‹ Les Evêques et archevêques de Paris depuis Saint Denys jusqu'à nos jours avec des documents inéditsChapitre 25 sur 52 · JEAN IX BAPTISTE DE BELLOY · texte numérisé non relu

JEAN IX BAPTISTE DE BELLOY

Le Te Deiim pour la restauration du culte. — La petite Eglise. — Les formules. — Le cérémonial. — Rang des archevêques. — Honneurs et l)réséances. — Décret ciu 24 messidor an XH. — Protocole. — M. de Belloy. — Evéque de Marseille. — Doyen de lepiscopat. — Organisation du diocèse. — Les curés constitutionnels. — Obsèques du cardinal de Belloy. — .Jugement de Maury sur lui. — Homme de paix.

A six heures du matin, le 28 germinal an X, le premier consul promulgua la loi sur les cultes : une salve de soixante coups de canon l'annonça au peuple. A huit heures, le préfet de police tît afficher la loi dans tous les quartiers de Paris, suivant l'usage accoutumé dans les grandes solennités. A dix heures et demie, le premier consul donna dans la cour du Palais les drapeaux à la légion d'élite, et aux bataillons qui

devaient en recevoir. A dix heures, les autorités administratives et judiciaires du département de la Seine et de la ville de Paris partirent du Palais de justice où elles s'étaient réunies, pour se rendre à l'église Notre-Dame.

A la même heure, le tribunal de cassation, le Corps législatif, le tribunat et le sénat partirent en corps de leurs palais respectifs avec une garde d'honneur.

A onze heures et demie, le premier consul quittale Palais des Tuileries, ime salve de soixante coups de canon annonça son départ. A la tête du cortège, marchaient des escadrons de hussards, de chasseurs, de dragons ; les bataillons des grenadiers de la. garnison, l'infanterie légère de la garde, la légion d'élite à pied et à cheval, les grenadiers à pied et les chasseurs à cheval de la garde.

Les voitures des conseillers d'Etat, du corps diplomatique, des ministres, des consuls suivaient immédiatement. Les généraux commandant la place et la division, le premier inspecteur de la gendarmerie, les généraux de la garde, marchaient à côté de la voiture du premier consul.

Des grenadiers à cheval et cinquante hommes de la légion d'élite fermaient la marche. Le cortège se dirigea vers Notre-Dame par la place du Carrousel, la rue de Malte, la rue Saint-Honoré, la rue du Roule, le Pont-Neuf, le quai des Orfèvres, le Marché-Neuf et la rue neuve Notre-Dame. Une salve de soixante coups

(le canon annonça l'entrée du premier consul dans leglise métropolitaine. Trois bataillons d'infanterie entrèrent dans l'église, et un bataillon de grenadiers se forma en haie le long de la grande entrée. La messe était célébrée pontificalement. Avant l'Evangile, les évêques prêtèrent entre les mains du premier consul, le serment ancien rappelé par la convention conclue avec Sa Sainteté. Le Te Deiim, pour la paix générale et celle de l'Eglise, termina cette cérémonie religieuse. Il y eut le soir illumination et concert dans le jardin des Tuileries.

Tel est le compte -rendu officiel de cette journée mémorable, où le premier magistrat de la République, après avoir décrété la conversion des rentes, finissait par décréter la conversion des peuples. Mais s'il est aisé de rétablir l'ordre dans les rues, s'il est possible de le rétablir dans l'administration, il est difficile de le faire régner dans les consciences. Tandis que dans les sphères gouvernementales, plusieurs voyaient d'un mauvais œil la nouvelle apparition de cette Eglise qu'ils avaient eux-mêmes persécutée, et qu'ils croyaient à jamais détruite, d'autres, parmi les fidèles des campagnes, regardaient les prélats institués en vertu du Concordat comme de simples schismatiques ; ils prétendaient que le pape, par ce traité, avait outrepassé ses droits, et persistaient à ne reconnaître pour leur véritable évêque, que le prélat d'avant 1789. On les appelait Va Petite Eglise, ils continuaient à entendre la

