‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 92 sur 132 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Naissance de Mgr Turgeon.-—Il fait ses études au Séminaire de Québec.—Secrétaire de Mgr Plessis.—Destiné à l’épiscopat.—Voyage à Rome.—Il refuse la coadjutorerie en 1825 et l’accepte en 1831.—Nommé par l’évêque, reconnu par le gouvernement, mis de côté à Rome.—Lutte de Saint-Sulpice contre l’Archevêque de Québec.—Lettre du Dr Wiseman.—M. Maguire se rend à Rome.—Mémoire de Mgr Lartigue.—L’abbé Thavenet.—$Ses intrigues. — Requête du clergé.—Bulles accordées à Mgr Turgeon.—$Son sacre,

Pierre-Flavien Turgeon naquit à Québec, le 12 novembre 1787, de Louis Turgeon, respectable négociant, et de Louise Dumont. Il avait l'honneur de compter parmi ses ancêtres un compagnon du P. Jogues, le généreux Guillaume Couture, qui lui-même fut torturé par les Sauvages. A l’âge de 13 ans, le jeune Turgeon entra au séminaire de sa ville natale, et se distingua, durant tout le cours de ses études, par des talents remarquables unis à la plus aimable piété. Sa dévotion à l’église, et la modestie de toutes ses démarches étaient telles, que ses confrères aimaient à le comparer à saint Louis de Gonzague. Rendu en Troisième, il méritait qu’on écrivit de lui dans son bulletin annuel: quo sapientior in schola nullus existit.

«Maor Plessis, avec ce coup d’œil qui lui faisait si bien connaître les hommes, avait remarqué cet élève au milieu

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de ses condisciples. Il l’appela auprès de sa personne, après sa Rhétorique, pour l’employer au secrétariat, et lui donna en même temps la soutane, Le jeune abbé suivit son cours de philosophie et de théologie, tout en s’initiant déjà, sous un si grand maître, aux détäils de l'administration, Mgr Plessis caressait sccrètement l’idée de laisser à sa mort le trône épiscopal à Mgr Turgeon lui-même. Il voulait, de longue main, le préparer à ce poste important, et multipliant ses rapports avec lui, lui faire connaître ses vues etle mettre en état de maintenir les traditions établies, C’est M. l'abbé Ferland qui, dans sa biographie de Mgr Plessis, nous fait connaitre ces détails.

« Cependant la Providence eut d’autres vues : ce ne fut que vingt-cinq ans après la mort de son vénérable ami qu’elle lui permit de monter sur le siège épiscopal. Elle voulait qu'il rendît auparavant au Séminaire de Québec d’éminents services.

« Ordonné prêtre, le 29 août 1810, il fut : jé au séminaire, le 19 octobre 1811, et demeura attaché à cette maison l'espace de vingt-deux ans. Il y occupa tour à tour la charge de directeur du grand et du petit séminaire, de premier assistant-supérieur et de procureur. Il remplit cette dernière charge l’espace de neuf ans, depuis 1824 jusqu’en 1833 », (a) ets’acquit à jamais la reconnaissance de ses collègues, par son habileté, sa fermeté, son infatigable dévouement, et par les réformes importantes qu'il fit dans l’administration des affaires temporelles de la maison.

Secrétaire de l’évêque de Québec depuis 1807, l'abbé Turgeon l’accompagna à Rome en 1819, et mit à son service

(a) ‘“ Notice Biographique par M. l'abbé Cyrille Legaré. ??

