GEORGES DARBOY
•• Si j'étais vous, disait Mgr Darboy à Lehmann, quand il faisait son portrait, je laisserais là mon détestable modèle et je ferais un homme superbe, aussi beau et aussi majestueux que Mgr de Quélen, et l'on dirait dans quelques centaines d'années, en voyant ce personnage : Il ne faut pas s'étonner que celui-là ait fait son chemin, un si bel homme! ou bien je ferais une espèce de singe et la réflexion du spectateur serait bien plus flatteuse encore pour l'original : Il faut croire que celui-là avait bien de l'esprit et bien du talent pour être devenu archevêque de Paris, sénateur, etc., il était si laid. -
La vérité est que Mgr Darboy n'était ni beau, ni laid. Le front large, les yeux vifs et parlants donnaient du relief au haut de la tête, mais le menton était lourd, le nez fort, les lèvres épaisses. Si le portrait eut au
salon le succès que l'on sait, c'est que l'artiste excellait à peindre l'âme, et qu'on voyait l'esprit vivre et le cœur battre sous la toile.
Mgr Morlot ne possédait que 50,000 francs de dettes contractées pour les besoins du diocèse ; il les légua à Mgr Darboy. Mgr Sibour avait laissé par testament son anneau pastoral à l'abbé Darboy comme pour le fiancer à l'Eglise de Paris. Enfin l'ancien vicairegénéral avait été le confident, l'ami de Mgr AfFre; il avait vécu avec lui dans cette solitude de Saint- Germain qu'affectionnait le saint martyr de 1848.
Un matin que Lamartine était venu , en 1847, ils se promenaient, Mgr Affre, l'abbé Darboy, et lui sur la grande terrasse de Saint-Germain, en attendant le déjeuner. On causait, mais surtout on contemplait. Il y eut un moment de complet silence entre les trois promeneurs. Tout à coup Lamartine, et sans que rien de ce que l'on avait dit expliquât ce qu'il s'apprêtait à dire :
— Monseigneur, voici le moment où l'homme de France qui parle le mieux sera roi, croyez-vous que je sois nommé président de la république ?
Depuis cette époque, l'abbé Darboy avait été nommé prélat romain, protonotaire apostolique et enfin évoque de Nancy; le décret qui l'appelait au siège de Paris, le surprit dans la vieille capitale de la Lorraine.
— Archevêque de Paris, dit la mère du prélat, c'est bien beau, mais les archevêques do Paris ne durent
guère.
Dans le monde religienx, nul ne se dissimulait qu'il fallait un véritable dévouement à l'Eglise pour accepter un poste si redoutable.
Les journaux irréligieux accueillirent pourtant la nomination avec faveur ; les organes du gouvernement retentirent de ses louanges.
Nous avons retrouvé une petite biographie, publiée au moment de la nomination de Mgr Darboy à l'archevêché de Paris :
" Fin et avisé dans les choses courantes, disait l'auteur, M. Darboy est volontiers naïf et crédule dans les choses idéales , mélange psychologique qui est moins rare qu'on ne croit. Ecrivain et orateur, sinon distingué, du moins suffisant, il a été professeur de philosophie (ce dont on ne se douterait guère à lire ses livres), mais il a les goûts d'un professeur de rhétorique. Il aimera peu les idéologues et les métaphysiciens, mais il sera doux et modéré pour les romanciers.
r> On peut s'attendre à beaucoup d'habileté, et à une certaine activité tempérée et souple dans le gouvernement ecclésiastique du nouvel archevêque. Quant à sa ligne précise, il est difficile de rien préjuger. MMgrs Sibour et Morlot n'ont été ni l'un ni l'autre ce qu'on craignait ici, ce qu'on espérait là. Il n'y a pas de corps où la fonction agisse plus que dans le clergé sur le caractère des individus.
■^ Le lendemain du jour oïi il est nommé, l'arche-
vêque de Paris se réveille tout autre qu'il ne s'est endormi la veille. »
Quant au nouvel archevêque, il voyait tous les périls de la situation qui lui était faite, entre l'omnipotence du souverain , l'impiété des masses , les exigences de la diplomatie. Cinq ans auparavant, M. Darboy écrivait dans la préface de sa traduction de Y Imitation :
- Vivre est devenu le grand et presque l'unique
- souci de la génération présente, et il semble qu'elle r n'ait pas de temps à donner aux lectures sérieuses ^ et recueillies. Les inquiétudes du présent, les menaces r> chm prochain avenir absorbent toute attention. Beau- T coup d'hommes estiment que pour eux il ne s'agit
- pas de lire ou de réfléchir, mais qu'il s'agit d'être ou
- de n'être pas; ils suffisent à peine aux intérêts de r> la terre et ils se croient dispensés par là de songer r> à ceux de l'éternité.
^ Mais, il faut le dire à ces esprits infirmes et trou-
- blés : la paix et la prospérité matérielle des Etats r sont liées intimement à la pureté et à la paix des
- consciences; le désordre ne se produit dans les faits r qu'après s'être produit dans les idées. Lorsqu'il r> accorde trop aux sens et trop peu à l'ame, qu'il r> trompe son intelligence par le doute et l'erreur, qu'il •^ égare et pervertit ses affections, l'homme brise l'équir> libre qui doit exister entre toutes ses forces, et il est ^ le premier à souffrir de ce renversement — Ses r nobles aspirations ramenées vers la terre se changent
- en convoitises ardentes. N'ayant plus pour objet de *• ses désirs que des choses partageables, il s'y attache ^ et les poursuit avec une âpreté égoïste qui provoque ?? les résistances et la réaction d' autrui, et bientôt » amène les dissensions et les querelles particulières,
- puis les discordes publiques et les guerres. Plus il a
- de rivaux dans les choses du ciel, plus il se réjouit, -^ mais plus il en a dans les choses de la terre, plus il r est défiant, plus il lutte avec une ardeur souvent ^ périlleuse, quelquefois criminelle et terrible.
r> A quoi bon se le dissimuler ? En l'absence de la foi,
- la véritable notion des droits et des devoirs s'altère
- graduellement dans la conscience des individus. Or,
- où Dieu n'a plus que des droits oubliés et trahis, -^ l'homme n'a plus que des devoirs imaginaires ; " quand l'homme n'a plus que des devoirs imaginaires,
- le monde tombe en proie à une foule d'ambitions ^ jalouses, et alors il ne faut plus quun peu de temps
- pour que la société, déchirée en factions, devienne de
- la poussière qui se détrempera dans du sang, t Et plus loin :
<^ .... Si vous dites à l'homme de ne croire à rien, il
- ne faut pas lui demander de respecter quelque chose, w car la croyance est la source du respect. Si vous '■> instruisez l'homme à mépriser les lois de Dieu, il ne r faut pas attendre qu'il obéisse aux vôtres, car dès n qu'il n'y a plus d'autorité dans le ciel, il est absurde ^ d'en vouloir mettre sur la terre. ^
La traduction de V Imitation de Jésus-Christ n'est pas le seul ouvrage de Mgr Darboy : les Œuvres de saint Denis fAréopagite, dont la traduction est précédée d'une introduction, où l'auteur s'attache à démontrer l'authenticité des écrits attribués à saint Denis, demeure son titre le plus sérieux aux yeux de la science historique.
L'abbé Darboy apporta dans la discussion toute Tardeur de conviction dont il était animé.
— Il croit ça dur comme fer, disait M. Vacherot.
— Un prêtre et un littérateur, ce n'est pas tout un, objectait M. Darboy à ceux de ses amis qui le poussaient à entreprendre ce travail. Nous excellons aux homélies , mais les homélies ne sont bonnes qu'à l'Eglise.
Le succès des Œuvres de saint Denis, prouva à l'auteur qu'il se jugeait trop modestement lui-même.
Sous l'épiscopat de Mgr Sibour, les attaques passionnées de l'abbé Combalot contre l'archevêque de Paris fournirent à l'ancien aumônier du collège Henri IV, l'occasion de déployer un vigoureux talent de polémiste.
On rappela à ce propos la lutte épistolaire de Christophe de Beaumont avec Jean-Jacques Rousseau, qui avait divisé les esprits au siècle précédent; mais la position de Rousseau vis-à-vis de l'archevêque de Paris n'était pas la même que celle de Fillustro prédicateur envers le prélat du xix*" siècle.
