‹ Les Evêques et archevêques de Paris depuis Saint Denys jusqu'à nos jours avec des documents inéditsChapitre 27 sur 52 · ALEXANDRE-ANGÉLIQUE DE TALLEYRAND-PÉRIGORD · texte numérisé non relu

ALEXANDRE-ANGÉLIQUE DE TALLEYRAND-PÉRIGORD

Talleyrand-Périgord, archevêque Je Reims. — Prélat grand seigneur, — Pasteur homme de cour. — L'ami de Louis XVIIl. — Grrand-aumônier à Altona. — lies idées gallicanes. — Sa rentrée en France. — Archevêque nominal de Paris.

Caractère très-froid, très-simple, très-doux et trèsentier, M. de Talleyrand était peut-être l'homme de France le moins fait pour vivre en temps de révolution. Etranger au mouvement des esprits jusqu'en 1789, le bouleversement qui s'opéra sous ses yeux le surprit comme un coup de foudre , mais sans l'ébranler.

Premier pair ecclésiastique comme archevêque-duc de Reims, il lui appartenait de prendre la parole au nom de son ordre. 11 protesta dans l'Assemblée constituante contre la constitution civile du clergé ; quand la position ne lui parut plus tenable, il se rendit à

Aix-la-Chapelle, d'où il continua à envoyer à Versailles ses protestations sous pli cacheté, et à gouverner son diocèse de Reims par correspondance. Il pensait quitter la France pour quinze jours, il n'y rentra qu'au bout de vingt-cinq ans. Semblable à un homme qui chercherait un abri passager pour un orage d'une heure, et qui verrait le déluge submerger le monde, M. l'archevêque de Reims regardait le ciel avec sérénité et attendait depuis un quart de siècle la fin de la tempête.

En 1801, il avait été du petit nombre des évêques qui malgré les exhortations du pape, persistèrent à ne pas donner leur démission. Il lui parut exorbitant qu'un concordat fût signé par le successeur des Apôtres avec un gouvernement insurrectionnel.

Ce fut sous l'empire de ces sentiments que M. de Talleyrand rentra à Paris ; il s'attendait à trouver toutes choses pêle-mêle, et à voir régner une confusion universelle : il lui parut presque anormal que le culte s'exerçât librement en France, et que les sacrements fussent ostensiblement administrés à des catholiques aussi fervents que sous l'ancien régime.

Alexandre-Angélique était fils du marquis de Talleyrand et de la marquise, née Chamillard. Sa grand'mère avait été mariée en premières noces avec le marquis de Chamillard, en secondes, avec le prince de Chalais. Elle avait marié sa fille du premier lit avec le marquis de Talleyrand et sa fille du second lit

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avec le comte de Périgord, fils du marquis de Talleyrand. L'une des deux sœurs utérines devint donc la belle-mère de l'autre, et le comte de Périgord était à la fois le fils et le beau -frère du marquis de Talleyrand.

C'avait été un jeune homme mûr de bonne heure que M. de Talleyrand, et le roi Louis XV l'avait distingué. Aumônier du roi, au sortir du séminaire, il n'avait pas trente ans quand M. de la Roche-Aymon le demanda pour coadjuteur à Reims. Sa physionomie tendre et douce le rendait aisément sympathique; sa constitution frêle excitait l'intérêt.

— Ah! disait-on à Reims, nous ne le conserverons pas encore un an.

Et le prélat dont il était le coadjuteur, le recommandait à son clergé en ces termes :

— Ne cessez point, mes chers collaborateurs, de prier pour le vénérable archevêque que la miséricorde divine nous a donné pour nous aider dans l'exercice de notre ministère.

Au moral, sage et vertueux, il n'eut rien de l'attitude des prélats de cour, et il ne tint pas à lui de préserver son neveu Charles-Maurice de Talleyrand, le fameux diplomate, des écarts de sa première jeunesse. Amoureux de la ligne droite, animé d'un grand esprit de suite, il apportait dans sa charge pastorale la même régularité que dans la vie privée. Au physique, on ne savait lequel des deux il était le plus et le mieux, prélat

21*^ LES ÉVÊQUES ET xVRCHEVÊQUES DE PARIS.

OU grand seigneur; le tact, cette modération exquise dans les manières, ce grand air, cette simplicité hautaine, cette politesse évangélique, étaient répandus naturellement dans toutes ses conversations. Courtisan religieux, pasteur homme de cour, il portait en lui et au plus haut point le mélange d'un successeur de saint Remy, combiné avec un gentilhomme de la cour de Louis XV.

