LES
ous avons exposé les origines de notre Église, et recueilli dans les écrits de nos devanciers ce S^2)qui nous a paru le plus probable, touchant les évêques de Vénasque, dont Thistoire tient par tant de cô(és à celle que nous entreprenons d'écrire. Nous avons maintenant à dérouler la série des pontifes qui, durant quinze siècles, se succédèrent sur la chaire épiscopale de Carpentras.
Le plan que nous nous sommes tracé ne comporte pas de longues digressions dans le champ de l'histoire civile et politique de notre ville. A d'autres d'aborder ce sujet fécond lui aussi en graves enseignements et en dér
tails pleins d'intérêt. Ce ne sera que par occasion et en tant que l'histoire politique de notre pays touchera à Thistoire religieuse, que nous aurons à nous en occuper. Nous devons remarquer, d'ailleurs, qu'à part de rares et passagères exceptions, les deux puissances mar~ chèrent d'accord dans notre ville, se prêtant Tune à l'autre un mutuel appui. En inscrivant sur le blason de leur ville, surmontant l'image vénérée du saint Clou, cette noble devise : Unitasfortitudo^ dissensio fragilitas ( i)^ nos pères avaient compris de quelle importance il est pour une simple cité, comme pour l'Etat lui-même, de réunir en un faisceau commun toutes les bonnes volontés et tous les dévouements. Qu'avons-nous gagné depuis que
(i) Carpentras porte dans ses armes : Je gueules nie saint Mors d'argent L'église portait les mêmes armes, seulement elle y ajoutait la crosse épiscopale posée en pal, tandis que la ville les timbrait de la couronne de comte, avec deux anges pour supports, /'un desquels ayant en main un faisceau lié de flèches s'eflorce (en vain toutefois) de les rompre, estant ainsi unies ^t liées tout ensemble j l'autre, par contre^ estant son faisceau séparé et délié, montre les rompre fort facilement l'une après l'autre, avec la devise : Unitas fortitudo, disserisio fragilitas. (Éloges et remarques du diocèse de Carpentras, mns in-8°, portant le n° 31 du recueil de Tissot à la bibliothèque de Carpentras, attribuée au chanoine Antoine Barbier.)
Nous reproduisons ici le sceau de l'Eglise de Carpentras en usage au siècle dernier ; nous donnerons plus tard le dessin d'une des bulles en plomb qui servirent pendant plusieurs siècles à sceller les actes relatifs aux affaires temporelles de l'évcché.
Antoine Barbier, l'auteur présumé du manuscrit dont il vient d'être parlé, était avocat et docteur-ès-droits. Fils de Toussaint Barbier et de Magdeleine de Brédune, il épousa le 4 octobre 1607 Claire de Vétéris. Il composa son manuscrit en 1649, ainsi qu'il le dit lui-même au folio 209 recto dudit mns, qui est de 227 feuillets. M. le marquis Edmond de Seguins- Vassieu.x croit pouvoir établir qu'Antoine Barbier, devenu veuf, entra dans les ordres et devint ce chanoine Antoine Barbier, mort septuagénaire le 25 février 1653 et inhumé le lendemain dans l'église de l'Observance. (Voir à son sujet : N. D. de l'Observance à Carpentras, — broch. 32 pag. Carpentras, Tourrette, 1880 ; et !Mistarlet, pag. 114, 116.)
les passions, rompant l'accord séculaire qui existait jadis entre l'idée religieuse et Tidée politique, ont tait de celle-ci l'adversaire et l'oppresseur de celle-là ?
Puissent ces simples pages, dictées par le seul amour de la vérité et du bien, rappeler à nos compatriotes la vieille maxime de leurs pères : Vunion rend fort^ la discorde fragile,
I. — Saint Valentin, le premier des évêques de Carpentras dont le nom soit arrivé jusqu'à nous, ne nous est connu que par le discours de saint Amat, dont Poly carpe de la Rivière nous a donné le texte, emprunté, dit-il, à un ancien manuscrit de TÉglise d'Avignon.
D'après ce document, Valentin aurait été mis à mort^ avec une partie de son peuple, pendant l'invasion des Allemands commandés par Chrocus.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit de l'invasion de Chrocus, en parlant de Firmus, évoque de Venasque. Les auteurs qui, à la suite d'Eusèbe Didier, refusent d'ajouter foi à l'autorité de Dom Polycarpe, ne comptent pas saint Valentin au nombre des évêques de Carpentras. Mais la tradition, qui reconnaît comme martyr le premier de nos évêques, est loin d'avoir perdu toute créance. La statue de saint Valentin figure? faisant pendant à celle de saint Andéol, sur l'autel monumental élevé en l'honneur du Sacré-Cœur dans la cathédrale de St-Siffrein, et son image se voit sur un des vitraux de la nouvelle église de Noire-Dame de l'Observance.
D'après l'opinion la plus probable, Tinvasion de Chrocus a eu lieu vers Tan 265.
II. — Sellius. L'épiscopat de Sellius ne nous est connu que par le témoignage fort contesté de Dom Polycarpe de la Rivière. D'après le prieur de Bonpas, les chrétiens qui survécurent à T invasion de Chrocus, ne trouvant plus de simples prêtres pour remplacer leurs évêques massacrés, eurent recours au saint pape Caïus, et lui demandèrent de leur envoyer d'Italie de nouveaux pasteurs. A sa voix, de nombreux apôtres franchirent les Alpes et vinrent reprendre le glorieux sillon interrompu par rhéroïque mort de leurs devanciers.
Dom Polycarpe affirme qu'en l'an 290, Paschalius, évéque de Vienne, Italius, évéque d'Arles, et Cœdicius, évêque d'Avignon, ordonnèrent Sellius pour le siège de Carpentras. Le pape régla à cette occasion la délimitation des deux diocèses de Carpentras et de Venasque, pour bien fixer la juridiction des deux évêques qui les administraient.
Barbier, le Gallia Christiaiia et Charles Cottier, remarquant que les noms de ces évêques de Vienne, d'Arles et d'Avignon sont complètement inconnus, n'accordent aucune confiance aux titres invoqués par dom Polycarpe en faveur de Tépiscopatde Sellius. Nous nous bornons à constater les opinions diverses des auteurs à son sujet.
III. — Mœcilius (3i3). Le trône des Césars était occupé depuis quelques années par l'empereur Constantin. L'éclat de la pourpre impériale et les travaux de la guerre ne firent point oublier à Constaniin-le-Grand le sort de T Église chrétienne, qui, sortant à peine de l'ère sanglante des persécutions, avait déjà d'autres orages à affronter. Le schisme des Donatistes agitait alors
la chrétienté, et, pour amener la pacification, Constantin fit convoquer, en l'année 314, le célèbre concile d'Arles, auquel n'assistèrent pas moins de six cents évêques, d'après les témoignages les plus authentiques ( i ). Il est probable que tous les évêques du Midi des Gaules s'y trouvèrent présents, mais on ne connaît cependant d'une manière certaine que la présence de seize évêques ou représentants d'évèques gaulois, entre autres de Daphnus, évêque de Vaison, et celle de son exorciste (2) . Les actes de ce concile portent encore la suscription d'Innocentius, diacre, et celle d'Agapius, exorciste, et les historiens se sont livrés à leur sujet à de longs commentaires.
Le P. Sirmond, dans son histoire des conciles, croit qu'lnnocentius et Agapius sont les délégués de l'évêque de Nice. Binius, Surius, les manuscrits du président Savaron et Polycarpe de la Rivière les font, au contraire, les délégués de Mœcilius, évêque de Carpentras. Fornery adopte cette dernière explication et ajoute que Mœcilius fut du nombre des prélats qui se réunirent à Verus, archevêque de Vienne, pour aller rendre leurs hommages au grand Constantin. L'empereur les reçut avec beaucoup d'égards, les combla d'honneurs et leur donna des sommes considérables pour relever leurs églises, ruinées par les invasions qui venaient de désoler leurs pays.
Le Gallia Christiana et le chanoine Barbier révoquent en doute l'authenticité de cet évêque.
(i) Dom Chamard, Les Églises du inonde romain, pag. 217, 233. (2) Sur l'inexactitude et les lacunes que présentent les listes conciliaires des conciles des premiers siècles, voir dom Chamard, loco citato.
IV. — Saint Oronge Modeste (440). Après Mœcilius nous avons une lacune de plus d'un siècle dans la liste de nos évéques : le premier dont fassent mention quelques chronologistes fut Oroncius ou Orontius Modeslus. Précurseur de saint Colomban, comme lui il venait de ces îles vierges du nord où les proconsuls romains ne pénétrèrent jamais, et qui jamais ne connurent les orgies de la Rome païenne. Au moment où les Gaules s'abîmaient sous le double fléau de la décadence romaine et de rinvasion germanique, ce fut TEcosse et Tlrlande qui nous envoyèrent ces colonies d'apôlres admirables, à qui plusieurs de nos églises durent le rétablissement de la discipline ecclésiastique (i).
On sait peu de choses de Tépiscopat d'Oronce Modeste. On dit seulement qu'après avoir évangélisé l'Ecosse, son pays d'origine^ il vint dans les Gaules, où la sainteté de sa vie le fit bientôt élever, malgré lui, aux honneurs de l'épiscopat.
A l'époque où il siégeait dans notre ville, le clergé se trouvait fort divisé au sujet de la primatie des Gaules, que se disputaient l'archevêque de Vienne et celui d'Arles. Pour pacifier les esprits, on assembla en 444 un concile où siégèrent saint Germain d'Auxerre, et saint Eucher de Lyon et que présida saint Hilaire d'Arles lui-même. Ce concile est qualifié dans plusieurs collections conciliaires, entre autres dans celle de Labbe, Conciliwn incerti lociin Gallià. D après les actes du concile d'Arles
(i) Voir Thomas Dempsterou Empstor, Hist. ccclés. d'Ecosse,&n 19 livres, liv. XVI, pag 52 ; Scaljger, Notit. Ga/l. et J. M. de Suarès, Dcscriptio comitatùs Venaissini.
de 452 OU 453 (i), et Vincent Barralis, dans son commentaire sur la vie de saint Euch^r, s'appuyant sur Demochare (2), ce concile se serait tenu à Carpentras. Outre la question de la primatie disputée par les sièges d'Arles et de Vienne^ on y traita de Taffaire de Chélidoine, évéque de Besançon, qui fut déposé de l'épiscopat.
V. — Sabinus (43 i). Cet évèque, dont on a de la peine à trouver la trace dans l'histoire, figurait sur le catalogue des évéques de Carpentras qu'avait fait peindre dans une des salles de son palais, à la fin du dernier siècle, Mgr Buti.
Dom Polycarpe de la Rivière assure avoir vu dans les papiers du président Savaron une copie de la lettre deRavennius^ évêque d'Arles^, au pape saint Léon pour affirmer la foi des églises du Midi des Gaules, contre l'hérésie d'Eutychès, à la suite de laquelle se trouvait la signature de Sabinus, évéque de Carpentras. On ne peut malheureusement accorder une créance absolue aux dires de dom Polycarpe.
VI. — Saint Antoine ou Antonin (460). Avec la seconde moitié du cinquième siècle, nous voyons monter sur le siège épiscopal de Carpentras un pontife, dont la tradition populaire, plus fidèle que les parchemins de Thistoire, a gardé précieusement le souvenir; c'est saint
(i) Carraca, édition de Venise, 1546, pages 45 et 139. (2) Chronoîogia sanclorum et aliorutn virorum illuslrium sacrœ insulœ Leritiensis. 1613, tom. i, pag. 388.
Antoine, plus communément connu sous le nom de saint Antonin (i).
D'où venait saint Antoine lorsque, vers la moitié du cinquième siècle^ il fut élevé aux honneurs de l'épiscopat ? Quelques auteurs ont prétendu qu'il sortait de la célèbre abbaye de Lérins. L'histoire ne nous en dit rien; la tradition populaire, qui s'est perpétuée d'âge en âge à Bedoin^ affirme même le contraire (2). D'après cette
(i; Quelques listes épiscopales, celle du Gallia Christxana entre autres, ne font pas mention de saint Antoine. On s'explique assez difficilement cet oubli : sans doute, il y a bien des points obscurs dans l'histoire de ce saint prélat , mais son existence même et son épiscopat ne peuvent être sérieusement révoqués en doute, comme[le reconnaissent les savants Bollandistes {^Acta Sanctoruvi, sepiembris, tom. IV, pag. 81-82 et tom. VIII, pag. 772-782.)
(2) Les reliques de saint Antoine ayant été brûlées par les Calvinistes en 1562, ainsi que nous le verrons plus tard, l'évêque de Carpentras, Cosme Bardi, pour s'assurer de la légitimité du culte que l'on rendait, à Bedoin, à son saint prédécesseur, fit faire, en 1624, une enquête canonique sur son culte, ses reliques, et même sur les traditions populaires qui avaient cours, relativement à sa vie. Cette enquête fut confiée à MM. Esprit Magnan, docteur en théologie et chanoine de l'église cathédrale ; Paul de Florens, chanoine-pénitencier, et Esprit Guyon, professeur de théologie et bénéficier. Plus de vingt témoins furent entendus pendant les quinze jours que dura l'enquête, du 30 avril au 13 mai : ils durent, sous la foi du serment, déposer de ce qu'ils savaient. Parmi ces témoins, on trouve huit octogénaires : la plupart avaient assisté à la scène de vandalisme de 1562 ; tous avaient recueilli les traditions de leurs aïeux, lesquelles ne diffèrent les unes des autres en rien d'essentiel. Nous avons donc là le témoignage authentique de la tradition populaire telle qu'elle était au seizième siècle. L'original de cette enquête était conservé dans les archives du chapitre de Carpentras. Les savants auteurs ùesActa Sancioriim a.va.'ient publié dans le tome IV de septembre (p. 81-82) une notice assez incomplète sur le saint évêque, d'après des renseignements fournis par l'abbé de Brantes, en 1776 Après l'apparition de ce volume, M. Durand, curé de Bedoin, fit de plus amples recherches, et finit par découvrir entre autres documents les actes de l'enquête de 1624, qui furent communiqués aux Bollandistes en 1758. Les doctes hagiographes, comprenant toute l'importance de ce document, •n'ont pas hésité à le traduire en latin et à le reproduire au tome VIII de .septembre (pag. 772-782.)
tradition, notre saint naquit dans la ville de Vienne en Dauphiné. Profondément pénétré du désir de la perfection évangélique, il ne tarda pas à se faire remarquer par son assiduité à la prière et Textrême simplicité de sa vie. Mais ses concitoyens traitèrent bientôt sa piété d'exagération et sa simplicité d'hallucination et de démence. Les choses en vinrent à un tel point que, ne trouvant pas dans sa patrie la liberté nécessaire pour vaquer au service de Dieu, le jeune Antoine s'enfuit et vint se cacher dans les gorges sauvages du mont Ventoux près de Bedoin. Il vécut là, pendant plusieurs années, de la vie austère des anachorètes, recevant de la charité des rudes habitants de la montagne le pain dont il se nourrissait.
Un jour cependant le jeune solitaire entendit la voix de Dieu qui l'appelait à travailler au salut des âmes. Il se rendit à Carpentras, se livra aux études et y fit bientôt de tels progrès qu'il mérita d'être admis au nombre des clercs qui desser\'aient l'église. Saint Oronce Modeste et Sabinus, son successeur, le remarquèrent sans doute parmi les plus pieux ministres de leur église. Toujours est-il qu'à la mort de ce dernier la voix unanime du clergé et du peuple désigna Antoine pour lui succéder.
Des actes de son épiscopat, un seul nous a été transmis par l'histoire. En 463, l'évêque de Vienne, saint Mamert, avait ordonné un évêque de Die contrairement aux droits du métropolitain d'Arles, dont la juridiction, déterminée par une décrétale du pape saint Léon, s'étendait sur l'Église de Die. L'affaire fut déférée au pape saint Hilaire^ qui était monté depuis peu sur le trône pontifical. Le souverain pontife, par une lettre datée du 18 octobre 463, la renvoya à Léonce, évèque d'Arles, et lui ordonna de l'examiner dans le concile qui s'assem-
blait annuellement sous la présidence du métropolitain. Vingt-cinq évêques appartenant aux provinces méridionales des Gaules^ parmi lesquels siégeaient saint Véran de Vence, saint Fauste de Riez et saint Eutrope d'Orange, assistèrent à ce concile, qui s'assembla dans les derniers mois de Tannée 463. L'évêque de Carpentras fut chargé de Thonorable mission d'en porter les décrets à Rome et de faire de vive voix au souverain pontife une relation plus détaillée de TafFaire. Les termes dont se sert le pape saint Hilaire, dans sa réponse aux Pères du concile, montrent toute Testime qu'il conçut de la vertu et du mérite de Tévéque Antoine. « Nous étions « en grande sollicitude, écrit le pape, à la suite de la « relation fidèle qui nous était parvenue des derniers « événements^ quand les lettres de votre charité nous « ont été apportées par notre frère etco-évêque Antoine, « en qui nous avons reconnu un interprète digne d'une « aussi grande mission (i) ». Il dit ailleurs qu'à la lettre des Pères du concile, Févêque Antoine a ajouté ses propres observations.
(i) s. Hilarii epist. X. In sacrosancta Concilia, Labbe, tome IV, p. 1043.
L'auteur anonyme du Pontijictutn Carpentoractoise, Carpetitoracteiisium sexi Vcndascensium episcoporuni chronologia recentior, priorihus longe anctior et accuratior, ac notis historicis loaiplclata, manuscrit de la bibliothèque Méjanes,àAix,n'^ 742, qui date des dernières années du dix-huitième siècle,ajoute une anecdote assez intéressante, mais dont malheureusement il ne justifie pas suffisamment l'authenticité. Nous lui en laissons la responsabilité, mais le récit mérite d'être reproduit : Le pape Hilaire, ayant entendu parler de la sainteté de l'évêque Antoine, désirait vivement faire sa connaissance, Mais quand le saint évêquede Carpentras, qui, paraît-il, était peu avantageusement doué du côté de la taille et des apparences extérieures, se présenta devant lui, le pape ne put s'empêcher de dire : Prœsentia mmuit famam (une belle réputation perd à être vue de trop près). A quoi le serviteur de Dieu répondit modestement par ces paroles de l'Ecriture : Ipse fecitnos, et non ipsi nos (c'est Dieu qui nous a faits et non pas nous.)
L'évêque de Carpentras fut chargé de porter à son métropolitain et à ses comprovinciaux la réponse du souverain pontife, qui est datée du 24 février 464, et par laquelle les droits de primatie d'Arles sur Téglise de Die sont maintenus. Saint Véran, évêque de Vence, était chargé d'adresser à Tévêque de Vienne de sévères réprimandes, et Télection de Tévèque de Die devait être confirmée par le métropolitain d'Arles.
Ce témoignage de confiance que lui donne un concile, cet éloge que fait de lui un saint pape^ ne sont-ils pas la preuve la plus authentique de la vénération que notre bienheureux évêque avait su inspirer autour de lui ?
A partir de ce moment, Thistoire, qui nous avait caché son berceau et sa jeunesse^ garde également le silence sur ses dernières années et sur sa mort. La tradition de Bedoin, consignée dans l'enquête de 1624, vient heureusement combler cette lacune regrettable. Après plusieurs années d'épiscopat, nous apprend-elle, Antonin voulant se préparer au redoutable passage du temps à Téternité, renonça volontairement au fardeau et aux honneurs de Tépiscopat, et regagnant son ancienne solitude, s'enfonça plus avant dans la montagne et se retira à Flassans, près d'une chapelle dédiée à saint André. C'est dans cette retraite austère que s'écoulèrent les dernières années de sa vie et que la mort vint le délivrer des liens de la chair -, c'est dans ce lieu solitaire qu'il voulut être enseveli.
