‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 25 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Rouen, la petite troupe accéda au logis de Gozlin. Le prélat était revêtu des ornements sacerdotaux et portait letole sur la cuirasse, A sa droite était le comte Eudes ; à sa gauche, l'abbé Ebles, son neveu.

'^ — 0 Gozlin, dit Sigefrid, aie pitié de toi et de ton troupeau ; si tu ne veux périr, nous te prions d'écouter favorablement nos demandes, r^

Gozlin lui répondit fièrement :

" — Si des remparts eussent été confiés à ta garde, comme ceux-ci à la nôtre , si tu eusses rempli ce que tu aurais cru ton devoir, que devrais-tu espérer ? v

Sigefrid alors éclata en injures, et sortit, en déclarant que le lendemain il ferait donner l'assaut, et qu'il ne tarderait pas à avoir par force ce qu'on n'avait point voulu lui livrer de bonne grâce. A Paris, on travailla toute la nuit, et le lendemain, la tour de bois avait grandi d'un étage.

Durant tout le jour, elle soutint et repoussa l'assaut des barbares.

« Gozlin distribue des flots d'huile, de cire, de poix, qui Ijrûlent, enlèvent la chevelure des Normands, en tuent quelques-uns, en forcent d'autres à se précipiter dans le fleuve.

" Les pierres retentissent sur les boucliers ornés de peintures, les écus gémissent et les flèches en sifllant traversent les casques.

^ Alors, raconte le moine Abbon, dans son poème en vers latins, les Normands construisent des machines

monstrueuses, portées sur seize roues ; vraies merveilles de l'art, elles étaient trois, réunies en une masse compacte, et formées de grandes pièces de chêne.

•^ Ils jettent dans cet abîme de la terre, des branches d'arbres , les moissons dépouillées de leur fruit et l'herbe des prés, ils entassent de vieux taureaux, de belles génisses et de jeunes veaux ; enfin ils massacrent les malheureux qu'ils retenaient captifs, et les précipitent dans ces profondes cavités.

w Gozlin est au premier rang parmi les guerriers qui défendent la tour, Gozlin qui tue autant d'ennemis qu'il lance de traits. «

Mais à la vue des atrocités commises par ces barbares, le pieux évêque fond en larmes, implore à haute voix la Mère du Rédempteur et s'écrie :

« Mère du Rédempteur et du salut du monde, étoile de la mer qui brille par-dessus toutes les autres, prête une oreille à nos humbles prières, s'il te plaît que je célèbre encore le saint sacrifice, fais que ce barbare, ce cruel qui massacre ses prisonniers, soit lui-même enveloppé dans les filets de la mort.

w Belle Marie, Reine des cieux, toi qui as déjà daigné arracher le peuple de Lutèce aux mains cruelles des Danois et à leurs épées menaçantes — et tu pouvais bien en efi"et sauver Lutèce, puisque tu as enfanté le Sauveur du monde en péril — toi qui as été choisie pour nous enfanter un père ; lune brillante, tu as donné à la terre un soleil encore plus éclatant, et en éclairant

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