On lit à son sujet dans les procès-verbaux de l'Assemblée du clergé de 1770, cette phrase, pleine d'éloges : « La considération distinguée qu'il s'est déjà acquise, son mérite, les qualités aimables qui forment son caractère, sa douceur et cette politesse si naturelle qui lui gagnent tous les cœurs et ajoutent un nouveau lustre à sa naissance, feraient penser que les témoignages publics d'estime et d'affection qui lui sont décernés, mériteraient d'être un jour cités comme un exemple dans les fastes de l'Eglise gallicane. «

Dans son diocèse, l'archevêque ne s'occupait pas seulement de l'amélioration morale de ses peuples. Il obtint du roi d'Espagne Charles III un troupeau de moutons mérinos, et donna ainsi une grande finesse aux laines de Reims ; il fonda avec l'aide de quelques maisons de commerce, une espèce de mont-de-piété * dont les prêts étaient gratuits ; pour faire adopter par ^ les paysans la couverture en tuile, et la substituer au chaume qui avait l'inconvénient de favoriser les incen- f dies, il s'engageait à payer la différence du prix du

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chaume avec celui de la tuile; il faisait enfin dresser, pour rendre l'eau plus abondante, un plan général de forage des puits en Champagne.

Ce fut au milieu de ces soins d'administration, et de cette active sollicitude que le trouva la convocation des Etats-Généraux.

Quelques mois plus tard, il n'eut, en quittant la France, qu'à choisir entre les plus brillantes hospitalités. M. Pitt chargea M. le marquis de Barthélémy, notre ambassadeur à Londres, de dire à l'archevêque de Reims qu'il mettait à sa disposition tous ses moyens de crédit et de puissance, que son plus grand bonheur serait d'adoucir les peines de l'homme peut-être le plus respectable qu'il eût jamais connu.

Talleyrand n'accepta pourtant pas les offres du premier ministre anglais, il se rendit à la cour de Brunswick, puis à celle de Weimar, où il vécut dans la famille des souverains de ces pays et dans l'intimité du maréchal de Castries, l'ancien vainqueur de Clostercamp, avec lequel il resta jusqu'à sa mort, en 1801, étroitement uni.

Appelé en Russie par Louis XVIII, il se rendit à Mittau où celui que l'on appelait alors le comte de Lille, vivait avec le duc et la duchesse d'Angoulème, l'ange du malheur, l'abbé Edgeworth, le comte d'Avaray , le cardinal de Montmorency et quelques familiers.

Quand le prince fut contraint de s'éloigner, il le

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suivit à Varsovie , vivant au milieu d'une foule d'émissaires et d'espions, envoyés de toutes les parties de l'Europe, principalement de Paris, pour observer la petite cour. Il fut témoin de tentatives sur la vie même de son maître, que l'administration prussienne affecta de ne pas voir, et qui mirent plus d'une fois en danger les jours de Louis XVIII. De Varsovie, l'arche- . vêque s'en fut avec la famille royale à Hartwell, où il devint grand-aumônier. Ce fut en cette qualité qu'il remit, en 1814, le cordon du Saint-Esprit et qu'il donna l'accolade au prince-régent d'Angleterre.

A la restauration, Talleyrand rentrant en France, trouva son siège supprimé en vertu d'un concordat qu'il n'avait jamais reconnu, puisqu'il avait toujours refusé de s'y soumettre. On le nommait néanmoins l'archevêque-duc de Reims, puisqu'il avait été archevêque de cette ville, et que le premier titre emportait le second. En cette qualité, et d'après les usages de l'ancien régime, Talleyrand était le premier dans le clergé de France ; sa charge de grand-aumônier augmentait encore sa position; enfin le roi le nomma ministre des affaires ecclésiastiques.

Il était difficile de faire un plus mauvais choix. Le bruit courut immédiatement dans le public, que les évêques institués en vertu du Concordat seraient mis à l'écart. Le silence de l'Almanach Royal sur tout ce qui était relatif au clergé, concourait à accréditer ce bruit. A la vérité, M. de Tallevrand s'était considéré, dès le

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premier jour, comme chargé de trouver et de nommer de nouveaux évêques.

