NOBILIS HINC ABIIT, NOBILIOR MANEAT
PbIMA DIES AUGUSTI terris, HEU DOLOR ! ILLUM
AbSTULIT, et CŒLO REDDIDIT H/EC EADEM. HOS FECIT VERSUS IN SEDE SECUNDUS AB ILLO,
Illiusque NEPOS QUEM TENUIT, DOCUIT (i).
(i) Ici repose Geoffroy sous qui brilla la ville de Carpentras, et dont la perte cause notre douleur. — Lui vivant, la religion, l'Eglise, le clergé ont eu force et gloire. Il emporte tout avec lui. — 11 était l'appui des opprimés. Il opposait aux superbes la force du lion, il avait pour les humbles
LV. — Guillaume de Bordellis (121 i). Nous trouvons peu de choses sur 1 episcopat de cet évêque, dont le nom de famille nous a été conservé par deux chartes, Tune de i232, l'autre de 1239, relatives à Guillaume Beroardi, son successeur. Il est à supposer qu'il eut à lutter à son tour contre les agissements du comte de Toulouse, car il fut obligé, en 12 12, de se joindre à quelques évêques de la contrée, pour informer le pape Innocent III des difficultés qui lui étaient créées parce prince.
Dans le courant de septembre 121 5, Guillaume de Bordellis se fait prêter hommage par les co-seigneurs de Monteux, et en 12 18, il reçoit de Raymond d'Agoult, la somme de cinq mille sols pour prix de diverses denrées qu'il lui avait vendues.
Sur la fin de sa vie, il se choisit pour coadjuteur, Isnard, prévôt de son chapitre et mourut vers Tann ée
LVI. — Isnard (i223). Isnard était déjà prévôt du chapitre et coadjuleur de Guillaume de Bordellis, lorsque ce dernier mourut. Il monta aussitôt sur le siège épiscopal et ne l'occupa que cinq ou six ans. Il eut à lutter, comme ses prédécesseurs, pour revendiquer la restitution des domaines épiscopaux usurpés par le
la douceur de l'agneau. — Toujours égal ou supérieur aux autres, à peine jamais l'a-t-on vu se laisser surpasser. — L'église était détruite, il en a élevé une autre ; il l'a agrandie et en a fait ce qu'elle est. — Illustre sur la terre, il le devient encore davantage au ciel. Que cette gloire demeure encore plus grande à l'avenir ! — Le premier jour d'août, douleur amère ! Ta enlevé à la terre et l'a rendu au séjour des cieux. — Son neveu, qu'il instruisit et éleva, et qui occupait le second rang après lui, a composé ces vers.
ri2 SECONDE PARTIE
comte de Toulouse.Mais plus heureux qu'ils ne Tavaient été, il obtint la restitution du château du Baucet^ du bourg deSt-Didier et enfin des châteaux de Malemort et de St-Félix. Le comte de Toulouse ne se réserva que les chevauchées dont les évéques conservèrent la faculté de se libérer moyennant une redevance. La charte qui consacre cette transaction porte la date du23aoiàt 1224.
Isnard fit de très grands sacrifices pour augmenter les propriétés de Tévèché et les revenus de sa mense. Dans le courant de Tannée 1226, il acquit d'un nommé Raimbaud une vieille tour qui se trouvait à côté d'une ancienne porte de la ville. Dans le mois d'octobre de la même année il acquit la sixième partie de la seigneurie de Venasque, de Raimbaud, co-seigneur du lieu. Le mois suivant Raymond de Venasque (i) lui vendit encore quelques-unes des tours du château de Venasque. Enfin vers la fin de la même année Bertrand et Guillaume Gaufridi vendirent à leur tour à Tévêque la cinquième partie de la même seigneurie.
