‹ Les évêques de CarpentrasChapitre 8 sur 49 · XXIV. — Le Père Lecointe fait siéger Agapit en · texte numérisé non relu

XXIV. — Le Père Lecointe fait siéger Agapit en

XXV. — Agapit eut pour successeur l'évêque Amat. Nous le trouvons au nombre des vingt-cinq prélats, qui avec quatre députés d'absents et un commissaire du

LES ÉVÉQLES DE CARPENTRAS 8r

roi Charleinagne nommé Didier se réunirent en concile à Narbonne en 788, d'après quelques auteurs, en 791 ou 792 d'après d'autres. Ce concile, présidé par Daniel, archevêque de Narbonne, s'occupa de plusieurs affaires ecclésiastiques fort importantes, en particulier des erreurs de Félix^ évêque d'Urgel, qui se rapprochaient beaucoup du Nestorianisme et qui causèrent à cette époque de grands troubles dans l'Eglise. Félix d'Urgel, présent à ce concile, en souscrivit lui-même les actes. Amat y prend le titre d'évêque de Carpentras. (i).

XXVI. — Antoine II occupait le siège en l'an 800, d'après le P. Lecointe. Le Gallia Christiana, Cottier et le Pontijîcium Carpentoractense placent son épiscopat en 791 .

XXVII. — Jean P' siégeait lui-même en 81 3, d'après Lecointe et les MM. de Ste-Marthe.

XXVIII. — Albert paraît être successeur de Jean. Il occupait le siège en 83 1 et mourut six ans plus tard en

XXIX. — L'évéque Berimundus ou Bermond, dont Fornery et le Ponticifium Carpentoractense ne font mention que sur les affirmations de dom Polycarpe, est contesté par le Gallia, Le Père Lecointe, Cottier et le chanoine Barbier.

Dom Polycarpe dit que Bermond était fils de Joscelin

(i) Ego Amatus episcopiis Carpentoratinensis subscripsi (Hardouin I\' pag. 822 ) ; avec Daniel de Xarbonne, et Eléfant d'Arles. Nous trouvons encore à ce concile Lupus, de Cavaillon, Autl)ert d' Antilles et C... deFréjus.

OU Poncelin^ comie d'Avignon, et qu'ayant eu de grands démêlés, au sujet de la succession paternelle, avec Amedericus^ son frère, le différend fut réglé par les soins de Remy, évêque d'Avignon, leur oncle, pour lequel Louis le Débonnaire avait une grande estime.

Sur les instances de son oncle^ Bermond se rendit à Narbonne auprès d'un membre de sa famille qui en occupait le siège archiépiscopaL II y fut reçu avec bonté, et se livra avec tant de succès à l'étude, que bientôt sa réputation se répandit au loin.

A la mort d'Albert, le clergé et le peuple de Carpentras le choisirent pour leur évêque, et pendant vingt ans, il soutint la haute réputation qu'il s'était acquise. Il mourut en SSy. (i).

XXX. — Tous les auteurs s'accordent à placer Philippe dans la liste de nos évèques, en 858.

XXXi. — Jean il (863). Les troubles des dernières invasions n'étaient point encore apaisés. Après la. mort de Charlemagne, l'immense empire ne tarda pas à se démembrer entre les mains débiles de ses successeurs. Les héritiers du grand empereur, poussés par des rancunes réciproques, sacrifiaient la prospérité de leurs États et la tranquillité de leurs peuples à leurs projets ambitieux. Les Normands profitèrent de ces démêlés pour venir se répandre dans nos riches contrées. Ils descendirent le Rhône jusqu'à la mer, s'emparèrent de la Camargue, puis remontèrent jusqu'à Valence après avoir pillé et rançonné les deux rives du fleuve.

(i) Barjavel, Z>/V/. biog. de Vaiichisc,^om. \, pag. 175.

Nous ne savons pas jusqu'à quel point notre ville eut à souffrir de la part des Normands, pas plus que nous ne savons ce qu'elle avait souffert au siècle précédent des invasions sarrasines : mais l'acte que nous allons rapporter nous parmet de croire que les propriétés ecclésiastiques furent fort maltraitées.

Sur ces entrefaites, Gérard, comte de Bourges, duc de Provence et premier ministre de Charles, roi de Provence et de Bourgogne, fils de Tempereur Lothaire, fit des prodiges de valeur et parvint à chasser les envahisseurs des terres du roi Charles.

