‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 132 · EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEIL D'ÉTAT · texte numérisé non relu

EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEIL D'ÉTAT

» Sur la requête présentée au Roi, étant en son Conseil, par Louis-François de Mornay, évêque de Québec, contenant qu’il aurait été pourvu au mois de mars mil sept cent treize, de la coadjutorerie de Québec, en vertu des bulles apostoliques de provision de Notre Saint-Père le Pape Clément Onze, sur la nomination du feu Roi, avec future succession au dit évêché, dont il aurait prêté serment de fidélité entre les mains de Sa Majesté, que le décès du sieur de Saint Vallier, évêque de Québec, étant arrivé au mois de décembre (vingt-six), mil sept cent vingt-sept, et l’exposant n'ayant pu alors se transporter en Canada pour prendre possession en personne du dit évèché, il aurait envoyé sa procuration en date du trente-et-un de mai mil sept cent vingt-huit, au sieur Eustache Chartier de Lotbinière, archidiacre de l’église

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cathédrale de Québec, pour, au nom de l’exposant, prendre possession corporelle, réelle et actuelle du dit évêché, et de ses droits, appartenances et dépendances avec les solennités en tel cas requises et accoutumées ; en vertu de laquelle procuration, le dit sieur de Lotbinière s'étant transporté à l'église cathédrale de Québec, le deux septembre mil sept cent vingt-huit, accompagné du sieur Iché, notaire royal, et des témoins, ayant requis le chapitre de la dite église de s'assembler pour être procédé à la dite prise de possession, il lui fut demandé par le chapitre assemblé un délai de dix jours pour assembler tous les sujets du dit chapitre, afin de rendre la dite prise de possession plus solennelle ; à quoi le dit sieur de Lotbinière ayant acquiescé, il lui en fut délivré acte par le dit notaire le même jour, et, le onze septembre suivant, jour de l'échéance du délai demandé par le chapitre, le dit sieur de Lotbinière s'étant transporté en la maison du sieur Thierry Hazeur, grand pénitencier, lors président du chapitre, logé au séminaire, qui est le lieu ordinaire où se tient le chapitre, pour le requérir de le faire assembler, le dit sieur Hazeur lui aurait fait réponse que le mauvais temps avait apparemment empêché quelques chanoines, qui étaient dispersés à la campagne, de se rendre au dit Québec, et qu’il le priait, de la part du chapitre, d'attendre jusqu’au quinze du dit mois ; à quoi le dit sieur de Lotbinière aurait encore consenti et déclaré que pour quelques raisons que ce püt être, il prendrait possession du dit évêché, le dit jour quinze septembre, sans autre délai, dont il lui fut pareillement donné acte par le dit notaire en présence des témoins par lui appelés. Enfin, le dit jour quinze septembre, le dit sieur de Lotbinière, s'étant transporté avec le dit sieur Iché, notaire,

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et deux témoins, en la maison du dit sieur Hazeur, et ne l'y ayant pas trouvé, ils s’enquirent aux sieurs Châles et Castongay, ecclésiastiques, logés au dit séminaire, où pouvait être le dit sieur Hazeur ou quelqu'un des chanoines; lesquels ayant répondu qu'ils n’en savaient rien. le dit sieur de Lotbinière, accompagné comme dessus, se serait transporté chez le nommé Jean Brassart, premier bedeau, qu'il aurait sommé d'aller à l’église pour y sonner le: cloches, à l’occasion de la prise de possession qu'il entendait faire au nom de l'exposant du dit évêché de Québec, conformément à la procuration dont il était porteur ; lequel Brassart aurait répondu qu’il ne pouvait sonner les cloches sans la permission du sieur Boullard, vicaire général, auquel il allait Ja demander ; ensuite de quoi le dit sieur de Lotbiniere, accompagné des dits notaire et témoins, se transporta à l’église, pour y faire sonner la cloche du chapitre, afin d’averir les chanoines ; mais il se serait aperçu que la corde attachée à la dite cloche en avait été Ôtlée, et le di Brassart étant de retour du logis du dit sieur Boullard, dit hautement au dit sieur de Lotbinière que le dit sieur Boullard lui avait défendu de sonner ; ce que le dit sieur de Lotbinière ayant pris pour refus de la part des chanoines de se trouver à la dite prise de possession, après les deux délais par eux demandés, il requit le dit notaire, en présence des témoins menés exprès et de plusieurs personnes qui étaient lors dans la dite église, de lui donner acte de la prise de possession réelle et actueile qu’il entendait faire au nom du dit exposant de l'évêché de Québec, et de ses droits, appartenances et dépendances, ce qui fut exécuté par l'entrée faite en la dite église cathédrale, revêtu du surplis et de l’étole,

