‹ Les évêques de CarpentrasChapitre 38 sur 49 · ALEX. GARD. BICHIVS EP · texte numérisé non relu

ALEX. GARD. BICHIVS EP

On lui a bien reproché de n avoir pas restauré Tare antique qui se trouvait enseveli dans les constructions de Fancien palais ; mais il est probable qu'il dut gémir le premier de ne pouvoir rendre à la lumière ce vieux témoin de la grandeur romaine parmi nous.

Il fit remplacer aussi le maître-autel de la cathédrale, construire et orner les deux tribunes du chœur et voûter enfin touies les tombes de l'église (r).

Denoves (2) raconte que les ouvriers, travaillant à cette dernière réparation, trouvèrent dans Tune des tombes un lézard de la grosseur d'un pourceau de six mois. Un vigneron, du nom de Bérard, qui demeurait vis-à-vis le couvent des Carmélites, parvint à le tuer au moyen d'une fourche en fer. Cette singulière découverte produisit dans la ville une émotion tacile à comprendre; on en dressa procès-verbal et pendant plusieurs années l'animal empaillé fut porté à la procession des Rogations, en signe de délivrance.

(i) Les particuliers achetaient du chapitre le droit de posséder des tombes pour leur sépulture. Il fallait encore payer un droit pour se faire inhumer dans les tombes communes de la cathédrale, sinon le corps était enseveli au cimetière hors la ville, ou plus anciennement au cimetière qui se trouvait dans la cour des cloîtres. Quand une famille venait à s'éteindre, le chapitre était remis en possession de sa tombe privilégiée.

(2) Ms à la bibliothèque de Carpentras, pag. 758.

Une autre découverte que firent, en 1642, les ouvriers employés à la reconstruction des tombes, et qui causa dans la ville une émotion d'une autre nature, ce fut le cadavre d une femme inhumée depuis longtemps et qui ne présentait aucune trace de corruption. Les esprits s'échauffèrent, et il fallut toute l'autorité du cardinal pour ramener le calme (i).

Prélat distingué, Monseigneur Bichi eut comme diplomate une carrière plus brillante encore.

L'année 1643 lui offrit l'occasion de déployer plus particulièrement son habileté et sa prudence. La guerre était alors fort vive entre le pape et les princes italiens ligués contre lui.

Louis Xlll, voulant offrir sa médiation pour terminer ce regrettable conflit, confia au cardinal Bichi le soin de réconcilier les princes ennemis. 11 y parvint pleinement, ce qui accrut encore sa réputation et son crédit (2). Aussi, en 1649, pendant la minorité de Louis XIV, personne ne fut jugé plus capable que lui de venir apaiser les troubles qui divisaient la Provence. Il vint à Aix, et fut assez heureux pour pacifier une fois encore les esprits.

Bichi fut moins heureux quand il tenta, en i652, de

(i) Voir le traité du Pjre Tli. Raynaud : De incomiplione cadaverum occasione dcmortui fœjtiinei corporis post aliquoi sœcula incorrupti, nuper refossi Carpcnioracti (Avignon, chez Bramereau, 1645). — Le Cardinal Bi~ chi, par M. Tamizey de Larroque, pag. XI. — Dictionnaire de Barjavel, art. Raynaud, etc., etc. — Ce phénomène, qui peut s'e.xpliquer par des causes toutes naturelles, s'est produit il v a une dizaine d'années à Rians, (Var).

(2) V. Hisi. de Venise^ de Bapt. Nanni, tom. IV; le Mercure, de Vittorio Siri, tum. IV, pag. 451, et les historiens de Louis XIII.

mettre fin aux troubles d'Avignon (i), à la suite desquels des jaloux firent entendre au pape Innocent X qu'il était un obstacle au rétablissement de l'ordre.

Il prit alors la résolution de se retirer à Rome, et de se choisir un coadjuteur pour l'administration de son évêché. Il jeta les yeux sur le jeune évêque de Cavaillon, Monseigneur Louis de Fortiade Montréal, qui vint faire revivre sur le siège de saint Siffrein l'exemple des plus admirables vertus. Le pape Alexandre VII se hâta de confirmer cet heureux choix par sa bulle du 20 septembre i656.

Le cardinal Bichi survécut peu à cette grave détermination ; il mourut à Rome le 24 mai i65j.

Il fut inhumé dans l'église cardinalice de Ste-Sabine, dont il était titulaire, avec son frère Celio Bichi, et on grava sur sa tombe Tépitaphe suivante (2} :

Alexandro Bichio Senensi tit. S. Sabinœ S. R. E. presb. Cardinali Cœlioque fraîri Sac. Rotœ Rom. aiiditori, Metelli Cardinalis e Vincentiofratre nepotibiis, vicaria A. C. jurisdictione per/iinctis. Unde Alexander Urbani VIII. Pont Max. delectu in regno Neapolitano Insulanus ; in Gallicano Carpentoractensis antistes, utrobigue nuntius. yEqiianimi magnitudine per assidua rarœ pietatis, ac prudentice documenta., extincto simul Francorum régis auspiciis intra Italiam exardescentiiim bellorum incendia, et pastis in Gallia provinciis, totius regni Galliœ apud Sanctam Sedem comprotector, gloriam nimquam qiiœsitam semper promei'itus. Cœlius vero pari laudiim tenore sanctioribiis pontificiœ molis ciiris adliibitiis, archigjnnnasii almœ urbis prœfeclus, ac demwn Alexandri VIL Pont. Max.

(i) M. Tamizey de Larroque, Le Carditial Biclii, pag. XIII. (2) Gallia Christiana, tom. I, pag. 913.

oracido,Sanctœ Inquisitionis,ac sacrœ pœnitentiariœ consultor, justissime in sapientissimo Rotali consessu annos ig emensus. Galganus arcis Albaniœ marchio, fratribiis mortalitate exiitis, anno salutis MDCLVII. Cœlio, die g martii, œt. anno Sj, Alexandre die 25 maii, œtatis anno 61 . posuit.

Le siège épiscopal perdit en lui un de ses plus illustres évèques, la France un de ses protecteurs les plus dévoués, et l'Église un de ses plus éminents défenseurs.

M. Ph. Tamizey de Larroque, de l'Institut, dont la ville de Carpentras aime à garder si fidèlement le souvenir, a vengé le grand évêque de l'oubli auquel les biographes semblaient avoir condamné sa mémoire, en faisant revivre, il y a quelques mois à peine, sa physionomie si pleine d'intérêt et l'une des plus distinguées du XVI1« siècle (i).

Armes : D'or à la tête de lion de sable^ lampassée de gueules, surmontée d'un aigle de même, séparée par un filet aussi de sable.

(i) La Toscane française, par L'Hermite de SoUiers, Petra-Sancta, pag. 416 ; Ughelli, III, 760; Le Cardinal Bichi, par M. Tamizey de Larroque.

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