Rousseau n'ayant aucun devoir, avait par consé-
qiieiit quelques excuses; Rousseau était incroyant, et pour lui l'archevêque de Paris n'était qu'un homme comme un autre, Rousseau discutait en homme du libre examen, ses arguments étaient faux mais sa situation était franche. De plus, il rencontrait à côté de la question de principe la question personnelle qui est toujours la plus sensible au cœur des philosophes. Cela ne justifie pas l'irrévérence de Rousseau, mais cela l'explique.
Il n'en était pas de même de l'abbé Combalot. Darboy, chargé par l'archevêque de Paris de répondre en son nom, sut mettre l'opinion publique de son côté, sans blesser son adversaire.
Il écrivait à l'abbé Combalot :
- Au lieu de nous apprendre ce qui doit être, et de le proclamer, vous faites la critique de ce qui fut. Depuis soixante ans, dites-vous, les gouvernements révolutionnaires n'ont guère connu d'autre politique que celle de l'orgueil, de l'égoïsme, de l'intérêt, de la
licence et de la révolte Assurément cette politique
ne peut être la vôtre et vous êtes d'un parti qui n'est point arrivé aux affaires depuis soixante ans. Je présume en outre que le xviir siècle ne vous semble pas avoir pratiqué beaucoup la politique de l'humilité du dévouement, du respect pour la morale et pour la religion ; vous avez plus d'une fois exprimé de vives antipathies contre la politique envahissante du monarque qui inspira les 4 articles de 1682. Richelieu ne
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saurait vous plaire par les tendances et les actes de sa politique ; celle de Henri IV n'est pas sans reproche ; vous n'approuverez point celle des derniers Valois; pour quelle politique êtes- vous donc, monsieur l'abbé? ^ Mgr Darboy s'était formé à l'école de ces auteurs des premiers siècles qui avaient eu à défendre le christianisme naissant contre les attaques du paganisme et de la philosophie. Il emprunta dans ce commerce intime leur méthode d'argumentation, leur procédé de polémique.
La troisième station du chemin de fer, quand on mi de Langres à Vesoul, se nomme Charmoy-Fayl- Billot. Ce n'est qu'une station de train omnibus. On monte une demi-heure pour atteindre Charmoy. et des dernières maisons de Charmoy aux premières maisons de Fayl-Billot, il y a exactement trois kilomètres ; les ))ornes le disent. C'est une vaste plaine à blé, aussi riche que monotone. Quant à Fayl-Billot, c'est un trou, dans toute l'acception du terme.
Fayl-Billot était la patrie de Mgr Darboy.
— Je suis Haiit-Marnais, disait l'archevêque ; si j'étais né avant 89, je serais né Bourguignon, car Fayl- Billot était en Bourgogne; mais je suis né à une époque où il n'y avait plus de provinces, et les traditions
bourguignonnes clans notre région sont complètement oblitérées.
En 1865, deux ans après son installation à Paris, Mgr Darboy fit un voyage à Fayl-Billot ; il y fut reçu avec les plus grands honneurs. Tous ses compatriotes, tous les compagnons de son enfance vinrent le complimenter ta la mairie.
Le vieux prêtre qui lui avait appris les éléments de la grammaire latine, arriva à son tour.
— Excellence, Eminence, Votre Révérence, il cherchait quelque formule plus respectueuse encore, quand l'archevêque se lève de son fauteuil, y fait asseoir le vieux prêtre et s'asseoit lui-même sur une chaise en lui prenant les mains.
— Ah ! l'abbé, l'abbé, dit le vieillard à Mgr Darboy, tu seras donc toujours le même.
Autant il était simple avec les petits, autant le prélat se montrait magnifique avec les puissants du jour. Mgr de Quélen, après la destruction de l'ancien palais des archevêques , s'était retiré dans la solitude du couvent Saint-Michel et n'en était guère sorti pendant neuf ans. Le palais archiépiscopal qu'on assigna à M. Afire était une très-modeste maison de TIle-Saint-Louis. Mgr Sibour, après avoir habité quelque temps cette maison, fut mis en possession du magnifique hôtel occupé par l'ambassade d'Autriche depuis nombre d'annés.
