‹ Les evêques et archevêques de Paris depuia saint Denys jusqu'à nos jours: Avec des documents inéditsChapitre 59 sur 112 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

On était à la fia du carnaval de 1229, quelques étudiants avec des filles, buvaient dans une taverne du faubourg Saint-Marceau, hors la ville. Ils étaient un peu plus* qu'aux trois quarts ivres, et ne trouvèrent rien de mieux que de quereller le cabaretier. La dispute commencée avec les garçons de la taverne ameuta contre eux les gens du faubourg, qui les poursuivirent, et les menèrent battant jusqu'aux portes de Paris.

Le lendemain, les écoliers, honteux et irrités du mauvais traitement qu'ils ont reçu, reviennent en nombre, armés d'épées et de bâtons; ils se ruent sur la taverne, brisent les portes, défoncent les tonneaux, dévastent la maison, et se répandent dans les rues voisines où hommes, femmes, varlets, serfs, moines et bourgeois, personne n'échappa à leurs coups.

L'évêque avait juridiction féodale sur le faubourg Saint-Marcel, par le chapitre qui en était possesseur.

Guillaume d'Auvergne informe le légat de ce scandale; ils vont ensemble en conférer avec la reine régente.

Sans écouter les conseils des prélats, et ceux de la prudence, la reine ordonna de courir sus aux coupables, et de ne faire quartier à aucun des étudiants qui se trouveraient aux environs du faubourg, 11 y en avait malheureusement un bon nombre, qui, sans prendre part au tumulte, ne pensaient qu'à se divertir.

Bien qu'ils fussent sans armes, les archers du

prévôt de Paris, poussés par un zèle intempestif, en blessèrent une trentaine, et en tuèrent même quelques-uns.

Le lendemain les professeurs de l'Université, précédés de leurs bedeaux et de leurs massiers, le chaperon sur l'épaule, se rendent processionnellement et successivement au palais de la reine, qui ne les reçoit pas, chez le légat qui les renvoie à Aristote, et à Tévêché où Guillaume leur donne tort.

Le surlendemain de la scène du faubourg Saint- Marceau, un silence absolu régnait sur la rive gauche de la Seine ; depuis la rue du Moine, jusqu'au quartier des Juifs, les chaires de philosophie faisaient relâche, les décrétistes s'étaient mis en grève, tout uniment comme des mineurs du xix® siècle.

Angers, Orléans, Poitiers, Toulouse les reçurent à bras ouverts, et ses Universités s'y fondèrent ou s'y fortifièrent.

Mais, comme c'était charge très-enviée que celle de professeur à l'Université de Paris, des demandes arrivaient chaque jour à l'évéché, et pendant que les rebelles souriaient sous leur bonnet aux quatre coins de la France, Albert-le-Grand et les dominicains s'asseyaient dans la chaire des sentences, et les escholiers aflBiuaient comme devant.

L'affaire alla pourtant en cour de Rome, et le Pape demanda grâce pour les professeurs. Le résultat obtenu n'en demeura pas moins. L'autorité épiscopale

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