‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 132 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Difficultés entre les chanoines de Québec et les communautés.—Mgr Dosquet casse les nominations faites par le chapitre, sede vacante.—Histoire de la procession à l’église des Jésuites.—M. de Latour.—Procès du chapitre avec le séminaire.—Zèle de Mgr Dosquet pour les communautés religieuses. —

Vente des boissons aux Sauvages.—Départ du condjuteur pour la France.

L'église de Québec avait grand besoin d’un évêque, à l'arrivée de Mgr de Samos. La difficulté des communications entre le Ganada et la France rendaient absolument impossible l'administration de Mgr de Mornay, et il était temps que le coadjuteur vint sur les lieux régler une foule de questions pendantes et terminer des différends regrettables. Depuis la mort de Mgr de Saint-Vallier, il y avait divergence d'opinion au sujet du légitime représentant de l’autorité ecclésiastique ; les corps religieux étaient loin de s’entendre en tout, et personne n’était là, pour juger et prononcer en dernier ressort. Le chapitre lui-même était divisé: M. de Lotbinière, archidiacre, avait à lutter contre ses collègues, qui prétendaient être les véritables administrateurs du diocèse. Ces troubles et ces difficultés se faisaient sentir même dans les communautés de femmes, et pour s’en convaincre, il suffit de lire le passage suivant écrit par la mère Sainte-Hélène, de l’'Hôtel- Dieu : « Les chanoines, se croyant maîtres absolus, firent tant de changements, surtout dans les maisons religieuses, que les Ursulines eurent recours au conseil pour implorer la protection du roi contre les menaces qu’on leur faisait :

on avait déjà interdit leur confesseur, et on les avait traitées fort durement, même dans leur propre chaire, sur ce qu’elles avaient dit que leur communauté avait toujours été plus paisible, quand elles avaient eu des confesseurs jésuites, que lorsqu'elles avaient eu des prêtres. Cette parole a tellement choqué ces messieurs, qu'ils ont cru le clergé flétri et dés. honoré ; ils ont empêché les sept discrètes de communier et de se confesser toute l’année... D’autres communautés ont aussi été tourmentées. »

Bien qu'ayant demeuré deux ans au Canada, Mgr Dosquet était loin de s’altendre à trouver, à son retour, tant de divisions et de difficultés. Sa présence fut un soulagement universel, et les anuales des Ursulines disent que tous les troubles s'apaisèrent aussitôt que parut le premier pasteur, chacun s'empressaat de lui donner toutes les marques possiu.-s de soumission et de respect. Cependant, s’il en fut ainsi dans ce vénérable monastère, on ne peut dire que le calme se rétablit partout d’une manière aussi complète. Les tempêtes ne cessent jamais tout d’un coup, et la mer continue d’être agitée longtemps après que le vent a cessé de souffler sur les vagues.

Pendant la vacance du siège, le chapitre connaissant bien les décisions et les désirs de la cour, s'était cru autorisé à ériger des paroisses et à nommer six curés inamovibles. Mgr Dosquei ne put s'empêcher de désapprouver une semblable usurpation de pouvoirs, et il ordonna aux curés nommés par les chanoines, de lui donner leurs démissions pures etsimples. Ils le firent tous, mais ces procédés ne furent pas sans causer du mécontentement et de l'agitation. Aux

reproches que le ministre adressa à ce sujet à l’évêque,

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Quelques mois seulement après son arrivée, l’évêque rendit une ordonnance qui fut une nouvelle cause de mécontentement pour les chanoines. Depuis le mandement de Mgr de Laval, en date du 15 janvier 1660, la paroisse de Québec et le clergé se rendaient en procession à l’église des Jésuites, pour y chanter les vèpres et y assister au sermon, les jours de fêtes de la Circoncision, de saint François-Xavier, et de

