‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 94 sur 132 · SE OR SCA DE · texte numérisé non relu

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son clergé : elle est partagée par tous les hommes éclairés qui connaissent les rapports qui existent entre le clergé catholique et le gouvernement de Sa Majesté Britannique. Parmi les personnages très versés dans la politique des Canadas, et bien instruits en particulier des difficultés en question, et dont l'opinion est d’un poids immense dans la présente circonslance, votre pétitionnaire se félicite de pouvoir offrir à Votre Sainteté le nom du seigneur évêque de Telmesse, qui a manifesté son sentiment sur ce sujet dans une lettre à l'adresse de Son Éminence le cardinal préfet de la Propagande, et encore ceux des seigneurs évêques de , New-York et de Kingston, l’un et l’autre vicaire général du dit seigneur archevêque de Québec. Ces derniers se sont fortement prononcés sur le mérite transcendant de M. l'abbé

Turgeon, ainsi que sur les graves inconvénients qui pourraient naître du délai en question, comme Votre Sainteté en verra la preuve dans les lettres ci-jointes que Son Éminence le cardinal Weld a eu la condescendance de fournir pour la présente occasion importante. Enfin votre pétitionnaire, pour rendre justice à la cause sacrée qu’il plaide auprès de Votre Sainteté, doit mentionner que M. l'abbé Turgeon a réuni les suffrages de tout le clergé et du peuple canadien, sans qu’une seule voix se soit élevée contre sa nomination ; et que loin de briguer l’épiscopat, ce prêtre refusa de la manière la plus positive, en 1825, l'offre de cette dignité, à la mort de feu le seigneur Joseph-Octave Plessis, archevêque de Québec, et que, dans la présente circonstance, il n’a cédé qu'avec peine aux pressantes sollicitations d'amis de la religion, d'hommes les plus respectables du clergé canadien.— Quant à l'opposition au choix de M. l’abbé Turgeon, que la

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rumeur attribue à la congrégation de Saint-Sulpice de Montréal, votre pétitionnaire ose croire que Votre Sainteté sera pleinement convaincue que cette assertion est dénuée de fondement, lorsqu’Elle aura lu, dans les pièces ci-jointes, le désaveu formel de cette congrégation, de toute agence ou intervention, soit à Rome, soit au Canada, relativement à l'élection du coadjuteur de Québec. — Dire que M. l’abhé Turgeon est hostile à la congrégatisi de Saint-Sulpice, sans produire aucun fait positif, serait une accusation vague et indigne d’être accueillie et placée dans la balance de la justice. Au contraire, j'ose affirmer de la manière la plus solennelle qu'aucun membre du clergé canadien, à l’exception peut-être de trois ou quatre, n’a vécu, ces années dernières, dans une plus grande intimité avec les messieurs de Saint-Sulpice que M. l’abbé Turgeon. — Mais peut-être regarde-t-on comme une hostilité l'opposition que ce monsieur a toujours manifestée à la cession des biens de Saint- Sulpice. Si cela est un crime, M. l'abbé Turgeon le partage avec les évêques, le clergé et la masse entière du peuple, et de plus avec l’une des branches de la législature, la Chambre d'Assemblée, autorité suprème dans le Bas-Canada. Ce considéré, votre pétitionnaire, pour et au nom du dit seigneur archevêque de Québec, supplie humblement Votre Sainteté de fermer les yeux sur les défauts de forme qui pourraient s'être glissés, mais par une erreur de faits seulement, dans l'élection de M. l'abbé Turgeon ; et de vouloir bien, dans sa bonté paternelle, se rendre aux vœux de l’église du Bas- Canada, en confirmant cette élection dans le plus court délai. Et votre pétitionnaire ne cessera de prier. »

« THo. MAGuIRE, Ptre. »

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«J’attendais, raconte M. Maguire, le résultat de ma pétition, aves le calme de l’innocence et la conviction du succès, lorsqu'on me notifia officiellement, le {er février, que la Sacrée Congrégation avait admis à la vérité la réclamation en faveur de M. l'abbé Turgcon, mais qu’elle avait recommandé en même temps de n’expédier ses bulles, qu'autant que je déclarerais formellement que ce monsieur ne s'opposerait jamais à l'admission de Sulpiciens français au Séminaire de Montréal... Je répondis que je ne pouvais charger ma conscience d’une telle responsabilité ; que mes instructions ne m’autorisaient point à cela ; et que, d’ailleurs, d’après la déclaration écrite de Saint-Sulpice qu’il ne s'était mélé ni à Rome, ni au Canada de l'élection de M. l'abbé Turgeon, on ne pouvait avec toute la sagacité humaine, soupçonner au Canada une difficulté de cette nature, ni par conséquent me fournir des instructions, à CE SUJOÉ..... soeocore D

« L'information que je reçois, écrivait M. Maguire au secrétaire de la Propagande, déchire mon âme de douleur, parce que la condition dont il s’agit sera très probablement rejetée par M. l'abbé Turgeon, qui cherche à éviter le fardeau de l’épiscopat, et que, dans cette circonstance, l’église du Canada, déjà en proie à tant de malheurs, sera exposée à un surcroît de scandales. Une lutte d’une douzaine d'individus étrangers au Canada, soutenue avec succès pendant treize ans contre les évêques et un clergé indigène de près de trois cents prêtres, l'honneur du sacerdoce, et dont la régularité &st passée en proverbe, et en même temps contre un demimillion de catholiques que compte le Bas-Canada, est un phénomène dont les annales de la religion ne fournissent point d'exemple...