messe dans des maisons particulières, et refusaient d'entrer en communion avec les nouveaux curés. Plusieurs même allaient jusqu'à défendre, qu'à leur mort, leur corps fût porté à l'église, et ordonnaient qu'on les conduisit directement au cimetière, comme si l'on vivait encore sous le régime de la constitution civile du clergé. La publication des Articles organiques confirm.a d'ailleurs les membres de la Petite Eglise dans cette conviction que le Concordat lui-même ne serait pas sérieusement exécuté. Quelques ecclésiastiques, déçus dans l'espoir qu'ils avaient eu d'obtenir de grands emplois, entretenaient ces esprits bornés dans leurs ridicules préventions.

Les formules dont les évêques se servaient n'étaient pas partout les mêmes ; les constitutionnels avaient la leur, les évêques émigrés reprenaient la formule ancienne, quelques prélats en adoptaient une nouvelle.

Les mandements débutaient ainsi : N ^var la grâce

de Dieu et la nomi7iation du premier consid, etc., ou

bien : N par la miséricorde divine et avec Vinsti-

tution du Saint-Siège apostolique. On leur écrivit que le temps avait consacré la formule : Par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège aïoostolique, qu'on s'en était servi pendant plusieurs siècles, et qu'on devait continuer à l'employer.

D'un autre côté, dans plusieurs paroisses, les habitants continuèrent à chômer les fêtes supprimées, malgré les représentations do leurs curés, et forcèrent

ceux-ci à les célébrer. On avait interdit toute cérémonie religieuse hors des églises, dans les grandes villes, mais plusieurs consistoires protestants mus par un esprit de modération, exprimèrent leurs regrets de ce qu'ils étaient un obstacle à l'exercice extérieur du culte catholique et demandèrent que les cérémonies pussent avoir lieu comme autrefois.

La messe de minuit fut célébrée de nouveau à Noël, la procession des Rogations fut permise hors de l'enceinte des églises, mais la tolérance dont on parut animé à l'égard du culte ne s'étendit pas à tous ses pasteurs, et l'on interdit aux anciens évêques, non réélus, de porter les marques distinctives de l'épiscopat; comme si, privés de leurs sièges, ils avaient en lïiême temps perdu leur sacrée dignité.

Pour ceux qui avaient été promus aux sièges de la nouvelle circonscription. Napoléon leur assigna une place dans la hiérarchie administrative , militaire , judiciaire de la France. Avant la révolution, les membres du haut clergé marchaient en corps et leur ordre avait le pas sur les autres. Dans le système nouveau, créé par le décret du 24 messidor an XII sur les honneurs et préséances, on assimila les princes de l'Eglise aux autres fonctionnaires de l'Etat, et on les intercala, assez arbitrairement d'ailleurs, entre les autres représentants de l'autorité. C'est ainsi que les cardinaux vinrent immédiatement après les grands dignitaires de renipirc — archi-chancelier , archi-

trésorier, connétable, grand chambellan, grand-électeur, etc., — les archevêques prenaient rang après les premiers présidents de cour et les généraux de division ; ils avaient le pas sur les préfets, les préfets qui se trouvaient ainsi après les archevêques et les généraux divisionnaires avaient le pas à leur tour sur les généraux de brigade qui précédaient les évêques. La nomenclature de ce décret ne mentionnait pas les curés ni les simples prêtres i.

Le décret du 24 messidor, demeuré en vigueur dans toutes ses dispositions, s'est vu modifié tout récemment par le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, en ce qui concerne le rang des évêques. La préséance a été accordée à ces derniers sur les généraux de brigade ; ils sont ainsi placés immédiatement à la suite des préfets '2.

(1) Sous la monarchie les cardinaux passaient immédiatement après les grands dignitaires du royaume. (Grand-amiral, grand-veneur, grandaumônier, grand-maitre de la maison, chancelier, etc., etc.' Us avaient le pas sur nosseigneurs les maréchaux de France et sur les ducs-pairs. Cet état de choses se prolongea jusqu'à la régence du duc d'Orléans (1715) où le cardinal Dubois fit prendre à ceux qui étaient revêtus de la pourpre romaine, le pas sur les grands dignitaires eux-mêmes et leur fit reconnaître le droit d'entrée au Conseil.

Le roi ou les princes parlant aux cardinaux ou leur écrivant, les traitaient de cousins, honneur partagé par les ducs-pairs, les maréchaux, amiraux, grands dignitaires et ministres secrétaires d'Etat.

2) Dans leur correspondance avec les évêques, les préfets ont adopté j)Our la plupart un protocole conciliant leur supériorité administrative

C'est ainsi que l'évêque doit la première visite au préfet, que le préfet doit la première visite à l'archevêque, et que celui-ci la doit à son tour au premier président, s'il en existe dans sa résidence. Parmi les dispositions de ce décret, nous remarquons les honneurs dûs aux archevêques à leur arrivée dans leur ville archiépiscopale. On ordonnait que la garnison serait en bataille sur les places qu'ils devraient traverser , que cinquante hommes de cavalerie iraient au-devant d'eux, qu'ils auraient une garde de quarante hommes, qu'il serait tiré cinq coups de canon, qu'une sentinelle enfin monterait la garde devant leur palais et que toutes les fois qu'ils passeraient devant

avec le respect dû au caractère sacré : Agrées, Monseigneur, i assurance de ma haute et respectueuse considération. L'évêque termine en général ses lettres par la même formule. Les ministres qui écrivent aux préfets : Recevez l'assurance de ma considération très-distinguée, se servent vis-à-vis des évèques de la formule de haute considération. La qualification de Monseigneur n'est du reste employée que depuis ce siècle, dans la correspondance officielle.

Avant 89, non-seulement le roi et les princes de sa famille leur écrivaient : Monsieur ÏEvêque, mais les simples gentilshommes de qualité les appelaient simplement : Monsieur, et les évoques entre eux ne se servaient pas d'un autre mot dans leurs lettres ou leurs conversations. Les cardinaux seuls étaient traités de Monseigneur et d'Eminence. Encore eût-ce été à Versailles un manque absolu de savoir-vivre que d'appeler un cardinal Monseigneur, en présence d'un prince du sang, cette qualification étant exclusivement réservée aux personnes royales quand elles se trouvaient dans le même salon avec de simples particuliers, fussent-ils les plus considérables du monde.

des troupes, elles se mettraient sous les armes et les tambours et les trompettes sonneraient le rappel.

Quand le décret de 1804 fut mis en vigueur, l'archevêque de Paris nommé par arrêté consulaire en vertu du Concordat, était déjà en fonctions depuis deux ans.

Monseigneur de Belloy était d'un âge où le commun des hommes est depuis longtemps entré dans l'éternité, — 93 ans, — quand il fut appelé à succéder à M. de Juigné sur le siège de Paris.

Né sous le règne de Louis XIV, il avait reçu un bénéfice du régent Philippe d'Orléans. Louis XV le choisit pour succéder sur le siège de Marseille à l'illustre Belzunce, quand une maladie aussi dangereuse que la peste, la fureur des controverses religieuses, sévissait cruellement dans ce diocèse. Son esprit de conciliation apaisa les querelles encore vivaces, et fit taire les haines des partis. Ce même esprit le porta à bénir en 1789 les drapeaux donnés à la garde nationale de Marseille 1. Quand l'èvêché de Marseille, par un simple décret de l'Assemblée nationale, eut été supprimé et réuni au siège constitutionnel des Côtes de la Méditerranée, M. de Belloy adressa une protestation à Versailles, puis contraint d'abandonner sa cathédrale de la Major, il se retira dans l'Oise, à Chambly, où il passa sans être inquiété les jours de la Terreur.

(1) Ces drapeaux étaient blancs mais garnis à l'un des angles d'un morceau d'étoffe tricolore.

SECONDK l'AKTlK. H.K)

Du sein de cette retraite, il ne cessait d'avoir les yeux fixés sur sa ville épiscopale, et son église demeurait le plus important de ses soucis. Nous avons de lui une lettre écrite au consul général de la sérénissime république de Venise à Marseille, pour le remercier d'avoir conservé les reliques, que l'émeute aurait, sans son intervention, profanées comme tant d'autres :

- Chambly, 25 septembre 1795.