Investir d'une fonction qui équivalait au portefeuille des cultes, un prélat qui avait refusé en 1801 de donner sa démission, c'était paraître infliger une leçon au souverain-pontife, et inquiéter la cour de Rome avec laquelle le comte, depuis duc de Blacas, allait être chargé de négocier un nouveau concordat. En France, c'était jeter une sorte de défi à l'opinion et adresser un blâme à tout l'épiscopat ; par cette nomination on semblait manifester le désir d'abroger tout ce qui, depuis vingt-cinq ans, avait pu être fait en matière religieuse, le bien comme le mal ; et tandis que dans l'ordre politique on affirmait ne devoir rien changer, qu'on poussait le pardon des injures jusqu'à conserver M. le duc d'Otrante, qui avait persuadé au prince qu'on ne saurait se passer de lui, on paraissait disposé à anéantir une organisation religieuse fonctionnant depuis quatorze ans avec l'approbation du pape.

Cette tendance réactionnaire souleva des murmures en France, et le choix de Talleyrand fut accueilli à Rome avec froideur. Le grand-aumônier ne se dissimulait pas d'ailleurs son insuffisance. Depuis vingt-cinq ans, tout avait changé dans notre pays, le jeune clergé ne connaissait pas même son nouveau chef, et les évêques de 1789 étaient presque tous morts, soit en exil, soit à la tête des diocèses nouveaux.

Pour l'aider dans la tâche qu'il avait entreprise,

Talleyrand s'adjoignit M. de Quélen, un jeune aumônier de l'impératrice, homme éminent, dont il fit plus tard son coadjuteur, et qu'il nomma tout d'abord secrétaire de la grande-aumônerie.

La nomination de M. de Quélen, c'est le plus bel acte d'administration de M. de Talleyrand. Tous deux avaient à peu près le même caractère, et se seraient ressemblé beaucoup, — sauf le talent, que le premier seul possédait à un haut degré, — s'ils avaient suivi la même route. Mais Quélen qui avait vu de près les horreurs sanglantes de la révolution, avait été par ce fait seul à portée d'apprécier les bienfaits du Consulat. Il comprenait la position nouvelle qu'un ordre de choses nouveau faisait à l'Eglise, il avait la notion des besoins de son temps, et n'ignorait rien de ce qu'il fallait pour les satisfaire. Au contraire, le vieil archevêque de Reims, n'avait pu puiser à la cour du duc de Brunswick, généralissime des armées coalisées en 1792, ni à Varsovie, d'où par les ordres de son neveu, l'ancien évêque d'Autun, le roi Louis XVlll s'était vu à peu près expulsé, ni en Angleterre, où pendant douze ans, le pays joua sa vie contre la nôtre, n'avait pu puiser, disons-nous, un bien grand enthousiasme pour les institutions nouvelles. Les ennemis de la révolution et de l'empire, qu'il avait exclusivement fréquentés, n'avaient pas eu de peine à faire partager leurs préventions par un français exilé, archevêque sans diocèse, pair sans parlement, aumônier d'un roi sans royaume. Pour

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concilier toutes choses, Talleyrand-Périgord n'était évidemment pas l'homme qu'il fallait. Il avait toutefois une qualité assez rare parmi les membres du premier cabinet de la Restauration : un absolu dévouement.

Pendant les négociations du Concordat, M. le grandaumônier, entretint avec MM. de Richelieu et de Blacas, une active correspondance i.

Le pape exigea tout d'abord que les anciens évêques envoyassent leurs démissions. Les termes en furent discutés avec une certaine âpreté :

M. de Talleyrand écrivait au duc de Richelieu le 25 juin 18172:

^ Je ne vous parle plus du mot ohedientiœ, c'est w encore une mauvaise chicane à la catholicité, et c'est •^ nous faire injure que d'élever des doutes sur ce -■ point ; j'espère vous envoyer sous peu les lettres de - mes confrères.

-^ Je vous le dis, M. le duc, dans la sincérité de mon -■ cœur, et avec la droiture que vous m'avez toujours -^ connue, je n'ose m'appesantir sur les tristes consé- ,r> quences qui doivent résulter de laisser en place des ^ hommes que toiit le clergé françois repousse avec r> indignation ; les ministres du roi rendront un éminent ^ service à la religion, et peut-être à l'Etat, s'ils par-

(1) Voir aux pièces justificatives.

(2) Documents extraits des archives diplomatiques. Rome, 1817. — Cette pièce et les suivantes sont inédites.

« viennent à ôter cet opprobre du milieu de notre ?» Eglise. T.

Sa démission personnelle, et la révocation des anciens constitutionnels que M. de Talleyrand ne cesse de demander, tels sont les deux objets qui remplissent ses lettres au ministre des affaires étrangères.