Là, Mgr Darboy donnait tous les ans quelques dîners de cinquante couverts ; il considérait ces dîners comme
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une obligation d'état, car, en sa qualité de gastralgique, il avait horreur du fumet des viandes.
Dans l'administration du diocèse, frappé des tendances de nos contemporains à chercher dans l'étude des monuments orientaux le dernier mot du problème religieux et à le chercher par l'Allemagne, le pays des études trop souvent nébuleuses et sans conclusion, mais toujours fortes, Mgr Darboy jugea qu'il était bon de prendre là aussi, puisque Dieu les y a mis, les éléments de l'apologétique catholique et de la défense de la foi contre un rationalisme envahissant. Il décida donc que de jeunes prêtres de son diocèse, les plus distingués par le talent et l'éducation littéraire, seraient envoyés chaque année régulièrement en Allemagne, pour y former un noyau de savants hébraïsants, de doctes orientalistes, aptes à devenir à la Sorbonne des professeurs de premier mérite. Ils s'initieraient en outre à la philosophie agitée qu'on suscite contre l'Eglise avec une obstination que rien jusqu'ici n'a découragée, et ils seraient par là mieux placés pour la combattre par elle-même. L'université de Tubingue reçut le premier ecclésiastique choisi pour cette honorable mission. Darboy lui-même travailla sans relâche jusqu'à sa mort. Il possédait dans son cabinet, où il vivait beaucoup, des manuscrits très-volumineux. Lorsqu'on lui parlait de leur publication, le prélat répondait en souriant :
— On verra ce qu'on devra faire après ma mort.
Mgr Darboy, de retour à Paris, après le concile, en 1871, trouva la capitale à la veille de l'insurrection. La commune ne l'empêcha pas de demeurer à Paris. La dernière fois qu'il présida le conseil de l'archevêché, il prit congé de ses vicaires, en ces termes :
— Messieurs, à la semaine prochaine, si nous y sommes, et s'il plaît à Dieu.
Quelques jours après, l'archevêque était arrêté et détenu à Mazas. Le souverain-pontife ordonna luimême à son ambassadeur en France, de tenter toutes les démarches nécessaires pour délivrer Mgr Darboy. Le nonce apostolique, Mgr Chigi, en conféra avec lord Lyons qui reconnut malheureusement son impuissance.
M. Washburne, le seul ministre étranger présent à Paris, demanda une audience à Cluseret, délégué à la guerre, et obtint la permission de voir l'archevêque à Mazas.
Il trouva Mgr Darboy en proie à la tristesse, amaigri, la barbe longue, les vêtements en désordre, nourri de pain noir et de brouet ; le prélat pourtant ne se plaignait point, c'était le même homme qui disait quelques années auparavant :
— La vie est pour moi une surface plane, elle n'a ni haut, ni bas.
Le ministre des Etats-Unis transmit au cabinet de A^^ashinaton le résultat de sa mission , et rendant compte de son entrevue avec l'archevêque de Paris, se déclara très-honoré d'avoir pu être agréable au Pape.
Dans sa prison, Mgr Darboy travaillait encore sur des ouvrages de théologie ; quelques jours avant leur assassinat, les saints otages furent transférés de Mazas à la Roquette. Ce fut une scène lugubre.
Les voitures stationnèrent une heure dans la cour de Mazas. Au dehors la foule était immense et impatiente.
De la porte on entendait crier :
— Arrêtez, arrêtez, à quoi bon aller plus loin ! A bas les calotins ! Qu'on les coupe en morceaux ici ! N'allez pas plus loin ! A bas ! A bas !
L'archevêque de Paris monta dans une tapissière; il était assis le long des planches posées de champ qui forment les côtés de ce véhicule; silencieux, il souriait faiblement aux saillies de l'abbé Deguerry.
Le trajet s'effectua lentement, au milieu des insultes d'une foule avinée, sous la protection d'une escorte qui se joignait à la foule :
— A mort ! à mort !