Ces diverses chartes sont scellées d'une bulle en plomb, sur laquelle figure pour la première fois l'image du saint Mors, que l'Eglise cathédrale de Carpentras a le bonheur de posséder encore. Ce sceau représente d'un côté une évéque à mi-corps^ debout, mitré^ tenant la crosse de la main gauche, tandis que la main droite appuyée sur la poitrine semble tenir un livre. Légende : i SIGILLUM EPISCOPI CARPNT. Au revers : le
(i) La famille de Venasque, une des plus puissantes du Comté Vénaissin, oîi elle florissait dès le XI<= siècle, descend , d'après les généalogistes, de la maison des comtes de Toulouse, dont elle portait les armes.
St Mors, la partie du milieu en chaînettes entortillées, avec la légende : S. SANCTI SISP^^REDI (i).
11 n'entre pas dans mon sujet de refaire l'histoire de la précieuse reliqiie ; elle a été écrite bien des fois et avec une érudition à laquelle je ne saurais prétendre. En dernier lieu, Monseigneur Téveque de Fréjus^ alors qu'il était encore archiprétre de Carpentras, en a donné
(i) J'ai pu relever quatre types différents des bulles en plomb dont se sont servis les évêques de Carpentras pour sceller les actes ayant trait au temporel de l'évêché. La bulle d'Isnard est la plus ancienne. Raymond de Barjols dans deux chartes, qui se trouvent dans le beau cartulaire de l'évêché, datées du 3 des calendes d'avril et du 12 des calendes de juillet 1264, se sert de la même bulle qu'Isnard, son prédécesseur. A cette époque il en fit graver une nouvelle, dont je donnerai le dessin ci-après, et dont il se servit la première fois pour sceller une charte datée des calendes d'avril 1267.
En l'année 1302, l'évêque Bérenger Fornery se sert d'une bulle dont la partie de face paraît être la même que celle du sceau que je reproduirai tantôt, mais dont le revers porte le saint Mors, et la partie mouvante est formée de deux tiges réunies au bas par un anneau. Ce sceau est certainement celui sur lequel la forme du saint Mors se rapproche le plus de la relique vénérée à Carpentras.
Enfin l'évêque Hugues de Lesignan fait, en 1336, usage d'une bulle d'un type nouveau. La partie brisée du mors s'y trouve formée d'une chaînette dont les anneaux, au nombre de cinq de chaque côté, sont réunis dans le bapar un anneau beaucoup plus grand.
Les évêques de Carpentras abandonnèrent dans la suite ce sceau impersonnel, pour se servir exclusivement de leur sceau particulier.
Un collectionneur de la région, après avoir patiemment réuni une fort intéressante série des bulles en plomb de nos évêques, a voulu trouver dans les différentes formes employées par les graveurs de cette époque lointaine pour reproduire le saint Mors, un argument contre l'authenticité de la relique. Il a, sans doute, oublié que ces sceaux étaient gravés certainement par des artistes étrangers qui, n'ayant pas l'image vraie sous les yaux, ne suivaient que leur caprice pour la représenter. Les artistes de notre époque, sous ce rapport, ne sont pas plus heureux que leurs devanciers. Il est donc puéril de vouloir opposer à la tradition six fois séculaire de l'Église de Carpentras un argument qui a le tort d'être absolument gratuit.
une monographie, qui restera le monument le plus autorisé élevé en son honneur (i).
Qu'il me suffise de rappeler que l'impératrice sainte Hélène, ayant retrouvé à Jérusalem la Croix et les principaux instruments de la passion de N. S. réserva pour l'empereur Constantin, son fils, les clous qui avaient percé les pieds et les mains du Sauveur.
Saint Ambroise rapporte que deux de ces clous, sous Tinspiration de sainte Hélène, furent transformés l'un en un mors pour le cheval de bataille de son fils^, et l'autre en une lame qu'on enchâssa dans la couronne impériale.
Après la mort de Constantin-le-Grand, le saint Mors devint dans l'Eglise, un objet de vénération que le pape Vigile, vers le milieu du sixième siècle, prit à témoin du serment qu'il prêta, en plein concile général (2).
Quelques années plus tard , l'empereur Justin-le- Jeune fut délivré d'une obsession diabolique par l'imposition de la précieuse relique (3).
