‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 132 · RP ER TT · texte numérisé non relu

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Le prélat avait demandé d’être enterré dans l'hôpital qu'il Les c avait fondé, et personne ne pouvait s'opposer à l'exécution de cette de cette volonté suprème. Il fut décidé que, le trois janvier, suite à le corps du prélat serait transporté à la cathédrale, où le rieure. service solennel serait chanté ; tout le clergé devait ensuite D le mani se rendre avec le cortège funèbre à Notre-Dame des Anges, «Nou pour lPinhumation. Cependant, l’intendant, qui se conduisit commu en tout cela comme un véritable insensé, craignait que les jour-là 1 chanoines ne voulussent garder le corps du prélat dans la révéren cathédrale, et, pour les en empêcher, ilse rendit à l'Hôpital. chanoind Général, à l'entrée de la nuit, la veille du jour fixé pour les douceur obsèques, et ordonna de procéder sans délai à l'enterrement nous, qu de l’évêque. « Parmi les personnes présentes, se trouvait M. nous la Leclair, curé de Saint-Vallier et chanoine, il voulut faire défendu quelqu’observation ; l’intendant n’en tint aucun compte. M. moins à de Lotbinière, le Père de la Chasse, jésuite, le Père Antoine allés dan dé Lino et le frère Thomas Bertand, récollets.. se revêtirent > été jusqu de leurs surplis ; M. Leclair se vit obligé d’en faire autant. nous infc Ils se rendirent dans la chapelle ardente, et, après les prières venait d prescrites, ils prirent le corps de monseigneur qu'ils renfer- pour not mèrent dans deux cercueils, l’un de plomb, l’autre de chêne, tante ref et le portèrent à l’église. M. Dupuy, les personnes venues avec plusieurs lui, et nos pauvres, portant des cierges, formaient le cortège désobéiss funèbre. Ce fut M. Dupuy qui entonna le Libera, et les mérite et hommes de sa suite déposèrent le cercueil dans le tombeau avoir élé préparé, au pied de l'autel du Saint-Cœur de Marie. La s'était pa communauté se tenait au chœur ; toutes étaient inconsolables et un aff de voir leur fondateur et leur père privé des honneurs d’une | solenneli sépulture convenable. » (a) | avec la

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Les chanoines apprirent, ce soir-là même, tous les détails de cette lugubre cérémonie, et M. Boullard se transporta de suite à l'Hôpital-Général, où il interdit l'église et la supérieure. Voici comment il raconte lui-même la chose, dans le manifeste qu'il publia quelques jours après :

« Nous protestons au public, qu'ayant appris par un bruit commun, le deuxième janvier, qu’on venait d’enterrer ce jour-là furtivement, à l’Hôpital-Général, le corps de notre révérendissime évêque, nous nous y portâmes avec quelques chanoines et prêtres, avec toute la simplicité, modestie, douceur, convenables à notre état, Ce fut une surprise pour nous, quand nous étant présentés, pour entrer dans l’église, nous la trouvâmes entr'ouverte, et qu'on nous dit qu’il était défendu d'y laisser entrer personne ; mais y entrâmes néanmoins après quelque résistance ; notre prière faite, étant allés dans la salle, où le corps du feu mon dit seigneur avait été jusqu'alors exposé, nous ne trouvâmes plus rien, et nous nous informâmes de ce qu’on en avait fait ; on répondit qu’il venait d’être inhumé ; nous fûmes dans le corps de la maison, pour nous en informer plus à fond, la supérieure et l’assistante refusèrent d’y venir sous notre commandement réitéré plusieurs fois, ce qui nous obligea de procéder contre cette désobéissance, et l'attentat qu’on avait commis contre le mérite et la dignité de ce vertueux et illustre prélat. Après avoir été instruit suffisamment de la manière dont la chose s'était passée, considérant de plus que c'était une injustice et un affront au chapitre, qui se terait prêt pour aller lever solennellement ce vénérable dépôt, et lui faire des obsèques avec la décence ct la forme convenables, et le reporter ensuite avec la même pompe funèbre au dit Hôpital-Général.