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prise d'eau bénite, lecture faite, lecture à haute et intelligible voix des bulles du dit exposant, prières faites devant le Saint- Sacrement, baiser du grand autel; après quoi le dit sieur de Lotbinière, ayant demandé aux sieurs Courrier et Castongay, ecclésiastiques, pour lors présents, la clef du tabernacle, pour donner la bénédiction du Saint-Sacrement au peuple, ils auraient répondu qu'ils ne savaient où elle était; et continuant les cérémonies nécessaires à la dite prise de possession, le dit sieur de Lotbinière se serait intronisé, au dit nom, en la chaire épiscopale étant dans le sanctuaire de la dite église, ensuite dans la place du dit évêque au chœur, prise de possession des livres du chœur et de la chaire de la prédication, et s'étant transporté au-devant du palais épiscopal situé en la dite ville de Québec, accompagné des dits notaire ettémoins appelés, il un aurait pris corporelle, réelle et actuelle possession par l'entrée au dit palais par la principale porte et autres portes des chambres et appartements, et par l'entrée dans la chapelle du dit évêché ; quoique cette prise de possession soit faite dans toutes les règles et autant qu'elle à pu l'être, malgré les empêchements qui y ont été apportés de la part des chanoines et chapitre du dit Québec ; — l'exposant a appris depuis qu’elle avait été traitée par les dits chanoines et chapitre de clandestine, et qu’ils avaient fait sommer depuis le dit sieur de Lotbinière de présenter sa procuration au chapitre et de procéder à la dite prise de possession d'une manière authentique, ce qu'il refusa de faire, après quoi, le vingt-et-un du dit mois de septembre, le dit chapitre sous un prétexte spécieux de réparer, disait-il, le scandale de cette prise de possession, fit chanter le Te Deum en remerciment d’avoir donné à l’église de Québec,

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l’'exposant pour évêque ; un pareil procédé de la part du chapitre oblige l’exposant de représenter à Sa Majesté, que le chapitre de Québec n’a eu aucune raison de qualifier cette prise de possession de clandestine, parce qu’il n’a pas tenu du dit sieur de Lotbinière, qu’elle ne fût plus solennelle, il avait satisfait par deux fois aux délais qui lui avaient été successivement demandés, et il a cru ne devoir pas différer plus longtemps l'exécution de sa procuration, il a requis le notaire de le mettre en possession, et à cet effet il s’est adressé aux officiers de l’église, pour sonner les cloches, ils ont refusé leur service, il a voulu faire sonner par d’autres. et il a trouvé que l’on avait Ôté les cordes, tous ces faits sont justifiés par les procès-verbaux du notaire, des deux, onze et quinze septembre de l’année dernière ; il semblerait bien injuste dans cet état, de reprocher au sieur de Lotbinière, qu’il y a proc. ié clandestinement, ainsi c'était une illusion de la part du chapitre de l'avoir fait sommer depuis de présenter sa procuration pour y procéder de nouveau, et on ne peut rien lui imputer du refus qu’il en à fait ; aussi paraît-il que le chapitre a senti son tortet reconnu la dite prise de possession, puisqu'en signe de réjouissance il a fait chanter un Te Deun dans son église, six jours après, en présence du gouverneur, et où les corps religieux ont assisté ; d’ailleurs une prise de possession par procureur exige moins de cérémonie que la prise de possession de l’évêque en personne, et quand 1exposant sera sur leslieux, c’est alors qu’il conviendra d'y apporter plus de solennité. Requérait à ces causes qu’il plût à Sa Majesté déclarer bonne et valable la prise de possession faite du dit évêché de Québec par le dit sieur de Lotbinière, le dit jour quinze septembre, mil sept cent vingt-huit, au

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nom et comme fondé de procuration de l’exposant, et en tant que de besoin la confirmer.

