CHAPITRE III
Le choléra de 1832.—Mgr Panet confie l'administration de son diocèse à Mgr
Signay.—Il se retire à l’Hôtel-Dieu.—Sa dernière maladie.—Sa mort.
Dans la dernière année de son administration, Mgr Panet vit fondre sur son diocèse le plus terrible fléau dont l’histoire du Canada ait gardé le souvenir : le choléra de 1832 ! A Québec et à Montréal, près de quatre mille personnes périrent dans l’espace de cinq semaines ! L’évêque, partageant les douleurs de son peuple, lui fit entendre la voix consolante de la religion, l’invita à la prière, et distribua, suivant sa coutume, d’abondantes aumônes pour le soulagement des plus délaissés. Ce qui consola son cœur paternel, ce fut la foi des fidèles et le dévouement héroïque de ses prêtres. Pas un ne recula devant le danger, et par une permission admirable de la divine Providence, pas un ne devint victime de l'épidémie, ce qui fut regardé comme un véritable miracle,
«On les voyait jour et nuit en surplis et la boîte aux saintes huiles à la main, écrivait une religieuse de l'Hôpital- Général. La consternation du peuple a opéré un bien immense pour le salut des âmes ; un grand nombre de pro-
testants ont abjuré leurs erreurs et embrassé notre sainte religion ; et un grand nombre de catholiques, qui s'étaient malheureusement négligés, se sont réformés. »
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Le froid du mois d'octobre vint heureusement chasser le fléau dévastateur et rendre la tranquillité aux habitants des villes, qui vivaient dans de continuelles alarmes.
Le 13 du même mois, Mgr Panet parve’ à l’âge de 79 aus, abandonna l'administration de son diocese, pour ne plus songer qu'à se préparer à la mort, « Notre âge avancé, dit-il dans le mandement qu'il adressa aux fidèles, el les intirmités que nous ressentonis depuis quelque temps, ne nous permettant plus de porter aux affaires de notre diocèse toute l'attention que requiert leur importance, nous vous informous, Nos irès Chers Frères, que nous en avons confié l'administration à Mgr Joseph Signay, évêque de Fussala, que la divine Providence nous à donné pour coadjuteur.
«Près d'aller rendre compte à Dieu du ministère redoutable que nous avons exercé, nous attendons de vous, Nos Très Chers Frères, que vous adresserez vos prières au ciel en notre faveur. De notre côté, toujours rempli de la plus sincère aflection pour vous, et de la plus vive sollicitude pour votre bonneur, nous ne cesserons de prier le Seigneur qu'il fasse régner parmi vous la paix, l'union, la charité, et toutes les autres vertus qui caractérisent les vrais disciples de Jésus Christ.»
C’est ainsi que, jusqu’à la fin de sa vie, se manifestait cet esprit de sagesse et de prudence que l’on admirait dans toutes les œuvres de ce digne ministre 15 Jésus-Christ. Retiré à l'Hôtel-Dieu, le 14 novembre 1832, il continua d’y pratiquer toutes les vertus ecclésiastiques qui avaient fait l’ornement de sa carrière, célébrant la sainte messe avec un redoublement de ferveur, et se préparant tous les jours à paraitre
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devant le juge des pasteurs et des brebis. Il fut le premier à voir l'approche de la mort et demanda avec empressement les secours de l'Église: «Qu'on m'administre sans délai le sacrement des malades, dit-il; que je ne sois point privé d’une grâce que j'ai dispensée à tant de milliers d’autres »
L’auguste vieillard mourut plein de résignation et d’espérauce, le 14 février 1833, à l’âge de 80 ans, après cinquantecinq années de prêtrise et vingt-six d’épiscopat,
Un évèque avait été sacré par lui ct soixante-trois prêtres lui devaient l’ordination sacerdotale.
Mgr Signay chanta le service de l’illustre défunt dans la cathédrale, le 18 du même mois de février, en présence de lord Aylmer, gouverneur général de la province, accompagné de ses officiers et d’un concours immense de citoyens de toute classe et de toute croyance. M. Holmes prononça l’oraison funèbre.
Mgr Panet avait la réputation d’un saint, Avec ses talents modestes, son rare bon sens, sa piété et son zèle ecclésiastique, il est demeuré l’une des plus belles et des plus douces figures de notre clergé canadien.
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