‹ Les évêques de CarpentrasChapitre 10 sur 49 · AN · texte numérisé non relu

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La crosse de Tévèque Ayrard, que Ton peut admirer aujourd'hui encore à la bibliothèque d'Inguimbert, est certainement une des plus belles pièces connues de Témaillerie du dixième siècle. Elle est en cuivre rouge, dorée, couverte de nombreuses et fines ciselures et de riches émaux. La tige de la volute est formée d'un dauphin ailé, dont le corps se termine en enroulement. Une seconde tète de dauphin, placée vers le mi-

(i) Le P. Justin dit que ce fut le 26 novembre, le Pontilcium Car pente ractense, le 28.

(2) Ici ont été transférées les précieuses dépouilles de seigneur Ayrard, évêque de Carpentras, découvertes dans l'église cathédrale. En souvenir reconnaissant de la fondation de ce chapitre, en l'an du Seigneur 982, le même chapitre lui a érigé ce monument en l'an 1783.

lieu de' la volute, mord rextrémité de la spire qui se détache de la rosace. Les deux faces de la volute sont semblables ; au centre est une sorte d'étoile à' cinq branches d'un caractère original ; trois branches aux bords festonnés occupent la partie supérieure, tandis que les deux autres, plus minces, se recourbent inférieurement en forme de croissant. Des émaux bleu, jaune et vert imitent au centre de cette rosace les nuances qu'offrent les corolles de certaines fleurs. Le tore est divisé en quatre compartiments: sur ceux de face est ciselé le Christ nimbé et bénissant. Sur les deux autres compartiments Tartiste a représenté deux rois vêtus à Torientale -, quatre autres médaillons plus petits, brochant sur les compartiments principaux^ portent chacun un ange nimbé, vêtu de la tunique et du manteau. Enfin le tube est divisé diagonalement en losanges, portant des oiseaux à longues jambes et long cou, flamands ou cigognes, des fleurs et des arabesques recouverts d'émaux colorés (i).

Dans ces derniers temps, on a voulu révoquer en doute la date assignée jusqu'ici à la crosse que nous venons de décrire. Un savant dont le nom fait autorité, M. Léon Palustre, président de la Société française

(i) Cette description de la crosse d'Ayrard, que nous empruntons à la Monographie de S. Siffrein, page 39, prête à quelques observations. Le dauphin ailé qui forme la tige de la volute n'est autre que l'amphisbène. En histoire naturelle, l'amphisbène est un serpent non venimeux, dont la tête n'est pas distincte du corps, et dont la queue obtuse est aussi grosse au bout que la tête, ce qui lui permet de cheminer aussi bien dans un sens que dans l'autre, d'où le nom de double-marcheur ( àjA'/i;, des deux côtés, SaivE'.v, marcher. — Dictioimaire de la langue française). Le moyen-âge avait fait de l'amphisbène le serpent à deux têtes que nous trouvons sur la crosse d'Ayrard. Nous n'adoptons pas non plus l'expression de chimères ou griffons ailés que les auteurs de la Monographie appliquent aux oiseaux ciselés dans les compartiments du tube inférieur où pénètre la hampe.

d'archéologie, affirme que le dixième siècle ne produisit pas d'émaux semblables à ceux de la crosse d'Ayrard, et que la date de celle-ci doit-être reculée jusqu'au douzième siècle.

Quelle que soit l'autorité qui s'attache aux affirmations parfois un peu tranchantes du docte président de la Société française d'archéologie, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'il y a déjà une présomption

bien grave en faveur de Topinion acceptée jusqu'ici. Fornéry, qui, le premier, raconte les détails de la découverte du tombeau d'Ayrard^ et dont le témoignage contemporain ne saurait être suspecté, affirme que le corps de Tévêque a été trouvé debout et tenant la crosse en main. Tous les historiens depuis ont répété la même chose^ et certes il n'y a pas lieu de recourir à une légende pour constater un fait qui s'est passé en 1712, au vu et au su de toute une ville. Cela étant, comment supposer que la crosse en litige serait postérieure de deux siècles à Févêque entre les mains duquel elle a été trouvée ? Admettre, comme on l'a dit, que la tombe d'Ayrard aurait été ouverte deux siècles après sa mort et qu'on aurait déposé entre les mains du cadavre une crosse étrangère, c'est une explication qui a le tort non seulement d'être absolument gratuite, mais de manquer de sérieux.

Au surplus, il est constant que l'émaillerie de Limoges est bien antérieure au X"^ siècle, qu'elle est allée se développant à partir du VIP siècle et qu'elle a bien pu^ au X^ produire la crosse d'Ayrard (i).

(i) Voir : Notice des émaux exposés dans les galeries du Louvre^ par ]\I. de Laborde : Essai hist. et dcscript. sur les èmaillezirs et les argentiers de Limoges ; mémoire de la société des antiquaires de l'Ouest, ann. 1842, pag. 201, par l'abbé Texier. M. de Laborde cite les anneaux émaillés des cvêques Ethel wulf et Alhstan, qui vivaient au IX" siècle, et la crosse trouvée dans le tombeau de l'évêque de Chartres, Ragenfroy, mort vers 960. Elle est comme celle d'A3Tard, de cuivre ciselé et admirablement émaillée. Autour du bord postérieur, on lit : Frater Wilielmus mcfecit. Les quatre compartiments du nœud contiennent des sujets tirés de l'histoire de David. Le bâton pastoral d'Ataldus, archevêque de Reims, qui mourut en 933, est également en cuivre doré et émaillé.

En 1876, les habitants de Carpentras, voulant offrir un témoignage de leur reconnaissance et de leur aflection à leur ancien curé, Monseigneur de

Un riche collectionneur anglais, M. Magniac, possède la crosse émaillée trouvée dans le tombeau de Barthélémy de Vie, construit à l'abbaye de Foigny en Tannée II 10. 11 faut admettre qu'ici^ du moins, on aura respecté le long sommeil de l'illustre défunt et qu'on ne sera pas venu, quelques siècles après sa mort, placer entre ses mains une crosse étrangère.

Or, il est certain, et je suis heureux de m'abriter en cela sous le patronage éclairé de M. Armand Calliat, l'éminent émailleur lyonnais, à qui la ville de Garpentras doit le magnifique reliquaire du Saint-Mors, il est certain que la crosse de Foigny, d'un travail plus raffiné, est de beaucoup postérieure à celle d'Ayrard.

Ne bouleversons donc pas l'histoire pour l'écrire avec des appréciations et des théories souvent préconçues, et admettons de bonne grâce les faits que des auteurs sérieux nous ont transmis jusqu'ici.

XXXIX. — Barthélémy. (988). On ignore la date de la mort de Tévéque Ayrard et, par conséquent, on ne peut préciser Tannée de Télection de son successeur. Fornéry fait dater son épiscopat de Tan 986, tandis que Tancien catalogue et Fantoni le reculent jusqu'en 996.

D'un autre côté le chanoine Farel, le Pontijîcium Carpentoraciense et le Gallia christiana font siéger Tévêque Etienne immédiatement après Ayrard dès 990.

Enfin Charles Cottier et le Gallia christiana contes-

Terris, élevé au siège épiscopal de Frcjus, obtinrent de l'administration du musée d'Inguimbert, l'autorisation de faire reproduire la crosse d'Ayrard. Ce travail, confié à M. Armand Calliat et qui a servi de type à la composition de la chapelle épiscopale de Mgr de Fréjus, a été vivement admiré par tous les connaisseurs à l'exposition universelle de iSyg.

tent l'existence même de Barthélemi^ que le Pontificium Carpentoractense place vers 996 et 1006.

Il est bien difficile de discerner la vérité au milieu d'opinions si contradictoires, aussi nous bornons-nous à les indiquer rapidement.

XL. — Etienne (992). L'évêque Etienne assiste comme témoin à la donation faite, en 992, par Guillaume, comte de Provence, en faveur de Tabbayede St-Césaire, d'Arles (i). A peu près vers la même époque, il prêta le serment d'obédience entre les mains d'Aymon, archevêque d'Arles, son métropolitain, en ces termes : Moi Etienne, nommé évêque de V Eglise de Venasqiie, je promets devant Dieu et ses Saints soumission et obéissance canonique et fidélité à l'Eglise de Saint- Etienne, du siège d'Arles^ oîi repose le corps du bienheureux Trop/lime confesseur^ et à Aymon^ archevêque actuel et à ses successeurs, si je lui survis {2).

