‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 88 sur 132 · ES · texte numérisé non relu

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Jes « Rapports sur les Missions du Canada, » publication qui dura jusqu’en 1874 inclusivement. Les vingt-et-un numéros qui la composent forment un ouvrage de grande valeur, qui est aujourd’hui d'autant plus apprécié qu’il commençe à se faire rare. En mettant à six mille piastres la moyenne des contributions annuelles fournies par ie diocèse de Québec, ce qui n’est pas exagéré, on arrive à la somme de trois cent douze mille piastres que la société de la Propagation de la Foi a collectée et distribuée jusqu'aujourd’hui, pour le soutien des missions les plus pauvres du Canada.

C'était une des œuvres de prédilection de Mgr Signay. et, tous les ans, par une circulaire, il ranimait le zèle des curés et des amis de lassociation. En 1843, cette société fut affiliée à celle de Lyon, et l’union dura jusqu’en 1876, époque où la Propagation de la Foi au Canada recouvra son indépendance, pour continuer de fonctionner avec le même but et les mêmes privilèges que dans les premières années de son existence.

L’attention de tous les hommes sérieux se portait à cette époque sur une autre œuvre bien importante aussi pour l'avenir de la race française et pour la conservation du catholicisme au Canada.

Déjà un grand nombre de jeunes gens, ne trouvant pas dans leur paroisse des terres fertiles à cultiver, quittaient le pays, p ur aller demander aux États voisins une aisance que le Canada ne semblait pas pouvoir leur procurer. Les vieilles paroisses avaient un surplus de population qui venait se réfugier dans les villes pour y augmenter la pauvreté et la misère. Il fallait un remède. Des sociétés de colonisation s'élablirent, en 1848, à Montréal et à Québec et s’occupèrent

avec zèle de retenir les jeunes canadiens et de les diriger vers la colonisation des townships. Mgr Signay nomma son coadjuteur président de l’association de ce genre qui fut fondée à Québec, et s’intéressa jusqu’à la fin de sa vie à ses travaux et à ses succès.

Alors comme aujourd’hui, l’intempérance était l’une des causes de l’appauvrissement d’un grand nombre de paroisses. Nos pères étaient de grands buveurs ; les boissons enivrantes encombraient les tables à chaque noce qu’il y avait dans une paroisse, et pendant des huit jours, l’on fêtait à qui mieux mieux et l’on buvait des quantités énormes de rhum ou de whiskey. Le jour de l’an, les carafes restaient en permanence sur les tables, pendant tout le temps des visites; et jusqu’au carême, c’étaient des repas, des veillées, et des fêtes continuelles. «Des habitants que j'ai bien connus, dit M. le grand vicaire Mailloux, s’associaient par de:x ou trois pour faire venir une tonne de rhum. Plusieurs habitants faisaient venir une tonne pour leur usage personnel et celui des habitués de la maison. »

Il était temps que ies pasteurs de l’église fissent entendre leur voix pour arrêter un vice qui devenait de plus en plus général. M. P. Beaumont, curé de Saint-Jean-Chrysostôme, et M. C. Chiniquy, curé de Beauport, furent les premiers qui établirent des sociétés de tempérance dans leurs paroisses ; mais ce fut M. Quertier qui, par la fondation de la Société de la Croix à Saint-Denis, le 1er décembre 1843, introduisit la tempérance totale et lui donna un symbole qui allait la faire accepter par tous les Canadiens, pour qui la croix est en si grande vénération. Ajoutons qu’il fut un prédicateur d’une éloquence remarquable. Lui et M. Mailloux prêchèrent la

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tempérance avec un zèle vraiment apostolique, et, secondés par tous les curés, ils obtinrent des effets merveilleux. «Pas un seul curé, dit M. le grand vicaire Mailloux, qui n'ait fait des prodiges pour soutenir la société de tempérance dans sa paroisse.» Partout l’on demandait la croix, qui allait prendre une place d'honneur dans presque toutes les maisons et qui, pendant de longues années, conserva la tempérance, et le bonheur qui en est la suite, dans les familles canadiennes.

