‹ Les évêques de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 96 sur 132 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mgr Turgeon sur le siège épiscopal de Québec.—Le premier concile de Québec.— L’érection de l’Université Laval.—/Zèle de l’évêque pour l’éducation.—Rétablissement des conférences ecclésiastiques. —Mandement sur les tables tournantes.—Deuxième concile de Québec.—Le choléra de 1854. —L’archevêque est frappé de paralysie en 1855 et meurt en 1867.

Mgr Turgeon était âgé de 63 ans quand il devint archevêque de Québec. Sa santé déjà affaiblie ne lui permettait pas de gouverner seul le diocèse confié à ses soins. Aussi s’'empressa-t-il de solliciter la nomination d’un coadjuteur. A sa demande, l’abbé C. F. Baiïllargeon fut sacré à Rome, et revint à Québec le ler juin 1857 ; le 11 du même mois, il conférait le pallium à son vénérable archevêque.

Celui-ci inaugura son pontificat par l’un de ces actes solennels que l’Église aime à commémorer dans ses fastes : le premier concile de la province de Québec. C’est le 15 août 1851 que s’ouvrirent les séances conciliaires, auxquelles prirent part les évêques Turgeon, Baïillargeon, Gaulin, Phelan, Bourget, Guigues, De Charbonnel, Prince, McDonald et, Mullock. Ces deux derniers, évêques l’un de Charlottetown et l'autre de Saint-Jean de Terre-Neuve, n'étaient pas suffragants de l’archevêque de Québec. C'est dans cette auguste assemblée que l’on décida l'établissement de l’Université Laval.

« Saluer avec bonheur l’idée de cette création, d’abord émise par Mgr de Montréal ; appuyer et par ses paroles et

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par ses lettres la demande qui était adressée, à ce sujet, au gouvernement de la Province ; soutenir avec énergie le projet une fois conçu, et ne plus permettre qu’on l’abandonnât ; donner de puissants encouragements à M. L. J. Casault, qui parfois ressentait quelque défaillance à la vue des difficultés sans nombre qui attendaient le Séminaire de Québec ; se réjouir infiniment quand il voit le projet sur le point de se réaliser, grâce à la libéralité du gouvernement impérial ; enfin recommander, par son mandement du 8 décembre 1853, l'Université Laval aux fidèles de son diocèse ; la louer en face du pays dans des termes qui font honneur et à la largeur de ses vues et à la justesse de ses idées : voilà, si nous ne nous trompons, voilà le beau rôle que Mgr Pierre-Flavien Turgeon a joué vis-à-vis cet établissement, qui s’honorera à jamais de lavoir eu pour premier visiteur et premier protecteur. » (a)

Dans le magnifique mandement qu'il publia pour annoncer l'érection de cette institution nationale, le prélat rappela le zèle déployé par les évêques depuis Mgr de Laval, pour promouvoir la grande cause de l’éducation dans le pays. Il fait l'éloge des cours classiques, réfute les objections faites

contre les hautes études, déplore l'encombrement des pro-

fessions libérales, et indique les moyens à prendre pour que chacun occupe la place que lui a destinée la divine Providence, et fasse valoir les talents qui lui ont été confiés.

Mgr Turgeon s’occupa toute sa vie de l'éducation dans toutes ses branches, et depuis les enfants des écoles primaires jusqu'aux élèves de son grand séminaire et de son université,

(a) ‘ Notice biographique par M. l’abbé C. Legaré.’’

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tous avaient une large part dans ses encouragements paternels et dans sa sollicitude pastorale. Dans une lettre du 5 sep'embre 1853, adressée à M. le supérieur du Séminaire de Québec, il lui exprime la résolution de n'admettre, en général, à l’ordination, que des jeunes gens qui auraient eu le temps de se préparer par des études suivies, à l'exercice du saint ministère. «En effet, ajoutait.il, les besoins de l’époque demandent plus que jamais que le prêtre soit la lumière du peuple par sa science et ses vertus. »

Le Collège de Sainte-Anne que n'avaient pu favoriser, autant qu’ils l’auraient voulu, les évêques Panet et Signay, occupés qu'ils étaient à la construction de Nicolet, trouva aussi en Mgr Turgeon un protecteur dévoué et un ami fidèle, Son nom figure parmi ceux des bienfaiteurs insignes de la maison.

Il faut lire les nombreuses lettres qu’il écrivait au supérieur, M. le grand vicaire Gauvreau, pour se faire une idée exacte de l'intérêt qu’il prenait aux heureux développements du collège, et avec quel soin il désirait que l’on formât les eccésiastiques qui y étaient employés dans l’enseignement,

Erfin, pour que les prêtres pussent conserver et accroître la science qu'ils avaient puisée dans les séminaires, Mgr Turgeon rétablit les conférences ecclésiastiques, abandonnées depuis la conquête, et traça lui-même les sages règle ments que l’on devait suivre pour en assurer les fruits.