Ici, nous perdons, pendant plusieurs siècles, la trace du mors de Constantin, pour la retrouver, vers l'année 1167, parmi les reliques vénérées à Constantinople (4).
A dater du XIIP siècle, il n'est plus question en Orient du St Mors de Constantin, que nous retrouvons à Carpentras.
Comment y fut-il apporté ? Il est bien difficile de le savoir, mais il est probable qu'enlevé, lors de la prise
(i) Le saint Mors de Carpentras et son reliquaire, par M, l'abbé F. Terris. Carpentras, Prière, 1874, broch. in-8° de 47 pages.
(2) Baluze, tom. P'' Actaconcilii quinti,pag. 1844.
(3) Gregor.Turon. De g/orid 7narljrum,lih . I. Cap. 6.
(4) Comte Riant. Hisi. des Scandinaves cfi Terre-Sainte^ page 69.
de Constantinople, en 1204, avec d'autres nombreuses reliques, par quelques croisés des troupes de Simon de Montfort, dont les noms ne nous sont pas parvenus, il devint la propriété de F Eglise de Carpentras. Nos évoques s'empressèrent aussitôt d'enrichir de l'image de la relique leur sceau épiscopal, en attendant que la ville elle-même la plaçât dans les armes municipales (i), et que les notaires la fissent entrer dans la composition de leurs signatures (2).
Depuis cette époque, six siècles se sont écoulés, pendant lesquels la dévotion au saint Mors ne s'est jamais démentie. Et de nos jours encore, elle est aussi vive qu elle Tétait au moyen-âge, alors que les pensées de la foi entraînaient les peuples vers les Lieux-Saints et enflammaient tous les courages. La relique, dont l'Église de Carpentras garde avec un soin jaloux le précieux dépôt, reçoit comme autrefois les hommages de nos populations croyantes, et le magnifique reliquaire, où elle repose^ est une éloquente preuve de la fidélité de notre foi.
Le plus ancien document qui nous ait été conservé touchant le saint Mors est donc le sceau épiscopal de Tévêque Isnard. Nous verrons tantôt que ses successeurs le conservèrent pendant longtemps encore, bien qu'ils eussent chacun leur sceau personnel.
Le 14 novembre 1227, Isnard reçut encore Thommage de Bertrand de Misone, pour sa part de la seigneurie de Monteux. Déjà dans le mois de janvier
(i) Voir sur les armes de la ville de Carpentras, la note de la page 38. (2) Voir la notice sur les signatures des jiotaires d'Apt au inoyen-àge. Bulletin archéologique de Vaucluse, 1879, pag. 33
Il6 SECONDE PARTIE
de la même année, celui-ci avait fait donation à Tabbaye de St Pierre de Molégès de quelques pièces de terre, sises sur le territoire de Monteux. L'évêque de Carpentras, haut seigneur du lieu, ratifia cette donation le 20 janvier 1228, en faveur de Cécile, abbesse, et lui imposa une censé annuelle de trois livres de poivre.
Dans le même mois de novembre 1227, Isnard acquit encore, pour les joindre au domaine temporel de Tévêché, tous les droits qu'Alfanti Sarracenus et autres seigneurs avaient sur le fief de Venasque, ainsi que les tours qu'ils possédaient à Malemort.
Enfin le 27 mai 1228, Isnard ratifia la donation faite par Bertrand de Venasque à l'abbé et au monastère de Sénanque du droit de pâturage dans la montagne de Venasque.
Isnard mourut probablement sur la fin de cette dernière année. Durant son court épiscopat, vers Tannée 1226, le Comtat Vénaissin fut cruellement éprouvé par le fléau de la peste^ dont le restant de la France eut a souffrir également beaucoup.
LVII. — Bernard ou Bertrand (1229). Cet évêque, que les historiens désignent tantôt sous le nom de Bernard^ tantôt sous la simple initiale B. dans les chartes latines^ a dû monter sur le siège épiscopal vers la fin de Tannée 1228, ou bien dans les premiers jours de Tannée 1229. Il reçoit en effet, le 6 février de cette dernière année, Thommage de Bertrand de Misone pour sa coseigneurie de Monteux. Le 10 avril suivant, il se fit prêter hommage par les co-seigneurs de Méthamis, parmi lesquels Raymond Alfanti.
