‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 132 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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maison de quoi fournir des curés à la ville et aux environs, des supérieurs aux religieuses Hospitalières et aux Sœurs de la Congrégation, et des missionnaires aux Sauvages. Monsieur l’abbé d’Urfé a désiré qu'on le mit au nombre fe ceux qui desservent des paroisses, et il en conduit une des plus exposées, avec toute l'application et toute l’ardeur de son zèle.

»'Tous ces différents ouvriers travaillent à l’eavi à qui fera le mieux, chacun dans leurs postes, et le désir qu’ils ont tous d’être occupés à la sanctification des âmes, ne les empêche pas de s'appliquer avec fidélité au soin du temporel, qui, nonobstant leur vigilance, ne suffit pas encore aux dépenses de leur maison.

» Leur supérieur est un sujet de mérite et de grâce, qui a reçu de Dieu un merveilleux discernement pour placer ceux qui sont sous sa conduite, selon la diversité de leurs talents. IL sait l’art de ménager tous les esprits, et sa prudence jointe à sa douceur et à ses autres vertus, lui a gagné l'estime et l'affection de toutes sortes de personnes.

» L'hôpital est admiaistré par dix-huit ou vingt religieuses Hospitalières, dont plusieurs sont venues de France. Ce sont de vertueuses filles ; mais on ne peut guère être plus pauvres qu'elles le sont. Tout leur bâtiment consiste dans un corps de logis, dont le bas est une salie de malades, étayée par dehors et par dedans, et le haut est un grenier plutôt qu’un dortoir, où on est obligé de mettre plusieurs lits dans chaque cellule, et où ie froid et le chaud sont extrêmes, suivant la diversité des saisons.

» Les filles de la Congrégation sont aussi assez incommodées dans leurs affaires ; c'est même une merveille qu’elles aient pu subsister après l'accident qui leur arriva, il y a trois ou

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quatre ans ; toute leur maison fut brûlée en une nuit, elles ne sauvèrent ni leurs meubles, ni leurs habits, trop heureuses de se sauver elles-mêmes ; encore y en eut-il deux d’entre elles qui furent enveloppées dans les flammes. Le courage de celles qui en échappèrent, les soutint dans leur extrême pauvreté, et quoiqu’elles fussent plus de trente, la divine Providence pourvut à leur pressante nécessité. Il semble que cette calamité n'ait servi qu’à les rendre plus vertueuses et plus utiles au prochain car il n’y a point de bien qu’elles n'aient entrepris depuis ce temps-là, et dont elles ne soient venues à bout. Outre les petites écoles qu’elles tiennent chez elles pour les les jeuues filles de Montréal, et outre les pensionnaires françcaises et sauvages qu’elles élèvent dans une grande piété, elles ont établi une maison qu'on appelle la Providence, dont elles ont la conduite, et où elles instruisent plus de vingt grandes filles, qu’elles forment à tous les ouvrages de leur sexe, pour les mettre en é‘at de gagner lenr vie dans le service.

» De cette maison sont sorties plusieurs maîtresses d'école, qui se sont répandues en divers endroits de la colonie, où elles font des catéchismes aux enfants, et des conférences très touchantes et très utiles aux autres personnes de leur sexe, qui sont plus avancées en âge.

» [1 y a surtout dans la mission de la Montagne une école d'environ quarante filles sauvages, qu’on habille et qu’on élève à la française, en leur apprenant en mème temps les mystères de la foi, le travail des mains, le chantet les prières de l'Église, non seulement en leur langue, mais encore dans la nôtre, pour les faire peu à peu à notre air et à nos manières. On voit plusieurs de ces filles qui, depuis quelques années, ont conçu le dessein de se consacrer tout à fait

à Dieu avec ies Sœurs de la Congrégation, dont elles suivent déjà fidèlement les règles et les observances ; mais on n’a pas encore jugé à propos de leur faire contracter aucun engagement ; et on ne le leur permettra qu'après les avoir longtemps éprouvées. »

Mgr de Saini-Vallier n’omit pas de visiter, en revenant à Québec, les paroisses situées sur les deux rives du Saint- Laurent, et, en particulier, la petite ville des Trois-Rivières, où il eut, dit-il, beaucoup de consolation. fl ne séjourna pas longtemps dans sa ville épiscopale, car avant de revoir la France, il voulait se rendre compte par lui-même des missions lointaines de l’Acadie.

