‹ Les évêques de CarpentrasChapitre 31 sur 49 · PAUL II SADOLET · texte numérisé non relu

PAUL II SADOLET

Paul Sadolet, neveu et coadjuteur de l'illustre cardinal dont nous venons d'esquisser la vie, naquit du mariage d'Alphonse Sadolet avec Marie Bembo.

Le cardinal Farnèse lui confia la Rectorie au mois de mai 1541, et il gouverna le Comté- Venaissin, en cette qualité, jusqu'à la mort de son oncle, en 1547.

Il prit possession du siège épiscopal le 17 novembre de la même année (i), et, déchargé des obligations de la Rectorie, il donna tout son temps et consacra tout son zèle à Tadministration de son diocèse. Moins brillant que son oncle, il avait la même simplicité que lui et fit revivre sur le siège épiscopal ses vertus et son

(i) Mns. du P. Justin, à la bibl. d'Avignon, tom. I. pag, 35.

aménité. Il porta la houlette dans des temps difficiles, mais sa vigilance fut à la hauteur des dangers qu'il eut à traverser, et il ne faillit pas un seul instant aux obligations de sa charge.

Le pape Paul lil l'autorisa, le 5 décembre 1547, à céder à Jean François Sadolet, son frère, le fief de Blauvac, à recevoir en échange une grange de 80 salmées et une maison sises à Bezaure. Quelques années après, en i566, il céda à noble Claude d'Astouaud, seigneur de Murs, tout ce que la mense possédait des fiefs de St-Lambert et de Bezaure, moyennant une pension de 292 écus sur la ville d'Avignon.

Paul Sadolet eut à soutenir vigoureusement les droits de son Église dans des circonstances particulières.

Les moines de Montmajour, prieurs de Bédoin, lui contestèrent d'abord une redevance dont Torigine remontait à un temps immémorial. L'évéque revendiqua ses droits et obtint, le 10 janvier 1549, une transaction dans laquelle les moines reconnaissantes droits de Tévêque, lui cédèrent en échange le prieuré de St-Pierre de Pernes, et s'engagèrent en outre à lui servir chaque année, au i5 août, quatre salmées de blé.

Vers l'année i558, les officiers royaux soulevèrent à nouveau les prétentions, contre lesquelles Michel Anglici avait eu à se défendre un siècle auparavant, au sujet de la propriété de l'île de Cadenet, près Mornas, acquise pour le compte de la mense par le cardinal d'Albano et Raimond de Lanconia, après la mort d'Hugues de Lésignan. L'évéque fit cette fois encore triompher ses droits et obtint du roi Henri II des lettres patentes qui en assurèrent la propriété à ses suc-

cesseurs. Il prêta, le i5 juin iSSg, l'hommage qu'il devait de ce chef au roi de France.

L'année suivante, Paul Sadolet fut chargé à nouveau de la Rectorie, dont il se démit quelques mois après.

Le cardinal Hippolyte d'Esté, nonce en France, se rendant en Italie vers la même époque, s'arrêta quelques jours à Carpentras auprès de Paul Sadolet, pour lequel il avait la plus grande estime. L'évêque, qui lui était également très attaché, voulut l'accompagner et profita de cette occasion pour aller rendre ses devoirs au Pape.

L'hérésie cependant commençait à exercer ses ravages dans le Comté Venaissin. Une sourde agitation ne tarda pas à se produire parmi le peuple, et il fallut toute la sollicitude de l'évêque pour éviter que la contagion ne vînt l'atteindre.

Alexandre Farnèse, légat du Comté- Venaissin, et Fabrice Serbelloni, général des troupes pontificales, organisèrent la défense du pays, menacé par l'armée des huguenots, que commandait le baron des Adrets. Le danger était si pressant que le légat écrivit le 22 décembre i56i aux Consuls de Monteux pour les avertir que les huguenots s'apprêtaient à venir détruire leur ville et incendier leur couvent des Observantins, qui comptait déjà trois siècles d'existence. Les religieux prirent la fuite au dernier moment, et le lendemain de leur départ, i3 mai i562, l'hospitalière maison des fils de saint François fut incendiée par ces misérables.