« A Monsieur le Consul de Venise, à Marseille.

- Monsieur,

•^ Sans avoir L'honneur de vous connoitre personnellement, Je vous prie d'agréer mes justes remerciements sur les soins pieux et généreux, que vous avez bien voulu prendre, de conserver et de faire remettre à notre église cathédrale, les précieuses reliques dont elle était pourvue avant sa dévastation ; L'on ne m'a pas laissé ignorer , Monsieur , le bel acte de religion dont vous avez donné l'exemple, le jour de la fête de S* Lazare, p"" Eveque du diocèse, en assistant solemnellement à l'office, de la manière la plus édifiante, avec nombre de personnes de votre nation; cette démarche fait l'éloge des sentiments de piété et de religion dont vous êtes animé , elle vous sera très méritoire devant Dieu à raison des salutaires effets.

qu'elle à, (m'écrit-on), produit sur la multitude du peuple, qui y assistait.

» Je ne puis assez vous exprimer, combien j'en suis touché et reconnoissant ; c'est avec ce sentiment de reconnoissance, d'estime et de respect, que je suis très sincèrement, Monsieur,

- V Votre très humble et obéissant serviteur

- t J. Bap\ Ev. de W\

- Si vous m'honoriez d'une réponse , voicy mon adresse clwis laquelle il ne faut pas ajouter la qualité d'Evêque. Au citoyen J. Bap\ Belloy, à Chambly, département de l'Oise. ^

Quelques années plus tard, durant les négociations du Concordat , Bernier adressait à Talleyrand une notice sur les démissions données par les anciens évêques^; il s'exprimait ainsi à l'égard de AI. de Belloy : ^ Leur doyen d'âge, l'évéque de Marseille, vieillard de 92 ans, fait pour donner l'exemple à ses collègues, a écrit le 21 septembre à Mgr Spina : ~ Je reçois avec respect et soumission filiale, le bref, que vous m'adressez de la part de N. S. P. le pape ; plein de vénération et d'obéissance pour ses décrets, et voulant toujours lui être uni de cœur et d'esprit, je n'hésite pas à remettre entre les mains de Sa Sainteté ma démission de l'évêché de Marseille. Il suffit qu'elle

(1) 3 vendémiaire an X.

l'estime nécessaire à la conservation de la religion en France, pour que je m'y résigne, r^

Cette lettre mise sous les yeux du premier consul, valut à ce vénérable prélat larchevêché de Paris. En présence des concurrents nombreux qui sollicitaient ce siège, nommer un évêque quasi-centenaire, c'était pour le gouvernement signer une trêve.

Ce choix d'un homme que personne n'osa attaquer, et dont l'élévation ne blessa aucun amour-propre, prévint en effet les agitations et les troubles.

L'archevêque de Paris justifia toutes les espérances que le gouvernement consulaire avait fondées sur sa haute sagesse; aussi Bonaparte sollicita pour lui le chapeau de cardinal. Déjà par un arrêté du 16 août 1802, il l'avait nommé membre du conseil général d'administration des secours et hôpitaux de Paris. Pie YII le décora de la pourpre dans le consistoire du 17 janvier 1803, et le premier consul lui remit la barrette dans la chapelle des Tuileries, le 27 mars de cette année. Le cardinal publia divers mandements nécessités par les circonstances ; amsi, le 13 juin 1803, celui qui ordonne des prières publiques pour demander à Dieu la prospérité des armes de la République ; le 20 février 1804, le mandement qui ordonne qu'il sera chanté dans toutes les églises du diocèse, le dimanche 26 février, une messe d'actions de grâces pour remercier Dieu de la découverte d'une conspiration tramée contre les jours du premier consul ; et le 30 décembre de cette

année, un mandement pour le Te Deum chanté à l'occasion du couronnement de Napoléon. Le 21 juillet 1803, le cardinal de Belloy décréta l'établissement des fabriques dans toutes les paroisses, en dressa les statuts, et publia une lettre pastorale concernant le règlement qui fixe les droits respectifs des curés et desservants.