Il vivait encore en 1012, car il est nommé dans une lettre du pape Benoît VIII, écrite aux évêques de Bourgogne et d'Aquitaine pour les affaires de Cluny (3).

XLI. — Franco assiste à la dédicace de la nouvelle église de Cavaillon, élevée par le comte Guillaume (4) (27 avril 1023).

XLII. — Mathieu. Tous les auteurs s'accordent à faire siéger Mathieu en l'année io35j sans nous donner aucun détail sur son pontificat.

(1) Hist de Provence^àQ Bouche, t. II, p. 47 ; Saxi, Pontificium Arelatcnse.

(2) Gallia christiana.

(3) CoUcctio script, hist. Franc. TV, p. 169.

(4) Pontificium Carpent., d'après les archives de l'archevêché d'Arles.

XLIII. — Franco II (1040). Franco est compté parmi les évoques qui assistèrent à la cérémonie de la consécration de l'église de St- Victor de Marseille en 1040. Il figura ensuite comme témoin, avec saint Ktienne d'Apt, Pierre de Vaison et plusieurs autres personnages importants, à l'acte dejdonation que Bertrand, comte de Provence, fit au monastère de St-Victor, de l'église de St-Promasse, au terroir de Forcalquier, en 1044. 11 était encore vivant en io56, car il assista dans le courant de cette année au concile de St-Gilles, où il prend le titre d'évêque de Venasque (i). Ce concile, présidé par Raimbaud d'Arles et Laudegaire de Vienne, réunit vingt-deux évoques et fit un canon ordonnant la Trêve de Dieu, aux termes duquel il était défendu aux seigneurs de porter les armes du i3 septembre jusqu'à la St-Jean. On voit par là quelle salutaire influence l'Eglise exerçait sur les mœurs belliqueuses et presque barbares de l'époque.

XLIV. — Jules \" (io56). Franco mourut peu après le concile de St-Gilles auquel il prit part, car dans le cou rant de la même année, les historiens font siéger Jules 1". Celui-ci, d'après le chanoine Farel et le Pontijîciiim Carpentoractense, assista au concile provincial tenu à Avignon en io58. Il mourut, selon toute probabilité, vers Tannée 1066

XLV — Guillaume I^'"(io68. Guillaume consacra le IV des ides de janvier, indiction VI (10 janvier 1068}

(i) Voir sur ce concile le XP volume des historiens des Gaules, pag. 513 de la réimpression de Palmé.

gS SECONDE PARTIE

SOUS le titre de la Bienheureuse Vierge Marie, de saint Jean-Baptiste , de saint Jean révangcliste , de saint Etienne, premier martyr et de saint Sidoine, Téglise qu'avait fait construire au château de Paracel, territoire du Val, près Brignoles, qui faisait alors partie du comté et diocèse d'Aix, une pieuse vierge nommée Balda.

Il avait été délégué pour faire cette cérémonie par Rostaing, archevêque d'Aix, qui signa Tacte de donation de Balde^ et fut assisté par Guillaume^ évêque de Toulon (i).

Guillaume, vers la même époque, après avoir pris Tavis de ses chanoines^ Pierre Christophore, Garihaldi et Guillaume de Maulaucène, fit donation à Tabbaye de Montmajour et aux moines du monastère de Saint-Jaume des églises de Ste-Marie, de St-Martin et de Saint- Pierre, qui se trouvaient dans la vallée de Sault (2).

Le monastère de St-Jaume, désigné dans les titres Monastevium de Valle Saltus dictum sanctï Jacobi, ne conserva pas longtemps la propriété de ces diverses églises, car, dès Tannée 1 1 19, le pape Gélase II, dans la nomenclature des fiefs et bénéfices du monastère de St- André de Villeneuve, cite comme lui appartenant les églises de la vallée de Sault et des villages d'alentour.

Il est possible que St-Jaume, détruit par une des trop nombreuses invasions qui désolèrent nos pays, ne pût conserver et desservir ces diverses églises, mais il demeura prieuré rural, que les abbés de Montmajour possédèrent jusqu'au siècle dernier.

(i) Charte reproduite par Claude Chantelou dans V Historia Monasicrii S. Pétri Moniis majoris, manuscrit de la bibl. Méjanes, à Aix, n" 554.

(2) La charte de cette donation se trouve dans l'hist. mns. de ]Montmajour, par dom Ciiantelou, pag. 106. Elle est transcrite dans le recueil de l'abbé de Massilian, mns de la bibl. d'Avign., vol. Comtat-Venaissin, pièces.

Parmi les églises qui figurent dans la donation de Tévéque Guillaume, il en est une, celle de Ste-Marie, qui laissa dans l'histoire une lumineuse trace.

Plus connue aujourd'hui sous le vocable de N.-D. de la Tour, Fantique sanctuaire est à la veille de sortir de ses ruines. Déjà, M. Henri Chrestian, dans une intéressante notice, en a écrit Thistoire, il ne manquait plus à la gloire de N.-D. de la Tour que la pensée pieuse d'en rajeunir le culte séculaire.

XLVI. — Arnoul (1095). Arnoul occupait le siège épiscopal en 1095.

XLVII. — Geoffroy P' (i 107). Le 3 des calendes (3o aotit) 1 107. Geoffroy, du consentement de son chapitre, fit cession à labbé de St-Ruf, du prieuré de Flassans. Parmi les chanoines qui signèrent cet acte se trouve la suscription de Brémond, qualifié d'archidiacre (i). A la demande de cet évêque, le pape Calixte 11, par bulle ou 12 des calendes de mai, 12" indiction 11 20 (20 avril) confirma Téglise de Carpentras dans tous les privilèges qui lui avaient été accordés par ses prédécesseurs (2).

Vers la même époque, Geoffroy restitua à Rostaing, évoque de Vaison, Téglise du Barroux qu'il avait possédée à tort jusque-là.

XLVIII. - Gaspard. Le successeur de Geoffroy fut Gaspard ou, selon quelques auteurs, Archaldus. 11

(i) Pontificium carpenloractcnse, d'après les archives de révèché de Carpentras.

(2) Voy. ce bref, texte et traduction dans la Monographie de S. Sijffrein, pag. 58.

occupait le siège épiscopal vers Tannée 1 123. 11 jouissait d'une grande considération auprès du pape Calixte II alors régnant, car il fut choisi par lui, sur les instances de Gautier, évêquc de Maguelone, pour remplir une bien délicate mission. Des difficultés s'étaient élevées entre Guillaume, évèque de Montpellier, et le comte de Melgueil, et un procès était pendant entre eux.

Pour faire cesser amiablement cet état de choses, le pape députa Tévêque Gaspard, avec Pierre archevêque de Vienne, saint Hugues, évêque de Grenoble et Hildegaire, évêque de Tarragone, auprès des deux adversaires. Nous ignorons le succès de cette mission, mais nous y trouvons une preuve de Testime que notre évêque s'était acquise.

Les soins spirituels de son diocèse ne faisaient pas négliger à Gaspard les intérêts matériels de sa ville épiscopale. La ville de Carpentras avait déjà à cette époque une grande importance commerciale. Depuis les temps les plus reculés elle possédait un marché florissant dont Torigine pourrait bien remonter à Tépoque de Toccupation romaine (i).

L'évêque Gaspard en obtint la confirmation, en l'année 1 1 35, de Raymond V, comte de Toulouse, marquis de Provence. Cette charte fut consentie en faveur des évêques de Carpentras, seigneurs temporels de la ville, par le comte de Toulouse, agissant en son nom et pour celui de son frère Alphonse, avec le conseil et Tassistance des barons de ses états.

Gaspard paraît avoir siégé jusqu'en l'année 1141.

(i) Ch. Cottier, Notice sur Carpentras, pag. 60 et suiv.

Fantoni recule la date de sa mort jusqu'en i i5i, mais le Gallia christiana réfute cette opinion en établissant que son successeur occupait déjà le siège en 1 142.

