PREMIÈRE PARTIE
Sous son épiscopat se tint le plus nombreux concile qui eût encore été convoqué : soixante-dix-7ieuf é\è(i\.\Q?, y assistaient clans l'église de Saint-Pierre et Saint- Paul. Ce fut le premier concile général de France. Céraune avait pour ces apôtres une dévotion particulière ; il s'efforçait de les imiter et leur image était sans cesse devant ses yeux.
Le 27 septembre, quand il mourut, son corps fut déposé dans la chapelle souterraine de l'église qui leur était consacrée. A la Révolution, on les brûla dans la crainte d'une profanation, et ses cendres, pieusement conservées, sont aujourd'hui dans l'église de Saint-Leu et Saint-Gilles.
On conserve, et l'on ne manque pas de citer, à propos de saint Céraune, une lettre que lui écrivit Warnhaire, un clerc de Langres, à qui il avait demandé des détails sur les martyrs de cette ville. Cette lettre est une exaltation du saint évêque qui n'a pas grande importance, mais qui montre le respect dont il était entouré.
L'hommage d'un inconnu à un autre qui a voulu l'être.
L'épiscopat de Leudebert, le successeur de saint Céraune, coïncide avec le règne de Dagobert. Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'épiscopat de Leudebert, c'est le règne de Dagobert ; ce qu'il y a de plus remarquable dans le règne de Dagobert, ce Louis XIV des mérovingiens, c'est saint Eloi. Saint Eloi était aussi un
peu roi de France, ne fût-ce que pour avoir fait les tombeaux des rois.
Sous Leudebert, furent inaugurés par Dagobert les tombeaux de saint Denis, sépultures fameuses entre les sépultures des hommes.
Ce fut le règne le plus brillant, les derniers rayons de la splendeur mérovingienne prête à s'éteindre.
A AuBERT, son successeur, commença le défilé paisible et monotone des rois fainéants, qui n'avaient que le nom de roi et laissaient toute la puissance aux maires du palais.
Jusqu'à nos jours, et c'est là une des conquêtes de l'hagiographie moderne, on avait procédé à l'histoire des saints comme certains peintres procèdent à leurs tableaux, traitant tout de la même façon, les rides comme les plis, les chairs comme les étoffes, les cheveux comme les franges de tapisserie.
On tombait inévitablement dans la répétition de quelques épithètes, hors desquelles point de salut; on détruisait, en un mot, et comme à plaisir, l'individualité des saints.
On oubliait l'homme, on l'effaçait volontairement, pour ne regarder que le saint. Quoique la recherche des mêmes vertus donne à tous les saints un aspect identique et en quelque sorte un air de famille, personne plus qu'eux n'a été doué de qualités diverses et parfois contraires. On a voulu les faire passer sous les fourches Caudines de la banalité, les faire tenir dans un même