RAPPORT AU PREMIER CONSUL
pr germinal an IX (22 mars 1801).
- L'intention du premier consul est de relever le catholicisme, conformément aux j^rincipes de r Eglise gallicane.
" Le premier consul m'a ordonné de rechercher ces principes dans les actes authentiques et dans les ouvrages consacrés par Vopinion publique, où ils ont été énoncés.
- J'ai l'honneur de mettre sous ses yeux :
P La déclaration du clergé de France, du 25 mars 1682.
2° Un extrait, fait avec quelque étendue, du célèbre ouvrage de Bossuet, en défense des quatre articles de cette déclaration.
S"" Le 14^ discours de l'abbé Fleury sur les libertés de l'Eglise gallicane.
•^ D'après les ordres formels du premier consul, je
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recommanderai aux personnes qu'il chargera de négocier avec les ministres du Saint-Siège de se pénétrer des principes qui sont exposés dans ces écrits et de les regarder comme des instructions 7'igoureitses dont il ne leur sera jamais permis de s'écarter. La volonté ferme et arrêtée du gouvernement français étant de relever les autels d'une religion qui soit aussi libre et aussi pure que celle qui a été professée par nos ancêtres. ^
L'impression de ce rapport sur l'esprit de Napoléon fut immense; nous en voyons les conséquences, quand l'empereur, lors de ses démêlés avec le pape, en 1811, disait avec colère qu'il voulait des ecclésiastiques imbus de l'esprit de Bossuet et non de l'esprit de Grégoire VIL Le résultat de cette lecture a été au-delà des espérances de Talleyrand. Pour Napoléon, Bossuet reste toujours l'homme de la Déclaration de 1682. Avant son entrée au pouvoir, le premier consul avait partagé son temps entre l'étude de l'art militaire et l'application qu'il en avait faite sur tous les champs de bataille de l'Europe ; la campagne d'Egypte et les travaux multiples auxquels il avait dû se livrer depuis le 18 brumaire, ne lui avaient guère permis de s'adonner aux dissertations théologiques ni à l'histoire religieuse. 11 était absolument neuf en ces matières, et s'il faisait un Concordat avec le pape, c'était œuvre purement politique, et dirigée dans le sens des besoins vrais et sentis de la France.
122 LES KVÊQUES ET ARCHEVEQUES DE PARIS.
M. de Talleyrand , l'ancien élève du séminaire de Saint-Sulpice, agent général du clergé et évêque d'Autun , n'ignorait rien de tout cela ; il connaissait le caractère dominateur de son maître et il ne fut pas difficile à l'ancien prélat d'exploiter au profit de ses idées le côté faible du général. Par son rapport et par les documents dont il l'appuya, il fit d'une manière définitive l'opinion du consul, ou plutôt il lui fournit une opinion toute faite, la sienne, sans que le chef du gouvernement français pût la repousser ni la contrôler.
Ce ne fut pas au demeurant la seule occasion où Napoléon subit l'influence de Talleyrand, qu'il ne cessa de mépriser et par qui il fut exploité toujours.
Le nom de Bossuet fit son eflet, et nul ne parvint dans la suite à effacer cette impression première. Les conditions dans lesquelles avait été faite cette Déclaration de 1682, le droit de régale, la bulle par laquelle le pape Alexandre VI et ses successeurs la flétrirent, l'Assemblée de 1693 qui la désavoua, le nombre des évêques français qui y prirent part, c'est-à-dire à peine le quart, l'édit de Louis HW déclarant qu'elle ne serait jamais appliquée, le refus d'institution opposé par les souverains-pontifes à ceux qui l'avaient souscrite, tout cela fut, par M. de Talleyrand, passé sous silence.
Comment enfin admettre que la foi catholique n'eût été en France libre et pure que depuis Louis XIV, et comment une dcclaration d*» quar.Mnto cvêques, délibé-
raiit sous la pression d'un pouvoir civil absolu, avaitelle rendu la pureté et la liberté au culte chrétien, qui jusqu'à ce jour en France en aurait été dénué. C'est ce que le ministre des relations extérieures ne disait point ?
Mais où ce rapport trouve son utilité véritable, c'est à démontrer aux générations présentes la bonne foi que le chef de la diplomatie française apporta dans cette délicate affaire.
Conduites dans cet esprit, les négociations devaient, on le comprend, n'avancer qu'avec peine; aussi le ministre, pour en finir, écrivait-il à notre ambassadeur à Rome :
29 floréal an IX. (19 mai 1801 .)
" .... Citoyen, j'ai l'ordre formel du premier consul de vous informer que votre première démarche auprès du Saint-Siège doit être de lui demander, dans le délai de cinq jours, une détermination définitive sur le projet de convention, et sur celui de la bulle dans laquelle la convention doit être insérée, qui ont été proposés à son adoption. Si dans le délai que vous êtes chargé d'offrir, les deux projets sont adoptés sans aucune modification, les deux Etats seront liés de fait par des rapports pacifiques
- Si des changements vous sont proposés, et que le délai expire, vous annoncerez au Saint-Siège que votre présence à Rome devenant inutile à l'objet de votre mission, vous vous vovez obligé n regret, de ^'ous
rendre auprès du général en chef, et vous partirez, en effet, sur-le-champ pour Florence. Vous ne donnerez pas à cette déclaration la force d'une menace, mais vous en laisserez tirer les conséquences qu'on voudra.... -
La cour romaine n'avait pas eu besoin de cet adjutorium diplomatique pour achever son travail. Un nouveau projet était en route, quand Talleyrand adressait à Rome la dépêche précédente.
Il fut remis le 24 mai 1801 au ministre par Mgr Spina. En voici le texte :