Cependant, sur le bruit de la mort du saint évêque et des miracles qui s'opéraient par son intercession, ses parents, qui habitaient encore Vienne, voulurent que leur ville, qui n'avait pas mérité de le posséder de son vivant, s'enrichît au moins de ses reliques. Ils n'hésité-
rent donc pas à entreprendre ce long voyage et arrivèrent à Bedoin. Les habitants leur indiquent le lieu où était mort le bienheureux et où reposaient ses dépouilles. Ils vont donc au tombeau du sainte prennent avec respect ses ossements précieux et se disposent à regagner leur patrie. Mais à peine sont-ils arrivés sur un pont qui traversait un torrent près de Bedoin^ voilà que toutes les cloches du pays se mettent à sonner d'elles-mêmes. Les voyageurs continuent pourtant leur route -, mais arrivés sur une colline qui a pris le nom de colline de saint Antonin, ils se sentent arrêtés par une force mystérieuse qui ne leur permet pas d'aller plus loin. A ce moment des soldats, qui se trouvaient dans la tour du château de Bedoin, donnent Talarme. On accourt et on trouve les voyageurs qui font connaître Tobstacle surnaturel qui s'oppose à leur marche. La volonté de Dieu se manifestait. On comprit que les reliques du saint évêque devaient rester dans le pays qu'il avait sanctifié par sa vie et sa mort. On les transporta avec respect et on les déposa dans une dépendance du château.
Plus tard, de nouveaux prodiges engagèrent les habitants de Bedoin à construire en ce lieu une chapelle, où les saintes reliques furent déposées avec honneur. Dans la suite, un monastère (i) s'éleva autour de l'église qui renferme la tombe du saint, et les enfants de saint Benoît vinrent reprendre, au pied des gorges du Ventoux, les
(i) Une bulle du pape Alexandre IV, de l'année 1256, reconnaît les droits de l'abbaye de Montmajour sur le monastère de Saint-Antoine de Bedoin et ses dépendances : In diœccsi Carpcntoractensi conscrvaimis vobis vioiiastc rium S. Antonii de Beduino cum mcdictate Castri. (Acta sanctoriun septetnbris, tome IV, p. 81.)
traditions de vertu qu'y avait laissées le saint évêque de Carpentras.
De temps immémorial Bedoin a pris saint Antonin pour son patron, et célébré sa fête le i3 septembre de chaque année. Les témoins de Tenquete de 1624 entrent dans les détails les plus circonstanciés et les plus intéressants sur la manière dont elle était célébrée avant i562. Nous regrettons de ne pouvoir les reproduire ici.
Le culte du saint évéque ne se borna pas à la petite localité où il avait passé une partie de sa vie, et où il voulut mourir. Nous verrons bientôt que saint Siffrein, le plus illustre de ses successeurs, fît élever en son honneur, à Carpentras, une église où il aimait à venir prier longuement. Les trop rares livres de chœur de Tancienne cathédrale de Carpentras, conservés aujourd'hui à la bibliothèque d'Inguimbert, et dont un a été certainement écrit avant Tannée i255, portent au i3 septembre la fête du saint, comme office de neuf leçons avec octave (i). Son nom figure également dans les litanies à la suite de saint Siffrein, entre saint Martin et saint Ruf. Enfin dans rinventaire des reliques et autres objets précieux de l'église cathédrale de saint Siffrein^ qui fut fait sous l'évêque Othon en i322, et dont Toriginal existe encore à la bibliothèque d'higuimbert, se trouve mentionnée la tête de saint Antoine, autrefois évêque de Carpentras^ dans un reliquaire en argent (2).
(i) s. Antonii epi et confs. Carpen. Un livre de chœur de l'église de Caromb, conservé à la bibliothèque d'Avignon, porte aussi la fête de saint Antoine, évêque de Carpentras, au 13 septembre, sous le rit double-
(2) Item caput beati Anthonii, quondain episcopi Carpenloractensis in theca argentea...
5o SECONDE PARTIE
Après avoir reposé pendant des siècles dans l'église qui s'était élevée sur son tombeau, et autour de laquelle vinrent se grouper dans la suite les cellules des Bénédictins de Montmajour, les reliques du saint évêque de Carpentras furent transportées, à une époque que nous ne pouvons pas préciser, dans Téglise paroissiale de Bedoin, et y reçurent les honneurs de la vénération des peuples. Mais un jour vint où la piété chrétienne ne put suffire à les préserver de la profanation. Dans les premiers jours de juillet i562, au plus fort des guerres religieuses qui pendant si longtemps désolèrent le Comtat, les Calvinistes, sous les ordres de Mauvans et de Gaspard Pape, seigneur de St-Auban^ dignes lieutenants du baron des Adrets, s'emparèrent du village de Bedoin, et obéissant aux inspirations de leur rage irréligieuse, s'acharnèrent à dévaster l'église et à profaner tous les objets du culte catholique. 11 se trouva un traître qui leur fit connaître le lieu où Ton avait caché les reliques du saint patron du pays. Ces misérables les jettèrent dans un grand feu allumé sur la place publique, où elles furent consumées.
La population de Bedoin, dépouillée par cette sacrilège profanation des reliques de son saint protecteur, est néanmoins restée fidèle à son culte et à son souvenir. Tous les ans^ elle célèbre encore sa fête, et, aux heures d'épreuve, elle s'adresse à lui avec confiance. Saint Antonin est également en grande vénération à Malemort^ où une chapelle fut élevée en son honneur en 1691. En 1790, à la veille de la tourmente révolutionnaire qui allait disperser les pierres du sanctuaire, le chapitre de l'église de Carpentras fit fondre une cloche dédiée à saint
LES ÉVÙQUES DE CARPENTRAS 5l
Antonin avec cette inscription : Sancto Antonino épiscopo Carpentoractensi.
Le nom de saint Antonin a été complètement omis dans les offices propres du diocèse d'Avignon, approuvés par la S. C. des Rites en i856. La nouvelle édition, approuvée en 1876, lui consacre une mention dans l'office de tous les saints du diocèse (i). 11 est à regretter que l'église de Carpentras n'ait pas obtenu le privilège d'honorer d'une manière plus solennelle le saint évêque dont le culte s'est conservé dans son sein jusqu'à la Révolution. Des démarches avaient été projetées dans ce sens, il y a quelques années. Il serait facile de les reprendre et d'obtenir en cour de Rome, la confirmation canonique du culte immémorial qui est rendu à ce saint.
On nous permettra de nous être étendu un peu longuement sur le saint évêque du cinquième siècle : les détails aussi intéressants que peu connus de sa vie et de son culte méritaient bien, ce nous semble, de prendre place dans ces pages.
VIL — Marcellus (vers 473). La plupart deschronologistes placent un évêque du nom de Marcel entre saint Antonin et Julien, qui va suivre. Dom Polycarpe de la Rivière nous apprend même qu'il fut exilé par les ordres d'Euric, roi des Visigoths, dont le fanatisme arien fit mettre à mort saint Didier, évêque de Venasque, et frappa de mort ou condamna à l'exil un grand nombre de prêtres, et d'évêques de nos églises du midi (2).
(i) Antonmwn episcopum CarpentoracUnscm cujtis Jiomen et virtutum memoria sola retnariserunt.
(2) Voir Monarchie française dans les Gaules^ tome I", pag. 531 ; Sirniond', tom. P' ; — Grégoire de Tours, Hist. Franc., lib. 2; — Sidoine Apollinaire, liv. VII, ép. VI, etc.
Toutefois dom Polycarpe ajoute que l'évêque Marcel dut être bientôt rendu à son église, puisqu'il assistait au concile qui fut tenu à Arles, vers l'an 474, sous la présidence de Tévéque Léonce, et dans lequel furent condamnées les erreurs sur la grâce, qu'avait émises le prêtre Lucide.
Douze évêques seulement figurent parmi les signataires des décrets de ce concile. Il paraît toutefois qu'ils y assistèrent en plus grand nombre, puisque la lettre de rétractation de Lucide est adressée à trente évéques^ dont l'un porte en effet le nom de Marcel (i). Au dire de plusieurs chronologistes^ ce serait Tévêque de Carpentras. Néanmoins, comme parmi ces trentes évêques se trouve également un Julien^ il pourrait se faire que celui-ci fût Tévêque certainement authentique de Carpentras, dont nous allons parler^ auquel cas l'évêque Marcel devrait être assigné à un autre siège.
VIIL — JuLi ANUS (482) Cet évêque a incontestablement siégé à Carpentras pendant le premier tiers du sixième siècle, et, comme nous venons de le dire, il n'est pas impossible que son élévation à Tépiscopat remonte à Tépoque même du concile d'Arles, où fut condamné Lucide, vers 474 (2). Toujours est-il que quelques auteurs croient que l'évêque Julien, auquel l'illustre évêque de Clermont, saint Sidoine Apollinaire, adressa une lettre vers 482, n'est autre que l'évêque de Carpentras (3).
(i) Labbe, tom. IV, pag. 1045.
(2) Les évêques étaient souvent élus vers l'âge de 30 ans : un épiscopat de 50 ou 55 ans n'a donc rien qui dépasse les limites ordinaires de la vie humaine.
(3) Sidon. ApoU., lib. IX, ep. V. — Gallia Christîana,
Julien figure eu 5 17 au concile d'Epaône (i) , où se trouvaient saint Avit de Vienne , saint Florent d'Orange, Gemellus de Vaison, Prétextât d'Apt et les autres prélats de la région soumise aux Burgondes, au nombre de vingt-cinq ; ce qui suppose que Carpentras faisait alors partie des états du roi Sigismond. On y fit quarante canons fort importants pour la discipline ecclésiastique. Julien y souscrivit comme évêque de la ville de Carpentras (2). 11 assista également, d'après Sirmond, au concile de Lyon qui fut tenu la même année.
En 524, nous le trouvons au concile d'Arles qui fut assemblé le 6 juin, sous le consulat d'Opilio^ la deuxième année du pape Jean l" et la trente-deuxième du règne de Théodoric. Nos pays venaient en effet de passer sous la dénomination des Ostrogoths. La suscription des évêques présents à ce concile^ au nombre desquels se trouve Julien, ne porte pas le nom de leurs sièges respectifs (3).
En 527, la ville de Carpentras fut à son tour témoin des splendeurs d'un de ces conciles si fréquents à cette époque et dans lesquels^ au milieu des agitations de la politique, les évêques jetaient les bases de l'ordre social chrétien, d'où est sortie l'Europe moderne.
Ce concile, où assistèrent seize évêques sous la présidence de saint Césaire d'Arles,, se réunit le huitième
(i) On ne sait pas au juste où était située la ville d'Epaône. Dom Ceillier croit avec quelques auteurs que c'est la ville d'Yène au diocèse de Belley.
(2) Julianus in Christi nomine Episcopus civitatis Carpentoratensis relegi et subscripsi, die et consule suprascripto. ( Ilaniouin, Acta conciliorum, tom. II, pag. 1045 à 1051).
