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de nommer l'inspecteur des chemins du diocèse.Il observe(1) « qu'à considérer le dernier état de choses on aurait cru que le choix de cette place lui appartenait et que M. l'Intendant même à quiil avait eu lhonneur d'en parler à la fin des derniers Etats avait paru penser de même. Mais que depuis ce temps là il lui avait fait l'honneur de luiécrire, qu'ilavaitrecu des éclaircissements qui établissaient son droit de nommer à cette place, que pour le prouver il m'envoyait, dit l'Evêque, un mémoire me priant de le lui renvoyer avec les observations que ferait le diocèse. Je répondis à M. l’Intendant pour lui accuser réception de son mémoire et pour lui marquer en même temps d'attendre la réponse qu'il demandait.» Cette réponse conclueau maintien de l'usage ancien, d’aprèslequel, c’est l’évêque qui nommeles inspecteurs des chemins. «Sans doute, ajoutait le prélat, M. Bâville, en 1710, avait rompu avec la tradition, mais cette innovation considérée comme abusive avait été combattue.» Saint Priest ne goûta pascette explication et soutint que les commissaires du diocèse devaient de tout temps prévenir l’Intendant sur tous les détails de l'administration qui concernaient les chemins, non seulement ceux que l'on appelait royaux, comme les chemins des Cévennes, mais encore les autres qui étaient à la charge des commanautés. Autre difficulté soumise à l’autorité de l’Intendant, en 1758, par l’évêque de Castres (2) qui lui adresse des lettres et mémoire, lui demandant des éclaircissements et des décharges d'impôts en faveur des habitants de son diocèse. Une discussion s'élève entre eux pour savoir à qui doivent être communiquées d’abord les demandes de « modération ». Au syndic ou bien aux officiers municipaux ? En 1758, l'Intendänt décide que cette communication sera faite aux commissaires du diocèse.
(1) Arch. dép., G. 3344 à 3361.
(2) Ibid, C. 1720.
$ 2.— Leurs conflits. Levée de boucliers des évêques languedociens.
ILest arrivé quele Gouvernement ait pris ombrage de l'influence trop active de l’évêque.
L'histoire du Languedoc fournit des preuves d'antagonisme entre lPépiscopat et lIntendant, qui n’agissant que selon les ordres de la Cour, n’entendait souffrir aucune velléité d'indépendance. Il ne faudrait pas toutefois s'imaginer que les évêques fussent enclins à se rebeller contre les représentants de lautorité royale. Ce serait se faire une fausse idée de la situation et du caractère des hommes. En ce temps, nous l'avons dit, les prélats s’efforçcaient de plaire à lPIntendant et de n'agir que conformément à ses vues. Les preuves de l'antagonisme dont nous parlons existent, mais elles sont assez rares. Dans le Languedoc, nous en trouvons une fort importante qui mérite d'être signalée. Lors de l'annexion de la Lorraine, à la France, par le troisième traité de Vienne en1738, le contrôleur général avait adressé une lettre aux archevêques et évêques des pays nouvellement annexés pour les obliger eux et tous les ecclésiastiques de leurs diocèses a fournir des déclarations de leurs temporels où aux Intendants ou à leurs subdélégués. Le clergé lorrain devait être Compris dans les rôles du vingtième de la même manière que les autres sujets de Sa Majesté. L'Intendant de Metz à son tour rendit une ordonnance le 6 juillet 4750 dans laquelle il disait: « Vu l’édit du roi, de Mai 1749, nous enjoignons à tous les ecclésiastiques de fournir des déclarations de leur temporel » (1),
(1) Arch. dép., G. 864.
