CHAPITRE IV
Arrivée des prêtres français chassés par la révolution française. — Mémoire de Mgr Hubert au Saint-Siège. — Jésuites. — Récollets. — Lettre aux communautés religieuses. — Visite pastorale à la Baie des Chaleurs. — Maladie et démission de Mgr Hubert. — Sa mort.
Pendant que le Canada jouissait d’une paix profonde, sous le gouvernement de J4 Grande-Bretagne, l’ancienne mèrepatrie était en proie aux horreurs de la révolution. Une masse d’émigrés échappés à la guillotine allaient aborder sur les rivages d'Angleterre, et, parmi eux, se trouvaient plusieurs prêtres, qui ne tardèrent pas à conquérir les sympathies des Anglais. Ceux-ci se montrèrent bientôt à leur égard d’une générosité qui leur acquit à juste titre l’admiration du monde entier et qui attira de suite l’attention de l’évêque de Québec.
Mgr Hubert comprit qu’il fallait profiter des bonnes dispositions que manifestaient envers les prêtres français les habitants de la métropole, et il se hâta d'écrire à Londres pour demander l'autorisation, que l’on sollicitait en vain depuis trente ans, de faire venir quelques-uns de ces vertueux ecclésiastiques. Il présenta aussi à ce sujet un important mémoire au gouverneur, et paya généreusement de ses propres deniers, pour secourir ces malheureux si dignes de la pitié des Canadiens, et pour enrichir en même temps son église des précieuses dépouilles de celle de France. Ses vœux furent exaucés.
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Trente-quatre prêtres français vinrent ainsi en Canada, pendant son aëministration, et rendirent au diocèse les services inappréciables de leur zèle et de leur science ecclésiastique. Quelle bonne fortune pour le Séminaire de Saint- Sulpice de Montréal, qui ne pouvait plus se recruter, pour quelques communautés de religieuses que l’évêque pouvait difficilement pourvoir de chapelain, et surtout pour les pauvres Acadiens qui demandaient en vain des missionnaires, et à qui l’évêque put envoyer des apôlres comme les abbés Allain, Lejantel, Lefaibre, Orfroy, Castanet, Sigogne, Desjardins, Ciquart et de Calonne !
«On peut imaginer, dit l’abbé Casgrain, (a) quel essor donnèrent à ces missions ces hommes instruits, la plupart même savants, accomplis de toute manière, éprouvés par les persécutions, et exerçant leur zèle ardent sur un peuple simple, avide de leur parole et ouvert au sentiment religieux. C'est à ces confesseurs de la foi que la race acadienne doit son organisation : ce sont eux qui ont été les vrais fondateurs de sa nationalité.»
Mgr Hubert qui adressa au Saint-Père, en 1794, un long et intéressant rapport sur son diocèse, ne manqua pas de lui faire part de sa joie et de lui dire quels services immenses allaient rendre à l’église du Canada les victimes infortunées de la révolution française. « Au moyen de ce renfort, dit-il, le clergé du Canada est maintenant composé de cent soixante prêtres, dont neuf dans la Nouvelle-Écosse et lieux d’alentour, sous la conduite d’un supérieur établi en 4787, quatre dans le Haut-Canada, dont l’un est grand-vicaire de l’évêque...
(a) Un pèlerinage au pays d’Évangéline.
Depuis 1793, tout prêtre français muni d’un passeport d’un secrétaire d’État du roi, est reçu à Québec, sans la moindre difficulté... le Canada a le double avantage de donner asiie à des malheureux et de se procurer des sujets éprouvés par la persécution... Le diocèse comprend environ cent soixante mille catholiques, tant Européens que Canadienset Sauvages. Ïl n’y a pas cing catholiques qui soient devenus protestants depuis la conquête... .… dans le même espace de temps, deux à trois cents protestants ont abjuré leurs erreurs et sont entrés dans le sein de l’Église. On estime le nombre des protestants établis en Canada à environ vingt mille âmes, dont dix mille dans le Haut-Canada. »
Les prêtres français arrivaient en Canda au moment où les deux ordres religieux qui existaient dans le pays, allaient complètement disparaître. Le père Cazot, frère lai que l’évêque avait ordonné afin de perpétuer son ordre aussi longtemps que possible, était, en 1794, le seul représentant de la Compagnie de Jésus. Après la mort du Père Well, arrivée à Montréal en 1791, le gouvernement s’empara définitivement de la maison que les Révérends Pères possédaient dans cette ville, et il ne resta plus à la communauté que l'appartement réservé au Père Cazot dans l’ancien collège de Québec. Les Récollets étaient divisés en deux petites bandes composées de quatre prêtres et de quelques frères lais ; l’une occupait le couvent de Québec, l’autre celui de Montréal. Mas l'incendie de leur église et de leur hospice, en 1796, à Québec, mit fin à l'existence de cet ordre religieux. Autorisé à cette fin par un indult du Souverain Pontife, Mgr Hubert permit aux derniers survivants de demeurer dans le siècle, et les dispensa des observances conventuelles,
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excepté pour ceux qui désireraient rester dans la maison de Montréal.
« Ainsi se trouva dispersée cette ancienne famille monastique après un séjour de cent quarante ans à Québec.