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tous ses talents et toute son amitié. Pendant le cours de ce voyage, dit l’abbé B. Pâquet, le digne prêtre partagea les travaux du prélat, et, par sa modestie, son affabilité et ses autres belles qualités, il se créa de nombreux amis, prèts à rendre service à l’église du Canada ». (b) Aussi de plus en plus convaincu de son mérite, et connaissant d’ailleurs en quelle estime le tenait tout le clergé, Mgr Plessis se fortifia dans la résolution qu'il avait déjà prise de l’élever à l’épiscopat. Ses vues étaient partagées par le vénérable coadjuteur, Mgr Panet. Voici comment l’abbé Ferland raconte ce qui se passa à ce sujet entre les deux prélats, et comment M. Turgeon refusa l’honneur qu'on voulait lui imposer : « Au moment où M. Plessis mourut, l’évêque de Saldes était à Québec depuis plusieurs jours, travaillant à déposer sa charge de coadjuteur sur des épaules plus jeunes. Les deux prélats avaient déjà proposé deux noms, ceux de M. Jérôme Demers et de M. Turgeon, qui avaient été agréés par le gouverneur, lorsque le décès inattendu de Mgr Plessis força l’évêque de Saldes à monter sur le siège de Québec. Un troisième nom fut alors ajouté, par Mgr Panet, aux deux premiers déjà désignés pour la coadjutorerie : ce fut celui de M. Signay. M. Demers refusa péremptoirement, M. Turgeon fut ensuite vivement pressé d'accepter la mître, et par l’évêque et par le gouverneur, qui lui adressa à ce sujet une lettre extrêmement flatteuse. Un second refus aussi formel que le premier vint encore briser les espérances du clergé.» L'histoire ne saurait blâmer l’humilité de l'abbé Turgeon, maiselle ne peut s’'empêcher de regretter qu’il n’eût pas de suite accepté la charge de l’épiscopat, qu’il était si digne et si capable de porter,

(b) ‘ Oraïson funèbre de Mgr Turgeon, ””

Cependant, les évêques Panet et Signay réussirent, en 1831, à vaincre les répugnances de ce digne prêtre, et il fut convenu qu’il serait le futur coadjuten- de l’évêque de Québec. Aussi, après la mort du premier de ces prélats, Mgr Signay s’empressa-t-il de demander sa nomination à Rome, et, dès le mois de février 1833, il était regardé, dans tout le pays, comme le coadjuteur élu, d'autant plus que le gouvernement anglais l’avait reconnu en janvier de la même année.

« Vous apprendrez, sans doute, avec une extrême satisfaction, disait l’évêque de Québec dans son mandement d'entrée, le choix que nous avons fait de messire Pierre-Flavien Turgeon, prêtre du Sémineire de Québec, pour être notre coadjuteur : choix que Son Excellence Lord Aylmer. gouverneur en chef de cette province, a bien voulu confirmer. Le mérite et les talents de ce vertueux ecclésiastique, joints à l'avantage qu’il a eu de se former aux devoirs de l’épiscopat sous un pontife dont la mémoire nous est chère à tous égards, sont des motifs bien propres à lui attacher votre confiance, el à nous persuader que le ciel réserve encore des jours de paix et de bonheur à l'église du Canada. »

On somprend facilement après cela, quel fut l’étonnement de l’évêque et de tout le clergé, quand on apprit que les bulles ne seraient peut-être pas accordées par le Saint-Siège, en faveur de M. Turgeon, et que des démarches actives étaient faites pour obtenir la nomination de M. l’abbé Saint-Germain, curé de Saint-Laurent de Montréal.

Depuis la nomination de Mgr Lartigue, en 1821, les messieurs du Séminaire de Montréal étaient en froid avec les évêques de Québec, et leur mécontentement avait augmenté, à cause de l’opposition du clergé à la vente de leurs biens au gouvernement britannique. Depuis treize ans, cette

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Aussi les Sulpiciens furent-ils de suite accusés d’être les auteurs de la cabale montée contre la romiuation de M. Turgeon.

Mgr Signay avait pour agent auprès du Saint-Siège le docteur N. Wiseman (plus tard cardinal), recteur du collège anglais à Rome, et cet homme distingué remrissait cette charge depuis le 4 mai 1829. Voici ce qu’il écrivit à l’évêque de Québec :

« Collège Anglais, Rome, 24 avril 1833. « Monseigneur,

« Vous saviez sans doute que les papiers à moi adressés, touchant le siège de Québec, avaient fait fausse route et ne m'étaient parvenus qu’il y a quelques semaines, ayant été retenus à Naples, d’où le docteur Gradwell me les a envoyés par des étudiants allant au collège chinois. Pendant ce temps, et bientôt après mon retour d'Angleterre, au commencement de cette année, je reçus les copies de ces documents. Je les mis, sans perdre de temps, devant la congrégation de la Propagande, avec les réflexions que je crus les plus propres à promouvoir les vues prudentes de Votre Grandeur, Dans la dernière congrégation, l'affaire du Canada fut l'une des trois mises à l'étude et l’on prit certaines décisions qui, j'ai lieu de le croire, n’ont pas été et ne seront pas communiquées à Votre Grandeur. Le fait est que le Pape a suspendu lexécution de tous les décrets de cette assemblée, qui semblent avoir été faits avec une précipitation et une inconsidération extraordinaires... Mais il est bon que Votre Grandeur