Cependant les huguenots comptaient quelques adhérents à Carpentras. On comprit que leur présence, alors surtout que l'ennemi était à nos portes, devenait un danger pour la sécurité de la ville, et on se vit dans

la nécessité de les expulser. L'un d'eux, nommé Dalmas, convaincu de trahison et pris en flagrant délit d'intelligence avec les gens du baron des Adrets, fut même puni de mort (i). Sa maison, qui était tout près de la cathédrale de St-Siffrein, devenue vacante, fut provisoirement assignée aux Observantins de Monteux (2).

Chassés delà ville, les huguenots allèrent au devant de leurs coreligionnaires, et leur firent entendre que la ville n'oserait même pas essayer de se défendre et qu'elle s'empresserait de leur ouvrir ses portes. Le baron des Adrets lui-même se laissa persuader et vint camper dans les environs de Carpentras le 28 juillet i562.

Faulquet de Sainte-Jalle, gouverneur de la ville, fit fermer les portes et se prépara à soutenir le siège. 11 avait avec lui sept compagnies parfaitement équipées, et tous les hommes valides vinrent se mettre volontairement sous ses ordres pour la défense de leurs autels et de leurs foyers.

Quelques jours après, les catholiques de Carpentras ouvrirent leurs portes pour courir à l'ennemi : ils jettèrent le trouble dans ses rangs et le déconcertèrent. On raconte que, peu après cette sortie, un canonnier de la ville, pointa si habilement sa couleuvrine qu'un boulet vint tomber dans la tente même du farouche baron. Dans sa colère, des Adrets jeta aux traîtres qui lui avaient annoncé la reddition de la ville l'apostrophe suivante :

(i) Le P. Justin, Histoire des guerres de Religion, tom. I. pag. 153. (2) X.-D. de l'Observance à Carpentras, pag. 6 et suivantes.

Gens de Carpentras, ce sont donc là les clefs que vous m'aviei promises ?

Pendant ce temps, Serbelloni, général des troupes pontificales, se disposait à venir au secours de la place, mais la bravoure de nos pères suffit à jeter le découragement dans Tarmée ennemie, et des Adrets abandonna le siège dans la nuit du 3 au 4 août.

Lorsque tout danger parut conjuré, on songea à créer aux pauvres Observantins un établissement définitif et convenable. Une commission nommée à cet effet se mit à l'œuvre ; la ville, qui se faisait alors un honneur de favoriser toutes les entreprises religieuses, vota des fonds importants, et, après 25 années de laborieux efforts, Téglise put être livrée aux cérémonies du culte.

Nous avons donné déjà la monographie du couvent des Observantins (i) ; on nous permettra de glisser désormais sur son histoire, pour ne pas revenir sur des faits trop connus.

Paul Sadolet fut investi une troisième fois de la Rectorie en i568. Le pape ne crut mieux faire que d'abandonner le gouvernement du Comtat à sa sagesse et à sa prudence, au milieu de tous les dangers qui le menaçaient.

Il mourut le 26 février 1572, laissant après lui d'unanimes regrets. L'évéque de Vaison vint officier à ses funérailles^, assisté de Tévèque de Cavaillon. Un concours énorme de fidèles vint rehausser Téclat de la funèbre cérémonie, et témoigner de la place qu'il avait

(i) Notre-Dame de l'Observance à Carpentras, ( 1563-1880 ). — Paul Tourette à Carpentras, 1880, brochure de 32 pages.

SU prendre au milieu de son peuple. Il fut enseveli d'abord dans la Chapelle de St-Claude, et fut réuni plus tard, en 1647. ^^^ dépouilles du cardinal, son oncle^ que Monseigneur Bichi tint à honneur d'inhumer dans sa cathédrale.

Armes : d'argent à trois bandes bretessées et contrebretessées d'a{ur^ au chef cousu d'or chargé d* un corbeau essorant de sable, portant au bec un anneau d'a{ur.

JACQUES SACRATl

Jacques Sacrati naquit à Ferrare, vers Tannée i5i8, d'une illustre maison que les auteurs rattachent à celle de Mayol.

La famille de Mayol était originaire du Midi de la France, où elle possédait des biens immenses dès les premières années du moyen- âge. Princière et Souveraine, elle adopta le nom héréditaire de Mayol, vers le XI* siècle, en souvenir du grand Saint-Mayol, ou Mayeul, un des siens, IV' abbé de Cluny. Les invasions sarrazines l'obligèrent à se retirer à Mâcon chez un noble parent, d'où elle se transplanta en Italie.

