TRE FN ME PR TES TERRE ON 140 NOTICES BIOGRAPHIQUES
du roi pour Québec, et qu'il ferait bien d'attendre jusque-là, Voyant que ces spécieuses raisons ne tendaient qu’à empé. cher son retour, monseigueur de Saint-Vallier remercia M, de Pontchartrain de l'intérêt qu’il prenait à sa conservation, l’assura que rien n’était capable de l'arrêter, qu'il braverait avec joie les plus grands dangers pour se réunir à son cher troupeau. Le ministre lui fit alors sentir qu’il ne devait plus songer au voyage ; que son âge avancé ne lui permettait plus de soutenir les fatigues attachées à l'administration d’un diocèse comme celui du Canada ; puis, pour adoucir ce qu'il pouvait y avoir d’amer dans une telle insinuation, M. de Pontchartrain ajouta que, dans peu, on pourvoirait le prélat d’un autre siège beaucoup plus avantageux. L'humble prélat rénondit que le pauvre diocèse auquel la divine Pro. vidence et son choix l’avaient lié, avait pour lui des charmes si puissants qu’il ne le chan *rait pas pour le plus riche du royaume,; que Sa Majesté naissait là-dessus ses senti. ments, lui ayant offert d’autres évêèchés dans un âge où ces sortes d’attraits pouvaient le toucher davantage ; que, au reste, il ne connaissait aucune raison légitime qui püût justifier devant Dieu son abdication. Le ministre ne s’en tint pas à des représentations privées ; il employa encore son auto. rité officielle, en signifiant au prélat, de la part du roi, plusieurs propositions qui tendaient toutes à un même but. À chacun des articles proposés, monseigneur fit une réponse pleine de sagesse et de fermeté apostolique, » et refusa péremptoirement toutes les offres qu’on püt lui faire. Le 4 avril 1713, il écrivit une lettre au roi pour le conjurer de le laisser partir pour le Canada. On avait retenu l’évêque en France quatre années, pendant lesquelles on avait employé tous les
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MGR DE SAINT-VALLIER 141 RARES." moyens pour lui faire résigner sa charge. Enfin, voyant que toutes les instances et les prières étaient inutiles et que rien ne pouvait abattre cette volonté de fer, Louis XIV lui permit d'effectuer son départ. Par malheur, le vaisseau de la marine royale que l’évêque se proposait de prendre, venait de lever ‘ancre et il fut obligé d'attendre trois mois encore, avant de pouvoir quitter la France. C'est alors que, mortifié à bon droit par toutes les difficultés qui s’accumulaient autour de
| Jui, il écrivit une lettre terrible à son clergé, pour se plaindre
des faux frères et les empêcher de lui nuire davantage auprès de la cour.
Nous la citons en partie.
« Vous savez, Nos Très Chers Frères, comment le Seigneur nous a éloigné de vous, dans le temps même que nous nous en approchions et que nous espérions de vous rejoindre, après quatre ans de séparation et de voyage pour les
: nécessités de notre église ; vous savez, dis-je, sans doute, que
la divine Providence nous a conduit en Angleterre, et que
| pendant l’espace de cinq années, nous avons éprouvé une
compensation rude et amère de toutes les douceurs et con-
à solations spirituelles que nous avions goutées dans la sainte ! cité de Rome, auprès des corps des saints apôtres. et sous les : yeux du Père commun des fidèles.
« Mais ce que vous ne savez pas peut-être, et ce que je vou-
drais, s’il était possible, dérober à vos yeux, c’est une épreuve | bien plus fâcheuse que nous souffrons maintenant, semblable } àcelle dont saint Paulse plaint et néanmoins se glorifie dans
plusieurs de ses épîtres ; c’est la persécution des faux frères,
persécution qu’il appelle même, selon saint Chrysostôme, | l'ange de Satan.
« La charité que nous conservons pour ces faax frères et ES dont dl l'amour de la paix nous ont fait dissimuler jusqu'ici cette È quelque persécution, peut-être au-delà de notre devoir. Nous nous ES ous et sommes contenté d'en gémir devant Dieu. Nous now à vicaires sommes flatté que notre longue patience, les excès mêmes où D Les pou
ils se sont portés les feraient rentrer en eux-mêmes ; enfin jusqu’à et révoc l'année aux dits permissi avoir lie territoir de janv
nous avons espéré que la présence du pasteur rendu à son troupeau pourrait dissiper cet orage. Mais nous voyons avec une vive amertume dé cœur, que rien ne les touche: et que cequ'’ils craignent le plus est cette présence du pasteur | Ils voudraient, s’il leur était possible, nous tenir toujours éloigné de l’église de Québec, notre épouse ; et, ne pouvant, après de vains efforts, rompre les liens qui nous attachent à |
elle, autant par inclination que par devoir, ils s'opposent Révoque sous main à notre retour. Par une politique souterraine SR dispense très opposée à l'esprit de l'Évangile, ils nous retiennent dans été accoi une espèce d’exil en ce pays-ci, en faisant naître des obstacles M Licu au-< à notre départ, et rendant inutile tout ce que nous faisons Enfin pour les surmonter. D anon, f:
« Connaissant, comme nous le faisons, combien notre ES à: arriva prompt retour dans notre diocèse est nécessaire au troupeau ES treize a dont le soin nous est confié par Jésus-Christ, le prince des D | ossible, pasteurs, et ayant inutilement tenté toute autre voie, nous de la rac sommes obligé d’avoir recours aux remèdes extrêmes. Afin du chapi donc de mettre ceux qui s'opposent à notre départ dans la Bse rendil
nécessité de procurer cux-mêmes efficacement ce prompt départ, bien loin de continuer à le traverser, comme ik font, nous jugeons nécessaîre, dans les circonstances pré sentes, d’en venir à la fâcheuse extrémité d’ôter tout moyen de rcourir à d’autres qu’à nous, pour les choses qui dépen-
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PRET dent de l'autorité des évêques. Dans cette unique vue, quelque satisfaction que nous ayons eue par le passé et que nous espérions encore pour l'avenir du secours de nos
à vicaires généraux, nous suspendons et nous révoquons tous
les pouvoirs par nous donnés à nos dits vicaires généraux jusqu’à présent ; et nous déclarons que la présente suspension et révocation aura lieu à commencer du premier janvier de l'année prochaine mil sept cent quatorze. Otons dès à présent aux dits vicaires généraux tout pouvoir de donner aucune permission, dispense, pouvoir ou faculté, lesquelles puissent avoir lieu au-delà de ce terme, par rapport aux villes et territoires de Québec et de Montréal ; et au-delà du premier de janvier mil sept cent quinze pour le reste du Canada. Révoquons de même, dès à présent, tous les pouvoirs, dispenses, permissions ou facultés qui pourraient déjà avoir été accordés, par nous ou par nos grands vicaires, pour avoir
lieu au-delà des dits termes...»
Enfin l’évêque apprit qu’un misérable petit navire, appelé la Manon, faisait voile pour Québec. il se hâta de s’y embarquer, et arriva dans sa ville épiscopale, le 17 août 1713, après
treize ans d'absence. On le reçut avec toute la solennité 2 possible, au bruit de tous les canons du fort et des vaisseaux de la rade. Après avoir été complimenté par l’archidiacre
du chapitre, M. de la Colombière, et par l’intendant, le prélat
se rendit à la cathédrale, où l’on chanta le Te Deum.