Le diocèse fut organisé par les soins de l'évêque d'Orléans, M. Bernier, qui espérait être nommé luimême à l'archevêché de Paris ^ .

On n'éprouva dans ce travail que les difficultés inséparables d'un état de choses, où les places étaient réduites, sans que le nombre des concurrents le fût. La circonscription des cures et des succursales excita quelques réclamations ; on fit à M. Bernier le reproche d'avoir trop agrandi le territoire de certaines paroisses, et d'en avoir resserré d'autres dans des bornes trop étroites. Il semblerait en effet avoir moins consulté en cette circonstance l'avantage des fidèles, que celui des sujets qu'il avait le désir de placer.

Peu après, il parut un mémoire imprimé en faveur des prêtres constitutionnels , signé Sébastien- André Sihire. L'auteur prétendait qu'on les avait laissés sans place et dans l'inaction, ce qui n'était pas exact. Sans doute on ne les employa pas tous, mais ils le furent en plus grand nombre que le gouvernement lui-même ne l'avait indiqué. Sur soixante-huit prêtres placés hors

(1) Voir aux l^ièces justificatives.

des murs de Paris, cinquante-cinq avaient fait le serment de 1790. Dans l'intérieur de la ville, sur neuf chanoines, trois étaient assermentés; l'un des vicaires généraux l'était aussi. Sur douze curés, on comptait également trois constitutionnels, et dix-huit sur trente desservants. Au reste, le préfet de police fit saisir le mémoire du sieur Sibire, comme tendant à prolonger le schisme, et l'attente des malveillants fut trompée.

Le 2 décembre 1804 , le souverain-pontife sacrait à Notre-Dame l'empereur Napoléon et l'impératrice Joséphine.

En mémoire de ce grand événement dont la cathédrale de Paris avait été le témoin, le pape, par une bulle du 3 des calendes de mars (27 février) 1805, érigea cette église en basilique mineure, à l'instar des basiliques mineures de Rome , et accorda à ladite église, à ses chapitres et chanoines, de faire porter dans les processions , le conopée , dit vulgairement pavillon (petit dais) avec la clochette, à l'instar des mêmes basiliques de Rome^

En 1806, le 10 août, le cardinal de Belloy fit la translation solennelle et la première exposition, dans l'église de Notre-Dame, de la sainte Couronne d'épines, achetée en 1238 par le roi saint Louis. Cette précieuse relique, déposée à la bibliothèque nationale pendant

(1) La publication de cette bulle en France fut autorisée par un décret impérial daté du camp de Firsckensteim le 31 mai 1807.

les mauvais jours de la Révolution, avait été, à la demande du cardinal, rendue à la métropole. Deux jours après cette cérémonie parut un mandement qui ordonnait la publication du catéchisme à l'usage de toutes les églises de l'empire français pour être seul enseigné dans le diocèse de Paris i.

Sauf quelques actes d'administration, l'épiscopat de M. de Belloy est presque exclusivement rempli par les Te Dewn solennels que l'empereur ordonnait. Jamais la monarchie ancienne n'en avait autant demandé. Te Deum pour toutes les batailles, Te Deura pour tous les traités, Te Deum pour l'anniversaire de ces batailles et de ces traités, Te Deum pour les anniversaires de la naissance de l'empereur. Te Deum pour les anniversaires de son couronnement. La grande figure de Napoléon tentait d'absorber la religion comme elle absorbait toute chose en Europe ; le culte lui semblait principalement destiné à faire des vœux pour ses armes et à rendre grâces à Dieu, tantôt de ce que l'empereur se battait, tantôt de ce qu'il ne se battait plus.

Quant à Belloy, il se vit revêtu de toutes les dignités de l'Eglise et de l'empire : Sénateur, Comte de l'empire, Grand-Aigle de la Légion d'honneur. L'empereur l'aimait beaucoup ; longtemps après sa mort, dans ses conversations de Sainte-Hélène, Napoléon mettait de

(1) Pour le catéchisme de l'empire, voir l'Eglise romaine et le premier Empire, par le Comte d'Haussonville.

Belloy à la tête de ces anciens évêques qui eurent sa confiance et ne le trahirent jamais.

— Le digne cardinal de Belloy et le bon archevêque Roquelaure, disait-il, m'affectionnaient sincèrement.

Le prélat avait 96 ans, quand l'empereur le recevant aux Tuileries lui dit :

— Monsieur le cardinal, vous vivrez jusqu'à cent ans.

— Eh! pourquoi, répondit- il gaiement, Votre Majesté veut-elle que je n'aie plus que quatre ans à vivre. Vraiment elle me fait tort. Il me faut d'abord la centaine et ensuite les quatre au cent.

Trois ans plus tard en 1808 — il était dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année — l'archevêque atteint d'un catarrhe, était sur son lit de mort, entouré de sa famille. Il refusait les médicaments :

— Apprenez à mourir, n'entravez point la mort, disait-il.

Napoléon, par un décret rendu à Rayonne, ordonna d'élever un monument à sa mémoire : - Voulant, dit-il, honorer la mémoire du cardinal de Belloy, et donner une preuve de la reconnaissance que nous conservons, des services qu'il nous a rendus, et du cas particulier que nous faisons des vertus dont ce respectable prélat a donné l'exemple, pendant soixante années d'épiscopat , nous avons ordonné qu'il fût enterré dans l'église métropolitaine, et qu'il lui fût élevé un monument, pour attester la singulière considération que nous avons pour ses vertus épiscopales. -

170 r,KS KVKQUF.S ET ARCHEVEQUES DE PARIS.

Le Moniteur rend compte en ces termes des obsèques qui lui furent faites :

♦î Aujourd'hui 25 juin, en exécution du décret rendu à Rayonne le 19 du même mois, par lequel S. M. l'empereur et roi permet que Mgr le cardinal de Belloy, décédé archevêque de Paris, soit enterré dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, la pompe funèbre de S. E. Mgr Jean-Baptiste de Belloy, cardinal-archevêque de Paris, sénateur, grand aigle de la légion d'honneur, a eu lieu dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, ainsi qu'il suit :

- A dix heures et demie S.A. S. Mgr le prince archichancelier de l'empire, (Cambacéres) est arrivé à l'archevêché ou se sont trouvés S. A. S. le prince architrésorier, le seul grand dignitaire de l'empire présent à Paris; LL. EE. les ministres de S. M. l'empereur et roi, les ministres d'Etat, les grands officiers de l'empire, présents dans cette capitale, le ministre des relations extérieures du royaume d'Italie, les grands officiers de la Légion d'honneur, des députations du sénat, de la cour de cassation, de la cour des comptes, de la cour d'appel, de la cour criminelle, le préfet de la Seine, les maires de Paris, les commandants d'armes de la première division militaire.

•^ On distinguait dans le clergé qui occupait le sanctuaire LL. EE. le cardinal Caprara, le cardinal Maury, le cardinal Ruffo et le cardinal de Bayanne, M. l'archevêque de Corfou, M. de Rohan, ancien archevêque de

Cambrai, premier aumônier de l'impératrice, et plusieurs évêques. Le clergé s'est rendu à la chapelle ardente où était exposé le corps de S. E. le cardinal de Belloy.

- Le convoi s'est mis en marche, suivi immédiatement par LL. AA. SS. et par tous les membres des autorités ci-dessus désignées; il est sorti de l'archevêché, par le chevet de l'église, a parcouru la place Fénelon, la rue du Cloître, le parvis Notre-Dame et est entré par la principale porte de l'église.

r Le cercueil de S. E. a été déposé sous un catafalf|UO magnifique, élevé au milieu du chœur, autour duquel régnait un cordon de lumières, et drapé dans toute son enceinte, ainsi que le sanctuaire et la nef. Les litres étaient décorés des armes et des écussons de S. E.

•^ Le catafalque, surmonté d'un dais, était orné de figures, de cassolettes et de cierges ardents, et entouré par la famille du respectable prélat, dont il renfermait la dépouille mortelle.