On comprend que l’évêque de Québec ne pouvait rester étranger à cet heureux mouvement qui s’opérait dans son diocèse. Dès le 12 février 1842, il fit un mandement pour exhorter tous les fidèles à faire partie des sociétés de tempérance et pour les inviter à remercier Dieu des fruits de salut qu’elles avaient déjà produits.

« Nous vous avons signalé, dit le préiat, comme un motif d'actions de grâces, l'établissement des sociétés de tempérance dans un grand nombre de paroisses. Quand nous entreprendrions de faire l’éloge de ces sociétés, nous ne dirions rien qui ne soit connu de tous nos diocésains. Tous ne savent-ils pas, en effet, de quelle manière ces sociétés délivrent l'humanité ; à combien de désordres elles mettent un terme ?.........

« Contemplons ces demeures où régnait ci-devant la détresse, et qu'aujourd'hui l’on voit non seulement pourvues des choses nécessaires, mais annoncer de plus un degré d’aisance que savent apprécier les âmes qui ont eu le courage de rompre avec de vieilles habitudes, pour s’enrôler sous l’étendard de la tempérance. A la vue d’un changement si propre à réjouir des cœurs chrétiens, adorons la main toutepuissante qui l’a produit ; car n’en doutons point, Nos Très

Chers Frères, c’est la main de Dieu, c’est cette main seule qui l’a opéré : Hæc muiatio dexteræ excelsin (Ps. 76. 11.)

Le passage suivant du même mandement indique que, dès cette époque, certains esprits exagérés poussaient un peu loin leur zèle contre l'usage des boissons enivrantes, jusqu’à laisser croire qu’il y avait péché à prendre un peu de boisson. L'évêque s’efforçga de mettre les fidèles en garde contre les exagérations et leur donna la véritable doctrine de l’Église.

« Ce n’est point encore assez, dit-il, que nous vous ayons fait l’éloge des associations de tempérance, nous devons vous exhorter à y prendre part. Nous ne prétendons pas vous faire entendre que ce soit pour vous une obligation de conscience que de vous y agréger : ce serait vous faire la morale chrétienne plus sévère qu’elle ne l’est ; nous ne voulons pas non plus que vous compreniez que l'usage quelconque des boissons enivrantes soit un crime ; Car si cet usage est renfermé dans de justes bornes, l’évangile ne le condamne pas. Mais nous devons vous prémunir (et il est de notre devoir que nous le fassions) contre cette erreur dans laquelle tombent un grand nombre de personnes qui, pour satisfaire sans remords leurs appétits sensuels, vont jusqu’à se persuader qu’elles peuvent, en toute sûreté de conscience, se permettre l’usage immodéré des liqueurs enivrantes, pourvu qu’elles ne perdent pas tout-à-fait celui de la raison. »

L'établissement de la tempérance coïncida avec celui des retraites paroissiales, qui furent inaugurées avec un immense succès par l’illustre évêque de Nancy, Mgr de Forbin-Janson. Obligé de quitter son diocèse après la révolution de 1830, ce prélas s'éloigna de la France, et, en 1840, il vint en Canada où il prêcha de nombreuses missions dans les diocèses de

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Québec et de Montréal, laissant partout ur. souvenir ineffaçable de son éloquence apostolique. D’autres orateurs sacrés marchèrent bientôt sur ses traces, et l’œuvre des retraites amena les plus heureux changements dans les mœurs de la population canadienne La foi, qui avait toujours été vivace, devint plus pratique, les églises furent plus fréquentées, les sacrements reçus avec plus de ferveur et moins de crainte. Mgr Signay invita tous ses diocésains à remercier Dieu par de solennelles actions de grâces pour le bienfait inestimable des retraites qui avaient été prêchées et il donna de sages règlements pour qu’à l’avenir elles pussent continuer à attirer sur le diocèse les mêmes bénédictions de la part de Dieu.