« Le voyage le plus long et le plus fatigant que j'aie fait, dit-il dans la lettre déjà citée, est celui de l’Acadie et du Port- Royal, qui est distant de Québec de près de deux cents lieues Je partis le mércredi d'après Pâques, second jour du mois d'avril, malgré les glaces qui nous mirent plusieurs fois en gril et qui nous retardèrent extrêmement.» L’intrépide prélat visita d'abord la Pointe-Lévis. la Pointe-à-la-Caille, le Cap Saint-Ignace, Trois-Saumons, La Bouteillerie et la Rivière-du-Loup. Puis il partit, accompagné de deux prêtres et de cinq guides, pour ce long et périlleux voyage quil raconte en détail, donnant la description de toutes les rivières et de tous les postes les plus importants. Il s'arrêta partout où se trouvaient réunis des groupes de Sauvages et de Français: à Miramichi, Richibouctou, Chédaik, l'Ile Saint-Jean, Cap-Louis, Ghetabouctou, Beaubassin, Les Mines, Port-Royal, L'Ile.-Percée. 1l arriva à ce dernier endroit, le 26 août, «après avoir essuyé, dit-il lui-même, bien les incommodités.» Quel voyage, en effet, pour un jeune prélat qui

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sortait de la cour de Louis XIV! Qu'il fallait d'énergie et, d'esprit de mortification pour affronter de pareilles fatigues et de pareils dangers ! Mais l’abbé de Saint-Vallier était un caractère intrépide, violent même, comme on le verra dans la suite, et quand il entreprenait quelque chose, rien ne pouvait le faire reculer. Il fit l'admiration des Sauvages et des Français qui eurent le bonheur de sa visite sur ces plages lointaines ; il les évangélisa, et donna à plusieurs le sacrement de confirmation. C’est aussi pendant cette visite, qu'il donna des règlements importants aux missionnaires Récollets établis à l’Ile-Percée, et à monsieur Thury, vicaire général pour toute l’Acadie, et qu'il adressa des lettres pastorales aux habitants des Mines et de Beaubassin pour les encourager à bâtir des églises.

Une barque venue de Québec, ramena le prélat, après un long voyage rendu encore plus pénible par le froid de la saison. Son absence avait été de quatre mois.

L'évèque élu n'eut guère le temps de se reposer de ses fatigues, car à peine était il de retour, qu'un incendie désastreux consuma le monastère des Ursulines, le 20 octobre

Le charitable abbé de Saint-Vallier vint efficacement en aide aux religieuses Ursulines : il leur fit d’abondantes aumônes, et il adressa à ses prêtres un chaleureux appel, pour qu'eux et leurs paroissiens se fissent un devoir de leur rendre toutes les assistances possibles. La voix du premier pasteur fut écoutée, et lui-même rendit témoignage de la charité de ses bons diocésains :

« Dans l'incendie qui arriva aux Ursulines de Québec, il n'y eut personne qui ne prit part à leur douleur, et qui ne

s’'efforçât à réparer selon son pouvoir leur perte : tous les corps du clergé séculier et régulier, qui sont parfaitement unis ensemble, donnèrent l'exemple, et contribuèrent à l’envi à secourir ces pauvres filles ; il y eut des communautés qui se dépouillèrent de leur propre nécessaire, pour le donner en celte occasion à celles qui se trouvaient dépourvues de tout ; mais quelque effort qu’on ait pu faire sur les lieux, on a été obligé de recourir en France aux aumônes des gens de bien, et c’est de ce côté-là qu'on attend tout le secours dont on a besoin.»

Bien qu’il trouvât le peuple aussi dévôt que charitable, le prélat ne fut pas sans remarquer certains désordres dans les mœurs et les coutumes d'un certain nombre de familles, et c'est pour y remédier qu'il publia deux mandements contre les immodesties dans l’église. Il rédigea aussi, à cette époque, des «avis donnés au gouverneur et à la gouvernante sur l'obligation où ils sont de donner le bon exemple au peuple.» Signalons les avis sur les festins, sur le bal et la danse, sur les comédies, sur le luxe des habits et sur les nudités. Ces avis seraient très utiles encore aujourd’hui, dans un hon nombre de familles catholiques, où, pour satisfaire les exigences du monde, on semble oublier les règles élémentaires de la décence et de la modestie.

Comme on le voit, l'infatigable abbé de Saint-Vallier avait

déjà fait un travail énorme, quand il lui fallut songer à retourner en France.

« Je m'embarquai, dit-il, L dix-huitième de novembre de l’année 1686, et comme toute la navigation, qui dura quarante-cinq jours, fut une tempête presque continuelle, on se vit souvent en danger de faire naufrage. Le vaisseau pensa

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temps sur le côté; mais surtout ce fut une merveille, qu’étant battu des flots et des vents durant trente-six heures entre les terres, il ne se brisât point mille fois. L'équipage et les passagers crurent le péril si grand, que tout le monde se confessa. J'eus même la consolation, dans le reste de la traversée, de recevoir plusieurs confessions générales, de communier plus d'une fois les mêmes personnes, et de voir tout le monde si réglé et si retenu, qu’il y avait sujet de bénir Dieu de nous avoir menés jusqu'aux portes de la mort. Il arriva aussi un certain jour, que notre bâtiment toucha, et on crut périr dans le moment ; les cris qu’on jeta confusément me parurent capables d’effrayer les plus intrépides. O qu'ilest avantageux dans ces rencontres d’avoir une bonne provision de fermeté et de confiance en Dieu ! c’est le meilleur viatique que puis sent prendre ceux qui entreprennent ces voyages.

» Nous primes port à la Rochelle, le premier jour de l’année 1687, et après y avoir passé quelques jours, pour rendre nos actions de grâces à Dieu, je me rendis incessamment à Paris. »

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