(3) Hardouin, tom. II, pag. 1071.
jour avant les ides de novembre, sous le consulat de Mavortius (6 novembre 527) (i). Il ne fit qu'un canon sur la manière d'administrer les revenus des paroisses de la campagne. Agrœcius, évèque d'Antibes, quoique légitimement convoqué, avait refusé de se rendre à ce concile, apparemment parce qu'il se reconnaissait coupable d'avoir ordonné prêtre^ contre les canons, un nommé Potadius. Pour cette double faute, les évéques le suspendirent pour un an de la célébration des saints mystères, et lui signifièrent cette sentence par une lettre synodale à laquelle ils souscrivirent tous (2). Il suffit d'ailleurs de lire les actes des conciles de cette époque pour voir qu'ils n'épargnaient pas les plus hauts dignitaires de l'Église ou de l'État. C'était le moyen d'établir la discipline sur des bases solides et d'assurer la protection des faibles contre les abus de puissance dont pouvaient se rendre coupables les forts.
Avant de se séparer, le concile statua qu'on se réunirait l'année suivante et également le 6 novembre à Vaison (3) ^ cette réunion fut ensuite retardée d'un an.
(i) Constitutio sanctorum episcoporum concilii Carpentoratensis sub die VIII idus novembris, Mavortio V. C. consule, tempore Liberii prsefecti.
(2) L'évêque Julien a souscrit le septième : Hardouin remarque qu'un manuscrit de Paris porte en grec la signature de 'lojA'avo;. Au concile d'Orange, il signe également en grec 'IojX;'avo; à;xapTwXo;, Julien pécheur, tandis que les autres évêques souscrivirent en latin. Cela permet de supposer que l'évêque Julien était d'origine ou de famille grecque.
(3) Hoc etiam placuit custodiri ut sequenti anno in vico Vasensi , octave idus novembris, debeat concilium congregari. {Hardouin, tom. II, pag. 1095). Remarquons que Vaison, ville épiscopale est simplement qualifié de vicus, ce qui prouve que ce n'étaient pas seulement les civilaics ou les oppida qui étaient honorés d'un siège épiscopal.
Julien assista également au second concile d'Orange qui se réunit dans cette ville, le 3 juillet 529, sous la présidence de saint Césaire : il s'y trouva quatorze évoques, parmi lesquels saint Cyprien de Toulon et la plupart de ceux qui avaient assisté au concile de Carpentras. Les canons du second concile d'Orange sur les matières de la grâce et du libre arbitre, au nombre de vingt-cinq, sont restés célèbres dans TÉglise. Ils reçurent l'approbation formelle du pape Boniface II, et cette approbation leur a donné tant d'autorité, que les décisions de quatorze évoques ont été reçues de toute l'Église et sont devenues des règles de foi, contre lesquelles il n'a plus été permis de s'élever sans se déclarer hérétique (i). Julien eut l'honneur de souscrire le second aux actes de ce concile célèbre, et, à l'exemple de plusieurs de ses frères, il prend humblement la qualification de pécheur.
Une inscription tumulaire, datée du post-consulat de Verus Venantius, et relative à un chrétien de l'époque de Julien, a été découverte tout récemment dans les environs de Carpentras par M. le comte Victor de Gaudemaris. Nous sommes heureux d'en reproduire le texte touchant, qui rappelle les inscriptions des catacombes de Rome (2}, et d'en donner un fac-similé que nous devons à l'obligeance de M. Olive, de Marseille et de M. Victor Lieutaud, d'Apt.
(i) Jager, Histoire de l'Église caiholique en France^ tom. II, pai,'. 208. (î) Venantius était consul en 484, 507 et 50^. — L'art de vérifier les dates, tome I, pag. 359-360).
+ QVIESGIT IN PAGE BENE MEMORIA EPYMI NVS. VIXIT ANS XXV MENS ES III DIESXXV. REGESSIT SVB K JVNIAS POSCO NSOLATVM VERI VENANTII G SSS G.
IN ETNVM PAX TEGVM.
IX. — pRiNCiPius. La plupart des catalogues nomment Principius comme successeur de Julien. On trouve en effet un évêque de ce nom parmi les signataires des conciles de Carpentras et d'Orange. Mais Julien ayant incontestablement assisté à ces deux conciles, il faut supposer ou bien que Principius a occupé un autre siège qui ne nous est pas connu, ou bien qu'après son élévation à l'épiscopat il aura ajouté son adhésion aux actes conciliaires qu'avait déjà souscrits son prédécesseur (i). Cette dernière explication est assez faible, et, comme nous ne trouvons aucune preuve certaine de Tépiscopat de Principius à Carpentras, nous regardons cet épiscopat comme au moins douteux.
X. — CLEMATms (538). Nous ne savons pas Tépoque précise à laquelle Clematius monta sur le siège épiscopal de Carpentras : mais ce qui est incontestable, c'est la part qu'il a prise à la plupart des conciles qui se tinrent vers le milieu du sixième siècle. Nous le voyons assister, en 541, au quatrième concile d'Orléans, où se
(i) Gallia Christiana,
^effxIl—l'K'' I.MiMU»lïl Mfffl'lil
LES ÉVÈQUES DE CARPENTRAS bj
trouvaient trente-huit évêques et douze députés de prélats, venus des trois royaumes de France et de toutes les provinces des Gaules, excepté la première Narbonnaise. Il fut présidé par Léonce de Bordeaux. Clématius s'y rencontra avec saint Cyprien de Toulon, Prétextât d'Apt et le prêtre G'ratianensis, envoyé par Didier, évoque de Fréjus. Ce concile fit trente-huit canons sur la discipline (i).
En 549, il assiste^ncore au cinquième concile d'Orléans, où ne se trouvaient pas moins de cinquante évêques, parmi lesquels neuf métropolitains et vingt-un députés d'absents. Ce concile si nombreux, représentant toutes les Eglises qui composaient les trois royaumes de France, jugea et acquitta Marc, évéque d'Orléans^ qui avait été exilé par Childebert, et édicta vingt-quatre canons sur la discipline (2). Avolus d'Aix,Clémentind'Apt
(i) Hardouin II, 1435 à 1444. Clématius a souscrit en ces termes : C/entaiius Episcopus civitatis Carpentoratensis subscripsi.
(2) Pour se faire une idée de l'importance politique et sociale des conciles de cette époque, citons quelques-uns des canons du cinquième concile d'Orléans. Pour réprimer un abus par lequel ceux qui avaient été délivrés de la servitude, y étaient réduits de nouveau sans aucune raison, le septième canon ordonne aux Églises de prendre la défense des affranchis. Le onzième revendique la liberté des élections épiscopales, et ordonne que les évêques, dont l'élection aurait été entachée de violence, seront déposés. Le treizième et le quatorzième établissent de sages règles pour sauvegarder, en ces temps de révolution, les biens légués aux églises, aux monastères et aux hôpitaux. Le quinzième confirme la fondation d'un hôpital établi à Lyon par le roi Childebert et la reine Ultrogothe, son épouse. Par le vingtième, il est ordonné que ceux qui sont en prison, pour quelque crime que ce soit, seront visités tous les dimanches par l'archidiacre ou le prévôt de l'église, pour qu'il prenne connaissance de leurs besoins, et leur fournisse, aux dépens de l'église, la nourriture et les choses nécessaires, par le ministère d'une personne soigneuse et fidèle que l'évêque choisira à cet effet. En recommandant le soin des pauvres, le vingt-unième canon règle plus spécialement ce qui concerne le service des lépreux, tant de la ville
et Pallade de Toulouse y représentèrent plus spécialement les Eglises de notre région, avec le prêtre Aëtius, délégué de Magnus, évêque de Cimiez et de Nice. Clématius souscrivit le vingt-neuvième les actes de ce concile en ces termes : Clematius in Chrîsti nomine episcopus Ecclesiœ Carpentoratensis suhscripsi.
Clematius assista encore au second concile de Paris, qui fut célébré en 555^ selon l'opinion la plus commune, ou plutôt en 55 1, comme le prouve dom Ceillier. Ce concile, composé de vingt-sept évêques, parmi lesquels se trouvèrent Avolus d'Aix, Clementin d'Apt, Prétextât de Cavaillon, Mathieu d'Orange et Expectat de Fréjus, confirma la sentence de déposition qui avait été portée précédemment contre Soffarac, évêque de Paris. Clematius y souscrivit le treizième.
Ce prélat, que nous voyons ainsi mêlé aux plus grandes affaires de son temps, dut mourir peu après la tenue de ce concile.
XI. — Saint Siffrein (555-57o). Nous voici en présence de la plus touchante et de la plus sainte figure de rillustre galerie que nous contemplons. Parmi les pontifes qui se succédèrent pendant seize siècles sur le siège épiscopal de notre ville, et qui tous se montrèrent dignes du caractère sacré dont ils furent revêtus, il en est, sans doute, qui ont laissé dans Thistoire un sillon glorieux, les uns par Télévation du génie, les autres par les grandes œuvres qu'ils entreprirent et les services qu'ils ren-
épiscofale que des autres lieux du diocèse, etc.. Il suffit de parcourir les actes des nombreux conciles qui se sont tenus à cette époque, pour s'assurer que l'Eglise, autant que les circonstances le lui permirent, ne laissa pas un besoin sans lui porter secours, une douleur sans chercher à la guérir ou à la soulager. C'est ainsi que nos évoques faisaient la France.
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dirent à leurs contemporains : aucun dont le nom soit resté aussi populaire que saint Siffrein. Aujourd'hui encore, dans cette ville où ses cendres refroidies reposent depuis treize cents ans, son jour natal, le 27 novembre, ramène chaque année les joies et les émotions de la tête d'un père^ d'un patron aimé. Admirable privilège de la sainteté qui, plus encore que les grandes œuvres du génie ou de la charité, grave dans le cœur des peuples le souvenir de son passage en caractères plus durables que le granit des monuments.