Après avoir prêché des retraites dans un grand nombre de paroisses, Mgr de Nancy se rendit à New-York, pour revenir encore visiter et prècher le peuple canadien, si docile et si empressé à écouter la parole de Dieu. C'est de cette ville, qu’il écrivait à Mgr Signay, le 10 mai 1841 :

« Non certes, je n’ai point oublié nos chers Canadiens qux cœurs d’or et aux clochers d'argent !.....… mes pauvres riches compatriotes de ce pays me font des reproches tout contraires...... je suis trop canadien pour c"x! n'importe ! que la vérité les offense, si malheureusement la comparaison sait les humilier, la vérité n’en sortira pas moins de ma bouche, et je le répèterai à New-York, comme à Paris, comme à Rome : je ne pense pas qu’il y ait sur la terre une autre population catholique aussi nombreuse. où la foi soit aussi vive et pure que dans notre Canada, et où l’on mette en pratique des vertus aussi vraiment chrétiennes ! Dixi. Et j'ajoute qu'interrogé, il y a deux jours encore, lequel, de

tous les pays du monde que j’avais parcourus, je trouvais préférable, et où j’umerais mieux vivre, et où j'avais été le plus heureux, j'ai répondu sur-le-champ : le Canada ; parce que je crois que c’est là que Jésus-Christ, mon maître, est le mieux aimé et le mieux servi.

«Je vous laisse à juger maintenant, cher Seigneur, le grand mérite que j'aurai à revenir visiter ces frères bienaimés, au salut desquels vous avez voulu me faire participer en quelque chose, et dont la prière reconnaissante viendra me visiter et me soulager à son tour, lorsqu’enfin jeté, par grande grâce et miséricorde, dans les flammes du purgatoire, j'y commencerai les terribles expiations du chrétien, du prêtre et de l’évêque ! »

Le 8 septembre de la même année, Mgr de Forbin-Janson prêche à Québec la première grande retraite ecclésiastique qui eût été faite depuis la conquête. Bien des causes avaient retardé le rétablissement de ces pieux exercices désirés depuis longtemps, par les évêques et le clergé ; ce fut la gloire comme le bonheur de Mgr Signay d’en procurer le retour et de les confier à un prédicateur aussi distingué que l’évêque de Nancy. En tête des noms des retraitants, que nous avons sous les yeux, figurent ceux de l’évêque de Québec et de son coadjuteur ; viennent ensuite les quatre vicaires généraux MM. Maguire, Cooke, Chauvin et Mailloux et quatre-vingtseize prêtres. (a) Depuis cette époque mémorable, à moins de circonstances extraordinaires et très rares, le clergé de Québec se recueille tous les ans dans la solitude, pour mé-

(a) Des cent-deux retraitants qui suivirent les exercices de cette lère retraite, tous sont morts à l'exception de cinq ; ce sont : Mgr Poiré, M, le chanoine L. E. Bois, MM. Aug. Beaudry, Jean Naud et Chs Chiniquy.

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diter sur les obligations de son état et pour rallumer en lui le feu sacré qu’il doit communiquer ensuite aux âmes commises à sa charge.

Au Canada, comme du reste dans tous les pays catholiques, on savait que les ordres religieux sont des auxiliaires infiuiment utiles, sinon nécessaires, au clergé séculier, et Mgr Signay n'avait rien plus à cœur que de s'assurer les services des Oblats et des Jésuites déjà arrivés dans le diocèse de Montréal. Les premiers vinrent à Québec en 1854, et l’évêque confia à leur zèle la vaste mission du Saguenay ; ils étaient chargés des Canadiens établis le long de ce fleuve, et de plus des missions montagnaises du lac Saint-Jean, de Chicoutimi et de Tadoussac jusqu’à la côte du Labrador, ainsi que des missions des Têtes-de-Boule sur le Saint-Maurice, «Les Jésuites, dit l'abbé Ferland, rentraient dans leur patrie ; leurs pieds foulaient partout le sol qui avait été si fructueusement arrosé des sueurs et du sang de leurs prédécesseurs ; partout ils rencontraient des monuments et des lieux qui leur rappelaient l’héroïsme chrétien des Jogues, des Brebeuf, des Lallemant, des Bressani ; dans la mémoire du peupleils retrouvaient tout vivant le souvenir des vertus d'un Glapion, d’un Casot, d’un Labrosse, » Les Jésuites vinrent à Québec en 1849, et furent chargés spécialement de desservir la chapelle de la Congrégation de la sainte Vierge.

Deux ans auparavant, le clergé catholique des diocèses de Québec et de Montréal avait présenté une requête au gouverneur lord Elgin, pour réclamer en faveur de l’église catholique du Bas Canada, les biens qui avaient appartenu aux Révérends Pères Jésuites. Mais Son Excellence fit répondre que la législature avait formellement approprié

les revenus de ces biens aux fins de l’éducation, et qu’elle ne croyait pas expédient qu'ils fussent remis entre les mains du clergé de l’Église de Rome. (a)

Mgr Signay, on l’a déjà vu, s'intéressait à l’instruction de la jeunesse, et il excellait lui-même à instruire les enfants, de leurs devoirs religieux. Aussi s'occupa-t-il, pendant toute son administration, de l’importante question des écoles et encouragea-t-il par tous les moyens les maisons de haute éducation. En 1836, comme la législature avait décidé de ne point appliquer les fonds publics au soutien des nombreuses écoles établies dans les paroisses du diocèse, le prélat se hâta d'écrire aux curés, pour autoriser les fabriques à appliquer à cette fin le quart de leur revenu annuel, comme la loi le permettait encore ; et il ajoutait : « Je me flatte que vous ne manquerez pas de faire sentir à ceux qui ont des enfants à envoyer aux écoles, l’espèce d'obligation où ils sont, de faire tous es sacrifices que leurs moyens pécuniaires pourront permettre pour seconder les effortsde votre fabrique...lJ’ai aussi la persuasion intime que, dans la circonstance actuelle, vous montrerez ces dispositions si dignes d’éloges, qui ont toujours distingué le clergé du pays, lorsqu'il s’est agi d'encourager l'éducation dans toutes les classes de la société. »

En 1841, le prélat invita tous les curés à favoriser l’opération de la loi récemment passée pour les écoles primaires, et à accepter la charge de commissaires d’écoles, si comme il n’en doutait pas, elle leur était offerte pas les paroissiens. Ce

(a) Cette question des biens des Jésuites est enfin réglée aujourd'hui. Le gouvernement donnera la somme de $400,000, qui sern partagée entre les évêques, les Jésuites et l’Université Laval. Le Saint-Siège a approuvé ce mode de compensation,

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fut avec une grande joie, qu’il vit arriver dans son diocèse les Frères des Écoles Chrétiennes, qui s'établirent à Québec en 1843, l’année suivante à Trois-Rivières, et en 1849 à Saint- Thomas. Mgr Signay était l’ami de tous les enfants. « Avec quel intérêt, dit M. Taschereau, (a) ne s'informait-il pas des progrès et des espérances que donnaient les élèves des maisons d'éducation! Quand il en rencontrait quelqu'un, il lui demandait son nom, son âge, sa classe, le nom de ses parents et de sa paroisse, et après cela, il lui donnait avec effusion de cœur un avis admirablement proportionné à ce qu’il venait d'apprendre... Visiter la plus modeste école, élait pour lui non-seulement une consolation, mais un devoir.» Il aimait à distribuer de sa main des récompenses aux plus méritants, et, chaque année, il dépensait des sommes considérables pour payer la pension d'élèves peu favorisés de la fortune. Le plus beau monument de son zèle pour l'éducation est le Séminaire de Nicolet : il travailla de concert avec Mgr Panet à sa construction, et, jusqu’au dernier moment de sa vie, Nicolet fut l’objet de ses attentions bienveillantes et de ses libéralités.

« Au seul nom chéri de Nicolet, dit l’orateur déjà cité, il me semble le voir tressaillir de joie au fond de son cercueil ; son cœur s’anime, sa main s'élève pour bénir encore cette maison qu'il appelait si justement la sienne. »

Mgr Signay reçut du gouvernement britannique, comme ses deux prédécesseurs, la gratification annuelle de mille louis sterling, accordée d’abord à Mgr Plessis, et il jouissait, de plus, de la même rente payée par la province pour le loyer du palais épiscopal.

(#) ‘ Oraison funèbre de Mgr Signay. *

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