Le P' décembre de la même année, il acquit moyen-
nant douze livres raymondines, de Rostagnus et de Béatrix, son épouse, une tour qui se trouvait dans la ville de Carpentras.
Dans le mois d'août i23o, Bertrand Alfanti, chevalier, et Bertrand, son fils, co-seigneurs de Méthamis, ratifient en faveur du même évêque la vente d'une tour à Venasque, qui avait été faite par Raymond Iterii à Tévêque Isnard, son prédécesseur.
Bernard eut quelques difficultés avec les prieurs de St Félix, de St Donat et de St Victor ; elles furent réglées par une sentente arbitrale de l'année i23o, aux termes de laquelle, ces prieurs furent tenus de donner à 1 evêque la quatrième partie de leur dîme. On trouve également dans les archives de l'évêché une sentence de la même année qui oblige tous les co-seigneurs de Monteux à prêter hommage à Tévêque de Carpentras, à chaque changement de titulaire.
Enfin dans le courant de décembre de la même année, r évêque Bernard dressa^ de concert avec les chanoines de sa cathédrale, des statuts pour son chapitre.
Fornéry ne place la date de sa mort qu'après le mois de mai 123 1 y mais, d'après \q Pontijicium Capentoractense et le chanoine Farel,un ancien obituaire de St-Andréde Villeneuve-lez- Avignon fixe cette date au 3i août i23o.
LVIII. — Guillaume ÏII Béroardi (i23o). Après la mort de l'évêque Bernard, le siège épiscopal ne resta vacant que quelques semaines : d'après le Pontificium Carpentoractense, Guillaume Béroardi fut élu pour lui succéder le i8 novembre i23o. Guillaume était prévôt du chapitre métropolitain d'Arles^ lorsqu'il fut appelé aux honneurs de Tépiscopat.
ii8
Les troubles soulevés dans le midi par les comtes de Toulouse étaient à peu près apaisés. Les évêques de Carpentras avaient obtenu la restitution d'une partie de leurs domaines, mais ils eurent à lutter longtemps encore contre les seigneurs pour revendiquer les droits de leur Eglise, méconnus et usurpés à la faveur des guerres qui venaient de marquer les derniers siècles. L'épiscopat de Guillaume, nous pouvons le dire, fut un règne réparateur pour le temporel de l'évêché, comme il le fut pour l'administration spirituelle du diocèse.
Le i6 mars 1282, il se fait prêter l'hommage accoutumé par Imbert d'Agoult, co-seigneur de Monteux, et le mois suivant il fait à Malemort Tacquisition d'un bois pour l'annexer aux dépendances du château de St-Félix.
Depuis longues années le péage de Monteux était une source de difficultés entre les divers co-seigneurs qui s'en disputaient la juridiction et les habitants de Carpentras. Ceux-ci se prévalaient justement des franchises que les évêques leur avaient obtenues, et quelques-uns même résistèrent aux exigences des co-seigneurs avec trop de vivacité. Pour éviter de nouveaux désordres^
Guillaume Béroardi s'adressa à Pierre de Landreville, sénéchal du Vénaissin, et prit pour arbitre Rainier, chanoine de Vaison. Celui-ci fit une minutieuse enquête et donna gain de cause aux gens de Carpentras.
L'évéque, non content de cette décision, obtint encore, dans le mois de septembre i232, de Bertrand de Misone, co-seigneur de la huitième portion de la terre de Monteux, une déclaration confirmant expressément les exemptions accordées en 12 lo en faveur de Geoffroy de Garosse et qui avaient été renouvelées plus récemment à la sollicitation de Guillaume de Bordellis. Quelques mois plustard, le 25 mai i233, Bertrand de Misone prêta hommage à Tévêque pour sa co-seigneurie^ qu'il vendit au mois de juillet suivant à Bertrand et à Geoffroy de Venasque.