Silfrein naquit un peu avant la fin du cinquième siècle, probablement vers l'an 480 ou 490 Ji) , d'une riche famille de citoyens romains qui possédait de vastes domaines en Campanie, et qui était venue s'établir aux portes de Rome sur les fraîches collines d'Albano (2),
'i) Les discussions historiques ou chronologiques que comporterait la vie de saint Siffrein nous entraîneraient beaucoup trop loin. Qu'il nous suffise de renvoyer le lecteur à la notice sur saint Siffrein, de M. l'abbé Paul de Terris, qui a paru dans la Grande vie des Saints, éditée par Vives, 1874, 25 volumes in-8°, tom. XXII, pag. 532-566, et tirée à part à iio exempl. 1875. — Les documents sur lesquels s'appuie cette notice ont été publiées par Vincent Barralis, d'après les mns. de Lérins, au tome II du Chronologia sanctorum et aliortan virormn illustriuni sacrœ instilœ Letinensis, pag.' 130-143, et reproduits par Surius. Les anciens livres de chœur manuscrits de l'Eglise de Carpentras, conservés à la bibliothèque d'Inguimbert renferment quelques fragments de la légende de saint Siffrein, conformes au te.xte de Barralis. Ecrite vers le huitième ou le neuvième siècle, d'après des documents antérieurs, comme l'auteur l'affirme lui-même, la légende de saint Siffrein nous offre, en l'absence de textes contemporains, de précieux témoignages de vérité dont l'histoire doit tenir compte.
(2; Le nom de Siffredus^ qu'on a fait dériver de Sigcfridus, a laissé croire à quelques-uns que saint Siffrein était né, non en Italie, mais dans le Nord- Le texte de la légende ne permet pas de traduire Cawpnnia par Champagne- Mais il se pourrait bien que notre saint fût d'origine germanique. Depuis des siècles les Barbares avaient acquis droit de cité dans l'Empire romain : ils étaient entrés au sénat et pouvaient aspirer à tous les emplois et à tous les honneurs. Rien ne s'oppose à ce que saint Siffrein ait pu appartenir à une famille d'origine germanique établie en Italie depuis plus ou moins longtemps.
Ni les chroniques de Lérins, ni Tancien office de Carpentras ne nous apprennent le nom du père de notre saint. Quelques auteurs, Forncry entre autres, rappellent Ergastulus. Détail peu important : ne suffit-il pas à la gloire de cet homme d'avoir été le père d'un tel fils et de ravoir devancé dans le chemin de la perfection ?
Cédant aux conseils de ses proches, le jeune patricien avait demandé et obtenu en mariage une jeune fille dont la noblesse ne le cédait en rien à la sienne. Leur union fut bénie de Dieu : elle donna au monde Siiïrein le thaumaturge, le futur évêque de Venasque et de Carpentras.
Quelles vertus étaient pratiquées sous le toit qui abritait le jeune Siflfrein, nous pouvons le conjecturer facilement, d'après ce que le vieux chroniqueur nous apprend du chef de cette famille. A peine Dieu eut-il béni son union par la naissance d'un fils, que le père conçUt le généreux dessein d'abandonner le monde pour se retirer dans la solitude. L'obligation de mettre ordre à la riche succession de sa famille, les embarras que lui suscitèrent ses proches et les soins de la première éducation de son jeune fils, l'obligèrent pendant quelque temps à différer l'exécution de ses projets. Ces retards qui, pour bien des âmes, sont funestes à une vraie vocation, ne firent qu'aff"ermir le père de Siff'rein dans sa résolution. Ni les vaines flatteries du monde, ni les caresses de son épouse, ni les plaintes affecta juses de ses proches, ni les séductions des honneurs auxquels la noblesse de sa famille lui permettait de prétendre, ne purent ébranler cette ame généreuse. En attendant l'heure marquée par la Providence, il mûrissait dans le silence de son cœur le dessein que sa grâce lui avait inspiré.
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Or, parmi les monastères célèbres qui, en ce temps-là, attiraient l'attention du monde chrétien, aucun de plus illustre que le monastère de Lérins. Nous aurions trop à faire si nous voulions rapporter tous les éloges que donnent à Tîle sainte ceux qui vécurent au temps de sa splendeur, ou les vieux chroniqueurs qui, plusieurs siècles après, nous en retracent les gloires. L'auteur anonyme du panégyrique de saint Sitfrein rapporté par Barralis, auquel nous empruntons les détails de cette histoire, ne peut s'empêcher lui-même de consacrer une page émue à redire ce que fut son île bien-aimée, « entourée de tout côté par les falaises tempétueuses de la grande mer, inaccessible à la rame et sanctifiée par le doux et courageux Honorât, à la suite duquel vinrent se ranger bientôt tant d'illustres moines (i) ».
La vertu d'attraction que Lérins exerçait au loin se fit sentir jusqu'au cœur du père de Silfrein : il se disposa donc à accomplir son sacrifice pour se donner tout à Dieu. Ce vertueux père s'ouvrit-il de ce dessein à son jeune fils, ou celui-ci sut-il deviner ce que méditait son père ? Nous ne savons. Toujours est-il que Sitfrein déclara à Ergastulus qu'il était prêt à le suivre dans la solitude où il voulait se retirer. Ces deux grandes âmes étaient faites pour se comprendre. Ergastulus n'opposa aucune résistance, et tous deux, ayant mis ordre à leurs affaires, renonçant à toutes les espérances de ce monde.
(i) Quem locum, maris magni procellosis omni de parte septum margi' nibus, nullatenus remis callis semita adiré quempiam fasest... Vir Domini amabilis Honoratus et honorandus, fidei fisus auxilio, ad omnium inibi vir-
tutum exercitia promovetur Prcevius ductor multorum fortium extitit
moiiachorum. (2^ Chronique).
quittant Tun son épouse, l'autre une mère bien-aimée, se rendent en secret au port le plus voisin, s'embarquent et cinglent vers les côtes de Provence.
La navigation fut heureuse, dit le vieux chroniqueur : sous le souffle d'un vent favorable^ les pieux voyageurs abordent à Tîle sainte et vont trouver Fabbé du monastère, le suppliant humblement de les revêtir de la livrée des serviteurs de Jésus-Christ (i). L'abbé agrée avec empressement la demande du noble étranger, le revêt de l'habit austère des moines et Tadmet aux exercices de sa fervente communauté. Trop jeune pour être astreint à toutes les austérités du cloître, Sifîrein est appliqué aux études si florissantes alors dans le monastère de Lérins : c'était vers Tan 498 (2). Bientôt tels furent ses progrès
(i) Rate relicta — anchora fixa — cum unico nato se du x il ad claustra — quœritque prelatum — abbateni beatnm — pandit secrctiim — jain olini conceptum ; — precatur ut cito ducat ad ej^ectum, etc. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer cette cadence et ces rimes qui reviennent régulièrement ; nous avons dit plus haut la valeur de cette remarque pour l'âge de ce document.
(2) Pour la justification de cette date, voir Saint Siffrcin, èvêque et patron c?^ Crtr/if«/;'<zs,Vivès, 1875, 'cité plus haut, pag. I7-I9- Nous ne nous arrêtons pas à relever l'erreur assez inexcusable des chroniques de Lérins qui donnent à saint Césaire la qualité d'abbé. Saint Césaire ne fut jamais abbé de Lérins : il exerçait en ce temps-là les fonctions de cellérier du monastère. Peutêtre était-il également chargé du soin des novices et des jeunes gens qui se livraient à l'étude à l'ombre du célèbre monastère. C'est ainsi qu'il a pu être le maître de saint Siffrein. La plupart des auteurs assurent que l'abbé était pour lors Porcaire Y^ pour le distinguer de saint Porcaire le martj^r. M. l'abbé Pierrugues, vicaire à Grasse, vient de publier une étude pleine de savantes recherches tendant à prouver qu'il n'}^ a eu qu'un Porcaire, abbé de Lérins, qui fut le maître de saint Césaire et de saint Siffrein, et qui fut mis à mort avec cinq cents de ses religieux, non pas vers l'année 730 ou 735, comme on l'a cru et parla main des Sarrazins, mais dans une excursion des pirates vandales dans les premières années du sixième siècle.
dans la grammaire, la dialectique et la rhétorique qu'il dépassa tous ses émules, au point de devenir l'émule même de son maître. xMais Tapplication que son esprit donnait à la science ne dessécha pas, comme il arrive trop souvent, le goût de la piété dans le cœur de SifFrein.
Sa tendre compassion pour ceux qui souffraient commença dès lors à se manifester avec éclat. Apprenait-il qu'un frère était malade^ il accourait en toute hâte pour le visiter et le consoler. Dieu ne tarda pas à manifester combien cette charité lui était agréable ; bien souvent, quand le jeune moine s'éloignait de la couche du malade, celui-ci^ guéri miraculeusement, se levait pour glorifier Dieu, qui est toujours admirable dans ses saints.
Quelques années s'écoulèrent ainsi : le père de Siffrein, qui Tavait précédé dans les voies de la perfection, devait aussi recevoir le premier la récompense de son généreux sacrifice. Il eut la joie, avant sa mort, d'être témoin des prodiges de vertu qui éclataient dans les œuvres de son fils; il vit son front orné déjà de l'auréole du thaumaturge et mérita enfin que le Seigneur vînt arracher son âme à la prison de la vie présente pour lui donner place dans les demeures du ciel : il mourut le sept des calendes d'août (26 juillet). Douce et sainte figure, que la gloire de son fils a un peu éclipsée peut-être, mais qui n'en brille pas moins d'un pur éclat à l'aurore de cette grande vie.
Cependant Dieu manifestait de plus en plus au dehors la gloire de son serviteur. Il lui donna surtout un pouvoir merveilleux pour chasser les démons des corps des possédés. Le nom du jeune moine de Lérins qui accomplissait tant de prodiges ne tarda pas à se répandre au loin : de tous côtés on accourait à l'île sainte pour con-
duire aux pieds de Siffrein les malheureux énergumènes. Le saint récitait sur eux Toraison dominicale et commandait en maître au démon qui ne pouvait jamais lui résister (i).
Le bruit de ces miracles, se répandant de proche en proche, remplit bientôt la Gaule tout entière : églises et abbayes se proposaient déjà de demander, les unes pour évêque, les autres pour abbé, Thumble moine que Dieu prenait plaisir à glorifier sur la terre (2). D'ailleurs depuis un siècle Lérins était le séminaire des évêques gaulois : il ne faut donc pas s'étonner si plusieurs Églises semblaient se disputer d'avance la joie de posséder un tel pasteur.
De toutes ces Eglises qui couvraient le sol de la Gaule et surtout nos provinces méridionales, c'était la plus humble peut-être, la plus pauvre, la plus inconnue^ que Dieu destinait d'abord à notre saint. En ce temps-là, le pieux Castissimus, évêque de Venasque, étant mort, le clergé et le peuple de cette ville résolurent, d'un commun accord, de demander pour pasteur, le moine Siffrein, dont la réputation de doctrine, de sainteté et de miracle était parvenue jusqu'à eux (3). Les députés du clergé et du peuple de Venasque se rendent donc à Arles auprès
(i) Divino septus auxilio, tam audax ad spirituum nequam ejechis est propulsionem, ut ad se undecuviqiic exhibitos^ data super herili oratione, a sedibus extîirbaret [z^ Chron.)
(2) Galliaruin siquidcm honorandi gradus, votis sibi in animis alUgaverant, ejus famâ commoti, ut si sîio quisquc privaretur pastore, hiuic Jestina petitione poscendiim. (Ibid )
(3) Vendacences tune pastorc — desolati populi — conqueruntur aggregati — ut subdantiir alteri — ne sine ductore lapsi — videantur cofnprimi. (Ancien o ffice de saint Siffrein dans les livres de choeur conservés à la bibliothèque d'Inguimbert).
de saint Césaire qui, en sa qualité de métropolitain, devait confirmer l'élection du nouvel évoque et lui conférer Fonction qui fait les prêtres et les pontifes. L'illustre archevêque n'avait pas perdu le souvenir du jeune enfant qu'il avait vu à Lérins vingt ans auparavant : il approuva donc de grand cœur le choix que venaient de faire les habitants de Venasque (i).
Mais ce qui devait être plus difficile à obtenir, c'était le consentement du nouvel élu. L'humilité fut toujours la vertu des saints, et les honneurs sont souvent l'écueil de la vertu. Lorsque les députés de Venasque arrivèrent à Lérins demandant leur évéque, à la première nouvelle que Siffrein reçut du choix dont il était l'objet, il voulut décliner le redoutable fardeau de l'épiscopat. Il n'avait, disait-il^ ni assez de vertu, ni assez d'expérience^ ni assez de savoir pour être digne de s'asseoir dans l'assemblée des pontifes. Mais les supplications des députés de Venasque, l'ordre formel de son abbé et surtout la volonté clairement exprimée du vénérable Césaire triomphèrent enfin des résistances de l'humble moine. Il se laissa conduire à Arles pour y recevoir des mains de son ancien maître, de son métropolitain d'aujourd'hui, Tonction pontificale. Siffrein était pour lors âgé de trente ans (5i8 ou 52o).
Avec quel serrement de cœur le jeune évêque dut faire ses adieux à cette île sainte, à ce port de la religion si propice à tout le monde, comme disait un de ses plus
(1) Ad Arelatis festinantes mœjiia — Ante Cesarii provolvunhir genua — PehtntSuffredum : ad sua suffragla —Concessit prœsiil motus çuerimonia.ilh.)
illustres enfants (i), à cette pépinière de saints, à ce séminaire de la Gaule qui avait fourni et devait donner encore tant d'évêques aux contrées que la Providence l'appelait à évangéliser (2) !
Arrivé à Arles, Siffrein se prépara sous la direction de saint Césaire à recevoir les saints ordres ; car la discipline de l'époque n admettait pas habituellement les moines aux fonctions du diaconat ou du sacerdoce, à moins qu'ils ne fussent agrégés au service d'une église. Enfin arriva le jour de la consécration épiscopale : après la cérémonie, le nouveau pontife célébrait les saints mystères. Une foule nombreuse remplissait la basilique : quand fut venu le moment de donner la paix au peuple, le jeune évêque se voit en présence d'un aveugle qui veut à son tour recevoir le baiser de paix des lèvres du pontife. Siflrein regarde l'infortuné avec compassion, et, ne se contentant pas de lui donner le baiser ordinaire, il imprime sur ces yeux privés de la douce lumière du jour le signe tout puissant de la croix. Aussitôt ces yeux s'ouvrent, l'ombre s'évanouit, l'aveugle voit (3). Les
(i) Porttim. religionis cunctis semper Jîdtssimum. {S. Vincentiusherin.^ CoinmoJittoriutn.
(2) Lérins a donné à nos Eglises qui composent actuellement le diocèse d'Avignon, saint Agricol, saint Eutrope II, d'Orange, et peut-être saint Quenin, de Vaison. Quelques auteurs ont soutenu que saint Siffrein avait été contemporain à Lérins de ces deux derniers évêques. C'est bien difficile à soutenir pour saint Eutrope, qui vivait près d'un siècle anparavant, et peu probable même pour saint Quenin ; mais rien ne prouve que saint Siffrein ait exercé les fonctions de maître des novices dans la célèbre abbaye. (Acta Sanctorum fehruarii. Die 15*, de santo Ouinidio).
(3) Cumque, ut morts est, pacem otnnibus a fferret, prœsto quidam aderat cœcus.. , qztem intuetur pontijex noviis et cœco adslanti^ ore porrecto, ejusque ocellis posito sigtio procul amato, ocyus olim negata lux nova surgit. (2® Chronique).
assistants s'empressent pour féliciter l'heureux miraculé et font retentir la basilique de leurs acclamations : « Gloire à vous, ô Christ, s'écrie la foule, louange et « triomphe à jamais, vous qui opérez de tels prodiges « en faveur de vos serviteurs ! » '
Les clercs et le peuple de Venasque étaient accourus en grand nombre à l'ordination de leur nouveau pasteur : ce miracle fut pour eux d'un heureux présage ; le voyage d'Arles à Venasque ne fut qu'un triomphe. L'évêque de son côté épanchait son âme dans le cœur de ses ouailles et s'attirait d'unanimes bénédictions.
Ce que fut pendant son épiscopat l'homme aimé de Dieu, dit le vieux chroniqueur, personne ne saurait le dire, car il n'avait pas l'habitude de confier à d'autres les secrètes opérations de la grâce de Dieu dans son coeur. Les seuls détails que nous puissions en connaître, ajdute-t-il, ce sont les œuvres qu'il entreprit pour le bien de son peuple et les miracles sans nombre que Dieu opéra par son moyen. Assidu à prêcher à son peuple la parole de vie, il dispensa sans ménagement les trésors de science qu'il avait acquis dans la célèbre abbaye de Lérins : plein de zèle pour la maison de Dieu il fit construire à Venasque une église en l'honneur de la Sainte-Mère de Dieu, et une basilique ornée avec magnificence et de dimensions considérables, qu'il dédia à saint Jean-Baptiste, le précurseur du Christ (i).
(i) S'il faut en croire la tradition, saint Siffrein aurait bâti, en outre, en l'honneur de la sainte Trinité, une Église dont quelques-uns croient voir encore des vestiges au sommet de la montagne. Quant au sanctuaire qu'il dédia k la sainte Vierge, nous penchons à croire avec bien d'autres, qu'il fut construit au fond de la vallée, sur les bords de la Xesque, où il a été remplacé plus tard par la chapelle, depuis longtemps miraculeuse, de
Il ne peut entrer dans le cadre de ce récit de reproduire textuellement tout ce que les anciens biographes et les historiens plus récents nous rapportent de la vie et des miracles de saint Siffrein, pendant son séjour à Venasque. Contentons-nous de rappeler la guérison d'un paralytique, celle d'un possédé, fils d'une riche veuve de Marseille, et la touchante résurrection d'un clerc de son église qui lui était particulièrement cher (i).
Saint Césaire, le maître, Tami, le métropolitain de Siffrein, étant mort en 542, on rapporte que Tévêque
Notre-Dame de Vie. De la basilique de saint Jean-Baptiste, il reste au moins le baptistère, monument fort remarquable, suffisamment conservé pour qu'il soit digne d'une restauration complète, et portant tous les caractères du VI» siècle Xous croyons devoir repousser l'opinion qui en fait un temple païen, dédié à Vénus, protectrice de Venasque, et plus tard utilisé pour le culte chrétien. La seule chose admissible serait qu'on eût fait servir à l'ornementation de ce joli baptistère certains détails de sculpture, des chapiteaux, par exemple, provenant d'un temple païen, primitivement élevé sous l'inspiratiou romaine. La dissemblance des motifs et du ciseau, dans quelques parties de l'édifice semble légitimer cette supposition, qui ne change rien à l'ensemble de la construction. (Saint Siffrein, èvêque de Carpentras, déjà cité, pag. 26, note.
(i) Ce miracle est représenté dans la meilleure des six grandes toiles qui décorent, depuis 1726, le chœur de la cathédrale de Carpentras ; les cinq autres, d'un mérite réel, rappellent l'entrée de saint Siffi-ein à Lérins, la guérison de l'aveugle d'Arles, celle du paralytique, celle du possédé de Marseille et l'épisode des reliques du saint reprises aux voleurs. Ces tableaux, commandés par l'évêque Abbati, et peints par Joseph de Vilars remplacèrent dans le choeur ceux qu'avait fait peindre, en 1700, un chanoine dont le portrait figure sur chacune des quatre toiles aujourd'hui placées au-dessus de la grande tribune, et qui rappellent également la vie du saint évêque. Deux de ces toiles, d'ailleurs très belles, sont signées Petrus Blancus ; celle qui représente la mort de saint Sifïrein, d'un mérite supérieur, ne porte pas de signature, mais peut être attribuée à Pierre Parrocel. Saint Siffrein figure en outre sur plusieurs autres des nombreux tableaux de la cathédrale, notamment sur une magnifique toile de François Trevisani, et sur un riche triptique du XV* siècle. (Saint Siffrein, èvêque lie Carpentras, déjà cité, pag. 28, 29).
de Venasque assista avec Erménius, évêque d'Avignon, et Vindemialis, évêque d'Orange, au sacre d'Auxonius, le nouvel archevêque d'Arles (i).
Cependant la Providence appelait Siffrein à paraître sur un théâtre plus important que la petite Eglise de Venasque. Clematius^ évêque de Carpentras, étant mort peu à près le second concile de Paris, vers 55 1 ou 555, le clergé et le peuple de Carpentras, en raison de la proximité des deux villes épiscopales et du peu d'étendue des deux diocèses, demandèrent et obtinrent pour évêque Sitïrein, qui occupa en même temps le siège de Venasque. C'est en souvenir de cette union et aussi, sans doute, en Thonneur de saint Siffrein, sous qui elle s'est opérée, que les évêques de Carpentras, pendant plusieurs siècles, portèrent indifféremment le titre d'évêques de Venasque ou d'évêques de Carpentras.