pour être compris dans le rôle du vingtième. Sans doute cette mesure ne visait qne le diocèse lorrain, mais les évéques du Languedoc ne se méprirent pas sur sa portée et se crurent indirectement atteints. Ils adressèrent au roi des « Représentations » dont le ton énergique déplut à Sa Majesté : « Sire, disaient-ils, le clergé de votre royaume est « acCoutumé depuis longtemps à se faire entendre à Sa « Majesté pour lui présenter ses hommages et ses vœux ou € pour lui offrir des secours dans les pressants besoins de « l'Etat. Il serait bien consolant pour lui dans un moment « où les peuples soumis à votre domination jouissent d’une « tranquillité qu’ils doivent à votre courage, de n'avoir qu’à « vous peindre sa satisfaction. Mais un évènement auquel « rien ne devait le préparer amène aux pieds du trône les « ministres de la religion justement eftfrayés des atteintes « que l’on veut porter aux immunités de l'Eglise... Get édit « ne renferme rien qui doive donner la moindre inquiétude « au clergé, si M. le Contrôleur n'avait pas excité ses alar- « mes par une lettre, qu'il a écrite aux;archevêques et évé- « ques des pays conquis, par laquelle il prétend les assujetir « eux et tous les ecclésiastiques de leurs diocèses à fournir « des déclarations de leur temporel à MM. les Intendants « pour êfre compris dans les rôles du xx° de la même « manière que les autres sujets de votre Majesté... Les « immunités que nous réclamons sont essentiellement « liées avec laconstitution du Gouvernement.Tous les corps « de l'Etat jouissent des privilèges qui les distinguent, Île « clergé dont les biens sont spécialement consacrés à Dieu « a des prérogatives beaucoup plus étendues. Il est exempt « de toutes impositions. Ge n’est pas à dire qu'il ne donne « rien au roi, car c’est le corps qui donne le plus. Ce qui « fâche le clergé encore c’est la manière dont onlui enlève « ses droits... Quoi, Sire, les Eglises les plus recommanda-
thon bles du royaume, se verraient enlever par une simple « lettre du ministre des immunités dont elles jouissent « depuis plusieurs siècles. L'Intendant de Metz a mis le « comble à notre surprise par l'ordonnance où il dit que « vu l’édit du roi, nous enjoignons à tous les ecclésiasti- « ques de fournir des déclarations de leur temporel pour « être compris dans le rôle du xxe... De quelles alarmes ne « seront pas agitées un très grand nombre de familles qui « nous ont prêté plus de soixante millions que nous avons « versés dans le trésor de Votre Majesté, si le clergé était « dépouillé de toutes ses immunités ».
Le Roi répondit à cette levée de boucliers des évéques languedociens par une véritable lettre de cachet qui ordonnait, à l’Intendant, de disperser les Etats, sans retard. Deux ans après cependant, il consentit à les réunir de nouveau. Les Evêques y retournèrent non sans quelque ressentiment qu'ils firent essuyer au représentant du Roi, ne pouvant supporter l'idée que leurs privilèges fassent méconnus et foulés aux pieds. L'Intendant se plaignit très amèrement de leur mauvaise humeur dans une longue lettre qu'il adressa au Contrôleur général (1). « Il est tout simple, lui ditil, qu'un Intendant du Languedoc éprouve des contradictions, parce que ses ordres et les droits de la place qui lui est confiée ne s'accordent pas toujours avec la prétention des Etats. D'ailleurs, depuis la Séparation de 1750, il s'est répandu un esprit de méfiance de la part des évêques que j'ose dire être déplacée, j'en aurais pour garant tout le reste de la province ». Il fait un tableau des taquineries et vexations que les prélats lui fontsentir et dont il donne un curieux exemple.
Un arrêt du Conseil venait d'autoriser l’Intendant à trou-
(1) Arch. dép. C. 866.