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saint Ignace lorsque cette fête tombait le dimanche, et le chapitre ne manquait jamais d'assister lui-même à cette procéssion, en vertu d’une délibération soiennelle du 8 mai 1685. Mais les bons rapports qui avaient existé pendant si longtemps entre les chanoines et les Jésuites, avaient été rompus, depuis que les affaires du jansénisme et des céré. monies chinoises avaient créé en Europe tant de divisions, et suscité tant de querelles entre la compagnie de Jésus e: les autres congrégations religieuses MM. Brisacier et Thiberge s’élant ouvertement déclarés pour leurs confrères de la Chine contre les Jésuites, entraînèrent toutes les Missions Étrangères, dont ils furent si longtemps les chefs, et répandirent dans tout le nouveau monde leurs ouvrages sur les cultes chinois. Avec ces ouvrages passèrent malheureuse. ment aussi, sans doute contre leur intention, quelques livres jansénistes qui ne furent pas sans introduire cette mens: trueuse erreur en Canada.

M. de Latour dit qu’il y eut un parti de jansénistes, dont les plus célèbres furent M. de Villermaula, du Séminaire de Saint-Sulpice, que ses supérieurs rappelèrent et chassèrent de leur corps, et M. Thiboult du Séminaire de Québec. (a)

(a) Les communautés de femmes du Canada, contrairement à ce qui arriva en Europe, ne subirent que médiocrement l'influence du jansénisme, si toutefois elles en furent affectées. Il est curieux de lire ce que dit à ce sujet la mère Sainte-Hélène, dans une lettre en date de 1720 : ‘ Si j’étuis du sentiment des nouveaux docteurs, je vous assure que je me trouverais bien soulagée de pouvoir dire que la grâce me manque pour accomplir mes bons desseins ; mais je ne vois que trop que c’est ma faute, A propos de ces nouveautés, je vous dirai que je ne pus m'empêcher de tire, quand je vis, dès l’an passé, sur la liste des appelants au futur concile, les sœurs cordel.ères d’Abbevills. Il me semble qu’il ne convient guère à des filles d'entrer dans ces sortes d’affaires, et il faut qu’un purti se sente bien faible, quand il accepte et qu'il recherche de tels appuis...”’

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Quoiqu'il en soit, la bonne harmonie n’existait plus entre les Jésuites et les prêtres séculiers de Québec, et les chanoines profitèrent de la vacance du siège pour manifester leur mauvaise humeur envers les membres de la compagnie de Jésus, en supprimant la procession solennelle qui se faisait à l'église des Révérenés Pères, depuis déjà soixante-et-huit ans.

Non content de les biâmer, Mgr Dosquet voulut rétablir l'ancieu usage qu’ils venaient d’abolir, et, le 25 décembre 1729, il rendit un décret, dans lequel, après avoir fait l’historique de la procession, il ajoute : « Nous qui sommes chargé de tenir la main à l’exécution des ordonnances épiscopales et des délibérations du chapitre... nous avons ordonné que tant la dite ordonance que la délibération du chapitre sortiront leur plein etentier effet ; en conséquence, sans avoir égard à tout ce qui a pu être fait au contraire, que nous avons cassé et cassons, en tant que de besoin, nous ordonnons que la paroisse et le clergé iront à perpétuité processionnellement de l’église cathédrale à celle des Jésuites, et reviendront de même ; y diront vêpres et entendront le sermon, et feront le salut, le jour de la Circoncision et le jour de saint François-Xavier tous les ans, et le jour de saint Ignace quand la fête tombera un dimanche; et à l'égard du chapitre, qu’il continuera d’y aller conjointement avec la paroisse, jusqu’à la distinction de l’église cathédrale d'avec la paroissiale, auquel temps il en sera délibéré avec l'agrément de nous ou de nos successeurs... »