L'historien Sardo nous a gardé le souvenir de la belle conduite d'Hector de Mayol, de Parme, en 1248. Humbert, son fils, se fixa à Ferrare, où il quitta le nom

de Mayol pour prendre celui de Sacrati, tandis qu'un autre rameau de sa famille redevenu français, vint s'établir en Velay où il posséda la seigneurie de Joux, et plus tard en Forez, où les comtes de Mayol de Lupé tiennent aujourd'hui encore un rang distingué (i).

La famille Sacrati fut féconde en prélats illustres. Un de ses membres était évéque de Camacchio en i563 et eut pour successeur, en 1617, Alphonse Sacrati, son neveu. François Sacrati, contemporain de Tévêque de Carpentras, fut honoré lui-même de la pourpre romaine.

Le comte Jean Baptiste Sacrati, légiste distingué, eut de Marguerite Sadolet, son épouse, sœur du cardinal, dix-huit enfants, parmi lesquels Tévêque de Garpentras. Celui-ci reçut au baptême le nom de Jacques, en souvenir de ses deux oncles, le cardinal Sadolet et le chevalier Jacques Sacrati.

Paul Sacrati, également issu de cette union, fut chanoine de Ferrare et devint un des meilleurs écrivains de son siècle (2).

Enfin Flaminio Sacrati, neveu de Tévêque, se fixa à Carpentras et y vécut si saintement que les Pères capucins voulurent qu'il partageât leur sépulture.

Le jeune Jacques Sacrati était naturellement porté à la piété et aux choses religieuses et s'acquit, jeune encore, une réputation qui préludait déjà aux destinées que la Providence lui ménageait.

Nommé au siège épiscopal le 2 juin 1572, à la mort

(i) A consulter : Archives de Mayol au château de la Vigne, à Bourg- Argental (Loire) ; Cartulaire de Cluny ; Necrologium Cluniense ; Ferrara etoro (faW Abbate Antonio Libonari ; Ughelii, Sardo ; etc., etc.

(2) Ferrara d'oro... d'aW Abbate Libonari, pag. 131.

de Paul Sadolet, son cousin, Jacques Sacrati fit son entrée solennelle à Carpentras, le 3o septembre suivant. Les consuls et les notables de la ville allèrent le recevoir près de Monteux, et lui offrirent, suivant Tusage, du vin blanc et quelques boîtes de dragées et de confitures (i).

Le i5 octobre, il fit don lui-même à sa cathédrale de huit pièces d'étoffes brodées, représentant Thistoire dé Judith et d'Holopherne (2).

Le pape Grégoire XllI lui avait déjà confié la Rectorie, et il exerça cette charge jusqu'à la fin de Tannée 1576, pour l'exercer à nouveau en i5Si et enfin de i58S jusqu'à sa mort. 11 gouverna avec tant de sagesse qu'il s'attira pendant son administration une estime et une popularité générales.

Sa piété, sa prudence et son excessive charité ne le rendirent pas moins recommandable dans le gouvernement de son diocèse, où il laissa des traces profondes de son passage.

Un de ses premiers soins fut de terminer le différend qui, depuis longues années, divisait le chapitre, et qui fut réglé par une transaction du 2 5 avril 1575.

Il s'appliqua ensuite à une œuvre qui eût été à elle seule la gloire de son épiscopat. Les difficultés des temps rendaient difficile, pour ne pas dire impossible, le recrutement du clergé paroissial. Pour favoriser les vocations ecclésiastiques, il fonda, le 12 octobre i58i, un séminaire pour l'éducation des clercs qui se desti-

(i) Mémorial des affaires importantes qui ont eu lieu 2i Carpentras de '553 à 1632. Archives municipales AA 9 f" i. (3) Mns. du P, Justin à la bibliothèque d'Avignon, f» 39.

naient au sacerdoce et le dota de plusieurs bénéfices importants. Il lui assigna d'abord le prieuré de Saint- Biaise de Bédoin, la chapellenie de St-Jacques à Venasque, et plus tard les prieurés de St-Étienne de Bédoin et de St-Barthélemy de Pernes. Les séminaristes portèrent un costume violet jusqu^au jour où les Jésuites reçurent la mission de fonder un séminaire et où l'œuvre de Monseigneur Sacrati lui fut adjointe avec ses revenus et ses bénéfices.