ver les moyens les plus convenables pour aider les habitants de la province, gènés par l'insuffisance des récoltes de 1755, à payer leurs impositions. « Pour procéder à cette opération, dit-il, j'écrivis au Trésorier de la Bourse (1) pour le prier de m'envoyer un état à colonnes contenant dans la première, les sommes imposées, diocèse par diocèse; dans la seconde, la somme qui avait été portée, et, dans la troisième, ce qui lui restait à recouvrer... Le Trésorier de la Bourse me dit que s'il me délivrait l'état en question, il craignait de se faire une affaire avec Mgr l’Archevêque de Narbonne ». Sur cette réponse, l’Intendant donna au Trésorier le conseil d'en parler à ce prélat et exigea qu’il lui répondit et lui donnät satisfaction. Mais on lui apprit qu'ilen était empêché par les ordres de l'Archevêque. Le Trésorier craignant de déplaire a son supérieur ecclésiastique engasea l’Intendant à s'adresser à celui-ci directement. Le duc de Mirepoix, gouverneur, fut du même avis. Il conseilla à l'Intendant de parler de l'affaire à l’Archevêque « par forme de conversation » sans même lui dire l'usage qu'il voulait faire de l'écrit à trois colonnes. Mais le prélat discrètement interrogé répondit à l’Intendant que sa demande lui paraissait « une nouveauté »,il « Pavertissait en ami qu'il fallait « vivre comme l'avaient fail ses prédécesseurs ». Cependant après quelques explications, le prélateut Pair de céder de bon gré et le félicita même de sa sollicitude, lui promettant de l’aider à obtenir l’écrit qu'il désirait. Le Trésorier « envoya l’état et eut une grande attention » de marquer qu'il l'adressait pour se conformer aux ordres de son supérieur, «motif qui eutpu être passé sous silence », ajoute l'Intendant blessé. Celui-ci, trouvant « l’état » insuffisant ordonna à ses subdélégués de demander des éclair-
(1) C'était le Trésorier des Etats,
2 0 cissements aux receveurs des diocèses qui se trouvaient alors à Montpellier. Mais ces derniers se refusèrent à les donner : « Je vis un beau matin, poursuit l’Intendant, cinq ou six évêques et presque tous les barons arriver chez moi, et Mer de Carcassonne portant la parole, me faire des reproches sur la lettre que j'avais écrite aux receveurs et par laquelle je prenais visiblement sur l'Administration de la province, attendu, disait-il, que Ces sortes de comptables étaient leurs gens, et qu'étant leurs garants pour les recouvrements dont ils étaient chargés, ils ne pouvaient recevoir d'ordres que des Etats ou des diocèses particuliers. Ce prélat termina son discours par me faire sentir à plusieurs reprises toute la reconnaissance que devait m'inspirer la démarche qu'on faisait vis-à-vis de moi et par me proposer de prendre les mesures convenables pour remédier à ce que j'avais fait; avec d'autant plus de raison qu'ayant reconnu moi-même que Je ne pouvais rien exiger du Trésorier de la Bourse qu'en m'adressant directement à l’Archevêque qui lui donnait ses ordres, par une Conséquence nécessaire je n'avais rien à prétendre des receveurs qu’en prévenant les Evèques qui leur prescrivaient ce qu’ils avaient à faire » À cette amère lecon l’Intendant répondit : « que les receveurs étant admis à la Chambre des Comptes passaient à ses yeux pour des officiers du Roï et qu'il ne croyait pas avoir fait une brèche à l'administration de la province en demandant des notes par le ministère de ses subdélégués. Il ajouta qu'il craindrait de déshonorer les ministres de Sa Majesté s'il se refusait à lui-même le droit de demander des éclaircissements, qu'il jugeait nécessaires. »
Depuis longtemps, le Clergé n'avait pas montré un esprit de résistance aussi déterminé. Pour trancher le différend, le duc de Mirepoix et lEvèque du Puy furent appelés à juger les deux parties. IIS proposèrent divers expédients
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qui tendaient à faire déclarer que l’Intendant n’avait rien à demander aux receveurs, mais qu'il devait directement s'adresser aux Evêques. Celte ferme attitude de l’épiscopat surprit le tout puissant représentant du Roi qui prit le moyen de laisser to nber la querelle et n’en parla plus. « Et l'on se contenta dans le procès verbal de l’Assemblée (provinciale) de recommander en général à tous les diocèses d’avoir la plus grande attention à ne pas souffrir à ce qu'il fut rien innové dans l'administration confiée aux assiettes ». Le fait de l’inimitié profonde qui pouvait naître entre le clergé supérieur et le gouvernement et cet autre fait que l'épiscopat déployait une activité dans les affaires du royaume, tandis que la noblesse et surtout le Tiers-Etat restaient à peu près toujours effacés, permettent de dire que la prépondérance des Evêques, dans la société de l’Ancien- Régime, est un point incontestable. D'ailleurs, il n’est pas moins certain qu'au Xvir° siècle l’Episcopat français, quoique inférieur à celui du xvri° siècle pour la science et pour la valeur morale, conservait encore les traditions d’intellisence forte et de labeur persévérant, dont l'histoire seule de Montpellier nous offre de si beaux exemples.
La plupart des Evêques dans notre pays, appartenaientà la noblesse, même à la haute noblesse. Il n’y avaitd’exception que pour les hommes d’un mérite supérieur. Aussi par leur science, leur richesse, leur cultureet leur conduite, en géncral irréprochable ces hommes d'Eglise s'étaient attiré une immense considération.