XLIX. — Raymond P' (1142). L'évêque Raymond est encore un des prélats dont la réputation de sagesse, malgré les longs siècles qui nous séparent de lui, est arrivée jusqu'à nous.

Nous le trouvons comme témoin dans une charte de donation faite, le 12 mars 1 142, aux moines de Biscaudun.

Quelques années après, il fut choisi pour trancher le différend survenu entre Bernard, évêque d'Orange et ses chanoines. Enfin une contestation s'étant élevée en ii5o, entre Raymond, évêque de Marseille, et le chapitre de sa cathédrale, c'est encore à l'évêque de Carpentras, assisté de Tarchevêque d'Aix et de l'évêque de Toulon, que Ton s'adressa pour la terminer.

Huit ans plus tard, en 1 158, il assista comme témoin à la prestation de serment du prévôt Aycardus à Pierre, évêque de Marseille. Celui-ci avait d'ailleurs une telle confiance dans la sûreté de ses conseils qu'il réclama la présence de Raymond à l'accord intervenu entre lui et le vicomte de Marseille en 1 165.

L'évêque Raymond profita du crédit dont il jouissait si justement pour obtenir de Raymond V, comte de Toulouse et marquis de Provence, le même qui avait accordé à Gaspard, son prédécesseur, rétablissement du marché de Carpentras, la confirmation de tous les privilèges précédemment accordés aux évêques de Carpentras. Il se fit restituer notamment les châteaux de samense épiscopale, moyennant deux mille sols melgoriens qu'il paya.

S'il faut en croire une lettre de dom Polycarpe de la Rivière àPeyresc(i)^ Raymond occupait encore le siège en 1 170.

Le Gallia christiana et Charles Cottier donnent comme successeur à Raymond, dès l'année 11 53, un évêque du nom de Guillaume de Risole.

Ils se fondent pour cela sur une charte rapportée par Bouche (2), aux termes de laquelle Raymond, comte de Barcelonne et marquis de Provence, confirme des donations faites en faveur de l'église d'Embrun et de Guillaume, son archevêque.

Dans cette charte^ qui est datée du mois d'octobre ii53, figurent des témoins parmi lesquels on trouve Guillelmus de Risole, avec cette menfion entre parenthèses : Iste factus est episcopus Carpent. Fornéry ne voit dans cette annotation qu'une note du copiste, sur laquelle il est difficile d'affirmer la vérité du fait qu'elle rapporte. Au surplus, il est certain que Raymond occupait le siège en 11 53 et les années suivantes. D'un autre côté, les trois évêques qui succédèrent à Raymond sont très connus et incontestablement authentiques, de telle sorte que l'épiscopat de Guillaume de Risole ne paraît pas sérieusement prouvé.

L. — Innocent II (1170). L'évêque Innocent paraît avoir succédé à Raymond vers la fin de Tannée 1 170. Le Gallia christiana ne l'admet pas dans sa chronologie, pas plus d'ailleurs que Charles Cottier. Le chanoine Barbier et Fornéry le font siéger le premier en 1 169 et

(i) Ruffi, Epist. Vin.

(2) Hist. de Provence, tome II, pag. 12 î.

le second l'année suivante. Enfin Farel recule la date de son pontificat jusqu'en 1 184.

Il dut, au surplus, avoir un épiscopat de très courte durée.

LI. — André (1172). On ne sait rien de bien positif sur l'évêque André, que Fornéry fait siéger en 1172^ Barbier en 1 1 84, Farel et le Pontijîcium Carpentoractense en 1 200, tandis que le Gai lia christiana et Cottier révoquent en doute son existence.

Le chanoine Farel et le Pontificiiim Carpentoractense nous apprennent qu'il assista au couronnement d'Othon à Arles, en l'année 1200, et pensent que c'est sous son épiscopat, après la prise de Constantinople en 1204, que le saint Clou fut apporté d'Orient à Carpentras. Si Ton admet la chronologie de Farel et du Pontificium Carpentoractense^ l'épiscopat d'André doit être reporté plus loin, entre Raimbaud et Geoffroi de Garosse.