Peu aprèSj ce prince se trouvant à Vaison, sur la demande formelle du comte Gérard et pour subvenir aux frais du luminaire et à l'entretien des clercs qui desservaient l'église épiscopale dédiée à la Sainte Vierge Marie, donne à cette même église et à Jean, qualifié évêque de Venasque, l'église de St-Antoine (i) qui se trouve dans la ville de Carpentras, avec les droits fiscaux qui appartiennent au prince dans la même ville. De plus, il donne dans les mômes conditions tous les droits de fisc depuis le ruisseau de l'Auzon jusqu'à la Nesque et de Puymarin au Grand Palud ; et déplus quatre habitations et deux métairies au quartier dit Unango ; dans la vallée de Cambron, près du castrum de Venasque, l'église de Saint-Pierre, la maison presbytérale et les droits fiscaux présents et à venir. Toutes ces propriétés avec leurs dépendances^ serfs et servantes, champs, gueréts, vignes, vergers, arbres fruitiers et non fruitiers, moulins, ruisseaux et cours d'eau sont livrées et trans-

(i) Il s'agit évidemment de l'église que saint Siffren avait élevée en l'honneur de saint Antoine ou Antonin, un de ses prédécesseurs.

férées en entier et à perpétuité à l'église susdite du siège épiscopal à la requête du comte déjà nommé, afin qu'il en soit fait tel usage qui plaira et conviendra.

Cette charte, qui fut souscrite par le roi Charles luimême, le huit des calendes d'avril, la troisième année de son règne, indiction deuxième, n'a pas été exactement datée, ainsi qu'il en est de la plupart des chartes de ce prince. M. Jules Courtet fixe la date de celle-ci à Tannée 857 qui correspond à la deuxième indiction ^ le Gallia Christiana à Tannée 867 \ le Pontijicium Carpentoractense et le P. Boyer, dans Thistoire de TEglise de Vaison, Tannée 868, M. de \d^\\\y {Eléments de Paléographie) lui donne la date de 863.

Malgré les incertitudes chronologiques auxquelles elle a donné lieu, Tauthenticité de cette charte est incontestable. L'original, sur papier, un des monuments paléographiques les plus remarquables du neuvième siècle, existe dans le cartulaire de Tévêché, conservé à la bibliothèque publique de Carpentras ; ce cartulaire en contient de plus une copie sur parchemin qui est du treizième ou du quatorzième siècle. Elle a été reproduite par divers auteurs (i).

L'importance de cette pièce, au point de vue de Thistoire de TEglise de Carpentras. et de Torigine des pos-

(i) Boyer, Histoire de l'Eglise de Vaisoii, i''° partie, p. 7 1 et 2" partie pag. 14-15- Columbi, De rébus gestis Vasionensiîim Episcoporum, pag. 381. Gallia Chrisliana, tom. I. Instrumenta p. 22-27. Voir surtout la MoHographie de St-Siffrein pag. 22-27, qi-ii donne une traduction française en regard de cette charte célèbre et l'accompagne de commentaires historiques fort judicieux. Les auteurs de la Monographie remarquent, entre autres choses, que c'est dans cette charte que le nom de notre ville est écrit pour la première fois Carpentratis. Jusque là on avait écrit Carpentoractis ou Carperihoratis.

sessions temporelles de nos Evêque, ne peut échapper à personne. C'est à la suite de victoires signalées remportées sur les ennemies de TEtat qu'un héros chrétien, le comte Gérard, demande pour toute récompense qu'une partie du domaine royal, qui lui revenait à lui-même à titre de bénéfice, soit donnée à l'Eglise pour subvenir aux trais du culte et à l'entretien de ses ministres. Quelle origine plus noble, plus légitime, de la propriété ecclésiastique ! et comme ces preux authentiques du cycle carlovingien, si désintéressés après la victoire font une tout autre figure que beaucoup de nos hommes d'État modernes, qui ont trouvé le moyen de se tailler de scandaleuses fortunes dans les lambeaux de la robe de la France déchirée par la défaite !

Nous ne savons rien autre de Tépiscopat de l'évêque Jean II.

XXXII. — Béranger (882). Tous les auteurs s'accordent à faire siéger Béranger en l'année 882, mais ne rapportent rien des travaux de son épiscopat.

XXXIII. — Franco ^^ Franco^ ou Franciscus paraît être le successeur de Béranger et occupait le siège épiscopal de l'année 891 d'après leGallia Christiana.

XXXIV. — Bernard (914). L'évêque Bernard administrait le diocèse de Carpentras en l'année 914. Charles Cottier lui donne pour successeur en Tannée 916 un évêque du nom de Kérifonse ou Hérifonce. J'ignore sur qu'elle autorité il s'appuie pour établir l'existence de ce prélat, dont les historiens ne parlent pas.