Il écrivait à nouveau, le 27 juin 1817, à M. de Richelieu :

^ Monsieur le duc,

- J'ai reçu hier à onze heures du soir, la lettre que ?5 vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et celle du rr roi qui y était renfermée. Je suis obligé de profiter r> de la permission que vous me donnez de garder -^ votre courrier, parce que, d'après le désir que vous » m'avez témoigné d'avoir le plus promptement possible « les nouvelles lettres demandées, j'ai envoyé M. l'abbé r> de Qaélen à Paris pour en faire tout de suite le r> nombre de copies nécessaires, et les présenter à « signer aux évêques qui ont signé les précédentes. r> Il faut être italien pour imaginer quelque subterfuge r> dans cette erreur évidente de copiste, puisque cette « expression di obéissance était dans nos précédentes r> lettres, qu'elle est de droit et consignée dans tous les 55 actes du clergé, lorsqu'on ne demande rien de con- « traire aux principes et à la discipline constante de r^ l'Eglise. D'ailleurs , la bonne foi évidente avec « laquelle nous avons constamment agi dans cette si

^ affligeante affaire pour l'Eglise de France, la facilité

- que nous y avons mise, pour parvenir au rétablisse- ?5 ment de la religion dans le royaume, devaient nous ^ mettre à l'abri d'un pareil soupçon y

Sur ces entrefaites, Talleyrand fut nommé archevêque de Paris : le roi le força d'accepter, en disant que son ombre seule, comme celle de saint Pierre, suffirait pour faire des miracles.

Il faisait part de ses projets pour l'administration du

diocèse, dans la lettre suivante, adressée à M. de

Richelieu :

^ Maffliers, le25juin 1817.

y Monsieur le duc, ^ Il n est pas possible que vous vous soyez persuadé ^ que j'aie pu oublier les deux hommes, que je regarde r^ comme les plus capables d'honorer l'épiscopatfrançois w par leurs vertus et par leurs talents et par la confiance « générale qu'ils inspirent. M. l'abbé Frayssinous, et r M. l'abbé Duval ont été les premiers sur lesquels r> j'avois jeté les yeux pour remplir un des sièges de y France, je les avois même portés sur la liste de •^ nomination que je comptois présenter au roi, tant

- que j'ai pu croire que Sa Majesté ne songeoit plus à r moi pour l'archevêché de Paris. Aussitôt que je me « suis vu imposer un fardeau dont je dois ressentir plus

- qu'aucun autre la pesanteur, vu surtout mon âge et " mes infirmités, je me suis sonti le désir et la nécessité

r de donner à ce diocèse, dès mon entrée, une preuve ^ de l'importance que je mettois à l'administration de ri ce siège, en m'entourant des ecclésiastiques les plus

- dignes de l'estime du clergé, les plus capables de

- m'aider à le bien gouverner. J'avois donc résolu de r conserver, pendant quelque tems, auprès de moi, •^ messieurs Frayssinous et Duval ; je les aurois admis r dans mon conseil ; je leur donnois des pouvoirs de ri grands-vicaires, et je les aurois chargés, l'un, de r^ surveiller tout ce qui regarde l'instruction chrétienne ^ dans le diocèse, l'autre, de tout ce qui regarde les r communautés religieuses et les bonnes œuvres qui r forment une partie bien intéressante.

» Cependant mon intention n'étoit pas de les laisser T ainsi simplement chargés, sans honneur, de fonctions

- pénibles ; comme les nominations aux évêchés laissent •? vacantes des places à la Cour, je me proposois de r> demander au roi pour eux des charges d'aumôniers ?î à la Cour ; l'un et l'autre se trouveroient ainsi placés r> d'une manière honorable et avantageuse, plus utile « à l'Eglise, et je puis ajouter avec certitude, d'une V manière plus favorable à leur goût, leurs habitudes » et leur genre de talent ; M. Frayssinous désirant T suivre encore pendant quelque tems ses conférences

- qui font un bien infini, ce qui seroit incompatible •^ avec les devoirs de l'épiscopat, et M. Duval étant "■ d'une santé qui ne lui permettroit pas d'en supporter ^ les travaux.