« Vu la dite requête et pièces y attachées, oui le rapport, Sa Majesté, étant en son conseil, a déclaré et déclare bonne et valable la prise de possession du dit évêché de Québec, et de ses droits, appartenances et dépendances, faite le dit jour quinze septembre mil sept cent vingt-huit, par le dit sieur de Lotbinière, au nom et comme fondé de procuration du dit Sieur de Mornay, et en tant que de besoin Sa Majesté l’a confirmée, ordonne en conséquence qu’elle sortira son plein et entier effet, nonobstant opposition ou empêchement quelconque.

«Fait au Conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Marly, le deux mars mil sept cent vingt-neuf.

(Signé) PHILIPPEAUX avec paraphe. »

Ce jugement fait voir que Mgr de Mornay n'avait pas tardé à être informé par M. de Lotbinière, de tous les détails de la prise de possession, et il s'était hâté de soumettre toute cette affaire à la cour de France. C'était un grand malheur, que les évèques de Québec fussent ainsi obligés de faire régler par un tribunal séculier, des questions qui relevaient des tribunaux ecclésiastiques ; mais on avouera qu'ils pouvaient difficilement en agir d’une autre façon. Les concordats donnant une certaine autorité à la couronne pour les évêchés de France, les évêques de Québec, quoique dépendant seulement du Saint-Siège, en vertu de leurs bulles, étaient forcés, pour éviter de plus grands maux, de s'adresser au roi, qui entendait bien prononcer sur tous les différends qui pouvaient s'élever dans les colonies françaises.

Pour une foule de questions, il aurait été parfaitement inutile aux évêques de s'adresser uniquement à la cour de Rome, dont les décisions n’auraient pas été reconnues par les gouverneurs et les intendants. (Get état de choses n’empêchait pas les prélats de correspondre régulièrement avec le Saint-Siège, de lui envoyer des rapports détaillés sur les affaires de l’église du Canada, et de demander les indults et permissions dont ils avaient besoin pour le bon gouverne. ment de leurs diocèses. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les lettres que Mgr de Laval et Mgr de Saint-Vallier écrivaient au Saint-Père ou au préfet de la congrégation de la Propagande.

Avant de connaître la décision de la cour, sur la validité de la prise de possession, par M. de Lotbinière, les chanoines avaient écrit à l'évêque de Québec, pour lui parler de leurs difficultés, car celui-ci leur répondit par la lettre suivante qui témoigne de son mécontentement contre eux.

«A Paris, 20 mai 1729.

«Je ne 1épondrai pas, Messieurs, aux articles particuliers de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de nr'écrire. La paix et la charité ne consistent pas dans les disputes. Il faut en üviter toutes les occasions. Tenez-vous-en à ce que monseigneur l’évêque de Samos, mon coadjuteur, vous dira de ma part. C’est lui seul qui est aujourd’hui revêtu de tous mes pouvoirs,et en ce cas même (ce qu’à Dieu ne plaise), mais pour prévenir toutes difficultés, autant qu’on peut y pourvoir, en cas qu'il vint à mourir, je vous déclare que le gouvernement du diocèse sera entièrement dévolu à celui ou à ceux qu'il aura établi grand vicaire ou vicaire général, selon le pouvoir que je lui en ai donné, et qu’on ne pourra rien