XXXV. — GuiDO ou GuiMANDUs (932). Le nom de cet évêque paraît accepté par tous les auteurs qui ont

écrit sur notre histoire religieuse. Dom Polycarpe le fait souscrire à une charte du i'^' juillet g33, indiction VP par laquelle le comte Geoffroy et Ailburge^ son épouse, confirment en faveur de l'église d'Avignon toutes les donations que le comte Guillaume et Thsusinde son épouse lui avaient faites précédemment.

XXXVI etXXXVII. LePonti/icium Carpentoracteuse, citant Dom Polycarpe de la Rivière, place après Guido Maurice en gSy et Martin en 944. D'autres auteurs ont placé ces deux noms en 954 et 978, c'est-à-dire pendant Tépiscopat d'Ayrard, ce qui n'est pas admissible^ à moins de supposer, pour les besoins de la cause qu'il y a eu deux Ayrard, Tun vers 948 et l'autre vers 982, et que c'est dans Tintervalle qui les sépare qu'auraient siégé Maurice et Martin. La chronologie du Pontificium Carpentoracteuse qui les fait siéger l'un et l'autre avant 948 ne soulève pas la même difficulté. Mais il est bien évident que nous ne pouvons rien affirmer d'une manière positive, quand les documents authentiques nous font défaut.

XXXVIII. - Ayrard (948). Ayrard, l'un des plus illustres prélats qui aient gouverné l'Eglise de Carpentras, aurait été prévôt de l'Eglise d'Arles, s'il faut en croire le Pontificium Carpentoracteuse, avant de monter sur le siège épiscopal vers Tannée 948, qu'il occupa pendant quarante ans environ.

Dès la première année de son épiscopat, nous le voyons figurer comme témoin à l'acte de donation par lequel Manassès, archevêque d'Arles, cède à Aymard, abbé de Cluny, la terre de Juliac au diocèse de Châlon. Il y souscrit sous le nom d'évéque de Venasque.

Plus tard, en 979, il figure également à Facte par lequel \\^alcand, évêque de Cavaillon^ donne l'Église de Vaucluse à l'abbaye de Monimajour. Il donna luimême à rillustre abbaye deux maisons qu'il possédait dans la ville d'Arles.

Quelques années après, vers 984, il autorisa la donation faite par Laugier et Valburgis, son épouse, au monastère de St-Pierre de Vassols, de la moitié de ce bourg avec son territoire (i).

Mais l'acte le plus important de son épiscopat fut la fondation du chapitre de l'église cathédrale, dont le titulaire était l'apôtre saint Pierre (2).

A l'exemple d'un grand nombre d'évéques de cette époque, Ayrard, voulant assurer Texercice régulier du culte divin dans sa ville épiscopale, constitua d'une manière canonique un chapitre de seize chanoines^ pour l'entretien desquels il assigna une partie considérable des biens de sa mense épiscopale.

Les chanoines de Carpentras, à l'exemple de tous les chapitres de ce temps de ferveur chrétienne, vrais religieux au fond, vivaient en commun sous la règle de saint Augustin ou de saint Chrodegand , chantaient dans l'église cathédrale , aux diverses heures

(i) Acte, côté 2 — Chartes de Bedoin, archives départementales des Bouches-du-Rhône. — Histoire de Montmajour ^ par M. de Marin de Carranrais, page 33.

(2) Sur les diverses transformations qu'a subies l'église qui possédait le siège épiscopal, voir la Monographie de S. SiJ'rein, pag. 62, etc. Entre les savants auteurs de cet ouvrage combattant l'opinion qui assigne une origine carlovingienne aux parties encore conservées de l'église qui a précédé le S. Siffrein actuel, et les archéologues, au nombre desquels M. Revoil, un maître des plus compétents, qui reconnaissent dans ces restes remarquables, dans la coupole en particulier, le style carlovingicn, nous n'avons pas à prononcer de jugement.

du jour et de la nuit, les longs offices de la vieille liturgie romano-française, et aidaient Tévéque dans l'administration spirituelle de son troupeau. L'érection d'un chapitre était donc chose importante. Aussi voyons nous, à Fexemple d'Ayrard, la plupart des évéques du dixième siècle organiser ou reformer leurs chapitres. Cest de cette époque, en effet, que datent les chapitres d'Apt, de Cavaillon et de Vaison, pour ne parler que de la région qui nous avoisine.

