PREMIÈRE PARTIE
— Un ecclésiastique à qui les revenus d'un seul bénéfice procurent les moyens de vivre honnêtement, peuWl en conscience en garder un autre ?
L'évêque soutint sa proposition, il parla durant plusieurs heures, et quand il se rassit, l'assistance était gagnée. A la presque unanimité, il fut décidé qu'à l'avenir nul ne pourrait posséder plus d'un bénéfice, quand le revenu en serait supérieur à 300 francs, ce qui suffisait alors parfaitement à un honnête homme.
Guillaume, en cette circonstance, eut pour lui nonseulement les habiles, mais aussi l'opinion, aussi puissante alors qu'aujourd'hui.
Un seul homme s'était prononcé pour la pluralité des bénéfices, attendu qu'il en possédait un certain nombre : c'était Philippe de Grèves , chancelier de l'Eglise de Paris; et voici ce qui lui arriva.
Le 25 décembre de Tannée suivante, Philippe de Grèves mourait, et peu de jours après, une ombre noire apparut à messire l'évêque.
— Qui êtes-vous ? dit Guillaume.
— Je suis, répondit-elle, votre misérable chancelier, damné pour le grand nombre de mes bénéfices.
Tout finissait alors par une légende, comme aujourd'hui par une chanson. Mais le peuple donnait raison à Guillaume.
Celui-ci porta en toutes choses le même esprit politique que nous avons signalé.
Quand saint Louis, revenu d'une grave maladie, vou-
lut partir pour la première fois eu Terre-Sainte, il fit appeler Guillaume d'Auvergne.
Le prélat arrive à Pontoise. Dans la chambre du monarque étaient la reine Blanche, sa mère, la reine Marguerite, sa femme, les comtes d'Artois, de Poitiers et d'Anjou.
— Sire évoque, cria Louis, vous requiers me donner la croix d'outre-mer.
— chier sire, dirent ses parents tombant à genoux, pour l'amour de notre Rédempteur, attendez que vous soyez entièrement guéri ; alors agissez comme bon vous semblera .
Le royaume avait en ce moment le plus grand besoin du roi, un prêtre ordinaire se fût peut-être réjoui du désir royal. Guillaume, lui, refusa de s'y prêter. Il fit entendre sa parole si persuasive, il représenta au prince les dangers de son engagement, il fit tout pour faire abandonner ce projet.
— Je ne porterai boisson ni aliment à mes lèvres que je n'aie à lépaule la croix d'outre-mer, répliquait saint Louis, sans vouloir rien entendre.
Guillaume alors, un genou en terre, lui attacha sur l'épaule la croix rouge de Terre-Sainte.
A quoi le roi :
— Scachiez de vray que je suis guéri.
L'évêque prévoyait -il l'inanité de cette généreuse entreprise? Toujours, est -il que le résultat le plus précieux du règne, en ce genre, avait été l'acquisition
de la sainte couronne d'épines de Notre-Seigneur, obtenue sans verser une goutte de sang.
C'avait été fête nationale, que l'entrée de la Sainte- Couronne. Nul n'était sans connaître les lais, virelais, rondes, complaintes et ballades qui avaient été composés à cette occasion, et qui jouissaient d'une grande popularité.
Le roi et la reine étaient partis à la rencontre de la précieuse relique, ils la rencontrèrent à Villeneuver Archevêque, près de Troyes, et «vérifièrent les sceaux et les actes qui en constataient l'authenticité.
Puis ils descendirent de leur char, tendu de brocart d'or à pois rouges, et fermé par une chaîne d'argent, et se prosternèrent.
Une châsse extérieure de bois renfermait la cassette d'argent qui contenait la cassette d'or, où reposait la couro'nne d'épines.
Le 18 août 1239, elle entrait processionnéllement à Paris. Le respect contemporain pour les reliques n'est rien auprès du culte qu'on leur rendait au moyen âge. La joie de les posséder ne se peut comparer qu'à la désolation universelle qui s'emparait des peuples, quand il fallait se séparer des restes du corps vénéré; les châsses étaient l'arche de la civilisation.
L'arrivée de la Sainte-Couronne fut donc un événement immense. Les huchiers , imagiers , orfèvres , écriniers avaient tenu conseil, et les mains des plus habiles avaient fabriqué ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie,