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LXXXVIII

COSME BARDl

Cosme Bardi, des comtes de Verni, naquit à Florence du mariage de Jean Bardi et de Lucrèce Salviati, et descendait ainsi de deux des plus illustres familles de la ville (i). Par son père, il appartenait aune maison qui avait déjà donné à l'Église Barthélémy Bardi, évêque de Spolète ; Alexandre Bardi, évêque de Saint- Papoul ; Guillaume Bardi, archevêque d'Embrun, et Robert Bardi, chancelier de l'Université de Paris. Son

(î) Philadelfo Mugnos, en son Nobiliaire de Sicile, fait sortir les com' tes Bardi d'un prince de Lombardie, et parle de leur illustration dans la Toscane et la Ligurie depuis l'an 805 jusqu'en 13 16, (L'hermite de Soliers, La Toscane française, pag. 126).

LES Évf.QUES DE CARPENTRAS 269

frère, Philippe Bardi, occupait lui-même le siège épiscopal de Cortone, lorsque le pape conféra, le i6 avril 16 14, à notre nouvel évêque, la rectorie du Vénaissin. Il exerçait cette charge depuis quelques mois à peine, lorsque, sur la démission de Monseigneur Capponi, Paul V le nomma au siège épiscopal, par un bref du 5 février 1616.

Le 3 mars suivant, il fit prendre possession du siège par son mandataire, Accurse de Chaussande, prieur de St-Roman (i). Après son sacre, il se hâta de venir dans son diocèse et fit, le 12 mai, son entrée solennelle à Carpentras. Il reprit alors sa charge de recteur qu'Octave Mancini, évêque deCavaillon, avait exercée depuis le 7 août précédent.

Le 17 juillet suivant, il commença sa tournée pastorale et la fit chaque année, dans toutes les paroissses de son diocèse, avec la plus touchante sollicitude.

Son administration était si paternelle, et il sut si bien se gagner Taffection des comtadins, que les États du pays supplièrent le pape de le maintenir à la tête de la rectorie. Paul V touché de la spontanéité de cette délibération lui conserva effectivement cette charge jusqu'en

Une grande cérémonie eut lieu, le 14 mai 1617, dans le couvent des Observantins, à la suite de la réunion du chapitre provincial de l'ordre. A cette occasion, quelques étudiants soutinrent publiquement des thèses de

(1) Cette prise de possession donna lieu à un incident assez vif. Accurse de Chausoande ayant exigé que les chanoines lui prêtassent l'obédience, ceux-ci s'y refusèrent, prétextant qu'ils ne devaient jurer obéissance que l'évêque présent. (Ms du P. Justin, pag. 39).

26o SECONDE PARTIE

philosophie et de théologie, dédiées à Monseigneur Bardi, qui présida lui-même cette fête (i").

L'année suivante, le 27 mai, il consacra dans sa cathédrale Tautel de saint Charles Borromée, et donna peu après le fief de St-Pierre-de-Vassols à noble Jean- Baptiste de Tonduti^ moyennant i,5oo écus d'or et la redevance annuelle d'un cierge de quatre onces, le jour de la fête de saint Siffrein.

L'année 1619 fut une année d'extrême sécheresse et néanmoins de grande abondance. Cosme Bardi, non moins pieux évêque que sage gouverneur (2), voulut rendre grâces à Dieu de ce qu'il avait donné plus de biens qu'on n'en attendait cette année^ et ordonna une procession générale qui eut lieu le i5 septembre, et à laquelle assistèrent quatre-vingts religieux capucins, réunis à Carpentras pour le chapitre provincial de l'Ordre.

Les lois de l'Église sur l'abstinence étaient alors plus rigoureuses qu'aujourd'hui. En effet, nous trouvons un mandement, du 28 février 1620, par lequel Monseigneur Bardi défend que l'on mange et même que l'on vende en secret ou publiquement de la viande, des œufs et du laitage pendant le carême.

Le 26 mai 1621, Cosme Bardi partit de Carpentras pour aller à Florence et de là à Rome, où il demeura deux ans. Les consuls, les gentilshommes et les bourgeois de la ville, au nombre de cent- vingt, tous à cheval, voulurent lui faire une escorte d'honneur jusqu'à l'extrémité du territoire.

(i) V Église de r Observance, pag. 17.

{2) Cottier, Hist. des Recteurs^ pag. 274-

Le gouvernement pontifical appréciait tellement les talents et les vertus de Cosme Bardi, qu'il fut élevé, en 1623, à l'importante charge de vice-légat, qu'il exerça jusqu'au 26 août 1629.

Le 8 janvier 1624, il prescrit, par un mandement, le cérémonial à suivre pour l'exposition de la relique du Saint-Mors (i), et félicite sa cathédrale de posséder un pareil trésor. 11 institue en même temps une commission chargée de rechercher les miracles opérés soit par la vertu du saint Clou, soit par l'intercession de saint Sitfrein et de saint Antonin, de coUiger et de transcrire sur un registre spécial les dépositions et les témoignages recueillis.

A cette époque, vivait à Carpentras un noble et pieux gentilhomme, qui consacrait aux bonnes œuvres la plus grande partie de son temps et la meilleure portion de ses biens. Etienne de Pol (2) avait épousé Lucrèce de Raffélis-Roquesante, dont il n'eut pas de postérité. Il se consacia dès lors aux oeuvres pieuses et tout spécialement à la fondation d'un monastère d'Ursulines dans la ville. Il vit, après des difficultés sans nombre, le succès couronner son oeuvre, et les Ursulines arriver à Carpentras le 12 janvier 1627,011 elles fondèrentun couvent qui prospéra dans la suite.

Le 21 mars suivant, ce furent les religieuses du Car-

(i) Ms du P. Justin, p. 78.

(2) Etienne de Pol, dont Pithon-Curt paraît ne pas avoir eu connaissance, était fils de Charles de Pol, mort par accident, le 29 mars 1600 étant tombé dans le Rhône, en revenant d'Avignon à Carpentras. C'est la même famille à laquelle appartient M. le vicomte Oscar de Poli, ancien préfet, publiciste distingué, président du Conseil héraldique de France.

mel qui vinrent à leur lour demander un asile à Carpentras. Le renom de sainteté qui s'attachait au souvenir de sainte Thérèse, leur illustre réformatrice, décédée le 5 octobre i582, canonisée depuis cinq ans à peine par Grégoire XV, valut à la fondation naissante les sympathies de la ville entière. Les filles du Carmel se recrutaient habituellement parmi les familles les plus distinguées du pays, ce qui donnait à leur établissement une chance nouvelle de succès. Elles acquirent la maison de M. de Manissi, rue de TAigle, où elles établirent* un vaste couvent, dont il ne reste aujourd'hui que des vestiges. Mais l'ordre du Carmel, dispersé par la Révolution, ne tarda pas, après l'orage, à voir refleurir à Carpentras ses rameaux rajeunis ; et, aujourd'hui encore, notre ville a le bonheur de posséder comme autrefois les filles de sainte Thérèse, qui font revivre les vertus austères et cachées de leurs devancières.

Nous avons vu déjà les difficultés que Pierre de Sobirats eut à surmonter pour la fondation du collège des Jésuites, sous Tépiscopat d'Horace Capponi. De nouvelles difficultés surgirent sans doute, car ce ne fut que le 20 mars 1628 que Monseigneur Bardi vint bénir solennellement la première pierre de la chapelle. Le recteur, Perse Caraccio^ assista à la cérémonie, entouré de tout ce que la ville comptait de distingué. On grava sur la pierre l'inscription suivante, pour en rappeler le souvenir (i) :

(1) Cottier, Hist. des Recteurs^ pag. 287.

Amio sal. MDCXXVIIL — S. N. D. Urbano Papa VIII. — ///'«^ Francisco Card. Barberino Legato Avenionensi. — Ilh» Cosmo de Bardi, Prolegato et Episcopo Carpent. — Reveretidissimo Persio Caraccio. Redore Comitatus Venascm. — Almœ civitatis Carpentoracti Collegii Societatis Jesu et Templi hujus fundatricis. Illustres et Magnifia Consules. D. D. Guillelmus Johannis, J. U. D. ; Jacobus de Grandis, eques ; Poncetus Brutinel y Clero^ Optimatibus, Populo processione celeberrimâ pie prosequentibus, B. B. parentibus purissimœ V. Deiparœ, S. S. Joachimo et Annœ, œdi faciendœ primwn lapidem posuerunt XIII Calendis Aprilis, S. Joachimo sacro.

L'année 1629 fut marquée par un des événements les plus extraordinaires de notre histoire religieuse. La peste avait fait de grands ravages dans la ville pendant l'année 1587. Mais les années 1628 et 1629 furent particulièrement meurtrières, et le terrible fléau fit trois mille victimes dans le seul mois de novembre 1628. L'épidémie sévit pendant huit mois.