LU. — Pierre II (i 174). Nous n'avons pas eu occasion de parler encore de Tantique monastère de N.-D. du Grès qui a laissé de si glorieux souvenirs dans l'histoire religieuse de notre ville. Il serait difficile d'établir la date précise de sa fondation, mais il est certain que les chanoines [réguliers de N.-D. du Grès avaient, depuis de long siècles, leur monastère et leur église, hors de la ville et près de la porte qui, pour cette raison^ porte encore le nom de Notre-Dame. Cette église, dédiée à la Vierge, s'il en faut croire le chanoine Barbier, aurait été construite par les soins et grâce aux largesses de l'empereur Charlemagne lui-même.

On a toutefois une preuve de son existence au IX*

siècle par une charte dans laquelle Tempereur Louis l'Aveugle accorde quelques privilèges à l'église d'Apt (i).

On suppose qu'à Torigine le monastère était habité par des religieux bénédictins, mais il passa plus tard aux chanoines de St-Ruf, en faveur desquels le pape Eugène III accorda quelques privilèges (2)^ que le pape Innocent III voulut bien confirmer par sa bulle du i3 des calendes de décembre 1 2 1 1 .

Pierre II, évêque de Carpentras, leur fit, en 1178, des statuts que Peiresc nous a conservés (3) et que Geoffroy de Garosse modifia quelques années plus tard.

Malgré les troubles des Albigeois, les chanoines n'abandonnèrent par leur monastère, et ce ne fut qu'au XIV^ siècles lorsque les compagnies des roufiers et d'autres troupes de brigands vinrent ravager la Provence et le Comté Venaissin que, ne se voyant plus en sûreté dans leur vieille demeure, ils vinrent chercher dans Tintérieur de la ville de Carpentras une sécurité qu'ils ne trouvaient plus au-dehors.

On leur donna une maison située dans la rue Notre- Dame, et pour célébrer leurs offices, l'église de St-Jeandu-Bourg, qui se trouvait à côté de la chapelle actuelle des Pénitents-Blancs.

Ils conservèrent néanmoins leur ancien monastère

(i) Cette charte, mentionnée par Bouche, dans son Hist. de Provence, tom. I, pag. 774, porte : Actum est hoc praeceptum anno incarnationis Dominiez DCCCXCVI, indict. XIV, apud Carpentoractcnsmm monasterium, anno VI, régnante Ludovico gloriose rege.

(2) Les religieux de S. Ruf ayant été institués en l'année 1038 et le pape Eugène III étant mort en 1154, c'est évidemment dans l'intervalle que le monastère de N. D. des Grès leur fut donné.

(3) Mns. de Peyresc, à la bibliothèque de Carpentras.

pendant quelques années, espérant toujours que, l'ordre rétabli, ils pourraient venir Thabiter à nouveau. Mais les vieilles et solides contructions qui remontaient sans doute à Torigine de la pieuse fondation devinrent un danger pour la sécurité publique. On craignit que les redoutables ennemis qui désolaient alors nos riches plaines ne s'y établissent et ne s'y fortifiassent à la porte de la ville, et on en décida la 'démolition. Il fut, en conséquence ordonné aux habitants, le i6 avril i36o, de se rendre le lendemain sur les lieux, avec les outils nécessaires pour travailler à cette démolition.

Les religieux voulurent protester contre cet acte de folle terreur, et intentèrent dans la suite un procès à la ville pour obtenir une indemnité légitime.

Il ne reste plus rien aujourd'hui des ruines du vieux monastère. On essaya bien d'y construire, dans le courant du XVI'' siècle une chapelle rurale sous le vocable de N.-D. des Sept-Douleurs, qui ne survécut pas aux guerres de religion.

Les chanoines de N.-D. du Grès, qui étaient d'abord au nombre de dix, furent réduits à six (i) dans la suite. Autrefois ils vivaient en commun, mais l'usage finit par disparaître, malgré les efforts de plusieurs de nos évèques pour les ramener à la règle primitive.