L’un des résultats les plus importants du premier concile, fut l'érection du diocèse des Trois-Rivières. A la demande de Mgr Turgeon, les évêques adressèrent une pétition au Souverain Pontife, et, le 2 octobre 1852, l'archevêque

annonça par un mandement, que leurs vœux unanimes

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avaient été exaucés et que l’église de Québec allait s'enrichir d'un nouveau rameau. Rien de plus touchant que les adieux

qu'il fit à ses anciens diocésains et surtout aux membres de

son clergé qui allaiert passer sous une autre houlette que la sienne.

Parmi les autres œuvres qui ont signalé la courte admi. nistration de ce prélat, il faut mentionner l'établissement du Bon-Pasteur et celui des Sœurs de la Charité à Québec. I! encouragea de ses libéralités les fondatrices de ces pieuses et si utiles institutions et les recommanda fortement, à plusieurs reprises, à la charité de ses diocésains.

Ses manüements sont écrits avec soin et quelques-uns resteront comme des pages glorieuses pour l’épiscopat canadien. Parmi ces derniers figurent celui sur l’université, un autre sur ia «empérance et un troisième sur les tables tourjantes. «Le vertige, dit M. l’abbé Legaré, s'était emparé de bien des têtes, les amenant à des écarts étranges à la suite des tables elles-mêmes qu’elles interrogeaient de mille manières. Mgr Turgeon parla, et telle fut la force de sa parole que, de ce moment, la sagesse revint au peuple, et l'obéissance la plus absolue suivit cet acte de l'autorité suprême... ce document fut publié en France ; un auteur célèbre de théologie, le P. Gury, l’a inséré dans les dernières éditions de son ouvrage, et Mgr Lavigerie disait que rien de mieux n’était paru nulle part sur cette question. »

z’année 1854 fut la dernière de l'administration de Mgr Turgeon et l’on peut dire qu’elle fut bien remplie. Signalons un mandement de l'archevêque en faveur de l’hospice des Sœurs de la Charité, qu'un incendie venait de réduire en cendres, la convocation et l’assemblée du 2e concile pro-

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vincial, et la publication du jubilé précédent la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.

Le 19 juin, le choléra éclata de nouvean à Québec, et vint ajouter aux sollicitudes de Mgr Turgeon, Confiant à son coadjuteur le soin de faire la visite pastorale, il s’occupa de porter secours aux malades qui remplissaient l'Hôpital de Marine, et d'arrêter par des mesures efficaces la marche du terrible fléau. Rien ne saur::t peindre sa charité et. son dévouement pour ceux qui en furent les infortunées victimes, Tous les deux jours, il se rendait à l'Hôpital de Marine, en compagnie de M. l’abbé Cazeau, et leur prodiguait les plus aimables et ies plus douces consolations. Sa présence dans ce lieu de souffrance et de danger était un sujet de joie pour les catholiques et d’édification pour les protestants, dont un bon nombre se convertirent (a). Enfin les froids de novembre firent disparaître la cruelle maladie et ramenèrent la sécurité dans la ville.

C’est au milieu de ces divers travaux apostoliques, et au moment il semblait être le plus utile à son église, que la Providence mit fin tout à coup à la carrière épiscopale de Mgr Turgeon. Le 19 février 1855, pendant qu'il assistait aux funérailles d’une Sœur de Charité, dans l'église du faubourg Saint-Jean, le vénérable archevêque fut frappé de paralysie, et ne put jamais recouvrer assez de forces pour continuer à administrer son diocèse. Le 11 avril suivant,

il confia ce soin à son ii'ustre coadjuteur, et passa les douze

(a) Nous tenons ces détails de Mgr Bolduc, qui était alors chapelain de l'Hôpital de Marine, et qui fut l’heureux témoin de la charité de son évêque.

Douze cents malades avaient passé pa: l'Hônital'depuis l’arrivée du choléra.

616 NOTICES BIOGRAPHIQUES années qui lui restaient à vivre, dans une inaction à peu près complète, s’occupant seulément de ses exercices de piété. Quelquefois encore cependant, il put reparaitre au chœur de sa cathédrale et y bénir son peuple fidèle ; mais pendant les sept dernières années, son infirmité fit de tels progrès, qu'elle le força de garder la chambre, jusqu’à ce que Dieu l'eût retiré à lui, le 25 août 1867, à l’âge de 79 ans et neuf mois. Pendant les douze années de sa maladie, le prélat avait reçu les soins intelligents de ses filles de prédilection, les Sœurs de la Charité : deux d’entre elles venaient passer la journée avec l’augüste malade. Le service fut célébré dans la cathédrale, le 28 août, en présence de quatre évêques et d’une foule immense de prêlres et de fidèles. M. l’abhé Benjamin Pâquet prononça l’oraison funèbre.

Mgr Turgeon avait cinquante-sept ans de prêirise et trente-

trois ans d’épiscopat. Il avait ordonné cent quinze prêtres

et consacré deux évêques : Mgr Cooke et Mgr Dollard.

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