MINISTRE DE LA RÉPUBLIQUE A ROME
28 ventôse an IX.
- Citoyen, vous êtes chargé par le gouvernement de la République d'accomplir le rapprochement déjà heureusement négocié entre la France et la cour de Rome et de rétablir l'ancienne harmonie qui existait entre les deux Etats....
^ La France a dû renoncer à l'idée d'ériger Rome en République. Présumer que la populace romaine pourrait devenir un peuple romain, se persuader qu'une multitude ignorante, fanatique, emportée et que la superstition seule et une autorité absolue peuvent dompter, serait capable de se donner des lois, de choi- a sir ses magistrats et de leur obéir, était une opinion
dont l'expérience de deux années de troubles et de crimes, avait trop démontré la folie, pour que le gouvernement actuel de la République n'en laissât pas le blâme à ceux qui l'avaient conçue, et qui malgré tous les obstacles, s'étaient obstinés à la faire adopter. 11 a su déférer sur ce point aux vœux de l'Italie, aux regrets des principales puissances de l'Europe. 11 a dû consentir au rétablissement des souverains-pontifes, et par les mêmes motifs qui lui faisaient une règle de prudence et de justice de se prêter à leur rétablissement, il a dû s'occuper du soin de rétablir entre eux et la France des rapports d'une utilité réciproque pour les deux Etats. -
On ne peut s'empêcher, à propos de cette dépêche où Talleyrand laisse percer entre les lignes tout son mécontentement de la négociation qu'il est contraint d'entreprendre, de rappeler une lettre confidentielle adressée par le même ministre à notre chargé d'aiFaires à Rome, sous le Directoire, dans laquelle il s'était exprimé ainsi à l'égard du Saint-Siège :
- Encouragez, disait-il, l'élan que le peuple de Rome paraît prendre pour la liberté. Il faut aider les bonnes dispositions de ceux qui pensent qu'il est temps que le règne des papes ^ finisse. ^
M. de Talleyrand ne pouvait oublier les bulles d'excommunication fulminées autrefois contre lui.
Quoiqu'il en fût des dispositions personnelles de l'ancien prélat, la négociation se poursuivait entre
Bernier et Spina. Un projet de Bulle proposé à Sa Sainteté pour l'approbation des articles, fut en même temps remis au premier Consul.
Nous croyons devoir donner ici tout d'abord, pour rendre la comparaison plus aisée, le texte définitif du Concordat signé à Paris le 15 juillet 1801.
« Le gouvernement de la République, reconnaît que la religion catholique , apostolique , romaine , est la religion de la grande majorité des citoyens français.
y^ Sa Sainteté reconnaît également que cette même religion a retiré et attend encore en ce moment le plus grand bien et le plus grand éclat de l'établissement du culte catholique en France et de la profession particulière qu'en font les consuls de la République. En conséquence, d'après cette reconnaissance mutuelle, tant pour le bien de la religion que pour le maintien de la tranquillité intérieure, ils sont convenus de ce qui suit :
ART. r
La religion catholique, apostolique, romaine, sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaires pour la tranquillité publique.
Il sera fait ])ar le vSaint-Siége, de concert avec
le ^oiiverneineiit , une nouvelle circonscription des diocèses français.
Sa Sainteté déclarera aux titulaires des évéchés français qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce de sacrifices, même la résignation de leurs sièges.
D'après cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice commandé pour le bien de l'Eglise (refus néanmoins auquel Sa Sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu par de nouveaux titulaires au gouvernement des évêchés de la circonscription nouvelle de la manière suivante :
Le premier consul de la République nonnnera dans les trois mois qui suivront la publication de la bulle de Sa Sainteté, aux archevêchés et évêchés de la circonscription nouvelle. Sa Sainteté conférera l'institution canonique suivant les formes établies par rapport à la France avant le changement du gouvernement.