Saint Siffrein fut à Carpentras ce qu'il avait été dans sa première ville épiscopale, le modèle des pasteurs, l'ami des pauvres, la joie de sa famille spirituelle agrandie. 11 fit élever à Carpentras une église en l'honneur de saint Antoine, dans laquelle il se retirait souvent pour passer de longues heures en prière : c'est probablement le saint évêque son prédécesseur, dont nous avons déjà raconté la vie (2).
1 1 ) Savaron ; Polycarpe de la Rivière.
(2) Telle est l'opinion du Pontificium Carpentoractensc, du chanoine Farel, de M. le docteur Barjavel, etc. L'église de saint Antoine était probablement située tout près de l'arc-de-triomphe antique, qui se trouve maintenant dans les dépendances du Palais de Justice : l'église qu'éleva saint SiflVein occupait donc une partie de l'emplacement de celle qui plus tard fut élevée en son honneur. (Voir Monographie di saini Siffrein, pag. 19 et suiv.)
L'épiscopat de saint Siffrein, soit à Venasque, soit à Carpentras, durait depuis de longues années, depuis cinquante ans environ ; les chroniques de Lérins nous apprennent que ses cheveux avaient blanchi, et que l'aspect de sa vénérable vieillesse imposait le respect autant que jla pureté de sa vie^ plus semblable à celle d'un ange qu'à celle d'un mortel. Voulant se préparer au dernier passage, il quitta, pour n'y plus revenir, la ville de Carpentras et se retira à Venasque : mais il ne voulut plus habiter la maison épiscopale qu'il trouvait trop somptueuse encore. Désirant imiter plus parfaitement la pauvreté de Jésus-Christ, il se fit construire une humble chaumière à côté de l'église qu'il avait élevée bien des années auparavant en l'honneur de la Mère de Dieu. C'est là que séparé à peu près complètement du monde, méditant jour et nuit la loi de Dieu, priant sans relâche, n'ayant dans le cœur et sur les lèvres que le nom de Jésus-Christ, le saint évéque passa les derniers temps de sa vie.
Dieu révéla au saint vieillard que le terme de son exil était proche. Il convoqua donc autour de lui ses prêtres et ses lévites, leur annonça sa mort prochaine et leur recommanda plus instamment que jamais l'amour de la justice, le détachement des biens créés, la charité^ la douceur^ l'espérance des biens à venir et la confiance filiale en la Providence^ toutes vertus dont il avait été un si parfait modèle. Aux larmes de ceux qui l'entouraient, il répondit par des paroles de consolation et d'espérance • puis, ayant reçu le viatique du corps du Seigneur, il rendit en paix son âme à Dieu, le cinq des calendes de décembre (27 novembre) 'de Tannée 570, sui\ant l'opinion la plus commune.
Saint Siffrein fut enseveli dans Téglise de la Sainte- Trinité à Venasque, où de nombreux miracles ne tardèrent pas à manifester son crédit auprès de Dieu.
Le corps de saint Siffrein reposait à Venasque depuis nombre d'années, quand des voleurs parvinrent à s'emparer clandestinement de ce précieux dépôt, dont ils voulaient enrichir leur propre pays, et prirent en toute hâte la fuite dans la direction de Garpentras. C'était pendant Tété au milieu de la nuit.
Le matin venu^ les habitants de Garpentras, qui se rendaient au travail, aperçurent au milieu des champs à une faible distance au nord de la ville, et non loin de la rivière de TAuzon, des étrangers qui ne savaient où diriger leurs pas. On s'approche ; c'étaient les ravisseurs sacrilèges qui venaient d'être frappés de cécité. Ils avouent leur crime \ on accourt et bientôt les reliques du saint Evèque entrent en triomphe dans la ville^ pour y être honorées du culte le plus solennel (i). On institua une fête pour conserver la mémoire de cette translation -, d'abord célébrée au mois de juillet, elle fut fixée au troisième dimanche après Pâques, en i285, par l'évêque Raymond de Mazan. Cet évêque fit transférer les reliques de son saint prédécesseur dans une chasse plus décente. Le 5 décembre i322, Othon évêque de Garpentras, dans l'inventaire qu'il fit faire des reliques et du mobilier de son église, document dont l'original existe encore au musée dlnguinbert, constatait que le
(i) Quelques auteurs placent cet événement sous l'épiscopat du successeur immédiat de saint Siffrein. Rien n'appuie cette opinion : les manuscrits de rÉjj'lise de Garpentras portaient": Miillis annortim curriculis cvolutis.
corps de saint Siffrein était renfermé dans une grande châsse d'argent, en majeure partie dorée, ornée de pierres précieuses et faite avec un art merveilleux. Un bras du même saint avait été [enfermé dans un reliquaire également fort riche, fait en forme de bras. En 1447, l'évéque Guillaume Soïberti fit placer les os de la tête du saint dans un buste d'argent, et en i6o3, le 18 mai, Horace Capponi détacha des mêmes reliques diverses parcelles destinées à la consécration d'autels portatifs , et deux doigts qu'il donna, Tun à l'église de Venasque et l'autre à celle de Mazan.
Ces précieuses reliques, conservées pendant la Révolution, continuent à recevoir dans la belle église qui porte son nom et qui est un des monuments les plus remarquables de l'architecture religieuse de nos pays, les hommages des descendants de ceux dont saint Siffrein fut Tévêque et le père.
Nous n'entreprendrons pas de faire l'historique du culte de saint Siffrein : il est immémorial dans les églises de Garpentras et de Venasque, et à Garpcntras. surtout sa fête annuelle se célèbre aujourd'hui encore avec une magnificence et un éclat imcomparablcs. Mais il ne s'est pas borné là -, dès les premiers siècles du moyen-âge il rayonnait au loin. Le martyrologe d'Arnoult, célèbre écolàtre de l'abbaye de St-André de Villeneuve, qui vivait vers les premières années du onzième siècle, marque la fête de saint Siffrein au 2-] novembre, date à laquelle plusieurs églises de notre région la célébraient également. A Lérins elle était fixée au 29 du même mois. De nos jours encore, l'abbaye de Lérins, relevée de ses ruines par un enfant du diocèse
d'Avignon (i), et le diocèse de Fréjus, sous l'impulsion d'un évéque qui, sacré dans l'ancienne cathédrale de saint Siffrein, Ta pris comme le protecteur de son épiscopat, ont obtenu du St-Siège la faveur d'inscrire son nom dans le martyrologe et de lui consacrer un jour dans les offices propres de leurs églises.
XII. — Tetradius (570-583). A saint Siffrein, selon l'opinion la plus vraisemblable, succéda Tetradius (2). En 573, cet évêque assista au quatrième concile de Paris, qui fut réuni sur l'invitation du roi Contran, pour juger un différend qui s'était élevé entre Gilles, archevêque de Reims et Papolus, évêque de Chartres. Trente-deux évéques y assistèrent, parmi lesquels saint Quenin, de Vaison, Clémentin, d'Apt, et Didier, de Toulon. Tetradius souscrivit les actes de ce concile en prenant le titre d'évêque de Venasque (3.) Pendant plusieurs siècles encore nos évêques, qui résidèrent tantôt à Venasque tantôt à Carpentras, prirent indifféremment le nom de Tune ou de l'autre de ces deux villes.
Tetradius paraît avoir occupé le siège épiscopal pendant douze ou treize ans.
(i) Le révérendissime Père dom Marie-Heniard Barnouin, abbé de Lérins et vicaire-général de Notre-Dame de Sénanque, ordre de Cîteaux.
(i) La chronologie du chanoine Barbier ne compte pas Tetradius parmi les évoques de Carpentras. Le Gallia Chrisliaiin, le Pontifie i iivi Carpentoraclense et Charles Cottier le font siéger après Clematius, lequel aurait lui-même succédé à saint Siffrein. Nous adoptons comme beaucoup plus probable la chronologie de Fornery, qui place Tetradius immédiatement après saint^SifFrein
'3) Tetradius in Christi nomine episcopus ecclesiae Vendascensis, constitutionem subscripsi. (Flardouin, tom. II, pag. 4oi 3406.)
XIII. — BoETius (583-6o4). D'après le Pontificium Carpentoraclense, Boëtius fut élu le 23 novembre 583.
L'année suivante (23 mai 584), il assistait au deuxième concile de Valence, qui fut assemblé sous la présidence de Sepaudus par ordre de Contran, pour confirmer les donations faites ou à faire aux Lieux-Saints par ce prince, par la défunte reine Austréchilde, son épouse et par ses deux filles, consacrées à Dieu, Clodebergeet Clodehilde. Boëce qui se trouva à ce concile avec Trapidius d'Orange, Pappus, d'Apt, et Artemius, de Vaison, en souscrivit les actes le dix-septième et dernier, en qualité d'évèque de Carpentras (i).
L'année suivante (23 octobre 585), un concile beaucoup plus important se réunit à Mâcon par ordre du même roi Contran, sous la présidonce de Prisque, évêque de Lyon, qui dans la préface des canons prend le titre de patriarche, qu'on donnait alors aux principaux métropolitains. Boëce n'y assista pas en personne, mais il y fut représenté par un délégué ainsi qu'Optât, d'Antibes, Didier, de Toulon, Artemius, de Vaison, etPappus, d'Apt. (2)
Boëce siégea vingt et six mois et mourut le 23 mai 604. 11 fut inhumé dans l'église de la bienheureuse Vierge Marie de Venasque, sur les bords de la rivière delà Nesque, où plusieurs de ses prédécesseurs avaient déjà voulu être ensevelis.
(i) Boëtius in Christi nomine episcopus ecclesine Carpentoratensis subscripsi. (Hardouin II, pag. 458.)
(2) Parmi les vingt canons sur la discipline qu'édicta ce concile, contentons-noits de mentionner le septième ordonnant que les évêques prendraient sous leur protection les esclaves mis en liberté, et qu'ils seraient juges des différends qui naîtraient à ce sujet ; le huitième qui maintient
Son inscription tumulaire, qui existe aujourd'hui encore dans la belle propriété de Notre-Dame-de-Vie, a été maintes fois recueillie et citée par les historiens et les épigraphistes (i). Elle a été dernièrement rétablie par les soins intelligents de M. Isidore Morel, qui en reste l'heureux propriétaire. Nous pouvons en donner une reproduction exacte.