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« Mais, dit-on, les évéques du Canada veulent envahir !°° hiens de Saint-Sulpice, comme ils ont envahi ceux des Missions Étrangères de Québec. Mon âme a frémi d'horreur er entendant l’autre jour, pour la première fois, cette accusation contre des hommes d’un mérite transcendant et qui ont honoré leur état par toutes les vertus épiscopales. Je repousse avec indignation, avec horreur cette inculpation. »

On voit que quelques personnages ne se gênaient pas pour ruiner la réputation des évêques de Québec, Mais M. Maguire n’eut pas de peine à réfuter ces calomnies absurdes, et un témoignage signé des messieurs du Séminaire de Québec, et qu’il reçut quelque temps après, acheva de détruire à jamais l'effet qu'avait pu produire cette infâme accusation.

Pendant que tout cela se passait à Rome, les esprits continuaient d’être très excités et très inquiets à Québec. Une lettre de Mgr Signay à M. Maguire nous met parfaitement au fait de la situation.

« J'étais d'opinion, dit le prélat, que le clergé devait attendre de vos nouvelles avant de faire aucune démarche pour appuyer les recommandations déjà envoyées à Rome, en faveur de M. Turgeon. Mais les bruits qui couraient au moment de votre départ, ayant pris un caractère plus sérieux, le clergé de Québec et des environs a cru qu’il était pressant d'adopter quelque mesure propre à détourner leffet des manœuvres que, suivant les apparences, l’on fait jouer à Rome, pour empêcher la nomination du coadjuteur que j'ai demandé. Il s’est en conséquence assemblé et a passé les

résolutions que vous trouverez sur la feuille marquée A,

lesquelles ont été suivies d’une requête à moi adressée et

600 NOTICES BIOGRAPHIQUES d’une supplique au Pape, qu’on m’a prié de vous transmettre sans délai, afin que vous la déposiez aux pieds de Sa Sainteté.…

« Il est à props que vous sachiez que, sur deux cent sixante-quatorze prêtres qui composent le clergé du diocèse, non compris les membres du Séminaire de Montréal, et Les missionnaires du district de Gaspé, huit seulement ont refusé de signer la supplique. …….. Il est digne de remarque que tous les prêtres français, non sulpiciens, du diocèse, ont signé la supplique avec grand plaisir. »

Enfin, ie 28 février 1834, Le Saint-Père signa les bulles qui nommaient M. Turgeon évêque de Sidyme, et coadjuteur de Mgr Signay. Elles furent données sans conditions, et le nou#au prélat n'eut aucune promesse à faire au sujet de l'admission des Sulpiciens irançais au Séminaire de Montréal. Le cardinal préfet de la Propagande, en lui transmettant le document pontifical, se contenta de l’exhorter à prêcher la paix et la concorde entre le clergé séculier et les membres du Séminaire de Montréal. Les amis de cette maison avaient poussé le zèle jusqu’à faire croire aux cardinaux que les Sulpiciens avaient été les premiers missionnaires äu Canada ! c’est pourquoi le cardinal! Pedicini ajoutait dans sa lettre à M. Turgeon : « Vous devez vous rappeler, vous et le clergé séculier, que cette congrégation par qui lu religion chrétienne a été fondée au Canada, bien qu'afiligée et diminuée par les malheurs des temps, est digne d’une bienveiiiance et d’une mémoire éternelle. » (a)

(a) ‘ Præterea te olerumque sæeularem memores esse oportet, quod is hominum ordo, a quo fides christiana in Canada fundata est, quantumvis nunc afflictus et calamitate temporum imminutus, tamen æterna memoria benovolentiaque dignus videtur,”?

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La nouvelle de l’arrivée des bulles causa une joie universelle parmi le clergé du Bas-Canada, qui assista en foule à la consécration du coadjuteur, le 11 juin 1834 Cette imposante cérémonie eut lien dans la cathédrale, et fut présidée par Mgr Signay, assisté de Mgr Lartigue et de Mgr Gaulin. M. le grand vicaire Cadieux, qui fit le sermon, adressa, en terminant, ces paroles au nouveau dignitaire : « Je dirai que votre qualité d'élève, de disciple, de compagnon et d’ami d'un prélat illustre, dont la mémoire sera toujours chère à ce diocèse, Mgr J. O. Plessis, votre voyage avec lui jusqu’au siège de l'Église catholique, votre approche près du tombeau des mariyrs, nous sont une garantie de votre zèle aposto-

lique, et qu'avant que nous vous eussions choisi, vous l'aviez été dans le ciel.»

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