L'acte de fondation du chapitre de l'église St-Pierre, du siège de Carpentras ou de Venasque, dont le texte original, écrit de la main de Nartold, évéque d'Apt, est conservé à la bibliothèque d'inguimbert, fut dressé le i^'" mars 982.

Pour montrer toute l'importance qu'il attachait à son œuvre, Ayrard s'était entouré, la charte en fait foi, de l'avis et de l'approbation de Guillaume, comte de Provence^ de Rothbold^ son frère^ d'Iterius, archevêque d'Arles, de Pons, évèque d'Orange, et enfin de Nartold, évoque d'Apt (i).

Les successeurs d' Ayrard ne cessèrent de favoriser le nouveau chapitre^ que Guillaume Beroardi, en 1241, réduisit toutefois à douze chanoines.

En i3o2, Bérenger Fornéry leur donna des habits de chœur noirs -, sur la fin du siècle suivant^ Julien de la Rovère, évéque de Carpentras, qui fut élevé au souverain pontificat en i5o3 sous le nom à jamais illustre de Jules II, permit de porter des habits de chœur

(i) Nous croyons inutile de rapporter in extenso le texte de cette curieuse charte qui a été publiée par le Gallia Christiana (tom. \,Insiru7nenta, page 148) et plus récemment par les auteurs de la Monographie de S. Hiffrtin, pag. 29-31, avec la traduction française en regard.

violets. Jusqu'en 1781 les chanoines portèrent ce costume, garni de fourrures pendant l'hiver ; mais à cette époque Mgr de Béni, notre dernier évéque, les autorisa à porter des habits rouges cramoisis (i).

A la suite d'un long et glorieux pontificat, Ayrard mourut le 3 1 mars de l'année 988 ou environ et il fut enseveli dans son église cathédrale. Mais sept cent vingtquatre ans plus tard le sommeil du vieil évoque devait être troublé par suite d'une circonstance que nous devons rappeler.

Dans le courant du mois de juin 17 12, le chapitre

(i) Parmi les douze canonicats que comprenait le chapitre de Carpentras, quatre étaient appelés dignités et deux personnats. Les dignités du chapitre étaient celles de prévôt, archidiacre, capiscol ou précenteur et sacristain. Le théologal et le pénitencier étaient les deux personnats. Le prévôt, le capiscol, le sacristain, le pénitencier et le théologal étaient à la nomination du pape, l'archidiacre à celle de l'évêque. Les six autres chanoines et les bénéficiers étaient alternativement nommés par le pape et l'évoque, chacun dans son mois, celui du pape commençant en janvier. {,Le clergé de France, par du Temps, tome 2, p. 23.)

L'archidiaconé, seconde dignité du chapitre, fut fondé en 1306, par l'évêque Béranger Fornery, qui démembra de sa mense la dîme de la paroisse de Loriol, pour l'assigner à cette dignité à titre de prébende (Voir, sur l'archidiaconat, le tome VI de la collection de Tissot, à la bibliothèque de Carpentras).

Outre les douze chanoines, il y avait encore quatre hebdomadiers, qui avaient rang après les chanoines. La première hebdomaderie fut fondée le 12 septembre 1626, par Etienne de Pol ; une autre eut pour fondateur Henri de Villardy, le 30 décembre 1 660 ; enfin une troisième eut pour fondateur messire Antoine Barbe de Fougasse de la Royère, archidiacre, en juillet 1726.

Le chapitre de Carpentras a compté de grands personnages parmi ses membres :

Le cardinal Gausselin, évoque d'Albano, dans les États pontificaux, fut nommé en i 337, archidiacre de l'église de Carpentras, parlepape Benoît XIL

Le cardinal de Selve, autrement dit de Pampelune, fut aussi archidiacre en 1356.

Les cardinaux de Ceccano, de S. Sôvcrin et d'Algrefcuille ont été successivement capiscols ou précenteurs depuis l'an 1340 jusqu'en 1400.

go SECONDE PARTIE

faisait démolir un ancien mur pour construire une nouvelle sacristie, lorsque les ouvriers, d'un coup de pioche, ouvrirent une niche où se trouvait debout le corps d'un évêque revêtu de ses ornements pontificaux et la crosse à la main; sous ses pieds se trouvait Tinscription suivante, que Ton peut voir encore dans le chœur de la cathédrale et qui ne pouvait laisser aucun doute sur l'identité de FÉvéque, dont on venait de découvrir la sépulture :

ARTUS AIRARDI REDOLENT

VELUT UNCCIO NARDI

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