‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 69 sur 132 · À LA TRÈS EXCELLENTE MAJESTÉ DU ROI · texte numérisé non relu

À LA TRÈS EXCELLENTE MAJESTÉ DU ROI

« L'humble Requête de Pierre Denaut, Évêque de l'Église Catholique Romaine, lequel prend la liberté de s'approcher du Trône de Votre Majesté, pour lui remontrer très respectueusement :

« Que la religion catholique romaine ayant été introduite en Canada avec ses premiers colons, sous l’ancien gouvernement de France, l'Évêché de Québec fut érigé en mil six cent soixante-quatorze, et a été successivement rempli par des Évêques, dont le sixième est mort en mil sept cent soixante, époque de la conquête de ce pays par les armes de Votre Majesté ;

« Que depuis cette date, les catholiques qui forment plus des dix-neuf vingtièmes de la population de votre Province du Bas-Canada, ont continué, par la bonté de Votre Majesté, d’avoir des Évêques, lesquels, après le serment d'allégeance prêté entre les mains des représentants de Votre Majesté en conseil, ont toujours exercé leurs fonctions avec la permis. sion de Votre Majesté, et sous la protection des différents gouverneurs qu'il a plu à Votre Majesté d'établir pour l'administration de cette Province ; et que votre Suppliant est le quatrième Évêque qui conduit cette Église, depuis que le Canada est heureusement passé à la couronne de la Grande-Bretagne ;

« Que l’extension prodigieuse de cette Province et l’accroissement rapide de sa population exigent plus que jamais que l’Évêque catholique soit revêtu de tels droits et dignités que Votre Majesté trouvera convenables, pour conduire et contenir le clergé et le peuple, et pour imprimer plus forte.

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ment dans les esprits ces principes d’attachement et de loyauté envers leur Souverain, et d’obéissance aux lois, dont les Évêques de ce pays ont constamment et hautement fait profession.

y Que cependant, ni votre Suppliant, qui conduit depuis huit ans cette Église, nises prédécesseurs depuis la conquête, ni les Curés des Paroiïsses, n’ont eu de la part de Votre Majesté cette autorisation spéciale dont ils ont souvent senti le besoin, pour prévenir les doutes qui pourraient s'élever dans les cours de justice touchant l’exercice de leurs fonctions civiles.

« Ce considéré, qu’il plaise à Votre Majesté de permettre que voire Sunpliant approche de Votre Majesté, et la prie très humblement de donner tels orûres et instructions que, dans sa sagesse royale, elle estimera nécessaires, pour que votre Suppliant et ses successeurssoient civilement reconnus comme Évêques de l’Église catholique romaine de Québec, et jouissent de tels prérogatives, droits et émoluments temporels que Votre Majesté voudra gracieusement attacher à cette dignité.

« Pour plus amples détails, votre Suppliant prie Votre Majesté de s’en rapporter aux informations que Son Excellence Sir Robert Shore Milnes, Baronet, le Lieutenant- Gouverneur de Votre Majesté en cette Province, veut bien se charger de donner à Votre Majesté.

« Et votre Suppliant continuera d'adresser au Giel Les vœux les plus ardents pour la prospérité de Votre Très Gracieuse Majesté, de son auguste Famille et de son Empire.

« Pierre Denaur, Évêque de l’église catholique

: romaine, en Canada. »

« Québec, 18 juillet 1805. »

Aucune réponse ne fut faite à cette requête présentée à Sa Majesté. Les choses en restèrent là jusqu’en 1811, où les mêmes questions furent de nouveau mises sur le tapis; enfin, en 1813,la cour de Londres reconnut pour la première fois que l'évêque de Québec était réellement l’évéque catho. lique de Québec et qu’il devait être traité comme tel. Mgr Denaut ne vit pas cet heureux événement, car il était depuis longtemps parti pour un monde meilleur ; mais il serait injuste d’omettre que, si l’église du Canada dut surtout à son illustre successeur la liberté civile qui lui fut accordée, Mgr Denaut peut réclamer sa part dans cet acte de réparation tardive de la part de la métropole. Par sa fidélité à l'Angleterre, par sa courtoisie envers le représentant de Pautorité civile, par sa fermeté à ne pas céder les droits de l'évêque, il contribua pour beaucoup à faire respecter l’autorité ecclésiastique dans la colonie, et prépara les voies à une liberté plus complète et à des jours plus heureux pour l’église äe Québec.

Mgr Denaut visita pour la dernière fois sa ville épiscopale, dans l'été de 1805, et il officia à la cathédrale le jour de

l’'Assomption de la sainte Vierge. Il y venait presque toujours au commencement de chaque année et ne manquait pas d’aller dans les communautés religieuses. « On l’accueillait partout, dit l’annaliste des Ursulines de Québec, avec toute la joie que produit la présence d’un prélat qui est uni-

versellement aimé de tous ses diocésains ... ........ »

Sa générosité, son affabilité et sa douceur était connues dans toutes les paroisses qui avaient été honorées et consolées par sa présence, Mais c’est surtout à Longueuil que sa mémoire sera en éternelle bénédiction. Quelques vieillards

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de cette paroisse vivent encore, pour témoigner de leur vénération et de leur amour envers ce bon évêque qui fut leur curé, ot quand iis parlent de lui, et rappellent toutes les bontés qu'il avait pour eux dans leur enfance, ils pleurent encore de joie. Chaque dimanche, après les vêpres, lorsque le temps le permettait, l'abbé Denaut montait à cheval et allait visiter tour à tour un rang de sa paroisse, arrêtant à la porte de chaque maison, et âisani un bon mot à chaque membre de la famille, Après seu 4'évatir» à l’épiscopat, on croyait que Sa Grandeur abandonnerait cite pratique touchante et paternelle. Mais l’évêque se rappela qu’il était encore curé, et qu’il devait visiter ses enfants comme par le passé ; c’est ce qu'il fit jusqu’à la fin.

Ce digne pontife mourut dans sa chère paroisse de Longueuil, après quelques heures de maladie seulement, le 17 janvier 1806, à l’âge de 62 ans. Mgr Denaut avait consacré un évêque etordonné trente-sept prêtres. Mgr Plessis chanta son service, et M. le grand vicaire Roux, du Sérinaire de Montréal, prononça l’oraison funèbre. Le corps de Pillustre défunt fut trouvé en 1885, lorsque l’on creusa les fondations de l’église actuelle, Les traits de la figure étaient effacés, mais le corps était pétrifié. Ce dépôt précieux fut replacé dans la magnifique église de Longueuil, dans l'automne de

MGr PLESSIS

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