Sur ce scandale arrivé, nous jugeâmes à propos d'interdire pour un temps l’église et la supérieure. Ensuite, étant retournés pour entrer dans l’église, nous en trouvâmes les portes fermées et gardées par des gens armés de gros bâtons, que nous y laissâmes, après avoir demandé avec toute douceur l'entrée de la dite église, ce qui nous fut refusé, parce que, disaient ces gardes, il y avait défense.de la part du roi d'y entrer. Nous nous retirâmes et achevâmes notre procès-verbal, et, après l’avoir lu, nous le présentâmes devant une compagnie nombreuse et très honorable, nous laissâmes l'écrit, en déclarant ce qu'il portait. Nous ne voulons rien dire de quelques autres indignités dont on usa envers nous, au mépris de notre caractère. Mais nous ne pouvons nous empècher de nous inscrire en faux contre tout ce qu'on avance qui n’est pas conforme au présent écrit, et déclarer nul et sans effet tout ce qu’on oserait faire, et entreprendre contre notre autorité. Ordonnons que cette présente décla. ration sera lue et publiée dans la chaire de l'église cathé. drale et dans les paroisses du diocèse.»

Cet interdit ne fut levé que le dernier jour du mois, et par l'entremise de M. de Beauharnois.

Un service solennel fut célébré à la cathédrale, le 5 de janvier, et on y prononça l’oraison funèbre du vénérable défunt. Elle est attribuée à M. l'abbé Fornel. Le Père de la Chasse fit aussi l'éloge du prélat, dans l’église de l'Hôpital. Général, où l’on chanta plusieurs services, après la levée de l'interdit. Dans le discours de ce père jésuite, on remarque le passage suivant : « Voilà donc.ce qui doit rendre immortelle la mémoire de Mgr de Saint-Vallier, surtout dans ce diocèse. Voilà ce qui l’égalera aux Laval, et aux noms les plus fameux

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en vertus, qu’il plaira à Dieu de donner à cette église... 11 a été un grand évêque par sa piété, encore plus grand par son zèle, et très grand par sa charité. Ab audilione mala non timebit. Voilà non seulement ce qui doit rendre son nom recommandable de siècle en siècle, et jusques à la postérité

À Ja plus reculée, à tous les gens de bien, mais ce qui doit en

même temps fermer la bouche à tous les pâles envieux et à tous les ennemis de sa réputation et de sa gloire.»

Ces paroles donnent, il semble, une idée exacte de ce que fut Mgr de Saint-Vallier: un grand évêque qui fit immensément de bien, mais qui, par ses nombreux défauts de caractère, se créa tant d’ennemis pendant sa vie, qu'il fallut le défendre contre eux, même après sa mort.

«Le grand bien qu'il fit dans son diocèse, dit l'abbé Casgrain, et qui ne peut être contesté sans injustice, fut mélé de procédés arbitraires et d’actes bizarres, qui mirent souvent à de rudes épreuves, ceux qui vivaient avec lui, et les empêchèrent de l’apprécier alors à sa juste valeur ; mais le temps a rendu plus de justice au second évêque de Québec. »

Mgr Lo en Breta, de Mgr € datées du l'église de Rohan. sc avril 1714

Voici ce du Canad:

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Mgr Louis-François Duplessis de Mornay naquit à Vannes, en Bretagne, en 1663. IL fut nommé par le roi, coadjuteur de Mgr de Saint-Vallier, obtint des bulles de Clément XI, datées du mois de mars 1713, et fut sacré à Paris, dans l'église des Capucins, rue Saint-Honoré, par le cardinal de Rohan. sous le titre d’évêque d'Euménie, enPhrygie, le 22 avril 1714.

Voici ce que le ministre du roi écrivait de lui à quelqu'un du Canada, le 10 juin 1713 : « Le roi vient de vous donner pour coadjuteur à l’évêque de Québec, le révérend père de Mornay, gardien des Capucins de Meudon. C’est un homme de condition, qui joint à sa naissance une grande piété et un esprit propre pour le gouvernement, ayant été, depuis dixneuf ans, revêtu des plus grandes dignités de son ordre. Il est dans toutes les dispositions à votre égard que vous pouvez désirer de lui, et je suis persuadé que le choix que Sa Majesté a fait vous fera plaisir.» Malheureusement l’église de Québec ne put jurnais profiter des belles qualités et des talents de son nouveau p. teur, car il ne lui donna jamais la consolation de sa présence.