Nous avons vu déjà qu'en Tannée 1447, le conseil de ville, de concert avec Tévéque Guillaume Soïberti, avait donné un asile aux pauvre- o;ph lines dans la n ai^on de ville. Jacques Sacrati établit, en iSyy, une congrégation qui eut pour but de pourvoir à tous leurs besoins spirituels et temporels. En i584, les syndics et les recteurs de l'œuvre achetèrent, de Jacques Eymard, une maison spacieuse de la rue Notre-Dame pour les y établir. Cette maison fut vendue plus tard, en 1676, et le prix en fut remis aux Ursulines, qui prirent l'œuvre à leur charge.

La confrérie des Pénitents blancs fut fondée à Carpentras en i585^ et demanda à l'évéque l'autorisation de construire, sous le vocable de Notre-Dame de Pitié, une chapelle, qui fut reconstruite en 1705 (i).

Dans le courant de la même année i585, il approuva les nouveaux statuts de son chapitre, où il fonda la dignité de Pénitencier, le ro mars i588, sous le pontificat de Sixte V.

Un des derniers actes de Tépiscopat de Jacques Sa-

(i) Mns. de Barbier, pag. 125.

crati fut d'établir, le 9 avril iSqi, un couvent de capucins dans la ville. Carpentras comptait plusieurs de ses meilleurs concitoyens dans cet ordre célèbre et parmi eux les trois frères de Chaussande, qui travaillèrent à fonder un de leurs couvents dans notre religieuse cité. Ils se logèrent provisoirement dans la rue de Gigondas, aujourd'hui rue des Frères, mais la ville et les fidèles leur fournirent bien vite les moyens de construire^ sur la route de Mazan, le beau couvent que les religieuses du St- Sacrement occupent aujourd'hui (1).

Monseigneur Sacrati tomba malade peu après, il fit son testament le 2 juillet 1592 (2) et mourut pieusement dans son palais épiscopal, le i^"" janvier i5g3^ à l'âge de 75 ans.

Sa mort fut un deuil public pour la ville et le diocèse. Les pauvres, ne pouvant contenir leurs sanglots^ criaient dans les rues qu'ils avaient perdu leur père. Ses funérailles furent un triomphe et témoignèrent de l'estime et des regrets dont il était l'objet.

Son corps fut inhumé dans la chapelle de St-Claude, avec cette épitaphe :

Mihi vivere Christus est et mori lucrum. Renascentis anni et Chrisli circumcisi luce, hora meridie prima, sempiterna3memoiiœ Rdus Jacobus Sacratus Ferrarius, Carpen. Episcopus Rectorque patriag dignissimus, Cum perfecta XV lustra binos menses et trinos Soles complesset, gemente clero et omni populo, obiit. Hic namque verae pietatis, devotionis et castitatis exemplar XX annorura VII mensium, et

(i) V. Nostradamus, Hist. de Provence, pag. 812-813. (2) Mns. du chanoine Farel, pag. 186.

unius diei spatio ; qui episcopatum rexit,

semper fuit gregis templi, domûs morum

et rerum frugifer instaurator,

peregrinorum et pauperum affabilis altor,

Orphanotrophii et Seminarii munificus sator,

Sacri officii et sacrificii amplissimus cultor.

Ejus a secretis et domesticis prasfectus dnus Joannes

Panonatus Sacrista lugens, cum omni familiâ,

optimo parenti statim juxtà hanc posuit

et dicavit urnam, mense martio MD LXXXXIII.

Le cardinal Bichi fit ouvrir, en 1664, le tombeau de Jacques Sacrati. Son corps était parfaitement conservé et blanc comme neige^ tandis que les vêtements dont il était revêtu étaient presque entièrement détruits.

Armes : da{ur à la pierre funéraire d'argent, chargée de deux anneaux de sable et accompagnée de six étoiles dor, 3 en chef et 3 en pointe (ij.

(1) Ces armes sont ainsi décrites dans l'ouvrage de Libanori : [/na lapida hianca con due annelli diferro e sopra tre stelle e tre di sotto d'oro, il lutto in campo azzufo.

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