‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 132 · ER · texte numérisé non relu

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D’Esglis, qui venait d’apparaître au monde, appartenait donc à la plus haute aristocratie. Il fut baptisé, le lendemain de sa naissance, par le chanoine Pocquet, et eut pour parrain le marquis de Vaudreuil, gouverneur général, pour marraine, dame Louise Chartier, femme de Louis Denis, écuyer, sieur de la Ronde. L'une de ses sœurs se maria à M. de Brouage, l’autre devint religieuse Ursuline. Comme ses parents étaient moins favorisés du côté de la fortune que de celui de la naissance, cette vertueuse enfant s’en alla de porte en porte solliciter des aumônes pour payer une dot qu’elle n’aurait pas voulu demander à son père, et, après avoir fait l’admiration du monde, elle fit l'édification du cloître jusqu’à la fin de sa carrière.

Le jeune D’Esglis entra, Le 15 octobre 1721, au Séminaire de Québec, où il fit toutes ses études classiques et théologiques. Le 18 septembre 1734, Mgr Dosquet lui conféra l’ordre de la prêtrise et le nomma de suite curé de Saint-Pierre dans l’Ile d'Orléans. Dans cette modeste cure, où il demeura toute sa vie, il pratiqua les vertus d’un bon ecclésiastique, et se dévoua avec zèle au service du petit troupeau qui lui avait été confié. « Entre les vertus vraiment sacerdotales qui ont brillé en lui, disent les Annales des Ursulines, on doit distinguer son désintéressement apostolique. Il a gouverné sa paroisse, sans jamais se plaindre de la médiocrité de son revenu, ayant même refusé la paroisse la plus lucrative du Canada. Son attrait le portait à soulager les pauvres, à consoler les malades, et à entretenir la paix et les bonnes mœurs parmi ses paroissiens. »

L'abbé D’Esglis remplissait ainsi, depuis trente-cinq ans, les humbles mais sublimes fonctions d’un curé de campagne, quand, en 1770, on vint lui apprendre que le gouverneur le

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proposait à l'évêque pour en faire son coadjuteur. Grande dut être la surprise de cet humble prêtre, qui n’avait jamais eu d'autre ambition que de vivre et de mourir dans sa petite paroisse. Mais quelques-uns de ses parents avaient d'autres vues que les siennes, et, profitant de la grande influence qu’ils exerçaient sur le gouvernement anglais, ils réuss'rent à le faire accepter par M. Carleton. Ce dernier faisait attendre, depuis quatre ans déjà, la permission que Mgr Briand lui demandait de se choisir un coadjuteur, quand, au moment de partir pour Londres, il vint de lui-même trouver l’évêque et lui offrir M. l'abbé D’Esglis. Le sage prélat se garda bien de faire des objections, d'autant plus que le candidat était un des membres les plus dignes du clergé de Québec.

Il était, il est vrai, plus âgé que l’évêque, et se distinguait rlus par ses vertus modestes que par des talents brillants, mais il ne devait être, pour ainsi dire, que le dépositaire de l'épiscopat, et on prévoyait bien qu’il ne serait guère longtemps à la tête du diocèse de Québec. Quoiqu'il en soit, Mgr Briand écrivit de suite à MM. de Villars et de La Corne, ses vicaires généraux, qui résidaient à Paris, pour les mettre en rapport avec le nonce du Pape, et obtenir au plus tôt par leur moyen les bulles tant désirées. D'un autre côté, il faisait solliciter à Londres la reconnaissance de M. D’Esglis pour son coadjuteur. Toutes ces démarches prenaient bien du temps, et l’on demandait que Mgr Briand consacrât l'abbé D’Esglis avant la réception des bulles, Les parents surtout faisaient grand bruit (a) et voulaient hâter la conclusion de cette heureuse affaire. Mieux instruit des règles

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(a) Lettre de Mgr Briand à M. de Villars.

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