Dans le courant du même mois de mai, Févêque prit pour arbitre Guillaume Rostagni, prieur de l'église de la bienheureuse Vierge Marie de Pernes, au sujet de la dîme de l'Église de St-Hilaire, qui lui était disputée par l'abbesse de Ste-Marcelle.
En 1234 il fit aussi un règlement avec les habitants de MonteuXj au sujet de la dîme des grains et du vin qu'il avait à percevoir sur leur territoire.
Dans le courant de la même année^ les chanoines de la cathédrale eurent quelques contestations avec ceux de N.-D. du Grès. Ils exposèrent leurs difficultés à l'évêque et acceptèrent son arbitrage. Le 12 janvier 1235, il rendit une fort curieuse sentence qui mit fin aux débats. Les chanoines de N.-D. du Grès furent condamnés à payer à Téglise cathédrale le vingtain des fruits de leurs domaines, et aux chanoines de la même église la moitié de la dépouille des morts qui seraient
inhumés dans leur cimetière et des offrandes que feraient les fidèles à leur église exirâ-muros. La sentence réserva encore aux chanoines de St-Siffrein le quart des objets mobiliers qui seraient légués aux chanoines de N.-D. du Grès, et régla les processions de la cathédrale auxquelles ces derniers seraient tenus d'assister à Tavenir.
Dans le courant de l'année 123/, il fit deux nouvelles acquisitions pour la mense épiscopale : il acquit une terre, appelée la Condamine^ tout près de Carpentras et reçut en don la quatrième partie du moulin des Aicards.
D'un autre côté le Gallia Christiana nous rapporte que vers la même époque Guillaume Beroardi distribua lui-même quelques biens aux pauvres de la ville^ et qu'il se fit prêter hommage, le 20 juin 1238^ par Bertrand Astier, pour la portion de la seigneurie de Venasque dont il était propriétaire.
Au mois de mai de la même année il reçut encore l'hommage des habitants de Monteux et fit publier le règlement, daté de Crémone, que l'empereur Frédéric, pedt-fils du fameux Frédéric Barberousse, avait fait contre les Albigeois, avant sa révolte ouverte contre l'Église.
Un des actes les plus importants que fit l'évêque Guillaume pendant son long et laborieux épiscopat fut l'hommage qu'il prêta^ en 1239, à Raymond VII, comte de Toulouse, pour les châteaux et fiefs de Venasque, St-Didier, le Baucet, Malemort, St-Félix et le fort des Alphants à Méthamis, dont ses prédécesseurs avaient obtenu la restitution. Le comte se réserva quelques redevances en argent à raison des droits des chevauchées dont Tévêque fut affranchi, maisilpro-
mit formellement de maintenir les évéques de Carpentras dans leurs droits et privilèges. 11 ratifia en outre la charte par laquelle Raymond V, comte de Toulouse et marquis de Provence, tant en son nom qu'au nom de son frère Alphonse, de l'avis des seigneurs barons de ses états, confirma^ en ii35, sur la demande de l'évêque Gaspard^ le marché qui existait dans la ville depuis les temps les plus reculés. Il confirma également la charte par laquelle, en 1160, le même prince remit Tévêque Raymond dans la libre possession des châteaux de sa mense^ moyennant une somme de deux mille sols melgoriens qu'il paya, et celle de 1224, dans laquelle l'évêque Isnard obtient lui-même la restitution de plusieurs domaines importants de Tévêché. Enfin, pour conserver au marché de Carpentras toute l'importance dont il avait joui jusque là, le comte de Toulouse veut que tous ceux qui viendront au marché ne puissent être inquiétés ni molestés pour quelque motif que ce soit.
La charte que nous venons d'analyser rapidement est datée du palais épiscopal d'Orange, où elle fut scellée en présence de personnages importants de la cour du comte de Toulouse. Elle fut vidimée le 12 octobre 1289 par le concile provincial réuni à Carpentras, et auquel prirent part l'archevêque d'Arles et les évêques de Toulon, de Vaison^ d'Orange, de Cavaillon et de Carpentras. Chacun de ces prélats scella le vidimé de son sceau épiscopal et l'évêque de Carpentras le scella de la bulle en plomb avec l'effigie du St-Mors dont nous avons donné une description exacte.
Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que l'évêque Béroardi put obtenir cette importante charte, qui mettait fin désormais à toutes contestations et qui assurait
la tranquille possession des droits des évêques de Carpentras. Longtemps il résista aux ordres du comte de Toulouse qui exigeait l'hommage, il lutta ainsi pendant quatre ou cinq ans avec une rare énergie^ jusqu'au moment ou le comte s'apprêtait à prendre les armes pour l'y contraindre. Alors seulement il s'y résigna, mais il le fit avec tant d'habileté qu'il trouva dans la nécessité même à laquelle il était réduit Toccasion d'obtenir pour le siège épiscopal les étonnantes faveurs que nous venons d'énumérer.
L'évêque voulut assurer de suite l'exécution des privilèges qu'il venait d'obtenir en contraignant, en la même année 1289, les co-seigneurs de Venasque, de Villes et de Monteux à lui faire l'hommage auquel ils étaient tenus.
L'année suivante^ le 11 août 1240, il assista comme témoin au mariage que le comte Raymond de Toulouse contracta avec Sancie de Provence (i).
Nous avons déjà vu que le saint' évêque Ayrard avait constitué canoniquement dans sa cathédrale un chapitre de seize chanoines, en l'année 982. Les ressources assignées par lui à cette fondation devinrent sans doute insuffisantes dans la suite, car Guillaume Béroardi se vit dans la nécessité de réduire à douze le nombre des chanoines établis par son prédécesseur. Il modifia les statuts primitifs, du consentement du chapitre lui-même^ et ordonna que nul désormais ne pourrait être admis au canonicat, avant l'âge de 20 ans. Il voulut également obliger son prévôt, Pierre Anicus, à recevoir les
(ij Hht. du Langxtcdoc, tom, III, pag. 41.
ordres sacrés, et, sur son refus il n'hésita pas à fulminer Texcommunication contre lui.
Nous le voyons assister encore au concile qui se réunit à Béziers dans le mois d'avril 1248, et le 5 décembre 1248 à celui de Valence. Ce dernier concile, auquel prirent part les évéques des quatre provinces de Vienne, de Narbonne, d'Arles etd'Aix, fut réuni pour parer aux dangers que les Albigeois faisaient courir à Tintégrité de la foi religieuse et au maintien de la paix sociale. Les évêques présents y renouvelèrent les anciens serments de maintenir la concorde entre les princes chrétiens, afin de faciliter les expéditions de la Terre Sainte. Ils déclarèrent Tempereur Frédéric déchu de tout droit, et on renouvela contre lui la sentence d'excommunication portée déjà par le pape.
L'évêque Guillaume Beroardi prit également part au synode de la province d'Arles, tenu à Tlsle^ diocèse de Cavaillon, le mardi après la fête de l'Exaltation de la Croix de l'année 1261, sous la présidence de l'archevêque d'Arles lui-même, et auquel assistèrent les évêques de Cavaillon^ d'Orange, de Marseille et de St-Paul.
Au mois de juillet de la même année, l'évêqne eut la douleur de perdre son frère, Raymond Beroardi, chevalier, et quatre ans plus tard, en 1255, son neveu Pierre ou Pons Beroardi, fils du précédent et chanoine de sa cathédrale. Ils furent inhumés l'un et l'autre dans le cloître de l'église, où on pouvait lire, il y a peu d'années, leurs inscriptions tumulaires, que voici :
Anno Dni MCCLI. D. s. V. S. nonas Jvlu obht
Dnvs Raimvndvs Beroardi miles frater dni Willelmi
Beroardi Epi tvnc Carpen,
A côté de cette première inscription se trouvaient celles du chanoine Pierre, dont nous venons de parler, et celle d'un personnage qui paraît être de la même famille :
Anno Dni MCCLV. s. IX. K. Novemb. obiit
DnVS p. BeROARDI FILII El. CANON. CaRPEN.
