‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 89 sur 132 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Érection du diocèse de Montréal.—Troubles de 1837 et 1838,—Union du Haut et du Bas-Canada.—Érection de la province ecclésiastique de Québec.—Construction du palais épiscopal.

Ce fut pendant l'administration de Mgr Signay,que le Saint- Siège érigea le diocèse de Montréal. Depuis longtemps déjà, lescatholiquesdece districtuésiraient avoirun évêque en titre, et il n'avait pas dépendu des évêques de Québec que leurs vœux ne fussent exaucés. Enfin, sur de nouvelles et pressantes supplications, le pape Grégoire X VI décréta l'érection du nouveau siège par une bulle du 13 mai 1836, et en nomma Mgr Lartigre le premier titulaire. Comme on devait s’y attendre, cet heureux événement fut l’occasion d’une réconciliation générale entre le prélat et tous les membres du clergé qui faisaient difficulté de reconnaître l’autorité contestée du suffragant auxiliaire.

Malheureusement Mgr Lartigue ne put jouir longtemps de cette paix religieuse, car les troubles de 1837 et de 1838 lui causèrent des chagrins plus cuisants que tous ceux qu'il avait éprouvés auparavant et remplirent son cœur des plus mortelles alarmes. Bien que l'insurrection eût le gistrict de Montréal pour théâtre, elle avait de nombreux partisans dans celui de Québec. Aussi Mgr Signay marcha:t-il sur les traces de son collègue et rappela-t-il, comme lui, à ses diocésains,

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MGR Siu{AY 571 les véritables principes sur la soumission qui est due par les sujets à l’autorité légitime du souverain.

« Que par des voies légales et constitutionnelles, dit le prélat, on cherehe à remédier aux abus dont =: croit avoir raison de se plaindre, c’est un droit que nous ne prétendons contester à personne ; mais que, pour y parvenir, l’on ait recours à l'insurrection, c’est employer un moyen, nous ne disons pas seulement inefficace, imprudent, funeste à ceux mêmes qui en font usage, mais encore criminel aux yeux de Dieu et de notre sainte religion ; c’est, sous prétexte d'éviter un mal, se jeter dans un abîme de maux irréparables : et l'expérience de tous les siècles démontre que nous n’avançons rien ici qui ne soit conforme à la plus exacte vérité. »

Dieu exauça les prières publiques qui montèrent vers lui de toutes ies églises des diocèses de Québec et de Montréal, et cette rébellion qui vit tant d’héroïsme et tant d’expiations cruelles, fit bientôt place à une paix profonde et à un accroissement de liberté auquel elle n’était pas complètement étrangère. La divine Providence, qui avait su tirer profit pour son église du Canada des ‘guerres de 1775 et de 1812, se servit

aussi des troubles de 1837 pour inspirer au gouvernement anglais un plus grand respect pour ce petit peuple qui savait souffrir, mais aussi qui savait combattre et verser son sang pour son pays.

Il est vrai qu’en accordant le gouvernement responsable, l'Angleterre décrétait en même temps l'acte d'Union du Haut et du Bas Canada pour abaisser la race française et la placer dans une infériorité politique vis-à-vis de l’autre population. Mais si les Canadiens furent unis forcément aux Anglais du Haut-Canada, ils s’unirent surtout entre eux et contraignirent

bientôt leurs adversaires à leur rendre justice et à les regarder comme des frères. La métropole, de son côté, reconnut leur mérite et leur loyauté et rappela les clauses vexatoires de l'acte d'union.

On conçoit les craintes légitimes que ce projet avait inspirées aux autorités religieuses du pays. L'évêque de Québec avec tout son clergé signa une requête à ia reine, pour détourner le coup dont on menaçait de frapper les catholi. ques, et il invita tous ses diocésains à seconder les repré sentations que faisaient les hommes publics auprès du gouvernement impérial. S'il ne réussit pas à conjurer ce danger, qui au reste n'eut pas les conséquences funestes que l'on redoutait, Mgr Signay fut bien compensé de cet échec par l’érection de son siège en métropole. Et l’on peut dire que ce fut là l'événement le plus important de son épiscopat. Mgr Plessis avait été nommé archevêque par le Saint-Siège, mais il ne put jamais prendre pnbliquement ce titre, à cause des difficultés qu’y mettait la cour de Londres.

Mieux disposée en faveur du clergé catholique qui venait de donner de nouvelles preuves de sa loyauté, l'Angleterre leva enfin les obstacles, et le Saint-Père, par une bulle du 12 juillet 1844, divisa le diocèse en quatre parties et donna les évêques de Montréal de Kingston et de Toronto pour suffragants à Mgr Signay, qui devint ainsi le premier archevêque de Québec. Le pallium lui fut remis solennellement dans la cathédrale, le ?4 novembre de la même année, par Mgr Bourget, dev’au évêque de Montréal par la mort de Mgr Lartigue, arrivée le 19 avril 1840.

Il convenait que l'archevêque eût désormais une demeure à lui pour recevoir ses suffragants et les membres de son

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clergé. Ce fut pour lui procurer cet avantage, que Mgr Turgeon fit un éloquent appel à la générosité des prêtres et des fidèles du diocèse ; toutes les paroisses se firent un devoir de contribuer à cette œuvre, qui intéressait à un si haut point l’église de Québec, et les souscriptions permirent d'acheter un terrain et de construire une maison convenable et spacieuse, dont Mgr Signay prit possession ie 31 novembre 1847. IL y avait soixante-dix ans que les évêques de Québec recevaient l’hospitalité des messieurs du séminaire.

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