Dans le cou:s de l’année 1715, Mgr de Saint-Vallier ayant à reçu de la Louisiane des lettres qui lui parlaient de l'esprit L d'irréligion commençant à régner dans ces contrées, écrivit

à son coadjuteur pour lui faire part de ces tristes nouvelles et pour le presser d’aller lui-même au secours des âmes en péril. De son côté, le roi entendait bien que Mgr de Mornay se rendit utile à l’église du Canada, autrement que par ses prières ; on le voit par une lettre du 10 juillet 1715, qu'il fit écrire à MM. de Ramesay et Bégon : « Sa Majesté, dit le ministre, a témoigné au père de Mornay, coadjuteur, la nécessité qu'il y a qu'il se rende à Québec, le plus tôt qu'il sera possible, pour soulager le sieur évèque dans les travaux de son diocèse ; il est incertain s’il y passera cette année, en tout cas, il Sy rendra l’année prochaine de bonne heure.» (4)

Mais ni les instances de Mgr de Saint-Vallier ni celles de la cour ne purent le décider à traverser l’océan. Nommé grand vicaire pour la Louisiane, il s’occupa cependant à distance de pourvoir aux besoins de cette province, et quand la Com: pagnie d'Occident lui demanda des prêtres pour desservir les colons de ce pays, il en confia la direction à ses frères capucins.

Ce furent les religieux de la province de Champagne qui se chargèrent de cette mission, en 1717, mais le premier capucin n’arriva que le 18 janvier 1721, à Mobile, desservi

(a) Quelques historiens disent que Mgr de Mornay devint administrateur du diocèse de Cambrai, après la mort de Fénelon, arrivée en 1715. Nous ne savons sur quel document ost basée cette assertion, et nous n’oserions pas la soutenir, Un autre historien dit que le prélat alla, en 1714, résider à Cambrai, ‘ dont l’évêque était absent.” Or l’évêque n’était pas absent de son siège, à cette époque, il était chez lui malade, et se préparait à la mort. Quoiqu'il en soit, si Mgr de Mornay a été administräteur du diocèse de Cambrâi, il n’y à laissé aucune trace de son passage, pas même le souvenir de son nom. Le savant historiographo de ce diocèse, M. le grand vicaire Destombes, m'écrivait dernièrement : ‘‘ Le nom de Duplessis de Mornay ne paraît dans aucune do nôs tables les plus complètes, ”

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auparavant par un prêtre du Séminaire des Missions-Étrangères. (a)

Il fut entendu que les Jésuites et les prêtres du séminaire évangéliseraient les Sauvages et que les Capucins exerceraient leur ministère parmi les blancs. On ne voit pas que Mgr de Mornay se soit occupé beaucoup des affaires de la Louisiane, autrement que par l'entremise des religieux qu’il y avait envoyés. Seulement, à leur prière, il fit rappeler en France le père de Beaubois, jésuite, qui était vicaire général de l'évêque de Québec, mais dont les Capucins contestaient la juridiction. Quand Mgr de Pontbriand eut pris possession du siège épiscopal, les choses furent rétablies dans leur premier état, et ce fut un jésuite qui exerça dans la Louisiane les pouvoirs de vicaire général. Les Capucins eurent beau protester, la conduite de l’évêque fut approuvée par la cour.

Au mois de mars 1728, avant d’avoir appris le décès de Mgr de Saint-Vallier, le coadjuteur donna sa démission, et le roi nomma, pour le remplacer, l’abbé Machuco de Presnaux. Cette nomination se trouvait nulle, de même que la démission de Mgr de Mornay, car ce dernier était devenu évêque de Québec, par la mort de son prédécesseur : il avait été nommé coadjuteur cum fulura successione. Il craignit sans doute d'augmenter les difficultés, en offrant encore de se démettre, et, ne voulant ou ne pouvant partir pour Québec, il adressa, le 31 mai 1728, une procuration à l’archidiacre Chartier de Lotbinière, pour qu’il prit possession du siège en son nom.

(a) The catholic church in colonial days by John Gilmary Shea,

Mais depuis la mort de Mgr de Saint-Vallier, ce monsieur était en guerre avec le chapitre, et il ne put procéder à l’exé. cution de son mandat, sans rencontrer le mauvais vouloir des chanoines. Rien de plus curieux que le document qui rend compte des difficultés qu’on lui fit, et de toutes les cérémonies qui accompagnèrent cette prise de possession du siège épiscopal de Québec. Nous ne pouvons résister à la tentation È de le citer dans son entier, malgré certains petits détails qui Le / paraîtront peut-être trop puérils, mais qui font connaitre ji l'esprit normand des chanoines de cette époque. Cette pièce historique a d’ailleurs son importance : elle montre jasqu'à quel point tout était soumis alors à la cour de France, et avec quel soin les causes étaient examinées et les jugements

rendus par le roi.

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