Les chanoines furent obligés de s’exécuter, et ils se rendirent chez les pères Jésuites, le ler janvier 1730. Mais le coadjuteur finit par se faiiguer de leurs oppositions et des brouilleries qu’il avait avec eux, et voulant sans doute les gagner à lui, il consentit de vive voix à ce que le chapitre

passât de nouveau la résolution de ne plus aller en proces. sion chez les pères de la compagnie de Jésus. Confus de détruire ainsi son propre ouvrage, il ne voulut ni signer ni souffrir qu’on fit mention de lui, bien qu’il présidât l'assemblée qui fut tenue à ce sujet, le 26 novembre 1730. Il exigea cependant que le curé et son petit clergé fissent la procession accoutumée. Ce qui eut lieu pendant quelques années, après lesquelles chacun resta dans son église.

Mgr Dosquet ne tarda pas à éprouver la funeste influence d’un climat qui était absolument contraire à sa santé, Aussi, se voyant incapable de visiter les paroisses, il confia ce soin à M. de Lotbinière, qui était archidiacre du chapitre, et, le 21 février 1730, il adressa un mandement aux curés pour leur faire connaître tous les pouvoirs qu’il lui avait donnés à cette fin. Le 7 mars de la même année, l'évêque nomma M. de Latour supérieur de toutes les communautés religieuses de femmes : «nous avons établi, dit-il, et nous établissons supérieur... M. Bertrand de Latour, prêtre, docteur en droit, doyen de notre chapitre, conseiller clerc au conseil supérieur, notre ofBcial et grand vicaire, lui donnant un plein et entier pouvoir d’en faire toutes les fonctions, comme nous pourrions le faire nous-même. Ordonnons à toutes les religieuses en général, et à chacune en particulier, de lu: porter respect, soumission et obéissance dus en cette qualité. »

M. de Latour était un homme très instruit, et il rendit de grands services au diocèse, pendant le peu de temps qu'il y séjourna. Mais il arrivait de France, il n'avait que trente ans, et la faveur dont il jouissait auprès de son évêque lui

créa des envieux. Retourné en France après un an et demi, il ne revint plus en Canada, quoiqu’on lui eût offert la cure

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de Québec. On sait qu'il fit publier les annales de l'Hôtel- Dieu de Québec, et qu'il est l’auteur d’un très grand nombre d'ouvrages sur la tnéologie et la liturgie. Ses mémoires sur la vie de Mgr de Laval ont été d’une grande utilité : malheureusement il n'en parut qu’un volume ; le second volume fut supprimé par ordre de la cour, après un procès intenté par la famille de Mgr de Saint-Vallier, La suppression de ce livre est une perte irréparable pour Phistoire des deux premiers évêques de Québec.

Voici comment M. de Latour raconte les commencements d’un procès entre le chapitre et le séminaire au sujet de la nomination à la cure de Québec, procès qui ne se termina que par l'incendie des stalles de la cathédrale, à l’époque de la conquête. « Le séminaire et le chapitre plaident au conseil du roi depuis plusieurs années, je ne sais quel en sera le succès. À la mort de M. Thiboult, curé, en 1724, le chapitre réclama la cure ; il prétendit que la paroisse ayant été supprimée et unie au chapitre par la bulle même d’érection de l'évêché, le prélat (Mgr de Laval) ne pouvait, sans le consentement du Pape, détruire son ouvrage contre les dispositions d'une bulle sur laquelle était fondée sa propre autorité ; que la démission n'ayant pas été légitimement acceptée, ni l'union régulièrement faite, le chapitre rentrait dans son droit primitif. Ge procès fut assoupi ; le sujet proposé par le séminaire (M. Boullard) étant agréable à tout le monde, le chapitre lui fit titre de son côté, aussi bien que le séminaire ; et pour contenter les deux patrons, on prit possession en vertu des deux titres, sans préjudice des droits respectifs. A la mort de M. Boullard, curé, M. Dosquet, évêque. s’opposa à la nomination du séminaire ; il prétendit que lunioc élant nulle par Les mêmes raisons qu'avait autrefois opposées

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