- Les artistes les plus distingués de la capitale , avaient été réunis pour exécuter la messe de Requiert t, de Mozart, et l'impression qu'elle a produite répondait dignement au caractère lugubre de cette imposante cérémonie.

-> Après l'Evangile, M. Jalabert l'un des vicairesgénéraux, a prononcé l'oraison funèbre, adressant la parole à S. A. S. le prince archi-chancelier ; M. Lejeas, président du chapitre, a officié.

- LL. AA. SS. le prince archi-chancelier, et le prince archi-trésorier, LL. EE. les ministres, les grands officiers de la légion d'honneur, les maréchaux de l'empire, le président du sénat, ont été jeter l'eau bénite sur le cercueil de S. E. ^^

Le cardinal Maury fit de Belloy un éloge mérité : ^ Le héros de l'histoire et de la postérité, auquel il sied si bien de mesurer et de* dispenser la gloire, dit Maurj, l'a déjà élevé au-dessus de tous nos hommages en ordonnant qu'il lui fût érigé un monument funèbre dans le temple où sa cendre repose. Ce digne pontife, également selon le cœur de Dieu et des hommes, et dont le nom sera toujours en bénédiction, a terminé sa carrière apostolique, à l'époque où il allait entrer dans son année séculaire ; tous les vœux publics lui présageaient et lui souhaitaient encore une jouissance prolongée de jours sereins, au delà des bornes les plus reculées de la vie. Un si glorieux épiscopat sera, dans les fastes de cette grande Eglise, inséparable du rétablissement à jamais mémorable du culte public ; c'est l'anneau sacré par lequel le Ciel a voulu rattacher tous ses successeurs légitimes à la série des évêques immortels qui ont occupé avec tant d'éclat le siège de saint Denis, notre premier apôtre. Dans ce vieillard vénérable, qu'on aurait pu appeler comme autrefois le fameux Osius de Cordoue, le père des évêques, la Providence semblait avoir signalé le caractère le plus heureusement en harmonie avec les circonstances difficiles

à la restauration de nos autels, par son excellent esprit, sa haute prudence, son attrayante douceur, son inépuisable charité , et la sagesse toujours éclairée de ses principes. La religion profita de la piété filiale qu'inspiraient ses vertus, son grand âge et la réunion de tous les dons extérieurs de la nature pour commander avec plus d'autorité le respect dû à son ministère ; et durant ses dernières années , il nous a retracé la vieillesse auguste et calme du disciple bien-aimé qu'il paraissait avoir spécialement choisi pour modèle dans cette douce morale qui se réduit à la seule obligation d'aimer le prochain , selon Dieu , l'essence et la plénitude de la loi. »

Homme de paix , dirent les harangues officielles ; la paix, en vérité, l'amour de la paix, c'a été le sentiment le plus vif et le plus profond de cet archevêque, dont le destin à Paris a été de célébrer la guerre. La paix, il fut chargé, au xviii® siècle, de la rétablir à Marseille; il fut appelé, au xix^, à la consacrer à Paris. Il réussit dans cette double mission; et dans la capitale, où son ouaille première était le premier guerrier du siècle, il n'eut point de peine à s'en faire apprécier. La paix, il la portait dans les plis de sa robe d'évêque, il aimait avec passion ce bien si hautement désirable, que l'Eglise catholique ne sait rien de meilleur à souhaiter à ceux de ses membres qui quittent cette vie agitée, quand elle implore le Ciel par ces paroles : Rpqviem (vtprnmn ciona eis. La paix,

ce grand desideratum de rhumanité, que le fidèle vient chercher au tribunal de la Pénitence, quand le prêtre lui dit : Allez en paix. La paix, enfin, ce but de tous les efforts, qui seule donne le bonheur et sans qui le bonheur n'est point ; que les chants religieux, en même temps qu'ils proclament la gloire de Dieu dans le ciel, font espérer sur la terre aux hommes de bonne volonté ; la paix, n'est-ce point pour un prélat un noble apanage que de la posséder, une rare vertu que de la répandre?

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