sache, pour sa gouverne, quelles furent les décisions de la congrégation en question, et comme je suppose qu'elles ne vous ont pas été communiquées officiellement, je vais les mentionner ; 10 [1 fut décidé d’accepter la démission si souvent offerte, de Mer lévèque de Telmesse ; 20 D'accepter aussi celle de Mgr Panet, Votre Grandeur, comme de juste, lui succédant ; 30 L'abbé Turgeon ne fut pas accepté pour coadjuteur, perce qu'on le supnose hostile aux Sulpiciens ; mais un autre a été nommé, dont le nom m'était auparavant inconnu, je crois que c’est celui de l'abbé Saint-Germain, ou quelque nom semblable. Cette décision allait tellement au delà de ce que les amis des Sulpiciens croyaient prudent de faire, que l'abbé Thavenet fut le premier, je crois, à demander qu’elle ne fût pas de suite communiquée à Votre Grandeur … … De fait, le Pape, au lieu de ratifier, comme à l'ordinaire, les décrets de cette congrégation, a ordonné de les tenir en suspens...

« L'abbé Thavenet est infatigable à visiter tous ceux qui peuvent servir les intérêts de sa communauté ; il joue son rôle avec une admirable adresse, et il a les manières les plus insinuantes et les plus engageantes. Il passe à peine un jour sans aller à la Propagande pour pousser son affaire de l'avant, et de fait il n’a pas d'autre occupation que celle-là, » (a)

(a) Bnglish College Rome april 24, 1833.

My Lord,

Your Lordship was no doubt aware that the napers forwarded to me relating to the'see of Quebec miscarried, or rather never reached me, till a few weeks ago, having been delayed at Naples whither Dr Gradwoll had forwarded them by some students going to the Chinese College, Inthe mean time, soon after my return from England, at the beginning of this year, T received the duplicates of those documents. I lost no time in Inying them before the Congregation of

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Cette lettre fit comprendre à Mgr Signay qu'il n’y avait pas de temps à perdre, si l’on voulait conjurer le danger dont le diocèse était menacé, et il fut décidé que M. l'abbé Maguire, qui s'était déjà rendu à Rome, en 1829, pour représenter l’évêque devant le Saint-Siège, y retournerait encore pour

Propaganda, together with such reflections as I thought might be useful in promoting your Lordship’s prudent wishes. In the last Congregation, the business of the Church of Canada was one of the three points taken into consideration, and certain decisions were made, which L huve reason to think have not been and will not be communicated to your Lordship. The fact is that the Pope bas suspended the execution of all the decrées of that Congregation which seem to have been made with extraordinary huste and inconsiderateness.. …. Butit is proper that your Lordship should know, for your guidance what were the decisions of the Congregation in question, aud as L suppose they of course have not been oflicially communicated to you, [ will mention them : 19 It was agreed to accept the resignation so often offerred of Mgr Bishop of Telmesse ; 2° To accept that also of Mgr Panet, your Lordship of course succeeding ; 30 Abbé Turgeon was not accepted ue Coadjutor because supposed to be hostile to the Sulpicians, but another xppointed, whose name was previously unknown to me, / think the Abbé S. Germain, or some name like it. ‘This decision went so far beyond what the friends of the Sulpicians deemed prudent, that the Abbé Thavenet wus L believe the first to request that it might not be at once communicated to your Lordship.…. In fact, the Pope, instead of ratifiing as usual, the decrees of this Congregation, has ordered them all to be kept in suspense...

‘“ The abbé Thavenet is indefatigable in his visits to every one who can be of service to his body ; he plays his part with admirable skill, and has a most insinuating address and manners. He hardly passes a day without going to Propaganda, to push forward his business, and has in fact no other occupation but this. ?”

