CHAPITRE VII
Mgr de Saint-Vallier se rend à Rome.—Bulle unissant les trois abbayes de Maubec, de Lestrées et de Bénévent.—Captivité de l’évêque en Angleterre. —Sa délivrance après cinq ans d’exil.—Nouvelles instances du roi pour lui faire résigner son évêché.—Retour à Québec.
Le bateau qui portait l’évêque de Québec, arriva à Rochefort
| Le 29 novembre, après une traversée dont les débuts n’avaient pas été sans dangers. Le prélat se rendit de suite à Paris, où,
avec son activité ordinaire, il ne tarda pas à présenter tous ses mémoires et à plaider toutes ses causes. Comme un certain
| nombre d’affaires ne purent recevoir de solutions définitives
avant le départ des vaisseaux de 1702, Mgr de Saint-Vallier
> résolut d'aller lui-même à Rome, ponr traiter directement L avec le Saint-Siège de l'union des trois abbayes. « Ces sortes
d'union à des gens de mainmorte, dit l'Histoire manuscrite du Séminaire de Québec, souffraient toujours d’inombrables
à dificuliés. Il fallait le consentement des habitants, des | curés, des évêques, des magistrats, de la cour ; il fallait
enquête sur enquête, et des formalités dont le moindre défaut rendait tout invalide. L'abbaye de Bénevent relevait de
l'abbé de Sainte-Geneviève, général de la congrégation des à chanoines réguliers de Saint-Augustin ; celle de Maubec | dépendait de l’ordre des Bénédictins de Saint-Maur, et celle : de Lestrées, de l’ordre de Citeaux.» Tout le travail à faire
en France, était terminé, il ne restait plus qu’à obtenir une
bulle de Rome pour confirmer les lettres patentes déj données par la cour, et on la sollicitait depuis longtemps en vain, Confiant dans un meilleur succès, et muni de lettres de recommandation de la part du roi et de plusieurs évêques, Mgr de Saint-Vallier se mit en route pour l'Italie, au com. mencement de septembre. Il fut très bien accueilli par le pape Clément XI, qui ordonna de procéder sans délaià l'examen de son affaire. Il ne permit pas que la cause fit portée devant la congrégation des évêques, où elle n'aurait pu passer : mais il nomma, pour en connaître, une congrégation spéciale de sept prélats. (a) Ceux-ci se mirent immédia. tement à l’œuvre, et constatèrent que la bulle avait déjà été demandée trois fois. Tout en décidant qu’elle serait accordée conformément aux vœux du Saint-Père, ils ne purent la délivrer à l’évêque, qui n'avait pas le temps d’en attendre l’expédition. «Mgr de Saint-Vallier, écrivait à ce sujet M. Tremblay, du Séminaire des Missions-Étrangères, a plus fait en trois mois qu’il est resté à Rome, qu’on ne fait ordinaire. ment en dix ans...Il quitta cette ville, en février 1703, huit jours avant le tremblement de terre qui la mit à deux doigts de sa ruine totale. Il revint en France si promptement, qu’il fit en quatre jours le voyage de Livourne à Marseilles, voyage que Mgr de Lionne, évêque de cette dernière ville, mettait vers ce temps tout un mois à faire. »
La bulle tant désirée fut signée, le 7 septembre 1704, mais on avait fait des modifications importantes aux projets soumis par Mgr de Saint-Vallier ; aussi elle ne fut jamais mise complètement en force ; ni le chapitre, ni l’évêque ne voulut
(a) Histoire manuscrite du Séminaire de Québec.
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MGR DE SAINT-VALLIER 135 nn me 6 ie M ot nue te mio de certaines clauses, concernant le partage des biens et le nombre des dignités. Eu 1713, le prélat espérait obtenir une autre bulle plus conforme à ses désirs, mais en attendant, il demanda et obtint de la cour des lettres patentes, pour confirmer la bulle primitive qui établissait l'évêché et le chapitre, en date du 4er octobre 1674. (a)
D'après un mémoire signé par Mgr de Saint-Vallier, les revenus des trois abbayes étaient partagés comme suit, entre l'évèché, le chapitre et le Séminaire de Québec : évêché, neuf à dix mille livres de rente ; chapitre, six mille cinq cents livres, mais deux mille cinq cents livres étaient retenues sur cette somme pour les religieux survivants de qui relevaient autrefois les abbayes; Séminaire de Québec, deux mille livres.
Au mois de juin 1704, Mgr de Saint-Vallier se mit en route pour retourner dans son diocèse, mais, après trois semaines de navigation, les vaisseaux français rencontrèrent une flotte anglaise qui les attaqua et s’empara de la Seine, qui portait l’évêque de Québec. Les autres navires se dérobèrent à la poursuite de l'ennemi. C'était le 26 juillet, fête de la bonne sainte Anne. « Aussitôt, disent les annales de l'Hôpital- Général, selon la coutume, en ces rencontres, on ôta les passagers du vaisseau prisonnier pour les mettre dans un vaisseau de la flotte anglaise ; monseigneur, notre fondateur, qui était alors malade, crut qu’il lui serait plus doux de ne pas changer de navire el de demeurer dans le sien : mais il lui en coûta bon, car les Français en étant sortis, il se trouva
(a) Notice biographique sur François de Laval de Montmorency par M, le grand vicaire Langevin.
