dans le choix des régents », le mépris du « caractère sacerdotal », «l’indécence » envers les députés du collège de la ville quis’étaient présentés chez lui ; ils le sommaient enfin, dans cet acte, de convoquer le bureau du collège, protestant, en cas de refus, qu’ils se pourvoieraient à qui de droit. Ils fondaient la légitimité de leur intervention : «1° Sur les transactions de 1674 et 1691... ; 2° Sur l’intérêl évident qu'ils avaient au succès du collège ; 3 sur ce
(1) Arch. dép., CG. 895.
2 ue
qu'ils ont fait la principale dépense de son établissement et qu'ils font journellemnnt les principaux frais de son entretien ». L'hôtel de ville lui n'intervenait que pouressayer de gagner quelque chose à la faveur de cette division: alléger le joug seigneurial, diminuer les privilèges et les droits de l’évêque et le plus possible s'élever en diminuant son autorité. C'est bien aussi ce que reprochait aux magistrats rebelles Mgr de Saint-Simon : « La vexation que j'éprouve, écrit-il à Pintendant (15 oct. 1778) de la part du nouveau conseil politique vous est connue ».…. Les magistrats, « ont rompu avec l'usage selon lequel, ils demandent à l'évêque la permission des œufs, du lait, du fromage. Ils ne font plus les proclamations, au nom de l’évêque, malgré un usage immémorial. Is lui enlèvent la haute police, « l’administration du collège, sur un point: la nomination des régents durant l'année, droit «dont le moindre curé de village » jouit sans êlre inquiété.
Ils ont poussé l'audace jusqu'à mettre à l'amende son procureur fiscal, et cela, deux fois. Is n’ont plus voulu lui reconnaitre le ban des vendanges qui « est un droit essen tiel de la haute justice et mis au rang des honorifiques des seigneurs... ‘1 En ma qualité de Seigneur je jouis du droit des vendanges deux jours avant les autres... Les svndiqués me l'ayant refusé en 1767, j'eus un arrêt du Parlement en 1768 conforme au droit commun des Seisneurs dans la province. Depuis lors le jour de la vendange se décidait amiablement entre les consuls et le Seigneur évêque ».
Ces plaintes du prélat firent impression sur lPintendant qui ordonna le maintien de ses droits. Mais l'accord ne se
(1) Le ban des vendanges consistait à faire déterminer par les ofticiers de l’évêque, sur les arrûts des consuls, le temps auquel on devait commencer les vendanges ; l'Evèque commençait à vendanger deux jours avant tout le monde.
fit pas entre le prélat et ses adversaires qui protitèrent de toutes les occasions pour le vexer. Les troubles continuèrent dans la ville et furent si graves que le malheureux évéque qui en souffrit cruellement, puisque plus de la moitié de son clergé n'osait pas le visiter, v reconnut l'indice de la révolution qui devait éclater quelques années plus tard et dont son Mémoire annonce déjà les premiers bruits.
On enregistrerait un grand nombre de faits témoignant de l’impatience des bourgeois à jouer'un rôle de plus en plus important dans les villes: s’alliant avec quiconque avait à se plaindre de ceux qui détenaient une part de l'autorité pour les affaiblir en favorisant leur division. Cette tactique variait, selon les milieux; et lhabileté de ces hommes travaillant à miner des institutions si anciennes quine voulaient pas mourir, n'avait d’égale que la persévérance avec laquelle ils ont Tutté. Le liers-état qui jusqu'alors était resté dans lPombre recommencçait à lever hardiment la tête et semblait résolu à jouer un rôle politique prépondérant.
En attendant, son ambition consistait à faire de l'hôtel de ville l’unique centre de la juridiction.