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Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur, + Louis François DE Monnay, Évèque de Québec. »

cette lettre montre que Mgr de Mornay venait d’obtenir un coadjuteur qui pût gouverner une église qu'il persistait à ne pas visiter lui-même, et ce coadjuteur était Mgr Dosquet, consacré évèque de Samos, en 1725. Avec le consentement du roi, l’évêque de Québec le nomma son vicaire général et lui transmit tous les pouvoirs nécessaires pour l'administration de son diocèse, le 25 mai 1729. Le coadjuteur s'embarqua, la même année, pour le Canada, et y demeura jusqu’en 1732. Mais à cette époque, il fut obligé de repasser en France, pour obtenir le règlement de plusieurs affaires, et il insista auprès du roi, pour que Mgr de Mornavy allât administrer lui-même l'église qui lui avait élé confiée, En conséquence, le ministre lui écrivit, le 4 août de l’année suivante, la lettre sévère qu'on va lire :

«Le Roi à bien voulu pourvoir à labandon dans lequel

vous laissez votre évêché, par la nomination de monseigneur

Dosquet à la coadjutorerie de Québec ; mais vous savez que la santé de ce prélat et l’état de ses affaires l’ont obligé de

repasser en France, où il parait qu’il sera retenu longtemps. Sa Majesté est persuadée que, privé de ce secours, vous nhésiterez pas à vous rendre dans votre diocèse : informée des besoins pressants où il est, elle m’a ordonné de vous dire que son intention est que vous vous y rendiez sans plus de retard ; et comme l’état où se trouve actuellement le clergé de la Louisiane requiert encore plus votre présence que celui du Canada, elle souhaite que vous commenciez votre visite par cette province, où il n’a pas encore paru d’évèque, et où vous pourrez faire cesser Le trouble qui y règne.»

Le vieil évêque préféra se décharger de toute administration, et, le 12 septembre 1733, il se démit de son évèché de Québec. Ii était avancé en âge et sa santé laissait à désirer ; quelques-uns disent que ce fut la grande crainte qu'il avait de traverser la mer, qui l’empêcha toujours de venir en Amérique.

D'après une lettre écrite par M.de Saint-Senoch, qui gérait les affaires de la succession de Mgr de Saint-Vallier, en France, Mgr de Mornay avait renoncé au don que cet évêque avait fait à ses successeurs, de son palais épiscopal, crovant que les Sœurs de PHôpital-Général en devaient être les propriétaires. Maïs la cour en décida autrement, et le palais fut remis aux évêques de Québec.

Mgr de Mornay mourut à Paris, le 28 novembre 1741, à l’âge de soixante-dix-huit ans.

Pendant tout son épiscopat, il n'avait aäressé aucun man-

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lettre citée plus haut, et une autre que nous allons reproduire. Elle est écrite aux chanoines de Québec «Messieurs,

«J'avais vu avec plaisir, dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que votre confiance en moi vous faisait croire que je pouvais vous être bon à quelque chose, Je me flatte que mon zèle pour vous et mon exactitude dans cette occasion, vous en auraient persuadé encore plus que tout ce qu'on peut vous Avoir dit de moi. Je vous avoue cependant que mon plaisir a été encore plus grand, après avoir parlé séparément à M le Doyen et à M. De Lorme, du pouvoir que vous m'aviez envoyé, lorsqu'ils m'ont dit que volontiers ils m'accepteraient pour médiateur, mais qu’ils ne croient pas en avoir besoin, qu’ils avaient aplani leurs difficultés, et qu'ils vous en rendraient compte cette année. Leur union m'a donné d'autant plus de joie, que c’est Pesprit de Dieu qui linspire, et que vous vous en trouverez mieux pour vos affaires. Vous ne devez pas hésiter, Messieurs, quand vous me croirez ’apable de vous rendre service ; vous me trouverez toujours disposé à vous donner des preuves de mon attachement et que je suis plus que personne,

Messieurs, Votre très humble et très obéissant serviteur, + Louis François DE Monnay, Évèque de Québec. (a) («) Cette lettre, qui n’est pas datée, a été écrite on 1732; cette année là,

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des chanoines pour traiter de leurs affaires,

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