Dans son ouvrage intitulé ‘ The lust four Popes, ”” le Cardinal Wisoman rappelle cet épisode de l’histoire de l’égiise du Canada, pour prouver que Grégoire XVI mettait quelquelois de côté les décisions des congrégations romaines. Voici ce passage intéressant : ‘* Cardinal Acton used to say that he had known as many as eight or ten cases in which the Pope had refused to ratify the judgment of a congregation, and had at length reversed it, upon canonical grounds which had been overlooked by the many learned persons previously engaged in its discussion, And this instinctive perception occurred in cases affecting distant countries. One instunce related to Cunada. A distinguished bisbop of that country found that the Pope demurred to a resolution passed by the Propaganda about it ; and in à few days, as he declared, fresh information arrived which fully justitied

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faire noumer le coadjuteur élu et empêcher une nomination dont les conséquences auraient été désastreuses. L'abbé Maguire partit au mois de septembre, muni des instructions de Mgr Signay et de Mgr Lartigue, et emportant avec lui les vœux du clergé et du peuple.

Mgr de Telmesse disait dans son mémoire : « 10... Comment revenir sur cette affaire avec un gouvernement protestant, qui considère comme appartenant à la prérogative royale le droit d'intervenir dans la nomination de l’évêque ? .…… Cette démarche aurait les plus graves inconvénients pour la religion ; et pourrait même engendrer un schisme, dans un pays où nous avons besoin de ménager le gouvernement, si l’on veut qu’il reconnaisse au civil l’évêque catholique de Québec, et où il y a de faux principes répandus parmi certairs prêtres, amis du Séminaire de Montréal, que les ecclésiastiques ne doivent reconnaître comme évêques que ceux qui sont regardés comme tels par notre gouvernement civil Surtout qu’on ne nous impose pas des évêques nommés par les intrigues, du moins indirectes, du Séminaire de Montréal ou de quelques autres, comme paraît l’avoir été M. Saint-Germain, curé de Saint-Laurent. Car comment la Propgande aurait elle deviné son nom à Rome ou auraitelle imaginé que M. Turgeon était hostile au Séminaire de Saint-Sulpice ? M. Saint-Germain n’a certainement pas les qualités principales que doit avoir un évêque pour être utile en ce pays : il aurait contre lui l'opposition de l'immense majorité du clergé et du peuple ; il ne s’est recommandé jusqu’à présent à nos yeux que par ses liaisons intimes avec les vues des Sulpiciens, et en désobéissant comme eux aux ordres des évêques, ainsi qu’à ceux du Saint-Siège, quoiqu’il

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MGR TURGEON 991 n’y ait rien à dire contre ses mœurs privées (a) ; elsi le Séminaire de Montréal commençait une fois à recommander à Rome les évêques de ce pays, il ne cesserait pas jusqu’à ce que c’en fût fait de l’épiscopat parmi nous.

«2° Les Sulpiciens ont obtenu à Rome, à ce qu’il paraïit, que le nombre des étrangers surpassât toujours le nombre des Canadiens dans le Séminaire de Montréal. M. Maguire fera aisément sentir l’absurdité d’une telle prétention : que ce serait Ôter le pain des enfants du pays pour le donner aux étrangers ; qu’au contraire pour Putilité de Saint-Sujpice, et le faire aimer des Canadiens, il faudrait que ceux-ci dominassent par les places et par le nombre dans la maison; que nous avons ici assez de sujets pour suffire à tous les besoins du séminaire ; et que tous les étrangers de cette maison pourräient se retirer dans leur pays sans danger pour notre église ....... que c’était évidemment le désir et lPintention du gouvernement britannique, comme il appert par l'extrait de la dépêche de Milord Goderich du 13 septembre 1831 (b), et que le gouvernement a demandé la cession des biens des Sulpiciens en Canada, autant de fois que ceux-ci ont demandé à faire venir des prêtres de France pour leur maison, savoir à l’époque du dut de Richmond, de Lord Dalhousie et de Lord Aylmer,.

(a) ‘ M. Saint-Germain, dit l’abbé Tanguay, qui prit une si grande part dans la fondation des deux communautés religieuses aujourd’hui si florissantes à Saint Laurent, reçut en 1863, par Mgr de Montréal, une magnifique médaille, présent du Saint-Père. Il mourut le 3 décembre de cette même année, à l’âge de 75 ans. ??