- Le roi, en récompensant ainsi ces deux estimables y> ecclésiastiques, trouveroit un moyen de les conserver

V à Paris et à la Cour, où ils peuvent rendre les ser- « vices les plus essentiels à la religion et à l'Etat. Rien

- n'empêcheroit, au reste, qu'après la première orga-

V nisation terminée et bien établie, on leur proposât

- de remplir des sièges, s'ils veulent les accepter. Dans ^ tous les cas, il ne faudroit pas les éloigner comme ^ à Nismes ou Perpignan, mais les placer à Meaux, ^ Versailles ou aux environs ; peut-être même des ^ évêchés in partibiis leur conviendroient mieux.

•^ Voilà, monsieur le duc, mon plan sur ces mes- T, sieurs, je leur en ai déjà communiqué une partie, « et je suis assuré de leur dévouement pour moi. r J'espère que ce plan sera agréable au roi, je vous

- prie de lui en parler en lui remettant la lettre ci- ■^ jointe, où je le lui explique. J'avois le dessein de lui T demander son consentement à cet égard, lorsque nos

V affaires auroient été assez avancées pour me laisser » entrevoir l'espérance d'exécuter ce dessein. Je vous » serai obligé aussi, monsieur le duc, de parler à Sa r^ Majesté de M. l'abbé Desjardins, curé des Missions r> étrangères, homme de beaucoup de mérite, et que je » désirois lui proposer pour remplir un siège, mais j'ai ^ cru devoir encore le conserver quelque tems pour

- l'administration du diocèse de Paris. -

Le chapeau de cardinal fut en même temps demandé pour le nouvel archevêque de Paris, et l'ambassadeur

de P>ance à Rome écrivait, à l'égard de cette négociation, au ministre des affaires étrangères :

u Rome, 17 juillet 1817.

^ J'ai présenté à Sa Sainteté la lettre du roi

r pour la nomination de M. l'ancien archevêque de r Reims à la promotion des Couronnes. Quant aux V deux autres lettres de Sa Majesté, elles sont restées r entre mes mains, le cardinal secrétaire d'Etat m'ayant i^ représenté que, sur la demande du roi, le pape allait » envoyer le chapeau à MM. de la Luzerne et de r Bausset; mais que Sa Majesté n'ayant, comme roi w de France, qu'une seule nomination à faire, le Saint- ^ Père ne pouvoit recevoir officiellement que celle de r M. l'ancien archevêque de Reims, déjà désigné depuis •^ longtemps. Je n'ai pas cru devoir insister sur cet r objet, puisqu'il s'agissoit d'un point de droit et que T d'ailleurs le résultat seroit le même, MM. les anciens r^ évêques de Langres et d'Alais devant être préconisés -^ lundi 28 du courant, dans le même consistoire que rî M. l'archevêque de Reims. J'aurois désiré que Sa ^ Sainteté pût tenir ce consistoire dès lundi prochain, r mais il n'y avoit pas le temps nécessaire pour rem- ^ plir les formalités qui doivent le précéder. (Le pape - ne tient jamais de consistoire que le lundi.) -^

Le 28 juillet 1817, le même ambassadeur écrivait : ~ Dans le consistoire secret tenu ce matin, Sa

•- Sainteté a préconisé cardinaux de la sainte Eglise ^ Romaine MM. de Talleyrand-Périgord, de la Luzerne « et de Bausset et MM. Lante Cesarei déjà nommés •^ in 2^etto, ainsi que plusieurs évêques dont la note est - ci-jointe. ^

Les actes d'administration de M. de Talleyrand ne sont point nombreux dans le diocèse de Paris.

Il rédigea un nouveau bréviaire où il admit les fêtes du Sacré-Cœur et de saint Ignace de Loyola, que M. de Belloy, son prédécesseur, n'avait point adoptées, rétablit les retraites ecclésiastiques par une ordonnance du 18 septembre 1820, présida en personne celle de cette année, et donna une extension plus considérable à l'œuvre des petits séminaires. Il avait même assigné des fonds sur son revenu pour seconder cette noble entreprise, ainsi que pour l'acquisition d'une maison de campagne destinée à ces jeunes aspirants au sacerdoce. La mort l'empêcha d'accomplir une œuvre non moins importante pour le bien de la religion et non moins chère à son cœur, celle de la visite pastorale.

Par une ordonnance du 18 octobre 1819, il divisa le diocèse de Paris en trois archidiaconés portant les noms d'archidiaconé de Notre-Dame, d'archidiaconé de Sainte-Geneviève et d'archidiaconé de Saint-Denis, et assigna le titre de chacun d'eux à un vicaire-général.