Le vieux monastère et le prieuré de N.-D. de Nazareth furent possédés en commende par divers prélats. Clément VIII, en 1597, et du consentement de Paul

(1) Cinq des chanoines avaient de petits prieures pour prébendes. Ces prieurés avaient eux-mêmes pour sièges les chapelles rurales de St-Donat, St-Félix, St-Victor, St-Laurent et Ste-Foix, avec leurs dépendances. Le sixième chanoine, qui était le sacristain, n'avait pas de prieuré.

Emile Sadolet, dernier prieur commendataire, unit le prieuré de N.-D. du Grès au collège des Jésuites d'Avignon, pour l'entretien de quatre professeurs de théologie.

Mgr de Béni, dernier évêque de Carpentras, fit prononcer la sécularisation des quatre chanoines qui s'étaient succédé jusque là^ ainsi que nous le verrons dans la suite.

Pour ne pas trop anticiper sur les faits historiques que nous avons à raconter, nous allons, après -cette petite digression que l'on nous pardonnera, reprendre la liste chronologique de nos évoques,

LUI. — Raimbaud (i 177.) Nous savons peu de choses de l'épiscopat de Raimbaud. Dom Polycarpe de la Rivière donne le texte d'une charte de 1177, dans laquelle Tévêque de Carpentras, de concert avec Pierre, évêque d'Orange, autorise la donation faite par Raymonde, fille de Guillaume de Mornas, à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, de tout ce qu'elle possédait dans les châteaux de Mornas, de Gigondas, de Cairanne, du pont de Sorgues et de Caderousse.

Raimbaud figure encore Tannée suivante comme témoin à une bulle de l'empereur Frédéric en faveur de l'église d'Arles.

Son épiscopat dut finir en 1 195.

LIV. — Geoffroy de Garosse (i 195). Le successeur de l'évêque Raimbaud fut Geoffroy de Garosse, issu d'une maison noble de la ville, où il naquit vers l'année 1 1 5o. Il avait donc 46 ans lorsqu'il fut revêtu de la dignité épiscopale.

Nous relevons son nom pour la première fois dans une charte du 3o juillet i igS, par laquelle un seigneur de la contrée, nommé Hugues, consentit une vente au profit des chevaliers de Tordre du Temple. Trois ans plus tard, en 1 198, nous trouvons Févêque Geoffroy, seigneur temporel d une partie de Venasque, ordonnant une enquête sur les dispositions testamentaires de Geoffroy de Venasque. Celui-ci, de la puissante maison de Venasque que les généalogistes rattachent à la famille des comtes de Toulouse, avait été Tun des principaux bienfaiteurs de l'abbaye de Sénanque, fondée quelques années auparavant grâce aux largesses de la maison de Simiane. Il voulut que sa protection pour le monastère naissant lui survécut et lui donna à sa mort tout le restant de ses biens. Pour toute récompense, il voulut être inhumé dans l'église du monastère et dans la tombe des religieux qu'il avait tant aimés de son vivant (1).

Geoffroy de Garosse donne encore son agrément, en 1 20 1 , à la donation que firent les chanoines de sa cathédrale à un particulier de la ville.

Nous arrivons à une des époques les plus troublées de l'histoire du midi de la France. C'était l'époque mémorable de l'affranchissement des communes. Sous l'influence des évêques en particulier, les communautés obtinrent des libertés et des franchises qui préludèrent à l'émancipation municipale. L'Église a levé la première le drapeau de la vraie liberté et de la civilisation, et c'est bien à cette généreuse initiative et à la douceur de la houlette pastorale qu'il faut rapporter l'origine du vieux proverbe : Sous la crosse, il fait bon vivre,

(i) L'Abbaye de Sénanque, par M. l'abbé Moyne, page 44.

Mais tandis que l'action bienfaisante de l'Eglise se manifestait en aidant à l'émancipation des communes, Fenfer suscita contre elle une nuée de sectaires qui, sous le nom de Vaudois et plus tard d'Albigeois, couvrirent le midi de la France de ruines et de sang.

Raymond VI, comte de Toulouse, dont les aïeux, nous dit Hurter, étaient célèbres dans Thisloire et la poésie comme catholiques fervents et vaillants chevaliers, fut le plus fameux des grands seigneurs qui prirent le parti de Thérésie.