Quelques frères Récollets usèrent de la permission qui leur était accordée de vivre en dedans de leur communauté, et fournirent encore une très longue carrière, Ainsi nous voyons que le Frère Paul ne mourut qu’en novembre 1848, à l’'Hôpital-Général de Montréal... Le Frère Marc, qui résidait à Saint-Thomas de Montmagny, le suivit dans la tombe, en mars 1849 ; il fut le dernier représentant de son ordre au Canada. » (a)
Le Frère Louis mourut à Québec, le 9 août 1848, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, au grand regret de tous les citoyens qui véuéraient ce digne religieux, connu et aimé de tous, et il fut inhumé avec honneur et solennité dans le sanctuaire de l’église de Saint-Roch.
Mgr Hubert, entoura de sa sollicitude pastorale les débris sacrés des ordres religieux qui avaient rendu de si importants services à son église ; son dévouement se manifesta également pour toutes les communautés de religieuses de son diocèse ; il les regardait comme une des principales portions de son troupeau ; et, le 27 février 1789, il leur adressa une lettre vraiment remarquable, dont on fait encore chaque année lecture publique et solennelle dans plusieurs monastères. (b)
L'une de ces communautés eut souvent l’honneur de posséder le pieux prélat, qui revenait presque toujours malade
(a) Les Récollets à Québec. L'abeille du 24 février 1881. (b) Ursulines, Hôpital-Général, etc.
de ses visites pastorales, et qui allait chercher du repos et des soins à l’Hôpital-Général En 1795, il se rendit jusque dans la Baie des Chaleurs pour y donner la Confirmation, et fit au retour cent cinquante lieues par terre, le plus souvent à pied. Il était accompagné de M. Philippe-J.-L. Desjardins, son vicaire général, et de deux autres prêtres français émigrés, tous deux destinés à rester dans cette mission lointaine ; l’un était M. Castanet, l’autre, M. Louis-Joseph Des. jardins, frère du premier. Revenu seulement à la fin d'octobre, le prélat était brisé de fatigue et de fièvre, et il ne put, l’année suivante, se rendre à Halifax, comme il avait décidé de le faire. Bien convaincu qu’il ne pouvait continuer d’administrer son diocèse, il résigna son siège en faveur de son digne coadjuteur, Mgr Denaut, le 1er de septembre 1797. Après la prise de possession de ce dernier, le 4 du même mois, Mgr Hubert demanda et obtint la cure du Château- Richer, où il se rendit, le 20 de septembre, avec M. Raimbault, chapelain des Ursulines, qui devait lui servir de vicaire. Il espérait que l’air de la campagne lui rendrait assez de forces pour lui permettre de travailler encore à la vigne du Seigneur; mais à peine y eut-il passé quinze jours, que le pauvre évêque se sentant plus mal, se fit transporter pour la dernière fois à l’Hôpital-Général. C’est là qu'il mourut, le 17 octobre suivant, à l’âge de cinquante-huit ans et huit mois, après trente-et-un ans de prêtrise et douze d’épiscopat. Il fut inhumé dans la cathédrale avec toute la solennité possible. Ce fut, comme nous l’avons déjà dit, M. le grand vicaire Desjardins qui fit l’oraison funèbre du prélat. Il termina en parlant des vertus qu'avait pratiquées celui dont il faisait l'éloge : « Il fut humble, si l’on peut
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Mgr Hubert avait consacré trois évêques (b), ordonné cinquante-trois prêtres et confirmé plus de quarante-cinq mille personnes.
(a) Cet éloge ne ressemble pas beaucoup au jugement que porte sur Mgr Hubert, l’abbé Brasseur de Bourbourg dans son Histoire du Canada. Ce calomniateur de presque tous les évêques de (Juébec s’acharne particulièrement contre ce prélat : il en fait un homme incapable, faible, réduit dans les derniers temps de son épiscopat à une espèce d’enfance morale ; enfin il dit que, pour échapper à la conscience de ses fautes et de son chagrin, le malheureux évêque avait contracté insensiblement l’habitude abrutissante des liqueurs spiritueuses. En portant une accusation si grave, M. l’abbé Brasseur cherche-t-il au moins à l’étayer de preuves authentiques et indiscutables ?— Il n'offre pour toute garantie de vérité que l'affirmation d’un officier sans nom, anglais, contempteur de notre nationalité et de notre foi. (Hist. du Canada, 2e vol. page 97.) L’historien qui se respecte ne souille pas ainsi le nom d’un dignitaire de l’Église avec les ordures du corps de garde.
Mgr Hubert était un homme de talents remarquables, un orateur distingué et un vertueux ecclésiastique. 11 ne commit aucune faute qui pât le porter à noyer son chagrin dans l’ivrognerie. M. Jérôme Demers, supérieur du Séminaire de Québec, entrait dans une indignation extraordinaire quand on parlait devant lui de l’acousation portée contre un prélat qu’il avait si bien connu, demeurant dans la même maison que lui. L'abbé Brasseur est aussi véridique en cela que lorsqu'il affirme que Mgr Hubert fut imposé au clergé de Québec par le gouvernement anglais. Nous avons établi précisément le contraire et d’une moenière irréfutable.
Un autre brusseur d’histoire (M. Ferland appelait ainsi Brasseur üe Bourbourg), est actuellement à l’œuvre pour calomnier à son tour les évêques qui sont à la tête de notre province ecclésiastique de Québec. Mgr Fèvre, continuateur du plus en plus regretté Darras, a écrit dans l’Histoire de l’Église des pages qui ne seraient pas indignes &e Brasseur de Bourbourg et demanderaient une rétractation que nous osons attendre et qui ne serait pas la première !
(b) Mgr Bailly, Mgr Denaut et Mgr O’Donnell, vicaire-apostolique de Terre- Neuve,
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