(6) ‘ Je concours de plus en plus avec mes prédécesseurs pour blâmer la continuation d’une institution qui, au lieu de remplir par ses propres élèves (sujets anglais) les vacances qui ont lieu dans son corps, a été obligée de recruter ses forces parmi un clergé appartenant à un pays étranger... ** (Dépêche de Lord Goderich.)

«30 Il faudrait insister pour qu’on ne permit pas à Rome l’aliéuation des biens de Saint-Sulpice en Canada... l’évêque de Québec ne pourra jamais le permettre en conscience ; et le gouvernement britannique n’osera consommer la transaction sans l’assentiment de ce prélat.. le 16 février 1827, M. Roux ccrivait de Rome que ce plan de cession serait la ruine de son institut en Canada...

«4o Que M. Maguire s'élève contre labus inouïi dans l'Église universelle. que, sans le consentement de l’évêque de Québec, et même contre sa volonté expresse et celle du gouvernement civil, le supérieur du Séminaire de Saint- Sulpice à Paris envoie, quand il lui plaira, tel nombre de prêtres étrangers......ignorants ou habiles pour exercer le ministère dans la paroisse de Montréal et dans tout Île district.....sans que personne ait droit d'y mettre le nez uni d'examiner ces sujets... »

L’archevêque cependant écrivit aux messieurs de Saint. Sulpice, pour les inviter à dégager leur responsapilité dans l'affaire de la coadjutorerie et à protester qu'ils n'étaient pour rien dans la substitution du nom de M. Saint-Germain à celui de M. Turgeon. Ces messieurs, après bien des délais et des refus, finirent par déclarer qu’ils n'étaient intervenus en aucune manière, soil à Rome, soit au Canada.,et affirmèrent de la manière la plus positive qu'ils wavaient plus d'agent à Rome depuis 1831.

M. Maguire n’en trouva pas moins, à son arrivée dans la ville éternelle, l'abbé Thavenet, sulpicien français, parti de Montréal depuis dix-huit ans, qui prétendait gérer toutes les affaires de Saint-Sulpice, tout comme s'il était agent du séminaire, Et de fait, il passait pour tel aux yeux de tous

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les cardinaux, et, comme le disait le docteur Wiseman, il déployait, à plaider ses causes, un zèle et une habileté extraordinaires. Avec un pareil avocat à Rome, on comprend que Saint-Sulpice pouvait facilement se passer d’un agent. (a) C'était lui qui avait fait nommer M. Saint-Germain par la congrégation de la Propagande.

Il déclara à M. Maguire que Saint-Sulpice de Montréal était informé par Saint-Sulpice de Paris de tout ce qui se faisait à Rome, et que lui recevait de Saint-Suipice de Montréal, par le même canal, tous les détails des affaires ecclésiastiques du Canada. Il ajoutait : « Moi Thavenet dois porter seul toutes les conséquences de mes démarches à Rome ; aucun blâme ne doit tomber sur Saint-Sulpice de Montréal. » D’après lui encore, il avait agi sans l’autorisation de ses confrères de Montréal et même contre la défense de son supérieur de Paris !

L'abbé Maguire ne tarda pas à faire valoir ses réclamations et, le 16 décembre 1833, quelques jours seulement après son arrivée, il écrivit au Saint-Père la lettre suivante :

A Sa Sainteté Grégoire XVI.

Thomas Maguire, vicaire général de Pillustrissime et révérendissime Joseph Signay, archevêque de Québec, et son

(a) L'abbé Thavenet était arrivé en Canada en 1794 ; il on repartit en 1815, et fut chargé de régler les affaires d’argent que les comüannutés avaient encore en Europe. Pendant dix ans qu’il eut à s’en occuper, il ne rendit aucun compte satisfaisant, et les communautés subirent des pertes énormes grâce à la munière dont il avait géré leurs biens. La dernière reddition de comptes, qui fut acceptée comme règlement final, eut lieu en juin 1836. Mgr Signay le remercia du zèle et du désintéressement dont il avait fait preuve dans l’administration de ces affaires. L'abbé Thavenet mourut à Rome, le 16 déc. 1844, à l’âge de 81 ans.

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