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seul au milieu d'hommes grossiers, qui ne respectèrent ni sa naissance ni son caractère. Un d’eux le prit à la gorge pour avoir sa croix pectorale ; un autre lui arracha son anneau, et, tous ens2mble, lui firent plusieurs insultes, que le prélat souffrit avec une grande patience. Il n'avait garde de se plaindre de ce qui ne s’attaquait qu'à sa personne, étant d’ailleurs trop pénétré de douleur à la vue du mépris des hérétiques pour les corps des saints martyrs qu’il apportait dans son diocèse. Ces sacrilèges poussèrent l’impiété jusqu’à les brûler en guise de bois pour servir à leur cuisine.» Ces reliques précieuses avaient été données par le Souverain Pontife à l’évêque de Québec pendant son séjour à Rome. Instruit de l’odieuse conduite de ses matelots, le chef de l'escadre anglaise fit transporter Mgr de Saint-Vallier à bord de son propre navire, où il tâcha de réparer par ses bons traitements tout ce que le prélat avait eu à souffrir. Les prisonniers furent conduits à Plymouth, puis à Londres, et on les dispersa en différents endroits. Mgr de Saint-Vallier, et les ecclésiastiques qui l’accompagnaient au nombre de dix-huit, résidèrent à Rochester, Farnham et Peterhead. Avant la fin de l’année, tous les Français furent mis en liberté, « excepté toutefois les ecclésiastiques, dit l'Histoire manuscrite du Séminaire de Québec. Ceux-ci furent retenus plus longtemps sur les instances de queiques calvinistes réfugiés en Angleterre, qui avaient intérêt à obtenir par l'entremise du parlement et de la reine, l'élargissement de plusieurs ministres de leur secte retenus par ie roi de France.» Mgr de Saint Vallier écrivit au Saini - Père, pour lui apprendre sa captivité ; et, dans sa lettre, en date du 25 novembre 1704, il dit qu’en arrivant en Angleterre, il éprouva
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MGR DE SAINT-VALLIER 137 RE AT une longue et douloureuse maladie, dont il ne faisait que relever. Le Pape fut très sensible aux malheurs du prélat, et pour lui témoigner son estime et, en même temps, mettre son zèle à profit, il lui donna des lettres de vicaire apostolique pour l'Angleterre. A peine revenu à la santé, l'évêque se
'hâta d'exercer ses pouvoirs, en faveur de tous ceux qui
pouvaient avoir besoin de son ministère ; et l’un de ses compagnons, M. de Prévil, prêtre sulpicien, parle ainsi de ses travaux apostoliques. « Il est certain que Mgr de Saint- Vallier a été de tout temps un modèle accompli de toutes les
vertus ; mais on peut dire qu'illes a portées jusqu’à l’héroïsme
das cette terre de tribulation..………. son zèle infatigable avait transformé sa prison en une église, où il exerçait les fonctions
D de son ministère de manière à gagner au Seigneur les âmes les plus endurcies.
» Des catholiques romains que leurs intérêts retiennent en
D Angleterre, et un bon nombre de vrètres et de religieux qui
y vivent cachés, se rassemblaient dans son appartement, où
il leur distribuait la parole de Dieu et leur conférait les
sacrements. Quoique le prélat prît des précautions pour tenir
secrètes les saintes pratiques de religion qu'il exerçait, onen
D eut connaissance, et il eut ordre de changer de ville ; mais quelque endroit qu’on lui assignât pour prison, il sut toujours en faire une maison de prière, et y gagner des âmes à Jésusà Christ. »
Cependant la reine eut de grands égards pour son véné-
rable prisonnier, elle lui assigna une pension, et le fit soigner kpar son propre médecin, et si elle lui refusa la liberté pendant Écing ans, ce fut à la prière de l'empereur d'Allemagne, qui voulait se venger de Louis XIV, parce qu’il retenait lui-
même en France le grand doyen de la cathédrale de Liège, le baron de Méan.
Tout en se livrant, en Angleterre, à l'exercice du saint ministère, on comprend que Mgr de Saint-Vallier eût sans cesse à l'esprit le souvenir de sa propre église, etqu’il désirat ardemment y être uni de nouveau. Aussi, le 3 février 1705, il écrivait de Farnham à tous les membres de son clergé, pour leur demander des prières, afin de hâter l’heure de sa délivrance et de son retour. (a)
Il devait s’écouler encore bien longtemps avant que le ciel se rendit propice aux vœux du pieux évêque. Ce fut pendant sa captivité que mourut, en 1708, son illustre prédécesseur, Mgr de Laval. Enfin, l’année suivante, Louis XIV ayant remis en liberté le baron de Méan, Mgr de Saint-Vallier recouvra aussi la sienne. «J'ai sorti d'Angleterre, écrivait. il, le 15 juin 1709, et suis arrivé à Paris, au commencement de juillet. Si Sa Majesté ne s’opposait à mon retour dans mon diocèse, dans la crainte que je n’éprouve encore les mêmes risques auxquels j'ai été exposé, je braverais volontiers ces dangers, afin de satisfaire le désir insaliable que j'ai de me voir en possession de mes chères ouailles, et de travailler de toutes mes forces à leur salut, pour lequel je souhaite me sacrifier. »
Si le roi s’opposait au départ de Mgr de Saint-Vallier, c'est qu’il espérait encore réussir à lui faire donner sa démission. Des efforts avaient été tentés dans ce sens pendant qu’il était prisonnier en Angleterre, mais sans succès, car le prélat
(a) Cette lettre est publiée dans les ‘ Mandements des évêques de Québec.
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