‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 16 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tombeau de saint Martin de Tours un de ses chers pèlerinages, n'eut pas un moment de paix et de repos.

Le 2 avril 584, Ragnemode était parrain d'un fils de Chilpéric et de Frédégonde, et quelques mois plus tard, Frédégonde, qui venait d'assassiner son mari dans la métairie royale de Clielles parce qu'il était informé de son adultère, venait demander asile à l'évéque.

Le droit d'asile était sacré, et ce n'est pas un des faits les moins caractéristiques de l'époque, que de voir la femme la plus criminelle des premiers siècles, trouver un asile inviolable dans la cathédrale de Paris, où elle se réfugie avec son fils et ses trésors, en même temps que ses sicaires poursuivent Prétextât et ses défenseurs.

Ragnemode assistait à tout cela en spectateur attristé et même un peu ahuri, priant pour sa terrible hôtesse qu'il ne voulait pas maudire , et en ne comprenant guère toutes ces intrigues qui se dénouaient infailliblement par le sang.

Tous les malheurs étaient réservés à Ragnemode : tandis qu'il revenait du concile de Mâcon, en 585, il trouve sa capitale brûlée entièrement, à l'exception des églises. On s'explique l'intensité d'un pareil incendie en songeant que les maisons étaient alors bâties en bois pour la plupart, et que la pierre était employée seulement pour les églises.

Un diacre de son diocèse chercha à répandre à Paris l'hérésie des sadducéens ; il se vit obligé de l'excommunier, et pendant que ce malheureux s'en fut mourir

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à Angers en tombant du haut des murailles, un peu par imprudence et beaucoup par ivresse, un aventurier

— nommé Didier prétendit avoir le don des miracles et recevoir des correspondances de saint Pierre et de saint Paul.

Cette histoire est un véritable roman. Didier, que Ragnemode fait emprisonner, se sauve à Saint-Julienle- Vieux. Une nuit, Grégoire de Tours, de passage à Paris, vint à minuit chanter l'office dans le chœur, selon son usage ; il aperçoit Didier, qui le reconnaît et le supplie d'obtenir sa liberté. Le lendemain Ragnemode fait venir l'imposteur et lui annonce qu'à la prière de Grégoire il lui accorde sa grâce ; en même temps l'évêque de Tarbes, Aurélius, qui se trouvait là, reconnaît en lui un de ses valets fugitifs.

Après quinze années d'épiscopat, Ragnemode mourut doucement, sans secousse, comme il avait vécu ; ce fut un bon prélat, de ceux dont on parle peu, parce qu'ils ont fait peu de bruit et tenu peu de place, mais dont la physionomie est sympathique et touchante.

Il était fait pour le demi-jour ; il eût brillé dans le crépuscule ; un illustre voisinage et un jour trop ardent l'ont condamné à une obscurité relative.

De Ragnemode à saint Céraune, en passant par EusEBE II, marchand syrien qui acheta l'épiscopat mis à l'encan par la reine Frédégonde — triste récompense pour les successeurs de celui qui l'avait sauvée,

— par Faramonde, dont le plus grand titre est d'avoir

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