Les consuls de l'époque, Arnoul Gualteri, docteur ès-droits, Jean Scipion de Fougasse, baron de Sampson et Simon Duchaine, après avoir pourvu atout ce que la prudence humaine put leur suggérer, ne craignirent pas de lever les yeux au ciel et de mettre officiellement la ville sous la protection delà Vierge et des Saints. Quelle leçon d'indépendance et de sagesse pour nos administrations municipales modernes, alï'ectantd'en imposer à DieUj et ne demandant qu'à la passion politique leurs inspirations et leur mot d'ordre !

La pieuse confiance des vaillants consuls fut exaucée, et, le 10 juillet 1629, la ville entière put entendre le tintement miraculeux de la cloche de la chapelle du Pont de Serres, qui sonnait à toutes volées sans que personne l'agitât. La population vit là une intervention céleste et se prit à reprendre courage.

L'évêque s'empressa d'ordonner une enquête sur le miracle du Pont de Serres, qui fut l'annonce de la cessation complète du fléau.

La ville reconnaissante donna à l'Oratoire le vocable, si populaire aujourd'hui, de Notre-Dame de Santé, pour perpétuer le souvenir de la puissante intervention de Marie.

Cette chapelle datait probablement de la construction du Pont de Serres, en 1401, et faillit être détruite le 22 juillet 1622, par une crue extraordinaire de TAuzon, qui emporta le vieux pont (i).

La ville de Carpentras se hâta de fonder, en actions de grâce, dans la chapelle, une messe quotidienne et une chapellenie, dont elle se réserva le juspatronat.

Le Conseil de ville fit également plusieurs vœux aux saints protecteurs qu'il s'était choisis, et jusqu'à la Révolution les consuls ont tenu à honneur d'accomplir cet acte de pieuse reconnaissance (2).

(i) Salvatoris, dans ses Notes sommaires, dit que l'inondation eut lieu le 24 août 1622. Elle arriva à la suite d'une pluie torrentielle qui dura 14 heures, et qui causa dans la campagne des dommages évalués par les uns à deux cent mille écus.et à trois cent mille par les autres.

(2) C'est ainsi que chaque année, le jour de l'Ange Gardien, les consuls entendaient la messe à St-Siffrem et offraient six livres de cire. Le jour de Saint-Joseph, ils faisaient la même offrande aux Dames de St-Bernard, où ils entendaient aussi la messe. Le jour de Saint-Sébastien, ils ne fai-

C'est ainsi que chaque année, le lo juillet, jour anniversaire du miracle, les consuls se rendaient à la chapelle de N.-D. de Santé pour y entendre la messe et faire une offrande de cire.

Jusqu'à ces dernières années, au jour anniversaire du lo juillet, le maire de Carpentras, successeur des pieux consuls de 1629, est venu, en écharpe, accomplir le vœu de la ville et offrir la cire traditionnelle. Aujourd'hui l'impartiale histoire nous oblige de dire que la municipalité, imitant en cela les pratiques des jours mauvais, a renié les traditions du passé, et brisé avec les usages respectables de nos pères. La procession si populaire a été interdite au moment même où, par une amère dérision, le ciseau administratif souillait les façades de nos églises de la menteuse devise : Liberté, Éga^ H té, Fraternité.

Monseigneur Bardi, au milieu des élans de foi que nous venons de rappeler, ne dut jamais penser que la ville mentirait un jour à sa parole. Urbain VIII, qui l'affectionnait beaucoup, ne tarda pas à le récompenser de son fécond épiscopat dans notre ville et le transféra à l'archevêché de Florence, son pays natal, le 9 septembre i63o. Il ne put en jouir longtemps, car il mourut le 18 avril i63i (i).

Armes : D'or à six losanges de gueules posés en bande, accompagnés en chef d'une tour crénelée de même.

saient point d'offrandes, mais ils assistaient en cérémonie à la procession de la confrérie Le jour de Saint- Joachim ils entendaient la messe au collège et offraient six livres de cire pour remplir le vœu fait à saint Joachim et à sainte Anne. Enfin le jour de la fête du B. Félix de Cantalice, les consuls allaient entendre la messe à l'église des Capucins et y faisaient la même offrande de cire.

(I) Le Pontificium Carpenloractense place la date de sa mort au 29 septembre. — -

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