Cette inscription a été diversement interprétée par les auteurs et a donné lieu à des erreurs chronologiques qu'il importe de redresser. M. Revoil et après lui M. de Caumont paraissent lui avoir rendu son véritable sens. Ils sont d'ailleurs en cela parfaitement d'accord avec X^Pontificium Carpentoractense, qui attribue vingt
le droit d'asile dans les églises ; le douzième qui défend aux juges laïques de connaître des causes des veuves et des orphelins, sans en avoir auparavant averti l'évêque ou l'archidiacre. Le quatorzième est contre ceux qui se servaient de la faveur qu'ils avaient auprès du roi pour s'emparer des biens d'autrui. Nous apprenons également par le canon sixième que les restes du pain eucharistique, après la communion des fidèles, étaient mis en réserve pour être consommés par de jeunes enfants innocents, le mercredi et le vendredi. (Dom Ceillier. Histoire des auteurs sacrés et ecclésiastiques,Xom. XI, pag. 897, éd. Vives.)
(i) Cette inscription a été recueillie notamment par Gabriel Xaudé, Inscriptioties antiquœ Donianœ, Florence, imprimerie du Grand Duc, 1731, pag. 550. — Mémoires de Trévoux ; — Manuscrit de Suarès à la bibliothèque nationale, tom.V, pag. 536; — Muratori, — Marini, — Martin, Antiquités de Die, pag. I30 ; — Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule ^ tom. II, pag. 595.— Elle a été publiée par M. Revoil dans la Revue des sociétés savantes, tom. IV, ann. 1364, pag. 456 ; par M. de Caumont dans son Aèécédaire d'archéologie, "p^g. 62 et 63, et enfin par M. Victor Lieutaud dans la Provence artistiqtic et pittoresque, Marseille, Olive, n" du 20 mai 1883.
Cette pierre est en marbre blanc veinée de rouge, en forme de trapèze ; sa longueur est de i mètre 78 ; sa plus grande largeur sous l'inscription est de o mètre 78 et sa plus petite à la basede 0,55. Lorsqu'elle était complète, elle devait avoir 2 mètres de longueur, o mètre 80 de largeur à la grande base et o mètre 553 la petite.
ans d'épiscopat à notre évêque, tandis que tous les autres historiens jusqu'ici ne lui en ont accordé que six. L'inscription doit être lue :
+ HIC REQUIESCIT (vIR)
BONE MEMORISE BOH
ETYVS EPVS QVI VIXIT IN E
PTO ANNVS XX MENSIS S O BIT X KL JVN. INDICCIONE SEPTIMA
Le reste de la pierre est orné de fleurons à pétales lancéolées, encadrés dans des bordures et occupant des compartiments rectangulaires. L'alpha et l'oméga, suspendus à des chaînettes, occupent deux de ces compartiments. Des croix pattées remplissent les compartiments inférieurs. Une grande croix pattée se dessine visiblement au milieu des bordures qui délimitent les compartiments.
Nous ne pouvons passer sous silence une autre inscription très remarquable, trouvée à Venasque et que les épigraphistes attribuent à la fin du sixième siècle, c'està-dire à l'époque où siégeait l'évêque Boëce. C'est l'épitaphe d'un noble chrétien et de sa femme, qui consacra son veuvage au Seigneur, suivant l'usage des premiers siècles. Le style de cette inscription^ où le caractère chrétien se môle étrangement à des expressions mythologiques, peut paraître barbare^ mais il est une éloquente preuv^e de l'influence des vertus chrétiennes que saint Siffrein avaient enseignées à Venasque quelques années auparavant.
Pierre Tomtalc de Botiius , Evoque de Carpentras
En voici le texte touchant ;
CVM TVA TE PETRVS POST MVLTOS TPANSACTIS TRFETERIDE SECLIS ReQVIRAT CYPRIANA DULCES CARISSIMA CONIVX
SePTEM SVPRA BEATA COMPLEVIT in SECVLAPER PENETENSIA VITA TVVM DE PEREGRINIS excepit incleta corpvs
Et DEBITA FUNERI HONORE SVM.MO PERIMPLET Sic OSTENDIT PLANGTIBVS QVALEM DVXIT CVM CONIVGE VITA QVM TRINO SOBOLVM REMANSIT STEMMATE PARVO QVOS INTER VORACES ET SEVIENTES MVNDl PROCELLAS SVLOPENETENSLE CASTETAl IS MVNERE NOTRET Et VSQVE AD SVM.MA HONORVM CVLMENA DVXIT
Sic PR.f:STA DEVS vt qvorvm sepvlcra ivncxisti fvnere tanto
EORVM FACIAS ANIMAS ASPECTVS TVI LIBERTATE GAVDERE Xll KAL. IVNIAS TENARIAS INTRAVIT PeTRVS FAVCES AVERNl
Sed marter Bavdelivs per passionis DIE Domino DVLCEMSVVM
C0MMENDAT ALVMNVM Vlll IDVS IVLIAS AD DoMINVM AnCELA FESTINAT QVJE FVIT SIBl ABSTENENS IN PAVPERO MISEROQVE PROFUSA.
Ces seize vers peuvent être traduits : (i)
« Cyprienne, ton épouse bien-aimée, ô Pierre, te re- « joint après trois ans passés dans le siècle^ et sept pas- « ses dans la pénitence^ après lesquels la bienheureuse « a cessé de vivre. Des étrangers lui rapportèrent ton « corps et elle lui rendit les splendides honneurs funè-
(1) Cette inscription a été publiée et traduite par Le Blant dans ses Inscriptions chritietmes delà Gauli^ tom. Il, pag. 596, et par M. Victor Lieutau J, dans la Provence artistique et pittoresque n°du 6 mai 1883.
« bres auxquels il av it droit, avec une douleur qui té- « moignait de la tendresse de votre union. Elle resta « seule avec une petite famille de trois enfants. Au « milieu des tempêtes dévorantes et terribles de ce monde, « elle leur enseigna le pouvoir de la pénitence et de la « chasteté et les fit parvenir au faîte des honneurs^ »
« Fais, ô Seigneur, que les âmes de ceux qu'a réu- « nis cette tombe jouissent librement de ta vue. »
« Le XII des calendes de juin, Pierre est entré dans « le gouffre ténarien de TAverne ^ mais le martyr Bau- « dile, dont c'était le jour de fête et de passion, a re- « commandé à Dieu son cher protégé. »
i( Le VIII des ides de juillet la servante de Dieu s'est <j élancée vers lui. Avare pour elle-même, elle était pro- « digue pour les malheureux »
XIV. — Odofridus. Tous les auteurs s'accordent à donner Odofridus comme ayant succédé à l'évêque Boëce vers 5 90. Mais en admettant, comme nous venons de le faire, l'interprétation de M. Revoil et M. de Caumont et la version du Pontijicium Carpenioractense^ il faut reculer la date de l'épiscopat d'Odofridus à Tan 604 et admettre qu'il n a pu siéger que quelques mois, puisque les historiens lui donnent pour successeur l'évêque Georges dans le courant de la même année.
C'est à tort que le Gallia Christiana assigne à cet évêque, ou à Hotfridius, qui siégea vers le milieu du huitième siècle, une épitaphe en vers latins. Cette épitaphe est celle de Geoffroy de Garosse comme nous le verrons plus tard
XV. — Georges P' siégeait en 604, d'après les Annales de Lecointe, les MM. de Sainte-Marthe et la généralité des chroniqueurs..
XVI. — Pierre P' (63o) Le Gai lia Christiaua et tous les historiens font siéger cet évéque en l'année 63o.
XVII. — Dominique fut le successeur de Pierre et siégeait, d'après le P. Lecointe, vers l'année 640.
XVIII. — LicERius(65o) succéda à Dominique, Il ne nous est connu que par les actes du concile tenu à Châlons en 65o et auquel il prit part avec trente-sept prélats, parmi lesquels Aurélien, de Vence, Deocarius, d'Antibes, et Pétronius, de Vaison. Il souscrivit le vingthuitième en qualité d'évéque de Venasque (i). Nous a\ons vu en effet que pendant longtemps nos évéques prirent indifféremment le titre d'Evéques de Venasque ou d'Evéques de Carpentras (2).
Le P. Sirmond croit que Licerius fut du nombre des vingt-trois prélats qui souscrivirent avec saint Landry, évéque de Paris, la charte que le roi Clovis II accorda en 658 au monastère de St-Denis.
XIX. — Paul P" (664). L'histoire ne nous a conservé que le nom de ce prélat, que la P. Lecointe, le Gallia Christiaua^ le Pontificium Carpentoractense et un ancien catalogue des Évéques de Carpentras, dont Fantoni s'est servi pour son histoire, font siéger en l'année 664.
(i) Hardouin, III, 951,
(2) Licerius, episcopus Vindauscensis, id est Carpentoractensis, sic enim appellati sunt Episcopi Carpentoractenses a Vindausicâ, oppido vicino. (Sirmond).
8o SECONDE PARTIE
XX. — Anastase (686). Il est bien difficile d'avoir des documents précis sur l'époque troublée que TEglise traversait à la fin du VII' sièle et pendant les deux siècles suivants. Aussi Thistoire ne nous a-t-elle conservé que les noms des évéques qui se succédèrent sur notre siège épiscopal, et encore combien d'incertitudes, de lacunes et d'inexactitudes même dans nos catologues !
Les différents auteurs, dont nous suivons la chronologie nous apprennent que l'évêque Anastase siégeait en 686.
XXI. — Innocent I^"" (701) Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de l'épiscopat d'Innocent. Le Gallia Christiana le fait siéger en 702, Fantoni et le Ponti-
ficium Carpentoractense en 711, et l'ancien catalogue des évêques de notre Eglise seulement en 715. Il est possible que tous ces historiens aient raison, car cet évêque paraît avoir siégé long-temps.
XXII. — Oloradus ou Odoardus occupait le siège en l'année 730. Son épiscopat dut être laborieux, car c'est Tépoque où les Sarrazins vinrent dévaster toutes nos contrées.
XXIII. — HooTFRiDUs ou HosFRiDus paraît avoir été le successeur d'Oloradus en 747. D'après le Père Lecointe, il siégeait encore en 752.