Raymond de Toulouse, poussé par ses coreligionnaires, se livra à tous les excès possibles et vint à Carpentras construire pour sa défense un château-fort qui porte son nom, tandis qu''il chassait de son siège le courageux évêque, Geoffroy de Garosse, pour mieux réduire les habitants à lui jurer fidélité.

Geoffroy en appela au pape de la violence dont il avait été Tobjet et obtint de Milon^ légat du St-Siège, à la date du 6 novembre 1209^ un ordre formel enjoignant au comte de Toulouse de rétablir Tévéque dans ses droits et le condamnant à lui payer une indemnité de dix-huit mille sols raymondins ( i ) .

Le comte parut un moment obéir aux injonctions du pape et se rendit à la sommation que le légat Mil on lui fit de comparaître devant un concile d'évêques réunis à Valence. Raymond promit de se soumettre à tous les ordres du légat, mais ce ne fut que le 22 juin 1 209 qu'il fut admis à l'absolution.

A cette effet, le légat, accompagné des archevêques d'Arles, d'Auch et d'Aix et de nombreux évêques^

(i) Histoire de Vaison, par le P. Boyer, liv. i, page 113.

parmi lesquels Geoffroy de Garosse, se rendit dans le vestibule de Tabbaye de St-Gilles, où un autel avait été dressé.

Le comte Raymond s'avança alors vers le sanctuaire et d'une voix émue il promit solennellement de rétablir Tévêque de Carpentras dans tous les droits qu'il avait en dedans et en dehors de la ville. Ce ne fut qu'après cette cérémonie expiatoire que Raymond de Toulouse fut admis à recevoir Tabsolution des mains du légat (i\

Guillaume de Bonnieux, abbé de Montmajour^ avait protesté à son tour contre l'occupation du château de Bédoin dont le comte Raymond s'était emparé de force, et il en appela au pape et à Tempereur. Innocent III et Othon IV répondirent à son appel et confirmèrent les droits de Montmajour. L'évèque Geoffroy assista comme témoin à la charte du 12 février 121 1, par laquelle Thédise, légat, et Guillaume, évéque d'Orange, ordonnèrent que l'abbé serait remis en possession de la portion du château de Bôdoïn usurpée par le comte de Toulouse. Celui-ci ne persévéra pas dans ses bonnes dispositions et mourut quelques années après, tué d'un coup de pierre par les troupes du valeureux Simon de Montfort.

C'est donc grâce à la rare énergie de Geoffroy de Garosse, que l'église de Carpentras dut de sauver ses prérogatives. Les auteurs de la Monographie, se basant sur l'inscription tumulaire, que nous allons rapporter, lui accordent une gloire nouvelle, celle d'avoir réédifié

(l) Avignon, son Histoire, etc., par Joudou ; l'abbé Granget, Histoire du diocèse d'Avignon, tome I", page 378.

IIO SECONDE PARTIE

et agrandi son église cathédrale, saccagée peut-être par les Albigeois. Sans vouloir discuter cette opinion, combattue de nos jours par M' Revoil, Téminent architecte des monuments historiques, qui attribue à l'époque carlovingienne l'église que la Monographie revendique pour Geoffroy de Garosse, nous nous bornons à croire que notre évêque n'a été que le restaurateur du monument carlovingien, dont notre ville reste fière de posséder encore les glorieux débris.

Après un épiscopat de seize ans à peine, mais qui dut être tourmenté et laborieux, Geoffroy de Garrosse mourut, vers Tannée 121 1. On plaça sur sa tombe l'inscription suivante, qui témoigne des regrets qu'il laissa après lui, et des vertus qu'il déploya sur le siège épiscopal :

Gaufredus quo claruit urbs Garpentoratensis,

hîc jacet, unde dolor, nam jacet urbis honor. Relligio, vigor ecclesce, reverentia cleri,

hoc vivente fuit, hocque ruente ruit.

qppressos relevans, tumidis leo, m[tibus agnus j

Par FUIT AUT primus, vixque secundus erat. ecclesiam nimis iste sjam nichil usque redactam

Extulit et crevit, fecit et esse quod est. NoBiLis in terra, sed nobilior sit in alto;

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