A la Roquette, les geôliers témoignèrent aux vénérables prisonniers le plus d'égards possibles. Rangés au bas de l'escalier, on fît l'appel, puis on monta au premier étage ; on arriva à la première cellule du corridor, dont la porte était entrouverte. Monseigneur entra et on la referma.
Chaque cellule contenait une paillasse et une couverture, ni table, ni banc, aucun meuble; le corridor et les cellules étaient dans l'obscurité. Le lendemain, larchevéque put, communier , grâce au stratagème d'une dame qui, en apportant de la nourriture à certains otages, était parvenue à introduire dans la prison une pyxide pleine d'hosties consacrées.
Le 24 mai, un officier fédéré partit de la mairie du IP arrondissement, boulevard Voltaire, où siégeait la Commune, pour la Roquette, avec l'ordre de fusiller 68 otages , en représailles des officiers de la barricade Caumartin.
— Citoyen , lui dit le greffier, il y a ici une erreur d'écriture, on ne tue pas 68 personnes pour venger 2 ou 3 victimes : c'est six ou huit qu'il faut lire. Retournez donc faire rectifier cette erreur.
Le messager retourna et rapporta l'ordre de fusiller six otages pris parmi les prêtres.
— Cette fois, nous allons les coucher, dit Ferré. Les fédérés entrèrent dans le corridor où donnaient
les cellules, le détachement comptait des soldats de toutes armes et particulièrement des Vengeurs de la commune.
— Citoyen Darboy, cria-t-on en ouvrant la cellule de Monseigneur.
— Présent, répondit l'archevêque.
Les otages sortirent et se mirent en marche. L'archevêque de Paris donnait le bras à ^L Bonjean,
3;30 LES évéqup:s et archevêques de paris.
M. Deguerry donnait le sien au P. Diicoudray, les Pères Clerc et Allard venaient ensuite. En tête marchait Romain, brigadier de la prison, les mains dans ses poches; en queue un capitaine fédéré, traînant son bancal.
Dans le trajet, on fut obligé de s'arrêter, on n'avait pas les clefs du chemin de ronde ; on força les serrures et les verrous ; il vint un moment où deux personnes ne purent passer de front. M. Bonjean s'écarta et s'adressant à l'archevêque :
— La religion d'abord, la justice ensuite, lui dit-il. Les otages étaient très-calmes.
— La France, dit le vénérable curé de la Madeleine, a besoin d'expiation, et il n'y a pas d'expiation qui vaille sans effusion de sang.
Les prisonniers étaient déjà rangés contre le mur. Un commimard parla de liberté.
— Ne profanez pas ce mot de liberté, dit l'archevêque de Paris, il nous appartient à nous qui mourons pour la foi et pour la liberté.
Des soldats injuriaient en termes ignobles les saints martyrs :
— Vous êtes ici, dit un officier, pour fusiller ces gens-là et non pour les eng....
L'archevêque de Paris se tourna en ce moment vers ses compagnons et leur donna sa bénédiction puis il s'avança vers ses assassins et leur adressa quelques paroles de pardon. Deux de ces hommes s'approchèrent
(lu prélat et devant leurs camarades s'agenouillèrent pour lui demander sa bénédiction.
Quelques secondes après , le successeur de saint Denis tombait, percé de plusieurs balles , il vivait encore ; un homme de taille moyenne, d'une physionomie dure et froide, nommé Virig, s'approcha de lui et l'acheva.
L'archevêque avait au doigt l'anneau de Mgr Sibour, et la croix de Mgr Affre sur la poitrine. Comme à ces saints prélats, Dieu lui avait fait don de la mort.
Le soir de ce jour. Ferré rentra à la commune et avant de se mettre à table, fit rédiger et signa la pièce suivante :
« Comité de sûreté générale.
•^ Aujourd'hui 24 mai à 8 heures du soir, les nommés Darboy (Georges), Bonjean (L. Bernard), Ducoudray (Léon), AUard (Michel), Clerc (Alexis) et Deguerry (Gaspard) ont été exécutés à la prison de la grande Roquette. ^
La Providence a donné ainsi à l'archevêque Georges Darboy l'insigne honneur et la magnifique fortune de mourir la main étendue pour bénir et pour pardonner.