Comblé des plus hautes dignités ecclésiastiques de l'ancien régime et des temps nouveaux, cet archevêque de quatre-vingt-cinq ans, qui avait été aumônier de

Louis XV, qui avait sacré Louis XVI, et marié le duc de Berry, eut la consolation de baptiser le duc de Bordeaux, au milieu de l'allégresse de la capitale. " La religion. Sire, dit-il à Louis XVIII, sous le

- portail de Notre-Dame, remet entre vos mains ce r dépôt si précieux, chargé de ses bénédictions et de

- ses espérances. Elle le confie à Votre Majesté pour ^ lui apprendre par ses leçons et ses exemples, ce que

- l'Eglise doit se promettre d'un roi très-chrétien. -^ Quelques mois plus tard, atteint d'un mal incurable,

le prélat dicta son testament, il y parlait ainsi de Mgr de Quélen, qui allait le remplacer :

« Je renouvelle à M. le coadjuteur mes remercîments r> de tout ce qu'il a bien vouki faire, du zèle qu'il na

- cessé de mettre pour m'aider dans le commencement "■ du bien qu'il était possible de faire, pendant le peu de

- temps que j'ai été archevêque de Paris. Je me félicite T tous les jours de l'y avoir pour successeur, bien assuré r> d'après ses vertus, son zèle et ses moyens, qu'il y T, fera tout le bien qui dépendra de lui. r>

Quelques jours avant sa mort, le roi qui envoyait trois fois par jour savoir de ses nouvelles, vint le voir ; son frère était avec lui. Le cardhial voulut baiser la main de Monsieur, depuis, Charles X :

— Je veux bien, dit le prince avec une grande simplicité, cela me portera bonheur.

Le lendemain, il reçut les derniers sacrements, et se sentant près de passer, il se fit apporter sa tabatière

SECONDE PARTIE. t2^

OÙ était le portrait du roi, le fixa quelque temps, et le posa sur son cœur.

Quand il apprit sa fin, le roi dit avoir perdu son ami le plus fidèle, et le prince de Chalais, neveu du prélat, fut fait le lendemain chevalier des ordres.

Chargé de prononcer son oraison funèbre, Frayssinous prit pour texte ce passage des Ecritures : « Il mourut dans une heureuse vieillesse, comblé d'années, de biens et de gloire et Salomon son fils régna en sa place. -

^ Il n'est plus cet ancien de l'épiscopat français, s'écria ensuite le brillant orateur... il s'est éteint comme un astre qui dans son parcours n'aurait répandu sur la terre que de bénignes et salutaires clartés. ^

M. de Quélen était peut-être Salomon, mais à coup sûr le cardinal de Talleyrand n'avait rien du roi David. D'un aspect vénérable, agréable et réservé dans ses discours, l'archevêque de Paris emportait vraiment dans sa tombe les traditions du clergé d'autrefois. Un attachement sans bornes à son roi, l'amour du trône confondu avec l'amour de Dieu, une notion juste de l'ordre et du bien qui lui avait procuré une sagesse précoce, l'exacte observance des devoirs de sa profession, telles étaient les qualités qui distinguaient ce prélat. Elles lui méritèrent, avant 89, le suffrage de tous les gens de bien, elles auraient pu, en 1815, l'entraîner à des fautes regrettables, si la Providence n'avait suscité le jeune Quélen pour l'assister dans son conseil.

En effet , la révolution que la France venait de subir, devait jeter tous les esprits médiocres dans les opinions extrêmes. Tandis qu'un petit nombre, profitant des leçons de l'expérience, cherchaient à s'éclairer eux-mêmes et à discerner l'avenir, la masse se laissait prendre d'un vertige qui la poussait soit en avant, soit en arrière. M. de Talleyrand-Périgord fut de ces derniers. En politique, on en vit qui furent plus royalistes que le roi, en religion, il y en eut qui voulurent être plus orthodoxes que le pape. C'est ainsi que le grand-aumônier pensa se laisser entraîner à une réaction contre certains membres du clergé qui avaient hautement rétracté leurs erreurs constitutionnelles, et auxquels la cour de Rome avait pardonné.

L'archevêque avait peine aussi à séparer les opinions politiques de la foi religieuse. Fils d'un temps où le trône et l'autel se prêtaient un mutuel appui, et marchaient de concert dans la conduite des affaires humaines, il ne s'aperçut pas que l'autel n'était pas du même bois que le trône, et que là où la foi monarchique avait sombré, la foi religieuse était sortie intacte et plus pure encore de ses ruines.

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