CHAPITRE ni
Ruine de l'empire. — Ciovis. — Le christianisme à Paris. — Héracle et sainte Geneviève. — Un évèque déposé. — Le fils de Chioilomir. — Eusèbe.
L'empire romain s'était partagé en deux parties depuis le commencement du siècle : Valentinien régnait à Rome, Clodion était au nord de la Gaule. Paris était placé entre un empire qui se mourait et un autre qui allait naître.
Vivien succéda à saint Marcel, puis Félix qui donna le voile des vierges à Geneviève; puis Flavien, sous l'épiscopat duquel eut lieu l'invasion d'Attila, pendant que Mérovée était porté sur le pavois : Attila et Mérovée, les deux grands noms de l'époque
Alors aussi Geneviève, la vierge de Nanterre, joua son grand rôle historique et religieux à la fois.
Sous le pontificat du treizième évêque de Paris, Ursicin, Romulus Augustule était déposé (476) et l'empire romain rendait le dernier soupir.
66 LES ÉVÉQl^ES ET ARCHEVÊQUES DE PARIS.
Durant tout ce siècle, les évêques de Paris ne trouvent j^iière d'aliments à leur activité. Sous Ajjedemius, Clovis monte sur le trône et se convertit au christianisme. C'est un de ces moments où le monde est frappé de stupeur ; un grand fait et un seul homme absorlient l'attention, les autres s'arrêtent liouche béante et regardent.
Dans les commencements du christianisme, comme aujourd'hui dans les pays où il est propagé, les missionnaires et les apôtres s'attachent à convertir l'esprit des peuples ; ils s'attaquent au fond plus qu'à la forme des religions qu'ils veulent renverser. Ainsi avait-il été fait en Gaule, où bon nombre de pratiques, qui avaient survécu au paganisme, étaient encore en vigueur.
Le contenu a été changé, mais le vase est toujours le même, et les apôtres faisaient bien parce que la masse s'attache surtout aux étiquettes !
C'est pour ce motif que fut réuni , le dimanche
10 juillet 511, le premier concile d'Orléans, où assista l'évêque de Paris , Héracle, un an avant la mort de Clovis. On y lit divers règlements pour abolir les restes de l'idolâtrie.
Héracle eut, à propos de la discipline ecclésiastique, des démêlés avec saint Rémi, métropolitain de Reims.
11 s'agissait d'un prêtre que le Saint aurait ordonné contre les règles et qui se serait rendu coupable d'un crime. Nous ne saurions dire qui avait raison ; toujours est-il que saint Rémi répondit par une lettre où le bon
PREMIERE l'ARTlK. ht
ton s'allie à la sagesse et qui est parvenue jusqu'à nous.
En 512, mourait, à l'âge de plus de quatre-vingt-dix ans, celle que les siècles suivants ont appelée la patronne de Paris, sainte Geneviève. Douce et merveilleusement belle figure que celle-là !
Il y a beaucoup de Geneviève dans Jeanne d'Arc ; mais la Sainte de Paris emprunte une grande partie de son charme et l'intérêt puissant qu'elle inspire à l'époque barbare où elle a vécu. Quoi de plus attachant, de plus simple, de plus céleste ! Tout le monde connaît la légende de Geneviève, la vierge entre les vierges de France.
Et pourtant quelle rude existence que celle de Geneviève ! quelle vie de sacrifice à Dieu, et à Paris, qui, de son temps, ne l'en a guère récompensée ! Encore le peuple dont elle était sortie a-t-il brûlé ses ossements en place de Grève. Dans la langue celtique Geneviève signifiait fille du ciel.
Quels furent les parents de Geneviève? Humbles ou illustres, il est certain qu ils n'étaient pas riches, et du reste elle les perdit de bonne heure. Geneviève ne se contenta pas de sauver une fois sa ville, elle fut d'un grand secours aux Parisiens qu'elle fournit de vivres durant un long siège.
Charles VIT devait abandonner Jeanne d'Arc, mais Clovis protégea et aima Geneviève. Quelle haute sainteté et combien dût être belle la vieillesse de l'iuunble bergère.
Quand Geneviève mourut, son cercueil fut solennellement placé à côté de celui de Clovis, dans la basilique de Saint-Pierre et Saint-Paul qui devait être plus tard Sainte-Geneviève et que le roi avait bâtie à la sollicitation de la Sainte.
Quelques mois avant Geneviève, était mort Clovis, sous l'épiscopat d'Héracle. Il y avait quelques années que cet évêque occupait le siège de Paris, quand le roi des Francs fut baptisé à Reims.
Le baptême de Clovis fut un événement immense, c'était l'alliance de la royauté et du christianisme.
Derrière Clovis , ses vassaux et fidèles guerriers marchèrent au baptême en s'écriant : « Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels et nous sommes prêts à servir le Dieu dont Rémi prêche l'immortalité. «
Après Héracle, viennent Probat et Amélius. Sous l'épiscopat du premier, sainte Clotilde meurt dans la basilique de Saint-Martin de Tours, où elle s'est retirée.
^ Les desseins de Dieu sont impénétrables, r. a dit Bossuet : Clovis crut faire des évêques les instruments de sa puissance ; mais Clovis fut l'épée des évêques ; il fut apôtre sans le savoir.
Les conciles continuent. Amélius fit construire la troisième église de Paris, Saint -Vincent, aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés .
Après lui l'évêque Jaffasac, le premier d'origine franque, est déposé par un concile et renfermé dans un monastère où il meurt.
TREMIÈRE PARTIE. 69
Il n V a pas de honte pour une famille à ce qu'un des membres commette un crime ; il y en aurait à le laisser impuni.
On nomma immédiatement pour lui succéder Eusèbe, déjà fort âgé, et qui mourut en 555.
Ce fut Eusèbe qui ordonna prêtre le malheureux fils de Chlodomir, Chlodoald, que l'Eglise honore sous le nom de saint Cloud. On sait que cehii-ci échappa à ses oncles par le dévouement des seigneurs francs, qui l'enlevèrent au moment où il allait être massacré comme ses frères.
Tandis que la reine Clotilde conduisait à Saint- Pierre les corps de ses frères sur un brancard, Chlodoald, âgé de six ans, était mis en sûreté par ses protecteurs. « S'ils ne sont pas élus rois, j'aime mieux les voir morts que tondus, - avait dit Clotilde. Chlodoald se coupa lui-même les cheveux, se fit moine, puis prêtre, et fonda à Nogent — aujourd'hui Saint-Cloiid — un monastère où il termina ses jours, cinq ans après Eusèbe.
Destinée triste, en vérité, que celle de Chlodoald, et cependant glorieuse. La royauté faillit le faire tuer, la sainteté l'immortalisa.