An. s. VII K Sept, obiit Dnvs Bonifacivs Carpen. Corpus Animée reqviescant in page.
Le comte Raymond VIî de Toulouse, après avoir été pour Tévêque Guillaume un adversaire dangereux, devint pour lui un protecteur et un ami. Sa confiance était devenue si grande^ qu'il le nomma son exécuteur testamentaire" dans son testament de 1249. ^ sa mort^ Alphonse de Poitiers^ frère de saint Louis et mari de Jeanne, fille et héritière du comte de Toulouse^ ne crut mieux faire que de lui conserver toute la confiance qu'avait en lui l'illustre défunt. Il lui donna la délicate et difficile mission de relever dans tout le Comté Venaissin les droits divers appartenant aux comtes de Toulouse, dont les titres avaient disparu au milieu des troubles des Albigeois. Le travail de Tévêque de Carpentras, dont un des originaux, connu sous le nom de livre rouge des Comtes de Toulouse^ existe encore à la bibliothèque de notre ville, est un des documents les plus curieux de notre histoire locale.
Le 22 mai 1257, il intervint entre l'évêque et les habitants de Mazan un acte de délimitation des deux territoires de Carpentras et de Mazan.
Parmi les possessions des évêques de Carpentras, il en est une^qui dans tous les temps fut l'objet de soins
plus assidus de leur part : c'est le château de St-Félix à Malemort, qui servit de résidence d'été à nos évêques^ jusqu'au moment de la Révolution. Guillaume Béroardi obtint deux concessions importantes pour le château épiscopal. Raymond d'Ansouis^ abbé de Montmajour, pour témoigner de sa reconnaissance, lui donna, le 1 6 juin 1258, quelques terres dépendant du prieuré deSt- Maurice, à Malemort, et, en 1260, il obtint de Geoffroy de Venasque et de Rostang, son neveu, la permission de dériver les eaux d'une source pour les conduire à St-Félix.
L'histoire nous rapporte que, pendant son long épiscopat, Guillaume Béroardi sut admirablement gouverner le peuple confié à sa sollicitude pastorale, et qu'il sut y faire régner la paix et toutes les vertus chrétiennes.
Fornéry place la date de sa mort au 12 mars i263. Cette date n'est pas acceptée par tous les historiens : c'est ainsi que le Gallia Christiana fait siéger Guillaume de Barjols dès l'année i255, et Charles Cottier en i258. Le Pontijîcium Carpentoractense fait remonter à l'année 1289 l'élévation de Guillaume de Barjols au siège épiscopal et lui attribue la plupart des actes que Fornéry attribue lui-même à Guillaume Béroardi, son prédécesseur. La similitude de prénoms aura certainement induit en erreur le docte inconnu qui nous a laissé le Pontificium.
Nous avons été assez heureux pour retrouver aux archives nationales à Paris, et aux archives départementales des Bouches-du-R.hône, à Marseille, le sceau épiscopal de Guillaume Béroardi, dont nous donnons ici la gravure.
Le sceau (i) est ogival et à 5o mill. Il représente l'évêque debout, vu de face, mitre, crosse et bénissant. On lit autour la légende :
S. GLLI EPI CARPENTORATENSIS
( Sigillum Guillelmi episcopi Carpentoratensis).
(i) Archives nationales. Inventaires et documents. Collection de sceaux par M' Douët d'Arcq. Paris, Henri Pion, 1863. — Le sceau original se trouve appendu à un vidimus, de 1238, de plusieurs chartes des princes d'Orange et des comtes de Toulouse, aux archives nationales J. 309, n° 17. On le trouve également aux archives départementales des Bouches-du-Rhône,à un hommage prêté à JeanV, archevêque d'Arles, par Bertrand Porcellet,Pons Gallard, Elzéar de Becdejun, Raimond Pons et autres seigneurs, pour les pâturages de Grau, St-Hippolyte, Galignan, les Angles, etc. (Arles 4 des ides d'août 1234). — (Iconographie des Bouches-du-Rhône de M. Blanchard, pi. 1, n° 4.)